LE SECTICIDE
L'ANTI - SCIENTOLOGIE antisectes.net

LA BETE
Par Kim Baker
(Mon Histoire continue)

AVERTISSEMENT

Le texte qui suit sort tout à fait de l'ordinaire des textes de ce site internet: en résumé, il démontre d'une part, l'hypocrisie, une forme des manoeuvres et la perversité de la secte lorsqu'elle tente de 'retourner" un de ses anciens adeptes, afin d'en poursuivre d'autres critiques et les détruire, et la tension considérable qui s'exerce sur des adeptes fraîchement sortis de la secte.
Kim Baker, contrairement à beaucoup d'ex-scientologues, s'est très tôt, engagée dans le combat contre la secte après l'avoir quittée.

J'insisterai, en ce qui concerne la pression postérieure au départ de la secte, et comme l'explique mon ouvrage "Une secte armée pour la guerre", que les mécanismes mis en place lorsque l'on est  resté plusieurs années au coeur de "la BETE" ne disparaissent pas du jour au lendemain. Le "retour à l'état humain" ne revient que graduellement, les sentiments  sont excessivement perturbés, l'honnèteté est déformée, la vision des choses passe toujours par les miroirs déformants des endoctrinations sectaires.
J'ai ainsi redécouvert, quinze ans plus tard, une de ces inepties encore en activité chez moi, qui suis pourtant de nature (ce  fut même mon métier en entreprises) un critique aussi acéré qu' aggressif, et je ne suis pas certain qu'il ne me reste plus aucun réflexe acquis et invérifié.

 

Trad: Roger Gonnet
Copyright (c)1996 Kim Baker et 1997 pour le traduction française Dédié à Bob Penny, Jon Atack, Paulette Cooper, Monica Pignotti, Arnie Lerma, et aux innombrables autres qui savent ce qu'est la Bête. 
Introduction -- Mon passé sur 'alt.religion.scientology'(A.R.S.) -- Contexte -- Les raids -- Factnet -- Menace de Bombe -- Le ventre de la bête -- Pas de 357 magnum chargé ici -- Re-Bombe -- Réaction de Lawrence -- Encore alt.religion.scientology -- Importance de Factnet -- Mission de Factnet -- Techniques -- Coercition, ou culpabilité? -- Le droit à la liberté de croyance --  Nous ne comprenons toujours pas -- Colonisation du mental. 


Introduction:
J'ai si souvent commencé à écrire ce qui suit. Puis j'ai dû m'arrèter. Et reprendre, réessayer. C'est l'une des choses les plus dures que j'aie jamais eues à faire, et l'on ne s'amuse guère en le faisant. Ce serait si facile de tout oublier, de partir. C'est le plus loin possible de tout ce qui est associé à cela que j'aurais aimé être. C'est encore ce que je ressens. Alors, pourquoi l'écrire? Deux raisons à cela: la première, c'est "mon histoire", telle qu'elle gît sur le web, une histoire inachevée: elle pourrait dérouter. La seconde, c'est la responsabilité que j'éprouve vis à vis de tous les gens que j'ai laissé tomber, surtout ceux de Factnet: je leur dois la vérité, à tous. Je ne suis plus membre de Factnet, mais je leur dois au moins ça.
Ceci démontrera qu'on n'est pas immédiatement "guéri" du conditionnement de la secte, contrairement à ce qui apparaissait à ceux qui me connaissent; cela prouvera jusqu'où va la scientologie pour balayer l'opposant. CAN (Réseau de Prise de Conscience des Sectes, ndt, l'équivalent de l'ADFI aux USA) et FACTNET ( Réseau de Lutte Contre les Tactiques Coercitives) sont au sommet de la liste des ennemis de la scientologie. Maintenant que CAN est à terre, la Scientologie dispose d'encore davantage de ressources pour détruire Factnet. Je sais que c'est leur objectif n°1 : neutraliser  et rendre Factnet inefficace; détruire ce qu'ils considèrent comme "un groupe de la haine", car ce groupe donne sur eux des informations critiques - et le pire - il dispose des documents du Raid du FBI contre la secte, et de nombre de témoignages sous serment ou de récits d'anciens membres.

Ces deux organisations existaient et existent pour aider les gens. Mais elles ne peuvent exister sans le support et l'aide de ceux-ci. Aussi est-ce pour les appeler, leur demander d'aider Factnet, que j'écris aussi. C'est maintenant qu'il faut le faire.

La scientologie a engrangé des millions de dollars; c'est une organisation internationale, disposant de centaines de membres du personnel, qui peut s'offrir le luxe de faire durer les procès indéfiniment, grâce aux énormes quantités d'argent tirées des cours et auditions excessivement chers qu'elle délivre. "Une vie ne suffira pas à gagner un procès contre la scientologie", se vanta David Miscavige [patron de la secte] en 1994, lors de l'une des réunions de l'assemblée internationale des scientologues. Mais quelle religion est-ce là?

Mon Passé sur ARS (Alt.religion.scientology)[groupe de discussion sur Internet - un 'newsgroup' extrèmement actif - parfois 400 messages dans la journée: on y trouve les meilleurs spécialistes et les meilleurs liens contre les activités criminelles de la sciento]
 

"Mon Histoire" s'achevait sur un "glorieux coucher de soleil et une vie merveilleuse" - du fait de ma stupidité monumentale ! Mais c'était un soleil de pacotille, un soleil d'acier trempé, j'ai foncé tête baissée dedans. Ceci raconte comment mon histoire s'est finie... Ce n'est pas une lecture pour vous endormir. Ca fait mal. Ca vous rendra probablement malade.

Contexte
J'ai écrit "mon histoire", puis j'ai pris le large, puis j'ai collé à "alt.religion.scientology" - A.R.S - pendant quelques temps, heureuse d'avoir l'occasion d'exprimer mes opinions, de parler à des gens. A.R.S est vraiment capital pour moi. Je suis là-bas, en Afrique du Sud; il n'y a aucun groupe d'assistance, ni endroits où croiser des gens ayant vécu les mêmes expériences. Comme j'étais vraiment seule, il se peut qu'ARS ait trop pris de place dans mon existence : c'était mon seul support disponible. Désormais, et comme vous allez le découvrir, je me suis coupée du monde, des individus et des groupes de ce conflit, et de toute forme de support : je préfère le vivre seule.

A cette époque, c'était encore bien agréable d'aller sur ARS, pour un ex-scientologue ayant fraîchement abandonné la secte. Tel que je le vois maintenant, je ne le recommanderais pas aux vulnérables, sinon pour y jeter quelques coups d'oeil... Des abîmes d'incompréhension se sont creusés entre les critiques: certains sont dans le groupe uniquement en raison de la menace qui pèse sur Internet, d'autres sont d'anciens de la secte, l'ayant quittée pour diverses raisons. Pour quelqu'un qui n'a pas dû subir des procédés d'altération mentale, pas moyen de comprendre d'où reviennent ceux qui y ont passé. Ils ne peuvent saisir le handicap que charrient ces gens en leurs tréfonds, handicap qui s'expose parfois par leur comportement. Vous ne pouvez comprendre qu'après l'avoir vécu. Il arrive alors que des critiques blessent (je crois, sans le faire exprès), d'anciens membres de la secte, en disant à quel point ces gens étaient stupides de faire ce qu'ils ont fait - ce qui ne fait qu'empirer la blessure, et rendre plus difficile encore leur intégration dans la société.

Ceci a quand-même un aspect positif: les critiques sont insensibles aux techniques instillant crainte et remords aux anciens membres. Ils ne s'occupent pas des mêmes phénomènes. Ils sont immunisés, puisqu'on ne les a pas dabord conditionnés. La seule chose qui les fait agir, c'est l'ensemble des tactiques scientologues nommées "l'agent mort": c'est lorsque la secte attaque la personnalité des anciens. Ceci a souvent réussi à faire quitter le groupe à des anciens. ARS n'est donc pas un endroit agréable pour un ex-membre, qui n'a pas déjà fait un bon bout de chemin vers la guérison, ou qui souffre facilement: pour celui-là, ARS  n'est plus  un groupe de support.

LES RAIDS

J'ai été outrée par le raid perpétré par la scientologie sur Arnie Lerma, l'un des directeurs de Factnet ayant posté les infâmes documents Fishman sur Internet alors qu'ils étaient encore accessibles au puiblic dans un dossier de justice. Je l'étais tout autant par le raid envers Dennis Erlich, et n'aurais pas imaginé que la sciento réïtère! Mais elle l'a fait. Sur Arnie. Soi-disant parce que Fishman avait été le premier a obtenir ces niveaux OT (les matériaux supérieurs de la scientologie, confidentiels, très explosifs, et correspondant à des procédés horriblement coûteux): ils étaient compris dans les dossiers de procès (les gens ont un peu trop tendance à oublier que c'est Fishman qui parvint le premier à ce résultat, quand ils le critiquent si violemment). La sciento criait à la violation de copyrights... Tout l'historique de l'affaire est abondamment documenté sur le web (y compris en français sur la page, ndt).

Je ne pouvais le croire. C'était l'apartheid Sud-Africain importé aux Etats-Unis. La police pouvait raider votre maison, fouiller toutes vos affaires, tout fiche en l'air comme ça lui plaisait, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, pour un soi-disant "état d'urgence"? Tout ça pour une affaire de "violation de copyrights?" C'était pour le moins outrageux. Dans mon pays, on considère l'Amérique comme un symbole d'espoir, de liberté, comme un modèle. (Bien sûr, toute cette liberté n'est venue qu'après qu'ils aient colonisé le pays à coups de bottes sur les têtes des indiens américains, et qu'ils soient prèts à faire de même chez les noirs américains: ça me trouble pas mal, voyez? Mais je digresse.)

Et bien qu'une telle chose ne se soit jamais produite dans mon pays, je me sentis personnellement poussée à m'opposer à ce simulacre de justice et de liberté, basé sur une histoire ignoble. Et si le monde soi-disant libre commençait à donner dans ce genre de choses,  c'est que le monde entier allait de travers. Bon Dieu, pas en Amérique! Et ils ne faisaient que commencer, mais je l'ignorais à l'époque.

FACTNET

Bob Penny et moi avions discuté de Factnet, entre autres choses.  Factnet, c'est une librairie électronique, disposant de matériaux sur diverses sectes, y compris la scientologie. C'est Lawrence Wollersheim qui l'a démarrée: il en est le directeur exécutif, et Bob Penny était également directeur alors.

C'est à cette époque que Bob m'invita à rejoindre le Conseil de Direction; j'y fus élue. L'idée, c'est que je devais venir, prendre mon temps, prendre la température des choses, les saisir, et définir mon propre rôle au bout d'un moment. Cette idée de librairie électronique sur la psychologie coercitive me plaisait tout à fait, ainsi que la recherche, et cette opportunité unique de participer à l'examen analytique de tout ce phénomène sectaire. Je savais que la psychologie coercitive s'étend jusques aux groupes politiques, aux affaires, etc. C'est si vaste! C'est quelque chose que je ne comrpenais pas encore, si bien que documentation et recherche étaient vraiment l'idéal.  Je savais que Bob souffrait de sclérose en plaques, et qu'il avait besoin d'aide pour publier et pour d'autres choses, et j'arrivai donc très humblement au Conseil de Direction. Bob et moi, on conversait un jour, et le courrier cessa d'arriver, d'un coup! J'ai eu des frissons dans le dos... la nouvelle est tombée: Bob et Lawrence avaient été RAIDES! C'était DINGUE! Les autorités étaient-elles devenues folles? J'étais tout à fait coupée, je ne pouvais même pas les atteindre au téléphone, j'ignorais ce qui se passait. J'ai décidé de foncer et d'atteindre le maximum possible de gens pour leur faire savoir ce qui se passait, et mon unique véhicule, d'ici dans le "bush sud-africain", c'était ARS.  J'ai posté le communiqué de presse sur lequel nous avions travaillé avec Lawrence et Bob, en avance - j'ignorais tout à fait quand j'entendrais de nouveau parler d'eux. J'en étais malade pour Bob et sa maladie, me demandant ce que ces tactiques gestapistes donneraient sur sa santé.

Cela m'a catapultée dans un rôle de chef auquel je n'étais pas du tout prète à répondre. Mais il ne restait plus que moi pour parler; j'ai fermé les yeux, j'ai plongé, et espéré que tout se passerait bien. N'espérez jamais que tout ira bien. Le résultat?  comme j'étais seule dans mon coin, que je devais me fier à des gens qui me relayaient des nouvelles, que le décalage horaire rendait certaines "nouvelles" déjà démodées quand je les recevais, j'ai fini noyée sous le courrier électronique. Parfois 100 à 250 par jour, il fallait que je reste au travail pour m'en occuper après les heures,  parfois jusqu'à minuit. Je n'ai pas d'ordinateur chez moi: peu de sud-africains peuvent s'offrir ce luxe, et celui que j'utilisais était à une demi-heure en voiture de la maison. Vous verrez l'importance un peu plus loin.

C'était un peu comme revenir sur le staff dans une org! Ca me plaisait, de parler aux gens, de les aider... mais je n'étais pas en position de répondre aux demandes importantes sur la finance, la situation légale, je n'y connaissais carrément rien.  Et le volume des affaires me submergeait. De surcroît, j'ignorais qu'être directeur de Factnet me plaçait au rang des cibles d'OSA (Office des Affaires Spéciales, les services secrets de la secte, ndt). Diverses identités d'OSA ont commencé à me jauger dans des courriers privés.  Je lisais les trucs. Et ça me faisait mal. Ca me faisait SACREMENT mal. Là où ça n'aurait pas effleuré la peau de quelqu'un n'ayant jamais été conditionné par les vues de scientologie, ça me remuait au plus profond, sur ce qui restait de ma programmation scientologique.

MENACE DE BOMBE

La semaine précédent la menace de bombe reçue par téléphone par Malcolm Nothling (un type qui combat la secte, vit en Afrique du Sud, mais n'est pas sur Internet), j'avais déjà commencé à me sentir écartelée, stressée. J'avais un tas de courriers venant de divers posteurs que je croyais scientologues, et/ou faisant partie d'OSA, qui cherchaient à réactiver des choses que je croyais disparues en moi. "Pourquoi attaques-tu quelque chose qui donne la liberté spirituelle?" C'était un des courriers. J'avais analysé les courriers d'Andrew Milne (à cette époque, c'était le seul représentant "officiel" de la sciento sur ARS), pour avoir une idée de ce qu'ils chercheraient à faire, et pour contrer les mensonges qu'ils font.

Mais ces satanés trucs m'affectaient. La distance géographique était vraiment sensible. Je m'inquiétais de ce que Milne disait quant aux relations de Bob Penny avec Willis Carto. Je titubais là-dedans. Je ne pensais pas pouvoir en parler à d'autres, car ils étaient tout autant sous pression que moi. En fait, ils en subissaient encore bien plus et n'avaient nul besoin de mes pleurnicheries ou de mes larmoiements.

J'ai quand-même reconnu la fragilité de mon état d'esprit, et j'ai réfléchi un moment à la façon de me retirer du conflit.

Puis il y a eu la scène sud-africaine. Pffft. Ca me faisait trop de batailles à mener de front. Bon; et puis Malcolm et moi, on était méfiants: il croyait que j'espionnais à leur solde... un espion, dans "leur" langage d'OSA, c'est quelqu'un, un staff, un adepte convaincu, qui recueille des tuyaux quelque part pour atteindre des cibles définies par la sciento, afin de les leur passer; car pour qu'OSA puisse faire ses enquètes, ses investissements, il se sert d'une série d'adeptes qu'il peut gaspiller... A une période, ça m'ennuyait qu'il ait eu des relations avec la police et la SADF - la SADF, c'est l'armée qui garde l'apartheid en place: tous les mâles blancs se sentent forcés d'y passer.

Donc, Malcolm et moi ne nous entendions pas trop bien. Il n'a même pas su que j'étais devenue directeur de Factnet avant longtemps. Et n'avait pas la moindre idée de l'importance que j'avais sur le net à cette époque. J'avais essayé de le lui dire, mais il ne pouvait comprendre; en fait, c'est impossible tant qu'on ne l'a pas vécu.

J'avais une semaine de congé pour formation devant moi, pour un examen de politique internationale. Puisque je n'avais pas d'ordinateur chez moi, ça me donnait l'interruption dont j'avais besoin. Malcolm m'appela alors, en me parlant de la menace de bombe. Il avait reçu un appel de quelqu'un à l'accent zimbabwéen, qui lui avait dit qu'en raison du cas Gerry Armstrong, une org de scientologie allait prendre une bombe. Il a demandé à Malcolm s'il voulait faire partie de l'opération, puisqu'il s'y connaissait en explosifs.

J'ai immédiatement dit à Malcolm que ça ressemblait à une machination d'OSA, mais lui, il était convaincu que c'était vrai, que ça allait arriver, et il ne tenait guère à se faire avoir si ça avait lieu: est-ce que je voulais bien poster ça sur le net, et dire qu'il se dissociait de cette affaire? J'hésitais, sachant les effets que ça pourrait avoir sur le scénario de Factnet, mais il fallait aussi que je l'aide, car il était resté seul en Afrique du Sud sept années durant, l'enfer, et son procès qui ne passait jamais, suite à notre invraisemblable système juridique. On a discuté, on s'est disputés, il m'a demandé alors pourquoi j'étais dans la bataille, mes motifs, il disait que je ferais mieux de laisser tomber un moment si j'avais encore quelque sens de la dignité, et je pensais aux messages de Milne qui m'affectaient... à quel point j'en avais assez, mais l'appel téléphonique durait longtemps, peut-être deux heures, c'était de nuit, et j'ai tourné en rond jusqu'à ce qu'il suggère que je poste le message et que je résigne de mon poste en même temps. C'est lui qui suggéra que j'agisse en même temps des deux côtés.  J'étais en pleine confusion, ne pouvant comprendre pourquoi mon propre camp me rejetait; j'ai commencé à croire qu'IL travaillait peut-être pour l'église, et là, mon vieux, je me suis enfoncée dans le ridicule. Le lendemain matin, plutôt que discuter avec Bob, ce qui aurait été la chose logique à faire, j'ai simplement posté le message.

Ce n'est qu'après avoir fait la paix avec Malcolm que j'ai découvert que s'il avait agi de la sorte, c'est qu'il sinquiétait pour moi. Il ne tenait pas à ce que j'en prenne plein la figure et conaissait bien mieux que moi les pièges. Je pense que je croyais que tout ceci n'était qu'un jeu, sans me rendre compte de ce qui se passait.  Son idée, c'était que j'arrange mon existence, que je sorte de la jungle. Il n'est pas seul à m'avoir avertie: Dennis Ehrlich l'avait également fait dès le début: il valait mieux que je ne devienne pas la "gamine qui poste" sur A.R.S.  Tous deux voyaient pour moi, je suppose, les risques que ce conditionnement puisse entraîner des dégâts pires que les critiques ou moi-même n' imaginions.

Mais je n'ai rien vu. Et j'ai posté le message. Et j'ai eu une sale impression: quelque chose allait se passer; j'ai commencé à réssembler quelques éléments de similitudes entre les stuctures politico-légales d' Hitler et de Hubbard - une idée sur laquelle je travaillais depuis un moment, mais je n'avais pas le temps de faire un travail complet: je ne fis que les bases et les expédiais à Bob. Lawrence et Boc me demandèrent de reconsidérer ma démission, je leur répondis qu'il me fallait un peu de temps pour y voir clair. Malcolm ayant aussi sur le dos cette affaire de bombe qu'il prenait au sérieux : j'ai moi aussi commencé à la prendre au sérieux. Je supposais que puisqu'il avait tant d'expérience dans le combat contre la scientologie, et moi si peu, que sa parole comptait. Je préférais son jugement au mien. C'est lui qui avait reçu l'appel, pas moi.

Nous avons fait la même erreur ici, lui et moi; ce fut ma première erreur.

J'ai ensuite fait une chose vraiment idiote. Je ne la pensais pas stupide à l'époque, bien sûr. J'ai téléphoné à David, de l'OSA (services secrets sciento, ndt) et lui ai dit que j'abandonnais la bataille. J'avais espéré qu'en lui disant, on me ficherait la paix, et que le danger encouru pour ma santé mentale serait éloigné, parce que je croyais ce qu'ils m'avaient dit: qu'ils n'attaquaient pas les premiers.  Il m'a demandé de mettre ça par écrit et de le  lui faxer, ce que j'ai fait. OUI, j'ai fait cette idiotie.  Le fax était plein d'excuses et de culpabilité, d'inquiétude quant à ce que je considérais haineux sur Internet.

J'étais cru que c'était fini. Mon Dieu, mon Dieu! Si seulement - si seulement ils avaient pu arrêter là! Mais non, je m'y étais engagée moi-même - il fallait que je fasse tout le chemin. Pour être tout à fait honnète vis à vis de David, j'avais émaillé mon texte de signaux - je n'aimais pas la dureté d'Internet, les invectives contre les scientologues - un peu comme si j'avais encore été scientologue moi-même.  Je croyais vraiment qu'ils pourraient alléger ça - qu'il y avait moyen de s'en sortir. Mais pour un membre d'OSA entraîné à la Sea Org, ça lui laissait penser que j'étais en train de faire les étapes A à E [étapes que les personnes déclarées suppressives indésirables par la secte doivent faire pour revenir dans la secte, et se faire en quelque sorte pardonner, ndt]:  l'une des étapes est : donner un coup aux ennemis du groupe (les critiques de la sciento), sans s'inquiéter du risque encouru...J'avais oublié ça - une crétinerie, mais une monumentale crétinerie de ma part.

C'est à ce moment-là que j'ai tout laissé tomber. Etre idiote au point de faire des avances à OSA, j'aurais vraiment dû savoir ça, j'aurais dû. Je n'ai aucune excuse. Je n'avais aucunmeent l'intention de trahir qui que ce soit; je voulais juste filer, car je me savais trop mal remise de mes problèmes, mon endoctrination dans la secte était trop récente, moins d'un an - j' avais été dedans pendant quatre ans. Je voulais simplement qu'OSA sache que j'étais hors de l'affaire, et qu'ils me laissent tranquille. J'avais encore peur d'eux, à cause de l'endoctrination, peur qu'ils aient encore du pouvoir sur moi, alors qu'un critique (qui ne serait pas passé en sciento, ndt) leur aurait ri au nez.

LE VENTRE DE LA BETE

Le 17 Octobre 1995, j'avais commencé mes vacances, je me préparais à l'examen, il y avait de quoi faire: réviser un an en une semaine... j'avais passé les deux derniers mois à m'occuper de Factnet.

Vers 17h25, on frappe fort à la porte de mon appartement. J'avais quelqu'un avec moi, des gens qui étaient là depuis pas mal de temps, car je les avais invités à rester là pendant qu'ils étaient malades; ils avaient besoin de moi pour prendre soin d'eux. Ca frappe, quelqu'un essaie d'entrer; puis je vois David passer vers les autres appartements, demandant aux voisins où j'étais. Zut, c'était LUI. Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire là?  Je croyais qu'être à Cape Town, au bout du monde, ça suffirait à me protéger, puisque OSA Afrique est à Johannesburg.

Je ne voulais pas que mes invités sachent l'affaire, ça aurait pu les tuer. Il fallait que je les protège des types d'OSA. J'ai donc ouvert et suis sortie avec David quand il a cogné de nouveau à ma porte. Je lui ai demandé ce qu'il voulait, il a dit qu'il voulait seulement discuter avec moi, qu'il était venu en Mission depuis Johannesburg, qu'il en profitait pour passer me dire bonjour. Je me méfiais, je lui ai dit que j'avais à faire; qu'il revienne plus tard. Il ne voulait pas, mais à dit daccord, qu'on avait qu'à aller manger quelque part. Ce n'était sûrement pas mon idée, mais je ne voulais pas le contrer et qu'il fasse une histoire, qui aurait perturbé mes invités.

Je suis rentrée; que faire? j'hésitais... Je savais que j'avais besoin d'aide, je ne serais pas fichue de me débarrasser de lui. J'ai donc appelé Malcolm: il n'était pas là, je n'ai pas laissé de message sur son répondeur; je ne pensais pas, vu notre dernière conversation, que je pourrais vraiment me fier à lui. J'ai essayé d'appeler Lawrence aux USA, pas là non plus - sale quart d'heure. De là-bas, qu'est-ce qu'il aurait pu faire, de toute façon? Ce n'était pas son pays. Des lois différentes, conditions différentes - tout. C'est là que j'ai réalisé à quel point le monde virtuel du cyberespace était artificiel: vous avez l'impression d'être relié au monde, mais ce n'est pas vraiment le cas. Quand les ennuis arrivent, c'est vous qui les avez.  Pas de réseau d'aide dans les parages, en dehors de Malcolm, et même lui était absent. J'étais seule, et j'essayais de protéger mes malades.

Bien sûr, pas non plus d'ordinateur chez moi - pas moyen d'envoyer un e-mail. Pas moyen non plus d'aller au travail et de laisser les malades chez moi.

J'ai donc appelé la police, leur ai expliqué que quelque chose me gènait, quelque chose dont je ne voulais pas parler, est-ce qu'ils ne pourraient pas venir faire un saut, surveiller? Ca me gènait de l'avoir fait, car la police me rend nerveuse, je savais que David serait en rogne, mais je pensais que la présence de la police  indiquerait à David que je ne voulais pas de contact avec lui, qu'il n'avait qu'à partir, et qu'il s'en irait pour éviter des ennuis avec la scientologie.

Ils ne sont jamais venus. JAMAIS, JAMAIS. Ca arrive souvent, car ils sont trop peu nombreux, ils n'arrivent pas à faire face aux crimes, dont le nombre ne cesse de grimper - Johannesbourg aurait le plus  grand nombre de crimes du monde! Pire que Mexico, qui est pourtant énorme, par comparaison. Cape Town n'est quand-même pas à ce point. Les gangs... les vigiles abattant les dealers, et faisant la loi, puisque la loi n'agit pas. Le Ministre de la Justice contraint à se cacher, par crainte pour sa vie - alors, si la police n'arrive même plus à protéger un Ministre! Tout ce pays est dingo et baigne dans le sang. Tout le monde voudrait faire sauter la tête à tout le monde, ou mettre le feu chez lui : pas de protection de la police; ou seulement si vous avez de la chance. Mais je digresse encore.

Pas de chance, mon histoire ne les intéressait pas; ils ne sont pas venus, David est revenu; j'étais terrifiée, j'attendais toujours la police, mais rien... Il fallait donc que je m'occuppe de ça, moi seule. La personne avec moi se demandait ce qui se passait, je lui ai dit de ne pas s'iunquiéter, que je sortais manger, que je rentrais une heure plus tard. Je suis sortie avec lui. Je voulais juste l'éloigner d'eux. Je voulais prendre ma voiture, mais il a insisté pour prendre la sienne, j'ai fini par y aller, malgré mon pressentiment. Même alors, je répondais à son contrôle comme une imbécile; je lui donnais un pouvoir auquel il n'avait aucun droit. Le conditionnement tournait à plein. Aussi simple que ça.

"Ma voiture.
"Non, la mienne.
"Bon, okay. "

Une fois en voiture, il dit qu'on ferait mieux d'aller à son hotel, le Woodstock Holiday Inn, pour manger, puisque ce serait plus facile - au cas où quelqu'un voudrait me voir. Ca m'a encore refroidi. "QUI?" Il a ri et m'a dit, t'inquiètes pas, pas de problème! J'avais le coeur dans l'estomac. D'un côté, je savais, d'un autre, je m'y refusais; j'essayais seulement de faire de mon mieux. Je me disais que si j'avais réussi une fois, je pouvais encore réussir, tant que je m'en tenais à mes points de vue, je pourrais manier ça.

Quand il a parlé de "quelqu'un d'autre", je voulais lui dire d'arrèter la voiture; mais je ne l'ai pas dit. Je n'étais plus adulte; j'étais redevenue une misérable gamine, à ce moment.

On est entrés dans la chambre d'hotel. Il y avait quelqu'un d'autre: Anne - David  me l'a présentée, elle était d'OSA Int - je n'ai pas compris son nom de famille. Ils ont commandé à manger, je ne voulais rien (manger, c'est vraiment la dernière chose dont j'avais envie); ils étaient très amicaux.  Moi, méfiante. David m'a tendu le Fax que j'avais envoyé, et m'a dit qu'il était là puisque je voulais tout arranger. J'ai répondu que ce n'était pas du tout ça que voulait dire le fax.

Ils m'ont demandé pourquoi j'avais quitté Factnet; j'ai dit que j'avais besoin d'espace, de temps. Non, ont-ils répondu: c'est simplement parce que j'étais quelqu'un de bien, que je SAVAIS que j'attaquais une chose fournissant la liberté spirituelle.  Mon Dieu! Rebelote. Je me sentis immédiatement coupable. Je m'arrangeai pour bien faire pénétrer le fait que je ne croyais pas que la sciento puisse donner la liberté spirituelle, mais que je pouvais leur concéder qu'elle leur donnait peut-être ça, à eux. David amena sur le tapis mon appréciation de l'audition, me demanda comment je pouvais réconcilier ces deux choses: attaquer et aimer l'audition.

Il me parla de "mon ARC vraiment fort", de ma décence, et il me dit qu'il savait que la haine sur Internet me dérangeait. C'était vrai. Je me sentais coupable de cette haine, puisque j'avais mené la campagne d'outrage à la suite des raids contre Factnet. Même lorsque je demandais que les gens soient plus compréhensifs et montrent davantage de compassion, je lisais des messages haineux et coléreux. Je ne pouvais m'empècher de  voir les scientos comme des gens - c'étaient des gens, même s'ils avaient tort, je n'aimais pas du tout qu'on leur balance des insultes et des commentaires cruels. J'oubliais qu'ils sont immunisés contre la plupart de ces insultes. Les gens d'OSA sont immunisés. Mais pas le public ordinaire de la secte. Ce sont des gens ordinaires, avec leurs pensées, leurs douleurs, leurs espoirs et leur sensibilité à la douleur.  Bien sûr qu'on les propulse dans toute une série de cours et de procédés destinés à altérer le mental, et que tout ça finit par leur ôter ces choses humaines, mais souvent, les procédés ne sont pas achevés, si bien qu'en les insultant, les gens s'en prennent à ce qui reste d'humain en eux-mêmes et les poussent encore plus en scientologie, car les critiques correspondent alors à la description qu'Hubbard fit des "suppressifs". Nombre d'anciens scientologues ne seront pas daccord avec moi à ce sujet, mais je continue malgré tout à condamner la haine envers les scientologues. De la même façon que je continue à condamner la suppression de la critique rationnelle.

Je me sentais donc très coupable. Ils se décrivaient très blessés par les attaques envers leur spiritualité, ça me rendait malade, car j'avais toujours vivement défendu la liberté de religion et le droit de croire ce qu'on veut en cette matière. Alors, ils se sont bien jetés sur cette faiblesse. Ils en appelèrent à ma décence, à ma croyance en Dieu, à ma compassion. Pfff. Je n'avais que mépris pour moi-même. ( ils enfonçaient le bouton numéro un: la liberté de religion; je ne le savais pas, à cette époque!)

Ils ont commencé à me parler des droits d'auteur, de Factnet, puis ont rappelé les liens entre Arnie Lerma et Willis Carto. Comment pouvais-je supporter quelqu'un lié aux suprématistes blancs? J'ai répondu que ne connaissant pas Arnie, ayant seulement correspondu avec lui, j'en étais venu à l'aimer en tant qu'être. Ils dirent qu'on pouvait facilement se tromper sur le compte de quelqu'un qu'on ne connaissait que par courrier électronique - est-ce que ça ne me dérangeait pas qu'il soit copain avec un suprématiste? (Bouton numéro deux enfoncé: je déteste les supématistes car j'ai passé ma vie sous ce régime, et que je n'ai cessé d'en voir les actions brutales et cruelles). J'ai admis que ça m'ennuyait. Puis ils m'ont demandé si je connaissais Robert Vaughn Young - RVY - qui avait aussi des liens avec Carto.

J'ai ri et dit que c'était faux, car si RVY avait rencontré Carto une fois, pour comprendre les relations scientologie/nazisme, il en avait fait un article sur Internet. Ils ont laissé tomber RVY, et sont revenus sur Arnie. Ils m'ont demandé si j'avais jamais questionné Arnie à propos de Carto, ce que j'avais fait, sans obtenir toutes les réponses. Ils ont bondi sur la question pour en savoir plus.

Les gens savaient que je suis particulièrement anti-raciste. Arnie ne voulait sûrement pas trop discuter la question avec moi, ont-ils dit. Et ils ont brodé sur le fait qu'Arnie et moi avions bataillé contre l'idéologie scientologue... ils sont partis sur l'idéologie au lieu de parler des personnalités... c'est la technique classique de l'Agent Mort, chez eux.

J'ai continué comme ça, avec la tête qui tournait, et ceux-là qui continuaient à me harceler sur ma culpabilité quant à "la liberté spirituelle". C'est ça qui a marché. Je me sentais trop mal d'avoir attqué la "liberté spirituelle" - j'en ai perdu le sens de ce que signifie "attaquer". Il ne s'agissait que de critique, c''est tout - mais je ne voyais rien, aveuglée par ma culpabilité.

Ils voulaient que j'écrive une confession sur la façon dont j'avais reçu les documents  Fishman par Arnie et les avais transmis à Malcolm. J'ai refusé, disant que je ne voulais pas trahir les amis; et que j'étais prète à faire ce qu'ils voulaient, puisque j'admettais avoir tort d'avoir transmis les matériaux, alors que les scientologues les jugeaient sacrés, même n'étant pas, moi, daccord sur cette qualification de "sacré": je les trouvais en réalité malfaisants, mais eux les considéraient sacrés, si bien qu'ils pouvaient me punir, eux, mais pas mes amis.

Mais je n'ai pas pu me tenir à cette opinion.

C'était 3 h du matin, j'étais fatiguée, je voulais partir, et ils ont dit "Est-ce que tu protégerais Wollersheim lorsqu'il attaque la religion que nous voulons? Wollersheim attaque NOS droits de religion, et tu le protégerais?" Je ne pensais plus convenablement, j'ai demandé qu'ils me laissent du temps pour y penser, mais ils continuaient, ils continuaient. C'est alors qu'il m'est arrivé quelque chose, quelque chose que je ne comprends toujours pas. Si vous n'avez jamais passé dans une secte, vous ne comprendrez pas non plus.  Mais j'ai viré. Viré. J'étais brusquement de retour en salle de cours, en train de faire le cours "Clés de la Vie", endoctriné sur l'éthique; on me disait à quel point c'est terrible d'attaquer la sciento. J'étais retournée dans cet état de conscience bizarre, comme si la mémoire de tout ce que j'avais mal vécu en sciento avait disparu, c'est difficile à décrire; tout ce que je peux dire, c'est que mon état d'esprit a changé,  je ne saurais le faire partager. Je suis retournée dans la personnalité de la scientologue que j'avais été, pas à fond, mais quand-même prète à payer les dégâts causés - n'importe quoi, pourvu que ça stoppe la culpabilité.

J'ai vu ça par leurs yeux, et j'ai fait une courte confession écrite disant comment j'avais reçu les documents de Fishman, et comment je les avais transmis à Malcolm. J'ai dit que j'ignorais si Malcolm les avait reçus.

Ils m'ont félicitée d'avoir fait ce qu'il fallait; David parlait de l'admiration pour "mon courage et ma confrontation" et ils me récompensèrent par de l'affection. J'étais trop épuisée, je voulais rentrer chez moi, ils m'ont ramenée. A 4 heures du matin. J'ai vomi en arrivant, et je me suis effondrée dans un genre de sommeil. La séance avait duré sans interruption de 19 h à trois heures et demie du matin.

Le lendemain, je me suis réveillée à 6 h, toute ma conscience différente, je pensais à étudier, je savais qu'ils reviendraient pour obtenir davantage, je savais avoir perdu tout contrôle avec cette confession, j'étais sous leur contrôle, désormais, mais je n'eus pas l'idée d'appeler qui que ce soit à l'aide.  J'aurais pu le faire, mais non. C'est encore quelque chose qu'un critique n'ayant pas passé en sciento ne peut comprendre: je me sentais reprise mentalement. J'étais de retour dans le truc mental, j'allais reprendre du service et me faire "corriger les pensées".

Je me sentais tout à fait seule, tous ces gens d'ARS n'étaient qu'illusion électronique, et l'OSA était la seule chose existant au monde.

Les gens chez moi s'étaient aperçus que quelque chose ne collait pas; je leur ai seulement dit de me laisser un peu de place, qu'il fallait que je me débrouille seule.

Je ne pouvais ni dormir, ni étudier. Epuisée, complètement sonnée, et ils sont revenus, vers 17 heures, ils voulaient entrer chez moi, mais j'ai refusé pour protéger mes amis; et parce que j'avais des disquettes, de la correspondance, des lettres, des tonnes de documentation privée qu'ils me persuaderaient peut-être de leur confier. C'est là que j'ai su que je n'avais pas tout relâché. Il restait quand-même une gardienne, tout au fond, qui savait que je ne pouvais me faire confiance, que je ne collais pas à mes décisions.

IL N'Y A PAS DE PISTOLET CHARGE ICI

Cette fois, ils avaient pris contact avec les gens des USA, ils avaient un série de questions dont ils m'ont mitraillée - "Qui est nobody@replay.com, SCAMIZDAT, Old Timer, Rogue Agent" et "Qu'est-ce que tu sais de Grady Ward, est-il Scamizdat, qui est derrière Wollersheim, qu'est-ce que je pouvais leur dire qui incriminerait Wollersheim, Steven Fishman, David Mayo, Homer Wilson Smith, Arnie, RVY, Ehrlich, Malcolm, Atack, Joe Harrington,  et d'autres" - pendant des heures et des heures. Je n'ai guère aidé, mais je leur donnais des réponses minimales.

Ils avaient préparé des déclarations qu'ils voulaient me faire signer, écrites selon mes aveux. Je crois qu'il y en avait trois en tout. J'ai dit "Non, je ne trahirai pas mes amis. " Ils ont rétorqué "Mais c'est déjà fait! Comment peux-tu t'en cacher, tu dois te faire voir - tu les as déjà trahis." (C'est vrai que comme j'avais craqué, je leur avais déjà dit des choses; bouton numéro trois: coupable de mon ingénuité première en tant que scientologue sur ARS - je leur donnais tous ces boutons à m'enfoncer, à chaque message sur Internet, ou dans le fax que je leur avais envoyé. J'ai réfléchi à tout ça, je me suis aperçu que c'est ça, la trahison, que j'avais trahi tout le monde. J'étais morte, j'ai signé vers 2h30 du matin, mais il n'y avait PAS de flingue chargé dans la chambre. Certains de mes amis m'ont dit "Mais comment as-tu pu signer, s'il n'y avait pas de menace physique envers toi? Tout cela me paraît vrai,  maintenant; je n'aurais pas signé quelque chose que je ne croyais pas vrai, mais j'en étais à croire que c'était vrai. C'est ce que mes amis ne peuvent pas comprendre, ce fait que j'y croyais.

Fatiguée, confondue, coupable, effrayée - rien de cela n'excuse ce que j'ai fait: c'était bien ma signature, là en bas. Pas la leur. Ils m'ont demandé de leur donner mon e-mail, j'ai dabord refusé, ils m'ont ramenée chez moi, je me suis encore effondrée. Ca durait depuis la veille au soir, il était 3 h 1/4 du matin.

LA MENACE DE BOMBE - REBELOTE

Jusque là, on n'avait pas parlé de la menace de bombe. Le lendemain, ils sont revenus me voir dans l'après-midi; et les questions ont repris. Qui était SCAMIZDAT, et sur Wollersheim, Gerry Armstrong, Malcolm... et ils m'enregistraient au magnéto, cette fois. Je n'étais pas daccord, mais ils ne se sont pas génés: virtuellement, plus de résistance de ma part. Ils ont donc des heures et des heures de bande où je coopère amicalement. J'étais devenue un de leurs agents.  Pas à fond, mais il y avait une ligne que je me préparais à franchir.

Ils voulaient mon e-mail, je leur ai donné. J'avais des disquettes quelque part, qu'ils n'ont jamais eues: elles sont maintenant détruites. Je les ramenais chez moi après le travail, j'y copiais certains des courriers, mais rien de bien confidentiel qu'ils ne sachent déjà. La charte de Factnet en faisait partie, mais elle était déjà publiée, ainsi que leur demande pour devenir association sans but lucratif.

Il y avait quelques courriers Factnet sur les disquettes. Rien de vraiment important pour eux. Ils savaient que je ne leur donnais que de petits bouts, que je retenais encore des choses. Ils observaient mes "indicateurs" et je le savais. Je me savais déjà devenue traître, la lie de la planète, tout ce que j'imaginais pouvoir faire, c'était de faire semblant de coopérer, tout en leur en donnant le moins possible. Et avoir "l'air que tout va bien"...- les bons indicateurs. C'était trop tard, de toute façon. C'était fait.

Le lendemain, appel téléphonique du Lieutenant B. Posthumus (oui, oui - il s'appelle comme ça); il me questionna  sur la menace de bombe; j'ai eu peur, j'ai renaclé. ils savaient que je n'avais pas tout donné, que j'en avais encore des tonnes. Ils sont revenus tous les soirs, ils me questionnaient sur tout ce que j'avais fait dans la journée. Je leur ai dit qu'ils avaient eu ce qu'ils voulaient, mais ils disaient qu'ils n'avaient pas encore fini. Je leur ai donc dit que ce type avait appelé; et ils m'ont dit que c'était sûrement un des copains de Malcolm qui cherchait à me piéger. Il ne m'était pas du tout venu à l'idée que Malcolm ne sache rien de ce qui se passait: à cette étape, ils m'avaient montré des tas de matériaux "Agent Mort" sur Fishman, Erlich, RVY, Lawrence, Arnie, Joe H, etc...[matériaux disant du mal de ces ennemis de la secte, ndt]

J'ai commencé à avoir peur des relations de Malcolm dans la Police, j'étais terrifiée. J'avais des raisons de craindre la Police Sud-Africaine à qui j'avais déjà eu affaire. C'était vraiment idiot: j'avais aussi ma possibilité d'avoir la Police pour moi, mais j'en avais pris peur, je n'osais plus appeler à l'aide. Maintenant, c'est MOI qu'il fallait questionner: c'était moi, la coupable.

Ils ont appelé, puis ils ont changé de ton. Il fallait que je coopère avec le Lt, car il s'agissait d'une enquète d'Interpol sur la violence envers l'église. D'une conspiration véritable, et que cette menace intéressait Interpol. J'ai accepté de rencontrer le Lt le 24, pour quelques questions. Je lui ai demandé qui avait déclenché l'enquète, il s'agissait, d'après lui, de gens de Washington; j'ai demandé : "Interpol?" à quoi il m'a répondu oui. Il m'a posé toutes sortes de questions sur mes postages sur le net, pour savoir en quoi ça pourrait bien être lié à l'affaire de la bombe.  Il m'a aussi demandé si je pensais qu'il faille prendre ceci au sérieux, et pour être honnète, j'ai dit que non. Outre-mer, les critiques de la secte sont sûrement trop intelligents pour faire ça; ici, c'est une autre manche. C'est un pays très violent, on y règle ses comptes au fusil. On a continué l'entretien, je continuais à penser à Paulette Cooper, j'étais embétée, me demandant si quelque chose se tramait dans mon dos. Mais je ne voyais pas comment lier les choses.

Ces jours-là, entre le 17 et le 24 Octobre, j'essayais de repasser mon examen - il fallait que je le passe, j'avais dépensé de l'argent, je ne voulais pas le gaspiller ou perdre l'année entière. Et chaque jour, ils venaient, ils m'emmenaient au café, prenaient des photos de moi avec David, m'enregistraient sur cassette, tout cela amical. Ils m'ont posé des questions sur mon ex, puis sur mon "cas" de scientologue, sur ma vie sexuelle, et prenaient tout ça sur bande - les réponses devaient être assez bizarres, parfois.

Le 25 octobre, j'ai passé l'examen le matin, j'ignore comment, vraiment. A la fin, je tremblais comme une feuille; ils m'ont ramassée dès la sortie, m'ont emmenée dans un bistrot pour manger, puis à l'hôtel; ils avaient changé d'hotel pour se rapprocher de chez moi. Je leur ai dit que j'étais fatiguée, que je tremblais, que je voulais rentrer chez moi pour dormir, mais la Déclaration venait d'arriver d'OSA - Etats-Unis. C'est celle-là qu'ils ont ressortie plus tard. C'était terriblement long, bourré d'affirmations impensables, ça parlait de conspiration de tous les gens d' une liste, gens qui incitaient à la violence envers l'église, Malcolm était celui qui avait lancé l'opération et organisé la bombe, etc. Ca commençait à prendre forme, tout ça. J'ai dit: je ne peux pas signer ça, ce sont des mensonges, comment pouvez-vous me demander de signer des mensonges? et ils m'ont dit de barrer les parties que je refusais de signer, ce que j'ai fait: j'ai ôté la plupart des mensonges outrageux, mais je ne voulais toujours pas signer, et ils m'ont dit "mais tu sais que Factnet veut détruire la scientologie", et je commençais à les croire; et ils y revenaient, me faisant accepter telle ou telle partie de l'affaire. Je tremblais toujours, je voulais rentrer, mais il fallait que je signe, et ils me laisseraient partir.

Le lendemain, les revoilà, avec une version corrigée et retapée; ce que j'avais ôté avait disparu, et ils ont remis ça. Je ne voulais pas tout relire; ils disaient que j'avais déjà signé l'autre, que c'était plus clair ici, etc etc. J'ai signé sans trop relire. Jamais d'avocat durant ces séances, à aucun moment; j'ignorais même avoir  le droit d'en demander un. Ca peut sembler étrange à un américain , mais pas en Afrique du Sud. Sous l'apartheid, nous n'avons pas tellement de droits; ils surveillent; on ne sait jamais qui espionne pour le gouvernement, si c'est vos profs, vos amis... Le gouvernement peut faire ce qu'il veut, quand il  veut, comme il veut, même tuer, conspirer pour tuer... Tant que vous êtes "bon citoyen", bon. On est tous élevés comme ça - enfin, pas tous: certains de la minorité blanche s'endorment un peu trop vite sur leurs cocktails, dans leurs villas construites du sang des noirs africains du sud - hors de ce qui les entoure, eux; ils ne veulent pas savoir.

Et les "droits" - traîtez-nous d'idiots, on a bien 20 ans de retard sur le reste du monde sur des choses comme celles-là; je n'ai simplement jamais pensé que je pouvais avoir des droits en pareil cas. Pas non plus une excuse: un fait.

C'était fini. Mais ils ne voulaient pas s'en aller. Ils avaient le "Produit Fini", c'est à dire la déclaration qu'ils lâcheraient quelques jours plus tard sur le net; il leur avait fallu neuf jours pour l'avoir.

Ils étaient toujours très amicaux, enregistrant tout le temps, et je commençais à me sentir à l'aise avec eux.  Je leur ai dit de s'en aller, mais ils avaient reçu comme instruction de rester encore. Je ne pensais pas à ce qu'ils feraient de ma Déclaration: black out mental.

Ils savaient que j'avais encore une tonne de données que je ne voulais pas leur passer, et ils continuaient à essayer, essayer... je les ai aidés sur les copyrights, seulement sur les copyrights (c'est ainsi que je me justifiais de ce que je faisais), car c'était l'unique droit que je leur accordais. J'avais essayé de dévier tout le reste par rapport à la menace de bombe, quand j'avais vu ce qu'ils auraient pu faire de ma première déclaration, celle que j'avais toute raturée - avec l'aide d'Interpol : la déclaration aurait prouvé que tous ces gens étaient des terroristes internationaux, des criminels en puissance, complotant contre l'église.

Voilà encore quelque chose qui ferait bien rire un critique non sciento... mais pour moi, la menace était bien réelle: ils pouvaient vraiment réussir dans leurs desseins, il fallait que je les en empèche.

Je bloquais les choses, à cette étape; j'essayais de les voir à leur manière. Ils pensaient que ce serait une bonne idée de poster un message "Raisons pour lesquelles j'ai quitté Factnet" et quelques autres choses, en revenant au travail. Tous ces messages et cette histoire lamentable sont sur la page web de Tilman, y compris la déclaration, les réponses de Bob et Lawrence à la seconde déclaration (qui était encore à venir) et ma réfutation finale. La seconde déclaration n'est pas accessible sur le Net. J'ai fait en tout deux Déclarations côté scientologie, et une troisième pour réfuter les deux autres. Ce sont les seules.

REACTION DE LAWRENCE

Avant que je ne reprenne le travail, les avocats de Lawrence avaient reçu la Déclaration. Il m'appela. il me passa un de ces savons - autant vous dire que la conversation ne fut pas de tout repos.

Je lui dis qu'ils étaient toujours là, que je ne savais comment le contacter, que je me sentais complètement contrôlée. Je me souviens lui avoir dit "Ils sont TOUJOURS LA", comme s'il pouvait, lui, y faire quoi que ce soit, et il m'a répondu de ne pas "m'engager" avec eux, mais ce n'était vraiment vraiment pas  en rapport avec ce qui se passait. OSA était là, et personne d'autre, personne. Il me demanda d'arrèter 24 heures, de me retrouver moi-même, de réfléchir à ce que j'avais fait; il offrit de me trouver un avocat pour que je puisse dire que j'avais fait la Déclaration sous contrainte. Il m'a dit de le rappeller ensuite.

J'ai dabord pensé qu'aucun avocat ne m'aiderait, j'avais aussi imaginé disparaître de cette affaire, car il fallait encore faire face à OSA. Quand ils sont arrivés le soir, ils ont vu dans quel état j'étais, me sont rentrés dedans et n'ont eu aucun mal à me faire dire ce qui s'était passé avec Lawrence; tous bien sympathiques, et à quel point Lawrence était un salaud, etc... puis ils m'ont demandé d'appeler Lawrence dans les 24 heures, comme il me l'avait demandé, et de le piéger avec quelques questions, et de l'enregistrer sur cassette; j'ai refusé: j'étais écoeurée. Je me sentais complètement étrangère à tous, à tout, et dissociée de tout mon passé et des mes croyances antérieures sur la scientologie.

Bob m'a appelé la nuit suivante, je pouvais à peine lui parler, je ne faisais que pleurer, pleurer, pleurer, expliquer à quel point j'étais triste; et quelqu'un était chez lui pour l'aider, je savais ce que tout ça lui faisait, et il me demanda de voir un avocat : il était bien plus gentil que Lawrence; après son appel, j'ai pensé que je pouvais au moins faire quelque chose - il a mentionné la déclaration faite à son sujet, disant qu'elle était compétente, il a parlé des tentatives des scientologues pour lui ôter sa pension d'incapacité, je lui ai dit que je ne leur en parlerai jamais et que j'essaierai d'avoir un avocat le lendemain.

L'avocat m'a appelée, je me suis débrouillée pour le rencontrer, mais David a découvert ça pendant la séance; il m'a dit qu'il s'inquiétait vraiment pour moi, m'a demandé de cette fois lui faire vraiment confiance et de l'écouter, de ne pas parler à l'avocat choisi par Factnet, mais d'en trouver en un par moi-même - et de faire attendre le type - et que je ne devais pas leur faire confiance, que c'était un piège pour m'avoir, est-ce que par hasard je croyais vraiment que Lawrence et Bob veuilent réellement encore m'aider, maintenant? Non, ils seraient féroces, voudraient se venger, et m'avoir au tournant. "Vois un peu comme Lawrence était en colère, est-ce que tu crois qu'il t'aiderait, maintenant? C'est à ta peau qu'il en veut , oui. Et il se sert tout simplement de Bob, pour trouver un avocat et t'avoir..."

J'ai réalisé que c'était la première fois que j'étais impliquée dans une affaire légale, à part mon divorce, que je n'y connaissais strictement rien, que peut-être David avait raison. Je devrais avoir mon propre avocat.

J'ai téléphoné au gars, je l'ai décommandé. Et je suis retournée au travail dès le lendemain.

Une fille de chez l'avocat est venue à mon bureau pour me dire qu'elle m'amenait au Cabinet, mais je leur avais dit que je n'irais nulle part, et j'ai pris vraiment peur, pensé que les avocats allaient me kidnapper, l'OSA en avait parlé, et j'étais si horrifiée de la colère compréhensible de Lawrence que ça me flanquait une frousse terrible; ils m'avaient dit que Galen Kelly allait me kidnapper  (Je n'ai finalement découvert que longtemps après qui était Galen Kelly, au cours d'une de leurs séances à casser du sucre sur le dos des critiques). David montait la garde toute la journée, soi-disant pour empècher qu'on me kidnappe. Puis ils ont fabriqué une seconde Déclaration, impliquant Lawrence de menaces et de harassement, ainsi que les avocats. Je ne trouvais pas ça exact, j'étais terrifiée, dans la confusion, mais j'ai quand-même signé et réécrit une partie de l'ensemble, mais je commençais à être très en colère contre OSA, car la façon dont ils exploitaient ce filon devenait vraiment grossière. La colère de Lawrence était compréhensible - mais ils rabâchaient à l'idée d'avoir quelque chose à reprocher à Lawrence, sans même pouvoir me le cacher. Sans aucun doute, ils le haïssaient, il leur fallait le "rétrécir", ils pensaient qu'il était la personne la PLUS suppressive qui se soit jamais attaquée à eux; et moi, je me sentais devenue une putain.

La nouvelle tomba sur A.R.S. Ils avaient que je lisais leurs réactions, et les gens étaient outrés. Dennis me laminait carrément, nous avions déjà un passé pas clair (documenté dans 'Mon Histoire'); tout le monde - je les avais tous sur le dos - je savais bien que je ne l'avais pas volé, en partie, mais je n'arrivais pas à croire qu'ils puissent penser que j'avais toujours bossé pour OSA, je les avais crus amis, je croyais qu'ils me connaissaient, etc, ad nauseum.
Et OSA qui m'attendait juste après. Ils espéraient que la furie des gens d'A.R.S. finirait de me casser et me faire retourner ma veste, etleur faire donner toute l'information encore cachée. Mes affaires personnelles. Ce qu'ils voulaient savoir sur la vie des gens. L'obscène.

Et s'ils étaient sympas, prévenants! oh, comme tous ces sales types n'avaient jamais été vraiment mes amis, oui, c'est ce que je voyais. C'étaient des Suppressifs, contre-survie, vicieux - est-ce que je me rendais compte à quel point Dennis était vicieux? Oui, c'est ce que je voyais, en effet... A quel point il te fait du tort? et combien, ô combien tous ces gens doutaient de moi, en dehors de toute preuve?  Comment avaient-ils pu décider à ma place, sans même être de mon pays? Oui, je voyais bien... Je voyais bien plus encore: je voyais comment ces gens qui s'opposaient à la sciento pour cause d'usage de contrôle mental me déchiraient - tout cela ne collait pas du tout avec l'idée de ce qu'était ARS, et je m'aperçus que tout partait en lambeaux, tout, tout ce en quoi j'avais cru - un vrai film d'horreur.  Une foule en rage, malgré qu'il s'agisse d'une simple critique verbale violente, ce que cela sous-tendait ressemblait tant à la haine, la haine de certains sud-africains qui pendaient leurs semblables. Peut-être OSA avait-il tiré ça de mes dossiers de préclair, je ne me souviens pas si c'était sorti quand je faisais de la scientologie.

Soudain, Anne et David furent les seuls amis qui me restaient au monde, alors que toutes ces adresses électroniques ne faisaient qu'annoncer ce qui me serait arrivé si j'avais été là en chair et en os. Il y avait des exceptions. Patrick Jost, qui avait tout de suite compris, et tout pigé, et qui me défendait vigoureusement, qui se faisait démolir à cause de cette prise de position; et Joe Harrington. Et ceux qui étaient en colère ou bouleversés, mais qui avaient au moins idée que les gens suspendent leurs sentences tant qu'on n'aurait pas le fin mot de l'histoire, par exemple Sister Clara et Ron Newman. Mais la foule était frénétique, pas moyen de raisonner. Vous ne pouvez sûrement plus appeler à l'aide.

J'étais prète à sauter le pas, à les envoyer au diable, à me rendre, à donner à OSA  tout ce qu'ils voulaient avoir - croyez-moi, ça en faisait un paquet - j'étais prète à faire les étapes A à E, à redevenir scientologue, et tout et tout. Ils n'attendaient que ça, que je craque. Je n'avais pas assez confiance en qui que ce soit pour lui dire qu'OSA était là, à ma porte, pendant qu'ils me tombaient tous dessus. J'étais au coeur d'un cauchemar, j'essayais d'échapper au danger, mes jambes se refusaient à toute aide. Totale impuissance. Paralysie. Je ne pourrai jamais oublier ce cauchemar, que je ne souhaite pas à mon pire ennemi. Même pas à la foule, bien que ceci pourrait lui donner une vague idée de ce que c'est. Mais j'ai accepté le fait que la majorité des gens ne puisse comprendre le phénomène: ça ne sert à rien de vouloir l'expliquer.

J'ignore pourquoi je n'ai pas craqué, je ne sais pas; je croyais qu'OSA avait vraiment raison, en ce moment. Pourquoi ne pas tout leur donner? Pourquoi pas, toutes ces choses sur tous ces gens qui me tapaient dessus? Ils avaient raison sur tant de choses, pourquoi aurai-je une autre idée? Je croyais qu'ils avaient vraiment raison à propos des critiques, des suppressifs, de la haine, etc.

Puis Joe Harrington a dit:

"Kim, je t'aime".

Il savait bien que je l'avais trahi, il savait que je n'étais pas agent d'OSA, mais qu'il s'était passé quelque chose, et malgré tout ça, il m'a dit ça. C'est autour de cet axe-là que toute l'histoire évolua. "Kim, je t'aime!" - un cri par delà les océans, si fort, si proche, que lorsque je l'ai vu, ça m'a plaquée au sol, ça m'a tourneboulée, et "MON DIEU, MAIS QU'EST-CE QUE J'AI FAIT?"

Je me suis accrochée à ça, à ce tout petit bout de rien de santé mentale dans ce monde en explosion où j'avais plongé. Et je me suis accrochée à ce rien que Patrick avait toute de suite aperçu. Peu de gens me connaissaient alors assez pour savoir que je n'aurais pas fait ça de mon plein gré, et que je n'avais jamais été un agent d'OSA.

J'ai su alors comment me débarrasser d'OSA, puis filer réfuter mes déclarations, mais je ne pouvais le faire tant qu'ils étaient sur place. J'avais intérêt à ce que mes "indicateurs" soient bien en place, à me débarrasser d'eux vite fait, à continuer à paraître amicale. Je ne voyais pas d'autre méthode. Je ne pouvais toujours pas demander de l'aide à quiconque, mais Joe m'avait redonné la force. Et Patrick. Et d'autres, qui resteront sans nom, pour leur protection.

J'ai alors eu une menace de mort téléphonqiue venant des Etats-Unis (celui qui appelait avait en tout cas l'accent US), me disant de ne pas rétracter ma déclaration. Je ne sais qui c'est. Ils disaient que j'allais avoir besoin d'un avocat, qu'ils m'en donneraient un gratis, puisque je les avais aidés, même si je ne revenais pas. J'ai refusé. Je savais que si je rentrais dans cette combine c'en était fini, je ne pourrais plus jamais en sortir. J'ai décidé de faire comme moi. Ils m'ont donné le nom de l'avocat, mais j'ai répondu que je n'en avais pas encore besoin, mais que je l'appellerais si nécessaire. Ils ne pouvaient simplement plus se servir de moi.

Je n'ai jamais appelé. Puis, au bout de cinq semaines qu'ils avaient passé à Capetwon, ils sont repartis; je n'ai pu fraire grand chose les quinze jours qui ont suivi; j'étais cuite, à l'agonie, suicidaire, je ne dormais plus, je cauchemardais sans cesse, et me réveillais en hurlant. Je voulais simplement mourir. Mais je ne pouvais pas, il fallait encore que je fasse quelque chose. J'ai contacté mon avocat, et fait ma réfutation; j'en ai faxé une copie à OSA pour qu'ils sachent, et l'avocat en a expédié une copie à Factnet, aux USA.

OSA m'a rappelée, m'a hurlé dessus, menacée, ils voulaient savoir qui m'avait fait faire ça, et dirent "Wollersheim t'as bien eue"... et j'avais envie de leur rire au nez, car je n'avais eu aucun contact avec eux et que je ne voulais plus jamais jamais en avoir! Je leur ai dit de me ficher la paix, de ne plus jamais s'approcher de moi, sans quoi je demanderai un ordre de restrainte à leur encontre. Ils ont encore essayé quelques fois, puis m'ont fichu la paix. Je n'entends plus parler d'eux; ils n'ont plus tellement à s'inquiéter de moi, car je ne suis plus tellement efficace contre eux - un de leurs problèmes est résolu, une nuisance éliminée.

Et finalement, je me suis effondrée, mononucléose infectieuse, six semaines d'arrêt, une fièvre de cheval, le corps en pièces. Et je voulais mourir. Mais non, j'ai vécu, malgré ça. J'ai eu envie de me suicider ensuite: ça aurait calmé mes douleurs, m'aurait faite pardonner, et puisque l'on doit mourir un jour ou l'autre.... je pouvais finalement aussi bien supporter le restant de mes jours! Un peu comme d'être condamné à la vie.

C'était ainsi? C'est ainsi. Les effets de cet incident sur ma vie ont été très nombreux, je n'ai pas envie de les discuter ici. Je suis plus consciente encore des effets de la trahison sur le traître. Je me suis excusée: ça n'ôte pas du tout la douleur ni les dégâts provoqués. Je le sais. On ne peut rien dire d'autre.

J'aimerais quand-même aborder les répercussions de l'ensemble.

Importance pour Factnet

Les Déclarations n'étaients pas dynamite légale en soi. Dans l'affaire Factnet, le juge les a écratées immédiatement, notant au passage qu'on m'avait "lavé le cerveau". C'est le mot.

Elles ont néanmoins servi à frapper Factnet psychologiquement, et à ternir son image dans le public. A provoquer dissenssions et disputes chez les supporters, ce qui démontre en fin de compte l'importance véritable de Factnet. S'il ne s'agissait qu'une d'une petite organisation inefficace et inutile, pourquoi la scientologie en arriverait-elle à de semblables extrémités pour l'éliminer? Il s'agissait donc de divertir l'attention de la scientologie, de l'attirer sur Factnet. De faire oublier aux gens la mission de Factnet. De leur faire perdre de vue Factnet, et de, pointer sur les gens, leurs erreurs, plutôt que laisser voir ce que Factnet disait de la scioentologie et d'autres sectes.

Tant que les gens n'examinent pas la scientologie à la loupe, la sciento est contente. Ils s'en fichent, que des gens pensent qu'il s'agit d'une sale organisation qui fait des raids chez les citoyens, car ça fait un peu peur, et les gens n'ont guère envie de s'occuper de ça, ils ne veulent pas batailler avec elle. Ce qu'ils veulent, c'est ôter la "Contre-Intention" de l'environnement scientologue, pour poursuivre leurs plans de "Clarification de la Planète".

Tant que les gens ne scrutent pas la secte, la doctrine, de façon critique, tant qu'il n'y a pas de dossiers publics de leurs ECHECS retentissants, les échecs de tous ceux qui ont eu leurs vies gâchées à cause d'elle, les scientologistes dansent.

MISSION DE FACTNET

La mission de Factnet? Eduquer les peuples dans le domaine de la psychologie coercitive. Observer, étudier et faire savoir les exemples de techniques de persuasion  utilisées pour amner les gens à croire à des choses qu'ils auraient refusées d'emblée. Librairie électronique, Factnet enregistre et documente au moyen de récits personnels, de rapports d'études, et d'articles ayant trait au territoire jusqu'ici inexploré du mpental humain. C'est à ça que sert Factnet; c'est ce que je voualis faire partager. C'est cette vision qui m'a inspirée, c'est pour cela que j'y suis entrée. Je crois toujours en cette mission, même si je ne suis plus membre de Factnet. Ce qui m'est survenu n'est qu'un exemple de psychologie coercitive en action, une exemple de techniques de persuasion ayant réussi.

Techniques

    Tout dabord, j'étais vulnérable, je flottais encore - le "Flottement", c'est ce phénomène qui se manifeste chez nombre d'anciens adeptes des sectes; il est connu et documenté depuis au moins 1976, par Ted Patrick entre autres. Steve Hassan en parla ensuite dans son ouvrage "Combattre le contrôle mental des sectes", et Margaret Singer, dans "Sectes parmi nous". Contrairement à ce que croient donc les membres d'ARS, et qu'ils ont appelé mon "saut périlleux", je n'étais pas une unique Kim Baker pour qui ce genre de chose arrivait. Bien avant moi, ça s'est produit pour d'autres ex-adeptes. Je suppose que le public n'a pas pu l'observer aussi nettement que pour moi; mais j'ignorais le phénomène jusqu'à ce que ces livres me fassent connaître.

Ce qui arrive est simple, c'est que cette doctrine, ce système de pensée "scientologique" se trouvait déjà inclus dans mon subconscient, et réactivé; on ne peut tout croire, dans une doctrine, on ne peut brutalement tout accepter, et tout aussi rapidement se débarrasser de tous ces systèmes de croyances. On ne peut amputer une idéologie entière, puis, en un instant, en reconnaître toutes les erreurs. Il faut du temps. Je l'ignorais encore, et le résultat fut dramatique: j'ai méchamment laissé tomber tout le monde. J'en suis vraiment contrite.

COERCITION OU CULPABILITE?

Lorsque je postais mes messages sur ARS à cette époque, j'insistais: je disais ne pas avoir subi de coercition; mais la définition de coercition est vraiment futée; il n'y avait pas de révolver chargé dans la chambre. Ils ne m'ont donc pas fait faire quelque chose que je me refusais à faire, en surface, en tout cas: je prends donc responsabilité de mes actions. Mais je n'aurais jamais, jamais fait semblables actions de ma propre initiative, ça j'en suis totalement certaine.

OSA a des ordres de Mission. On leur donne un produit fini à produire. Ils sont équipés d'une liste de mes boutons (points sensibles); ils savaient comment faire naître en moi une culpabilisation extrème, ils y avaient été entraînés auparavant, je l'ignorais. Ils contrôlaient tout l'environnement en ma présence. Ils avaient estimé mon "ton émotionnel", savaient que le "TR-K" (exercice à la gentillesse) était la meilleure méthode pour obtenir un résultat sur moi; je ne réagis pas à ceux qui me crient dessus. Au fond de moi-même était toujours tapie l'impression que c'est mal d'attaquer la scientologie. Je faisais une différence subtile entre "attaque, paroles haineuses", et "critique honnète, rationnelle". Il n'a guère fallu de temps pour que cette distinction ténue se noye en une mare d'illogismes. Critiquer rationnellement quelque chose n'est pas attaquer. Mais je l'ai oublié. Je ne voualias pas faire de mal, je n'avais pas d'aide proche, personne à qui demander conseil, et je suis tombée dans le piège, qui s'est refermé sur mes quatre années d'endoctrinement à faire leurs cours, à aimer passionnément leurs "technologies".

Quand le message de Joe Harrington m'a ramenée à la réalité, que je fus de nouveau moi-même, j'étais embourbée dans une situation dont tout contrôle m'avait échappé. Depuis lors, je n'ai plus eu à subir de moments de "flottement"; j'évite les environnements où ça pourrait se reproduire; il m'a fallu payer très cher pour le découvrir: j'espère que personne n'aura à subir ces évènements pour y parvenir: le pire est d'avoir fait du tort à d'autres: votre ciel ensoleillé devient alors un enfer post-nucléaire où des fleuves de boue charrient des cadavres.

DROIT A LA LIBERTE DE CROYANCE

C'est la raison qui rend ce texte si important; ce n'est qu'en établissant la liste des choses vécues que vient la compréhension des faultes et des erreurs des gens; ce n'est qu'alors qu'on comprend ce qui s'est passé. Bien des critiques l'ont vu. Oui, nous chutons, nous avons nos défauts, tous différents; mais aussi le droit de nous raconter, celui d'être ECOUTES. Le gouvernement des Etats-Unis protège la scientologie parce qu'elle se dit elle-même religion. Mais la nôtre , de protection? Où donc se trouve la protection de NOTRE liberté de croyance, où est la protection des gens qui sont publiquement diffamés?

En critiquant une doctrine, ce sont nos personnalités qui reçoivent critiques en contercoup. Ca n'a pas de logique.

En critiquant la sciento, nous savons de quoi nous parlons, pourquoi nous le faisons. Nous avons notre idée. Nous savons qu'il y aura des représailles de sa part sous une forme ou une autre; qui dépend de notre efficacité. Nous prenons quand-même le risque, non seulement d'être attaqués par la secte, mais aussi, par ceux qu'elle attaquera dans notre entourage, avec ses tactiques "d'agent mort". Je peux vous dire que ça fonctionne, l'agent mort. Ca plante au sein des gens une semence qui germe. Si les gens qui osent attaquer se trompent quelque part, la plante s'épanouit encore plus en eux. Et la secte insistera très lourdement sur la personne, sur ses erreurs, plutôt qu'écouter ce qu'elle a à dire.

Dans son ouvrage "le Monde Hanté par les Démons", Carl Sagan classe en tout premier lieu de sa "Liste de Détection des Inepties" l'élément que voici: "Laissez tomber les attaques envers la personne". Les gens le font-ils? Non. Je suppoose que le travail scientifique de Carl Sagan perdrait toute valeur si les gens découvraient par exemple qu'il était polygame, et ne payait pas de pension alimentaire pour ses enfants - il s'agit bien sûr d'une vulgaire hypothèse.

NOUS NE COMPRENONS PAS ENCORE

Pourquoi diable les allemands ont-ils aidé Hitler? Tout le pays était-il donc malfaisant? C'est parfaitement impossible. L'europe était outrée par le nazisme, car Hitler voulait asservir l'Europe, qu'il exterminait une race qu'il estimait indésirable. Qu'ont donc fait les colons américains aux Indiens autochtones? Et les aborgiènes? les Africains? En quoi avons-nous différé d'Hitler? Asservir, coloniser, juger qui est indésirable et exterminer? Il n'y a que cela dans l'histoire. Dire qu'une chose a tort, alors que nous avons commis cent fois la même et que nous continuons? Nous n'avons pas compris.

COLONISATION DU MENTAL

Factnet s'intéresse à la colonisation du mental. Factnet veut comprendre comment des nations entières avalent aveuglément une idéologie dont on découvre ensuite l'horreur. La scientologie n'est qu'un petite doctrine. Mais c'est la mécanique d'un microcosme à l'oeuvre. Voilà donc une occasion d'étudier le phénomène; ce n'est qu'en le comprenant que nous pourrons le surpasser.

Factnet ne peut malheureusement pas survivre sans l'aide des gens qui s'inquiètent de ces choses; c'est pourquoi Factnet doit être supporté, c'est pour cela que je l'aide encore; Factnet a besoin des gens de partout que le sujet intéresse: il lui faut des fonds. Pas d'escroquerie à Factnet; nul ne s'enrichit ici; ils se bagarrent simplemùent pour survivre à un litige très coûteux: ce n'est qu'ainsi qu'ils pourront continuer à informer. C'est là toute la vérité de Factnet, il nous faut continuer à enregistrer, classer et analyser la colonisation du mental.

Ne laissez pas le mental se faire coloniser. Ni maintenant, ni jamais.

Kim Baker

Cape Town, Afrique du Sud, Août 1996
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LEXIQUE (dans l'ordre d'apparition dans le texte)

Agent mort : tactique scientologue pour ternir l'image des critiqques (du genre: criminel, pervers sexuel etc)

Documents Fishman : Premiers documents non scientologues accessibles légalement lors d'un procès retentissant perdu par la secte, et contenant les "niveaux secrets" que le secte tient tant à cacher.
 

Willis Carto : lié à une affaire d'extrème droite (résurgences nazies, avec négation de l'holocauste, donc, serait un révisionniste)  - les preuves éventuelles de relations entre Carto et Bob Penny sont incertaines.

ARC - se prononce A, R, C -: les initiales d'Affinité Réalité et Communication, qui, mises ensemble, selon Hubbard, mènent à la compréhension; on parle très souvent du "triangle d'ARC" dans la secte, pour indiquer que quelqu'un peut "augmenter la compréhension" - l'ARC en augmentant soit l'affinité (en se rapprochant), soit la réalité (en trouvant davantage de points d'accord) , soit la communication.

Robert Vaughn Young:  ancien responsable des relations publiques de la secte 20 ans durant- pour le monde entier, désormais expert attaquant la secte auprès des tribunaux dans les procès.

Agent mort: (Dead Agent) l'agent ennemi dont on détruit la réputation pour qu'il ne soit plus crédible - très recommandée par Hubbard pour attaquer les ennemis de la secte.

SCAMIZDAT : agent informatique de repostage anonyme anti-scientologue que la secte détestait.

Indicateurs: ce qui montre si ça va ou non chez quelqu'un (exemple: air méfiant, satisfait, colère, réponses murmurées etc): c'est du scientologais.

Clarifier la planète: rendre la polanète scientologue, en gros. Indirectement, c'est la diriger complètement et éliminer tout ennemi.

Ted Patrick: psychologue ayant "déprogrammé" d'anciens membres des sectes.

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