New York Times:  Théâtre et Scientologie

 

Rôles d'enfants et Scientologie

New York Times
21 décembre, 2003
ZACHARY PINCUS-ROTH
original anglais http://www.nytimes.com/2003/12/21/arts/theater/21PINC.html (achat exigé)

La majorité des enfants serait contente de jouer les bergers à leur premier spectacle de Noël. Max Miner préfère jouer John Travolta. Ce gamin d'onze ans tient aussi le rôle de robot et autres rôles dans "Un spectacle scientologue marrant et pas du tout autorisé", qu'on peut voir à Broadway jusqu'au 4 janvier 2004 au John Houseman Theater - après avoir passé au Tank, qui se trouve aussi West 42nd Street.

Conçu et dirigé par Alex Timbers, texte et chansons de Kyle Jarrow, le spectacle de 55 minutes est censé narrer l'histoire de L. Ron Hubbard (interprété par Jordan Wolfe, 13 ans), y compris ses passages en science-fiction et à la Navy durant la guerre -- vie dont l'apothéose sera la fondation de l'église de scientologie en 1954.

Hubbard l'a intitulée "religion" - mais ses critiques parlent d'affaire lucrative. Les adeptes disent qu'elle ne s'intéresse pas à l'adoration d'un dieu, mais qu'il s'agit d'une méthode de conseil et de cours pour aider l'individu à se libérer d'émotions indésirables, ce qui permettrait de mieux vivre. On y rencontre des célébrités comme John Travolta, Tom Cruise (que joue Daren Watson) et Kirstie Alley (Stephanie Favoreto Queiroz).

Et, comme si Hubbard n'était pas un sujet assez peu courant à traiter pour un athée (Jarrow) et un catholique non pratiquant (M. Timbers), tous deux ont décidé de d'écrire son existence sous forme d'une fête de Noël pour enfants - substance et style typique de leurs projets antérieurs.

En janvier dernier, M. Timbers, 25 ans, et deux autres diplomés de Yale, Jennifer Rogien, 25 ans et Aaron Lemon-Strauss, 22, créaient la compagnie Les Frères Corbusier - du nom du petit-fils fictif de l'architecte, personnage qu'on rencontre dans une pièce conçue à Yale par Timbers. Selon lui, le but de la compagnie consiste à la fois à célébrer et à faire une satire d'icones historiques dont les interprétations conflictuelles sont analysées. Lors de sa pièce précédente, "Le Président Harding est une rock-star", on entrevoyait ce grand chef sous la forme d'un bébé aimanté en panty de cuir noir.

Sur ce même ton, M. Timbers nous expose qu'il voulait "juxtaposer ça avec un récit précis de la vie d'Hubbard; les enfants ne jettent pas des regards sur les spectateurs mais le jouent avec autant d'honnèteté et de sincérité que le ferait un vrai scientologue."

"Lors d'un entretien récent, le président de scientologie New York, John Charmichael, a déclaré:
"ces gens ne comprennent simplement pas le sujet".

Après avoir assisté à une répétition et expédié une lettre de protestation, M. Charmichael a vu le spectacle - ça ne l'a pas amusé. "
Ces gens ont le droit d'écrire les pièces qu'ils veulent, mais ils ont sombré dans les clichés." M. Charmichael a déclaré qu'Hubbard, décédé en 1986, est décrit dans la pièce sous les traits d'un démagogue autoritaire dont les méthodes créent des adeptes privés d'émotions." "C'est votre idée, a-t'il insisté: c'est de l'individu que dépend son Salut".

M. Jarrow, 24 ans, a répondu qu'il s'était inspiré de la littérature scientologue et d'articles critiques des journalistes pour écrire.

Timbers se sert d'un groupe d'une dizaine d'enfants de 8 à 13 ans pour dresser la scène d'une école du dimanche essayant de faire du théâtre; tout y est, difficultés de lecture et blocages. La naissance d'Hubbard prend une forme de nativité, le petit L. Ron s'y trouve entouré de ses parents, d'animaux de la ferme et d'Alison Stacy Klein en ange annonciateur, déclarant "Des milliards d'années d'évolution aboutissent à sa naissance".

On retrouve cette même juxtaposition dans la mise en scène de Madame Rohien, avec un mélange de style d'une fête d'école à petit budget et de science-fiction: des robes blanches et des chaussettes arc-en-ciel. Du même ton, la musique de M. Jarrow vient des jeux vidéo -- "Free to Be You and Me", le genre rock pour les petits, qu'on retrouve sur les synthés des gosses, accompagné en arrière plan d'un son
Spree Polyphonique [?? ndt] .

Au milieu de toutes ces loufoqueries, le ton peut devenir poignant, par exemple lorsqu'on écoute Sophie Whitfield, 11 ans, jouant le rôle d'une actrice nommée Annie et récitant une ballade centrée sur la perte de contrôle de soi au profit de quelqu'un d'autre.

M. Timbers conclut "Après tout, la scientologie parle de rendre l'esprit clair - pratiquement, prendre un esprit d'enfants."




Zachary Pincus-Roth a écrit pour le théatre dans Variety.


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