LE SECTICIDE
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Jusqu'où va la liberté de religion?
L'Etat face aux dérives sectaires

Original ici:


http://www.vd.ch/chancellerie/bic/gazette/11-06-04-1998/gazette-11.htm#Sectes


La Gazette (Journal de la fonction publique vaudoise)

6.4.1998

Depuis la tragédie de l'Ordre du temple solaire, les cantons romands
sont attentifs aux abus de la liberté de religion. Ils tentent de
protéger des dérives sectaires les membres les plus vulnérables de la
société. A commencer par les enfants

Peut-on ouvrir des lieux de culte étrangers au christianisme, sans
heurter les convictions indigènes? Peut-on, au nom d'un dieu ou d'un
maître, séparer les enfants de leur famille? Peut-on porter un foulard
islamique quand on enseigne dans une école chrétienne?

Pas plus que ses voisins, le canton de Vaud n'échappe à ces questions
dont les réponses sont complexes, délicates, souvent douloureuses. C'est
par mesure de précaution qu'il est attentif aux quelques élèves de ses
classes dont les parents sont adeptes de sectes au comportement douteux.
Et ce n'est pas arbitrairement qu'il a décidé d'opposer un refus à la
demande des scientologues d'ouvrir une école privée sur son territoire.
Sa réflexion, il la mène à la lumière de deux exigences démocratiques:
la liberté d'expression et le respect des droits de l'homme.

Non à une école soumise à l'Eglise de scientologie


En juin 1995, le Département de l' Instruction publique et des cultes
(DIPC) a refusé le droit de diriger une école privée à une personne qui
se réclamait de la scientologie. Saisi d'un recours, le Tribunal
administratif a demandé un complément d'enquête à l'Etat. Peu après, une
école enseignant selon une méthode prônée par les scientologues a été
ouverte sans autorisation à Lausanne. Le chef du DIPC a demandé sa
fermeture.

Aujourd'hui, le complément d'enquête réclamé par le Tribunal
administratif a été fourni. L'Etat maintient sa position. "La réponse
négative apportée à la demande d'ouverture d'une école dirigée par un
scientologue manifeste clairement la volonté de l'Etat de ne pas
autoriser, sur sol vaudois, un enseignement de ce type". Ce sont les
termes du communiqué officiel.

Ce refus réitéré a pu surprendre. L'Etat l'a formulé en s'appuyant sur
la Loi de 1984 sur l'enseignement privé, selon laquelle "nul ne peut
diriger une école sans y être au préalable autorisé par le département."
Elle précise que "sont considérés comme écoles privées les
établissements dispensant un enseignement qui se substitue à celui des
écoles publiques." La loi scolaire stipule, dans son article 4, que
"l'école respecte les convictions religieuses, morales et politiques des
enfants et de leurs parents. Toute forme de propagande y est notamment
interdite."

Jusqu'où peut-on autoriser le port du voile islamique?


Ces derniers points sont limpides sur le papier, mais ô combien délicats
à mettre en oeuvre dans un cas concret, surtout lorsqu'il s'agit
d'enfants. Jusqu'où va la liberté religieuse d'une jeune fille musulmane
obligée par sa famille à cacher ses cheveux? Et où. commence la
propagande? Faut-il par exemple y assimiler le foulard islamique?

Les autorités genevoises ont répondu négativement à cette dernière
question, en interdisant à une institutrice de porter le voile islamique
en classe. Mais une telle interdiction ne s'applique pas nécessairement
aux élèves; ceux-ci ont le droit d'être élevés dans la religion de leurs
parents, et cette religion est souvent un élément constitutif de leur
identité personnelle.

Les limites de la tradition judéo-chrétienne et... de la démocratie

"Nous vivons dans la tradition judéo-chrétienne", précise Fabien Loi
Zedda, secrétaire général du Département de l'instruction publique et
des cultes du canton de Vaud. "L'école donne aux enfants les éléments
qui leur permettent de lire et comprendre cette tradition. Elle ne se
substitue pas aux parents dans ce domaine, mais les seconde; il ne lui
appartient pas de dispenser l'enseignement religieux ou catéchétique."

Cet enseignement est assuré par l'Eglise, et son rôle dépasse celui
d'élargir les connaissances générales de l'élève. Par lui, en
particulier, l'enfant développe l'esprit d'analyse qui lui permet de
juger les différentes croyances que lui proposent des mouvements à
caractère religieux. Les enseignants peuvent s'appuyer sur François
Berger, conseiller pédagogique secondaire de l'histoire biblique.

Le respect des traditions religieuses différentes


Ce cadre chrétien auquel l'école se réfère est celui de la société
vaudoise, démocratique de surcroît. Et pluraliste. Les croyances
religieuses des parents y sont respectées. Mais "toute propagande en
classe est interdite, rappelle Fabien Loi Zedda. Les directeurs sont
très attentifs à ce qui se passe dans leur école".

"Lorsqu'un cas apparemment porteur de difficultés surgit dans une
classe, il convient toujours de privilégier le dialogue", indique
François Berger.

Par des entretiens profondément respectueux des positions de chacun
(parents, élèves, enseignants et directeurs), bien des malentendus ont
pu être aplanis et des situations complexes trouver une solution loin de
la médiatisation. "Paradoxalement, remarque Fabien Loi Zedda, l'absence
d'une séparation radicale entre les Eglises et l'Etat a jusqu'à présent
maintenu un état d'esprit propice aux consensus."

"Les cours d'histoire biblique donnés dans les écoles sont d'ailleurs
facultatifs, poursuit le secrétaire général du DIPC, et il est toujours
possible aux parents de demander une dispense pour leurs enfants auprès
des directeurs de collège. En outre, afin de permettre à l'élève de
conserver des liens culturels et religieux avec sa communauté d'origine,
un enseignement religieux, catholique ou musulman par exemple, peut être
dispensé aux enfants concernés par l'institution religieuse de laquelle
se réclament leurs parents. Des mesures sont prises s'il s'agit de
mouvements religieux susceptibles d'être dangereux ou nuisibles au
développement de ces jeunes."

Comment distinguer entre religion et dérive sectaire


Hors du cadre scolaire, les enfants qui seraient mis en danger par les
croyances de leur famille, sont pris en charge par le Service de
protection de la jeunesse (SPJ). "Quand nous recevons une information
allant dans ce sens, explique Jean Vallet, chef du SPJ, nous évaluons
avec l'enseignant, un psychologue, voire un représentant de la secte,
dans quelle mesure l'enfant est libre d'adhérer à la pratique de ses
parents. Nous n'intervenons que s'il y est contraint. S'il est en
danger, le juge de paix peut le retirer à la garde de ses parents."

Ce qui inquiète particulièrement l'Etat, ce sont les agissements de
certaines organisations qui, sous couvert de religion, portent atteinte
aux droits de l'homme. I1 s'agit plus de dérive sectaire que de
croyance. Sont considérés comme dérives sectaires les actes illicites
commis au nom ou sous couvert d'une croyance, quelle qu'elle soit.

"Notre société de consommation est superficielle; elle ne répond pas aux
besoins profonds de la population", constate Fabien Loi Zedda. "La
tentation est grande de suivre les recettes toutes faites que proposent
certains groupes. Or, une vraie religion ne donne pas de réponses toutes
faites."

Le rôle des églises officielles


Les églises officielles du canton de Vaud prennent acte du fait que nous
vivons dans une société pluraliste. Elles respectent la liberté de
croyance, mais demeurent vigilantes face aux faux prophètes. Le pasteur
vaudois Shafique Keshavjee est l'un des responsables du dialogue
interconfessionnel. "Tout groupe religieux, observe-t-il, comporte des
éléments d'ouverture et de fermeture aux autres. Selon ses enseignements
fondateurs, son évolution et les circonstances historiques, sa
composante "sectaire" est plus ou moins marquée."

Deux définitions du mot "secte"


Le pasteur Keshavjee donne du terme "secte" une définition neutre et une
définition critique. Selon la première, "une secte est un mouvement
religieux suivant (du latin sequer, suivre) une voie spirituelle
non-conformiste (car minoritaire), ou séparé (du latin secare, couper)
d'un autre mouvement religieux, généralement par une volonté de
restaurer une authenticité perdue, ou par l'accueil de "nouvelles
révélations" non reconnues par le groupe majoritaire."

Selon la définition critique, "une secte est un mouvement religieux
dangereux à tendance manipulatrice, exclusiviste, totalitaire, aliénante
et rentabiliste." Par ailleurs, elle ne revêt pas forcément la forme
d'un groupe organisé. I1 peut s'agir d'une personne seule, qui exerce
une fascination sur d'autres.

Au supermarché des religions


"I1 est toujours dangereux de revendiquer la Vérité, car on risque de ne
plus voir ses propres ténèbres", rappelle Shafique Keshavjee. "Faire
partie d'une communauté signifie apprendre à vivre son indépendance. Or
il n'existe pas de liberté d'entrée et de sortie chez les faux
prophètes. Résister à la fascination qu'ils exercent exige un travail
sur soi. Nous connaissons actuellement un vrai supermarché religieux.
Tout est ouvert. La question est: "Comment choisir?" Là réside l'enjeu
de l'éducation: elle doit développer notre capacité d'être critique."

Geneviève Praplan

Une stratégie intercantonale


En 1990, le député Michel Margot a déposé une interpellation sur les
activités de certains mouvements religieux. La réponse a été préparée
par le secrétariat général du DIPC. Le document, publié dans
Perspectives en février 1991, reste un texte de référence.

Après les tragédies de Salvan et de Cheiry


Depuis, les tragédies, à nos portes, de Salvan et de Cheiry, ont
bouleversé la population. Le sentiment général réclamait que les
autorités agissent. En 1995, le député Laurent Baillif a déposé une
motion "visant à la création d'une commission destinée à élaborer une
stratégie légale, sociale et réglementaire pour répondre à l'emprise de
certaines organisations religieuses ou parareligieuses."

"Le sujet est réellement apparu à ce moment-là", se souvient Michèle
Girardet, adjointe au chef du Service universitaire et des cultes. Pour
répondre à la motion, il a fallu travailler main dans la main avec
d'autres services, entendre des spécialistes du droit de la famille, de
la sécurité, de l'enseignement... "Nous nous sommes rendu compte qu'il
s'agit d'un dossier à long terme, qu'il nous faut traiter de façon
pluridisciplinaire, et en collaboration avec les cantons romands."

Le rapport du Conseil d'État, en février 1997, a donc soutenu la mise en
place de la Commission réclamée par Laurent Baillif. En même temps,
l'Etat de Genève publiait son audit sur les dérives sectaires. C'est lui
qui a pris l'initiative de convoquer sur ce sujet des états généraux,
formés des chefs de départements romands, en charge de ce dossier. Jean
Jacques Schwaab représentait l'État de Vaud.

De là est né un groupe de travail intercantonal, en fonction depuis
l'été dernier. Y sont représentées les autorités politiques de tous les
cantons romands, de Berne et du Tessin. Ce groupe est présidé par Me
François Bellanger, l'un des auteurs de l'audit genevois. Il siège à
L'Elysée, à Lausanne. Il se réunit une fois par mois pour dresser le
bilan des problèmes rencontrés dans les cantons, et trouver un consensus
entre les différences de sensibilités.

Vers une aide concrète aux victimes


Un centre d'information sur les religions et les croyances doit étre
organisé avec la caution officielle des cantons. Sa forme juridique
reste à définir. C'est sur ce point que planche actuellement le groupe
de travail intercantonal. Ensuite viendra la question concrète de l'aide
aux victimes. L'avancée des travaux sera régulièrement soumise aux états
généraux.

"Nous devons agir au plus pressé, et nous garder de tout
interventionnisme", précise Michèle Girardet. "Il n'est pas question de
chasse aux sorcières. Notre travail doit avancer comme une navigation
subtile, la plus subtile possible, entre tolérance et vigilance." GPr

A qui s'adresser?


Si vous rencontrez, dans votre vie privée ou dans votre activité à
l'Etat, un problème de dérive sectaire ou de prosélytisme religieux,
prenez contact avec Michèle Girardet, membre du groupe de travail
intercantonal. Tél. 021/ 316 35 02.

François Lavergnat: "Le témoignage des ex-adeptes est précieux"


Depuis dix ans, le Genevois François Lavergnat consacre son temps à la
lutte contre les dérives sectaires. Avec sa femme, il anime le
Groupement de protection de la famille et de l'individu.

- Comment les organisations que vous combattez recrutent-elles leurs
adeptes?


- Elles viennent chercher leurs victimes dans un moment de faiblesse qui
peut être occasionnel, lié aux aléas de la vie, à des problèmes
professionnels, la perte d'un être cher, etc. Elles cherchent les
blessés de la vie, les êtres fragiles. Elles leur offrent tout un
éventail de solutions pour résoudre leurs problèmes personnels, afin de
les entraîner dans le groupe et de les "encadrer dans leur solitude".

Les méthodes de recrutement sont perverses. Certaines organisations
parcourent les avis mortuaires, les publications de divorces ou
d'accidents de la route. Certaines vont jusqu'à éplucher la Feuille
officielle suisse du commerce pour repérer les personnes qui ont pris
seules la décision de se mettre à leur compte et qui, par là, cherchent
des appuis. Dans ce cas, l'organisation se présente sous le couvert
d'une société écran, comme par exemple un bureau de consultant en
entreprises, ce qui lui donne accès aux informations qu'elle pourra
utiliser pour appâter sa victime.

Autre exemple: une organisation propose une méthode permettant de
maigrir de quatre kilos par semaine. Elle cible ainsi les personnes
souffrant d'un complexe physique, généralement lié à un problème
affectif. D'autres appâtent leurs victimes en leur proposant le moyen de
devenir millionnaire par la voyance, ou de vaincre un problème d'ordre
sexuel, etc. La personne repérée remplira un questionnaire
"confidentiel" pour mieux "personnaliser" son traitement. De ce fait,
elle dévoilera son point vulnérable, que l'organisation pourra exploiter
lorsqu'elle aura en main ce fichier.

C'est ainsi que, personnellement, ayant répondu sous pseudonyme à une
annonce, j'ai reçu dans ma case postale une offre du mouvement raëlien
suisse!

Donc, se faire piéger par une telle organisation n'est pas une tare.
C'est un accident. Raison pour laquelle il est important de témoigner.

- Considérez-vous toute secte comme dangereuse?

- Non. Le GPFI n'est pas une association "anti-sectes". Nous luttons
contre les dérives sectaires qui violent les droits de l'homme et ne
respectent pas la liberté de leurs adeptes. Nous combattons des
organisations qui, derrière un masque religieux, sont en réalité des
machines à broyer les idéaux humains, à détruire les familles et leurs
victimes en les asservissant afin de mieux les exploiter financièrement.

- Comment reconnaître une secte "dérivante"?

Il faut exiger la transparence. Demander les statuts, les conditons
d'adhésion. Exiger des garanties sur le plan financier. Si on vous fait
des réponses évasives, c'est un indice.

- Peut-on se libérer quand on est victime d'une telle organisation?

Il y faut trois fois du courage. D'abord, pour vaincre la pression du
groupe qui promet à l'adepte toutes sortes de malédictions s'il le
quitte. Ensuite, pour vaincre la honte de s'être fait prendre au piège
et renouer avec ses proches, en revenant sur des positions qui, parfois,
ont été terriblement dures. Enfin, pour résister à la relance du groupe
qui sera intense, jusqu'à harceler l'adepte nuit et jour, l'isoler,
tenter de lui faire perdre son travail, afin qu'il soit à nouveau plongé
dans sa solitude et réintègre l'organisation.

J'ajoute un courage qui, pour nous, est essentiel: celui de témoigner.
Il faut que les ex-adeptes nous fassent savoir ce qu'ils ont vécu au
sein de l'organisation, afin de dissuader d'autres personnes d'y
adhérer. Interview: Gpr

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