LE SECTICIDE
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LA SCIENTOLOGIE CONDAMNEE

POUR UN SUICIDE EN FRANCE 

Traduction d'un article du Saint Petersburg Times, 8 Février 1998, par Lucy Morgan (c) SP times, 1998
Lyon, France. Trad: roger gonnet

Nelly Vic a le regard triste avant même d'entamer le récit de la nuit où son mari s'est précipité par la fenètre de la chambre de ses enfants, depuis le 12e étage de l'immeuble.

Cette jeune veuve de 41 ans cache son visage dans ses mains au souvenir de cette dernière nuit, avant que son mari, Patrice Vic, ne se jette par la fenètre du 12e. Son fils cadet, qui a 13 ans aujourd'hui, est près d'elle. Il dormait pendant que son père se défenestrait.

Madame Vic reproche la mort de son mari à la scientologie. Le principal officiel de l'église à Lyon harcelait son mari afin qu'il paye 30000 FF pour prendre encore de cours de conseil en scientologie. Madame Vic partage ces sentiments sur l'église avec d'autres familles de scientologues morts suicidés, ou dans d'autres circonstances.

Ici, le cas est différent, car les autorités judiciaires ont admis la responsabilité de l'église. Jean-Jacques Mazier, l'officiel scientologue, a été jugé pour homicide involontaire et escroquerie lors du décès de M. Vic. La Cour d'Appel française a aussi constaté que d'autres membres scientologues forçaient des adeptes à payer de l'argent aboutissant à Clearwater, où l'église possède son Q.G. spirituel.

A l'heure qu'il est, les services de maintien de l'ordre de Clearwater sont en train de décider s'ils vont ou non porter en justice criminelle l'affaire du décès d'une autre scientologue, Lisa Mc Pherson.

Cette jeune femme de 36 ans est soudain morte lors de son séjour prolongé à l'hôtel Fort Harrison de la scientologie, suite à déshydratation sévère. Nous sommes frappés par certaines ressemblances entre ces deux cas. Patrice Vic et Mlle Mc Pherson étaient tous deux relativement jeunes et avaient cherché un réconfort en scientologie. Tous deux furent pressurés  à payer davantage de cours et autres services; ils avaient déjà beaucoup dépensé en scientologie. Dans les deux cas, les officiels scientologues reprochent à la justice de s'y intéresser, sous un prétexte de religion.

Dans le cas français, l'église a loué les services de détectives privés pour enquèter sur la vie de M. Vic, et réviser les enquètes policières. L'église a même vérifié les cartes de crédit de M. Vic, un officiel de scientologie prétendant qu'il payait des prostituées.

Les officiels scientologues disent que le procès de Mazier à Lyon n'est que réédition d'un procès en hérésie: c'est de la "chasse aux sorcières", déclare Mike Rinder, directeur de "l'Office des Affaires Spéciales" scientologiques (bureau de renseignement et contre-espionnage chargé aussi des basses besognes de la secte, ndt).

Pour la veuve de Patrice Vic, la source de la détresse inouie de son mari est on ne peut plus claire. Avant que la scientologie ne fasse irruption chez eux par le biais de cette offre de test de personnalité gratuit, "ils étaient une famille normale", dit-elle.

Elle vit désormais avec ses fils adolsecents dans un appartement en location;  la petite salle de séjour contient encore son sapin de Noël à mi-janvier. Elle dit que "la vie est dure, depuis."

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A New York, Noah Lottick a sauté d'une fenètre du dixième étage d'une rue de Manhattan en 90, après avoir pris une série de cours scientologiques. Les parents ont découvert un mois plus tard son corps meurtri, que nul n'avait encore identifié, à la morgue municipale.

Son père, le Docteur Edward Lotttick de Kingtson, Pennsylvanie, dit que la scientologie utilisait des techniques de pressions violentes pour vendre à Noah des cours très chers et médicalement ineptes.

Les scientologues nient toute responsabilité dans le décès de Noah. Le porte-parole de l'église, Rinder, dit que Noah s'est disputé avec son père avant de se suicider. "Je crois qu'Ed Lottick devrait se regarder dans un miroir, dit-il; je crois qu'il a rendu la vie de son fils intolérable."

En Angleterre, c'est Richard Collins, 24 ans, qui a sauté d'un pont suspendu à Bristol en 1996. Ses parents disent que la scientologie essayait de l'empècher de partir de chez eux et qu'il se sentait assailli de coups de fil de leur part. Rinder répond que Collins a quitté l'église plusieurs mois avant sa mort et qu'il ne répondait pas aux appels et lettres des scientologues cherchant à l'aider.

Plusieurs autre procès ont été intentés à l'encontre de la scientologie par des familles accusant le "programme de purification"(programme de sauna et course 5 heures par jour avec administration de surdoses énormes de vitamines et minéraux) du décès de leurs enfants. A Portland, Oregon, les parents de Christopher Arbuckle, 25 ans, ont porté plainte après la mort de Christophe pendant la procédure de Purification. Arbuckle est mort d'une défaillance du foie. Les parents d'Arbuckle ont accepté un compromis secret hors des tribunaux: ils sont contraints à se taire sur ce cas.

Les officiels scientologues disent qu'Arbuckle est mort parce qu'il aurait pris des stéroïdes auparavant, et qu'il avait des problèmes rénaux qu'il n'avait pas déclarés. Des milliers de gens au monde ont réussi le programme de purification avec profit, dit Rinder.

Alors, pourquoi l'église a-t'elle signé un compromis en dehors des tribunaux?

"Le système de justice civile n'offre aucune garantie", dit Rinder. "On peut claquer des millions de dollars à se défendre quand il n'y a strictement rien derrière l'affaire. Regardez Bill Clinton. Il n'y a pas de certitude qu'on obtienne justice. On est sûr d'y laisser des plumes, et, quand on s'appelle église de scientologie, d'en tirer un maximum de contre-publicité."

Rinder et d'autres officiels scientologues se hérissent si on leur pose des questions sur d'autres décès scientologiques, prétendant qu'ils sont insignifiants sur le plan statistique et sans relation avec les pratiques ou la doctrine de l'église. "Il en existe aussi chez les catholiques et les protestants, dit-il, ou même au sein du staff du St Petersburg Times. En réalité, certains de ces décès n'auraient pas eu lieu si ces membres étaient restés en scientologie", ajoute-t'il.

"Je n'aime pas qu'on m'accuse de faire du tort à des gens, par insinuations ou directement,  car c'est exactement l'opposé de ce que je fais, dit Rinder. Il dit que les questions du Times sont "malhonnètes et répréhensibles."

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Une petite femme,  rides marquées au visage qui lui donnant peut-être plus que son âge, c'est Madame Vic; elle se cachera souvent le visage en nous parlant des évènements ayant mené son mari à cet acte désespéré, le 24 Mars 1988.

Les accusations portées contre Mazier et plusieurs autres scientologues tournent autour des méthodes de pression exercées sur des membres possibles, ayant peut-être besoin d'aide. Les témoignages décrivent aussi les comptes en banques étrangers utilisés pour transférer l'argent vers Clearwater, où il sert à l'entraînement des scientologues officiels de haut niveau.

Madame Vic a dit que Mazier a continué à forcer son mari à emprunter 30000FF pour qu'il puisse prendre le cours de purification après avoir déjà pris plusieurs services moins coûteux au cours des mois précédents.

Madame Vic a témoigné que la veille du suicide,  Mazier était venu chez eux à Lyon pour le presser de signer un emprunt. Elle a dit que son mari était de plus en plus agité, qu'il faisait les cent pas dans l'appartement et qu'il était reparti au centre de scientologie-dianétique, au lieu d'aller au travail; il était dessinateur industriel.

"Mazier a dit que mon mari n'allait pas bien, qu'il fallait prendre cette procédure de purification pour qu'il aille mieux. J'ai refusé, on avait assez de problèmes d'argent, on ne pouvait dépenser 30000 FF comme ça."

Ayant passé la journée avec Mazier qui n'avait pas réussi à convaincre Madame Vic, Patrice Vic est rentré ensuite chez lui chercher des documents pour pouvoir faire l'emprunt quand-même de son côté, dit-elle.

"Il tournait en rond, complètement agité; il se mettait au lit et se relevait, ne pouvant dormir", dit Nelly Vic.

A 5 heures du matin, alors qu'elle voulait le retenir, Patrice Vic se jetait par la fenètre de la chambre des gosses qui dormaient. Il m'a dit "Ne me retiens pas, c'est la seule solution," et il a sauté. Il avait 31 ans.

Madame Vic a dit que son mari avait été déprimé, mais n'avait jamais pensé se suicider. Elle n'a jamais considéré la scientologie comme une religion, mais elle croyait que ça pourrait l'aider à mieux aller. Son mari avait refusé un emploi dans une autre ville, parce qu'il n'y avait pas de centre de scientologie, dit-elle.

Mazier avait pris rendez-vous avec une banque le lendemain, pour aller remplir un dossier d'emprunt avec M. Vic. Il a rappelé chez lui en ne le voyant pas arriver, et c'est alors qu'il a appris la mort de Patrice Vic.

La seule réaction de Mazier, dit-elle, c'était "Ah, le con!".

Bien qu'il soit mort en 88, il a fallu attendre 1995 avant qu'on juge Mazier, après l'affaire des 56 suicidés-assassinés du Temple Solaire, secte basée en Suisse.

Mazier fut condamné en 1996 pour homicide et escroquerie dans l'affaire Vic;  sa peine initiale de 3 ans de prison dont 18 mois ferme et paiement de 80000 FF à chacun des enfants et autant à sa veuve, plus 500 000 FF d'amende, a été commuée en 3 ans avec sursis par la Cour d'Appel de Lyon, les dommages et amendes restant identiques. Du fait que l'affaire est en Cassation, Madame Vic n'a toujours pas touché un centime.

Lors du procès, Mazier s'est décrit comme "un homme d'église" cherchant seulement à aider M. Vic. "Quand quelqu'un a des ennuis dans l'existence, la scientologie lui apprend à y mettre bon ordre", a-t'il déclaré.

Nous n'avons pu joindre Mazier pour l'interviewer, mais les officiels de l'église disent qu'il est toujours membre; ils ont défendu ses points de vue dans l'affaire Vic.

"En général, Mazier suivait les protocoles de l'église pour faire ce qu'il fallait pour aider ce gars (M. Vic), dit Rinder; après coup, je dirais que je ne laisserais pas n'importe qui aider quelqu'un à Lyon." (to be checked out: the english wording is: 'In hindsight, I'd say i would'nt let anyone try and help someone in Lyon")

Rinder impute à Mazier la conviction que toutes les religions sauf le catholicisme sont sujettes à des attaques bigotes en France. Le parlement français a déclaré que la scientologie est une secte et l'église n'a pas droit aux exemptions d'impôts accordées en France aux religions.

Rinder et Ben Shaw, patron des affaires spéciales pour la scientologie à Clearwater, dit que la police française n'a jamais pris de photographies de la scène du décès de M. Vic et n'a pas fait de préélèvements pour tests alcooliques et drogues. Shaw prétend qu'un enquèteur privé a découvert que Vic avait utilisé sa carte de crédit  pour les services de prostituées, ce qui ajoutait à ses ennuis financiers.

Mais le tribunal a rejeté les efforts scientologues pour impliquer cette carte de crédit et les dépenses y afférentes, estimant qu'il n'y avait pas de rapport avec l'affaire, et la Cour d'Appel indique qu'il n'y avait pas de drogues dans le sang de M. Vic.

Les tribunaux français ont jugé que Mazier et la scientologie usaient de tactiques violentes de pression et de tests de personnalité gratuits servis par des staffs sans qualification, pour tromper les gens et les faire entrer en scientologie. Les tribunaux ont jugé que Mazier et d'autres avaient créé les conditions aboutissant au suicide de M. Vic.

Ils disent que le principe utilisé agissait d'autant mieux que l'église usait d'un "pouvoir moral" attaché au "fait religieux", et qu'elle s'attaquait à des gens jugés vulnérables. Les officiels scientologues cachaient souvent leurs liens avec la scientologie,au début,  dit la Cour.

Les témoins appelés par le Procureur ont comparé les cours de scientologie à de l'hypnose, avec des effets psychologiques graves puisque les auditeurs n'avaient aucune formation médicale et sont incapables d'aider des gens souffrant de psychose.

"L'audition fait remonter les émotions en surface, mais ils ne savent qu'en faire ensuite, " dit la Cour; " c'est comme de vivre un rève, mais empli d'agonie".

Un des témoins, Christine Cléostrate,  dit que Mazier lui a demandé de stopper son traîtement psychiatrique, et lui a fait signer une lettre adressée à son propre centre de scientologie, "lettre disant qu'elle ne tiendrait pas l'église pour responsable si elle se suicidait".(voir exemple ici)

Des experts cités par les tribunaux ont jugé l'électromètre - l'appareil qu'utilisent les scientologues en audition - sans valeur scientifique, et produisant les mouvements voulus par l'auditeur. "Il est clair que l'appareil n'est là que pour donner une apparence scientifique à une opération qui ne manque complètement", a signala l'expert électronicien François Kirschner au Tribunal.

Les experts demandés par la scientologie - dont un sociologue du Vatican - décrivent la scientologie comme une religion de bonne foi et qui aide les gens; ils critiquent les autorités françaises qui s'en prennent au groupe. Ils vantent aussi le programme de purification de l'église. Les Tribunaux français ont écarté ces témoignages lors de la décision.

Le Docteur Jean-Marie Abgrall, expert en matière de sectes, a témoigné du fait que les gens cherchant de l'aide auprès de la scientologie se sentent mieux pendant un temps, et constatent ensuite les effets négatifs.

"Ils deviennent dépendants, les problèmes psychiatriques remontent en surface, et ils n'ont pas de traîtement médical. Cela conduit à des dépressions, phobies, troubles psychotiques, et parfois, ils sont si anxieux que leur seule alternative sera le suicide," dit M. Abgrall.

"Patrice Vic était de ceux-là," dit-il: "Il s'est trouvé face au choix impossible: sa famille ou la scientologie".

Lucy Morgan
8 Février 1998
Editorial du St Petersburg Times 
 
 
 

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