LE SECTICIDE
L'ANTI - SCIENTOLOGIE antisectes.net

LA LIBERTE EN FLAMMES SUR LE NET

 




Qui a déclenché le plus grand sabotage jamais perpétré sur le net?
Par Colman Jones
Now Magazine (c) 1996
et 2: NOUVELLE GUERRE MONDIALE

Ron Newman, dessinateur de page web dans une affaire de Cambridge, Massachussets, allume son ordinateur le mois dernier et passe sur le net, pour prendre les nouvelles de son newsgroup préféré "alt.religion.scientology", "a.r.s." en abrégé.

Pendant que son modem commence à montrer les signes d'activité habituels du chargement en ligne, Newman a l'impression d'une bizarrerie. Il ne faut en général guère plus de quelques secondes pour charger les dernières en-tête des messages de la journée sur ce BBS.

Ce jour-là, il y a beaucoup de messages, vraiment beaucoup plus que d'habitude.  Newman sent que ça ne va pas. Son disque dur commence à se remplir d'un monceau sans cesse grossissant de données, la plupart étant des réimpressions d'un texte  scientologue très connu.

Lui-même et des centaines d'autres d'abonnés à ce groupe subissent un "spam", c'est à dire que quelqu'un a posté des douzaines, voire des centaines de messages au même newsgroup, ou le même message à des dizaines de newsgroups. Celui-ci n'est pas un spam ordinaire. Newman ne réalise pas encore qu'il vient d'assister au pire engorgement de trafic de toute l'histoire du net.

Des semaines durant, ce BBS populaire sera quotidiennement noyé sous une montagne d'articles pro-scientologues (environ 28000 au dernier comptage), postés par une machine au moyuen d' un programme automatique,  dans le but évident de submerger la critique.

Newman et d'autres critiques soupçonnent l'église elle-même. Les représentants de l'église disent ne rien savoir, mais l'affaire ne les gène sûrement pas.

Episode navrant

Quel qu'en soit le responsable, cet épisode navrant de harcèlement en ligne, actuellement le plus vaste exemple d'abus du net, nous rappelle que l'intrusion de l'état n'est qu'une des formes de menace dans le cyber-espace. Il y a désormais un nombre croissant d'ingérences cybernétiques perpétrées  par des groupes du genre vigilante-style, qui, hors de toute juridiction et législation, prennent des sujets en main grâce au spamming et aux attaques de courriers électroniques en masse.

Les implications sont surprenantes. En plus de la restriction à la liberté de parole, les échauffourées de ce type risquent de démolir toute possibilité d'opération en ligne, pas seulement pour les usagers individuels, mais aussi pour les ensembles de transmission surchargés de trafics qu'ils n'ont jamais été construits  pour manier.

"Il s'agit d'abus d'une ressource commune", dit Newman, qui a rassemblé ce qui est vraisemblablement le plus vaste site web documentant les activités de l'église. Cette fois, dit-il, les supporters de la scientologie sont allés trop loin.



Peut-être n'est-ce pas le fait du simple hasard que le plus infâme des spammings subis sur le net  provienne d'une organisation prétendant 8 millions de membres.

"L"église" de scientologie ("c"oS  ou  "c"o$  ) est une "religion" bien connue du genre New Age, fondée en 1950  par l'écrivain de science fiction L. Ron Hubbard (1911-1986).

L'organisation se croit hantée par les accusations de ses anciens membres qui disent que les officiels de l'église détruisent l'indépendance de ses membres par des moyens d'humiliation, de privation de nourriture, d'emprisonnement ou pire. L'église nie ces affirmations.

Les discussions portant sur ces sujets faisaient partie du lot lorsque ce groupe de News a subi son premier spamming majeur le 19 Mai 96, lorsque le participant régulier "Chris Marple" (chrismpl@a.crl.com) a posté quelques extraits du livre "Qu'est-ce que la scientologie" dans le groupe.

Ces extraits n'étaient pas nombreux au début, mais leur nombre a atteint des proportions inégalées, des centaines, puis des milliers de ces messages encombrant les écrans. Les messages originels passaient dabord par e-mail, puis furent expédiés depuis l' un des ordinateurs de l'université de Yale.

Quand les autorités de Yale ont découvert le Spam, elles ont stoppé les envois effectués par Chris Marple.

Grandes lignes

Mais d'autres spammers (expéditeurs de spams) ont fait leur apparition peu après, postant le même matériau  ou presque, prenant les relais les uns des autres à quelques minutes d'intervalle. Le texte des messages antérieurs était habituellement cité intégralement, suivi d'une simple ligne du genre : "Formidable!".

Avec ces milliers de messages postés le même jour, l'attaque elle-même ne fut bientôt plus contrôlable - environ 20000 messages, soit 50 MOs de données, l'équivalent de 3000 hebdomadaires, postés en neuf jours. Le 24 Mai, Yale a restreint l'accès à  alt.religion.scientology.

Les spammers ont eu tôt fait de trouver d'autres méthodes d'infiltration dans le groupe, envoyant des signaux de pays aussi lointains que la Nouvelle-Zélande ou l'Estonie. On eût vite repéré qu'il ne s'agissait pas seulement de postages publicitaires ordinaires, mais bel et bien d'un assaut massif envers le newsgroup, des milliers d'exemplaires de ces messages parvenant à des millions d'ordinateurs de par le monde.

Le problème de l'activité d'a.r.s., dit Newman, c'est plus le volume que le contenu. Si vous trouvez plusieurs milliers de messages par jour, c'est comme quand vous submergez une station de radio: ça coince à plusieurs niveaux : chez les lecteurs du newsgroup, chez les fournisseurs et les relais, car ça prend de l'espace disque chez eux et leur sature les lignes de répartition.

En effet, les petits fournisseurs dotés de peu d'espace disque pour les groupes de news ont  forcé pour pouvoir suivre le mouvement, obligeant à des retards de chargement; les usagers individuels qui payaient à l'heure de connection ou au volume reçu devant donc payer plus cher pour accéder à a.r.s., et cessant éventuellement d'y accéder car les lenteurs de connection leur revenaient trop cher.

Mais trouver la trace des spammers était difficile, car ils ne restaient pas assez longtemps au même endroit pour les détecter. Des messages pro-scientologues commencèrent à apparaître en provenance d'adresses e-mails fabriquées (des faux), les spammers changeant fréquemment de fournisseurs d'accès, ou se servant de remailers (services qui re-postent des courriers depuis une autre adresse).

Malgré l'absence de fumée de revolver,  les critiques soupçonnent les membres de l'église d'être derrière cet énorme afflux d'écrits d'Hubbard sur le net. Les infiltrations d'e-mail chez des ex-scientologues  montrent que des membre de la secte et leurs supporters considéraient la spamming comme outil de propagande dès 1994.

Un document infiltré écrit par Elaine Siegel, scientologue de haut rang, semble prouver le fait que la scientologie avait bien l'intention de "manier" le newsgroup a.r.s.

Siegel, membre de l'OSA (Office des Affaires Spéciales, les services secrets de l'église de scientologie) écrivit: "Si vous imaginez 40 à 50 scientologues postant sur Internet assez souvent, ça fera disparaître les SPs (les Personnes Suppressives, les ennemis de la secte). C'est très simple, en, fait.

Le porte-parole scientologue Debbie Blair a admis le fait que Siegel ait écrit ce mémo à des collègues, mais Blair insiste en disant que l'église n'a jamais mis ce plan à éxécution.

"Ca n'a jamais été adopté, ça n'a pas été mis en route, et le plan de Siegel est le seul de ce type."

Quand on a demandé à Blair si elle pensait que l'envoi de dizaines de milliers de messages pro-scientologues était un abus du net, Blair a répondu "Je crois que je devrais dire non, mais il faut préciser. Tout ce qui entrave la liberté de parole serait un abus du net."

Quand j'ai demandé à Blair si les membres de l'église étaient derrière cette affaire de spam, elle a répondu n'en rien savoir: "Il y a 8 millions de scientologues, " - répétant un chiffre invérifié, quoique souvent annoncé.  Questionnée sur la tactique de l'église, elle dit "Ce spamming n'a pas eu lieu. Quand c'était critique envers nous, tout le monde s'en fichait. Quand il y a  une masse de choses positives, tout le monde rouspète."

Blair a aussi faxé un message à NOW Magazine, défendant les droits à la liberté de parole, tout en niant tout effort entrepris pour noyer internet.

"Seuls quelques hypocrites se plaindront, dit-elle; quand ils s'expriment, eux, avec toute leur haine et leur perversité, nous leur reconnaissons le droit de dire ce qu'ils veulent. Il y a eu tant de fausses informations dans ce groupe de nouvelles qu'on ne va pas se plaindre que pour une fois, quelqu'un dise la vérité."

Questionnée aussi sur les tentatives (ayant échoué) de la scientologie de faire fermer le groupe de news en persuadant les administrateurs des systèmes (sysadmins) de ne pas accepter ce groupe, elle a dit "C'est vrai. Ce fut une erreur des débuts; nous avons beaucoup grandi depuis; nous ne sommes pas Microsoft, nous sommes une église."

Il est possible que le plus intéressant ici, ce soit l'échec de l'église à entreprendre des poursuites à l'encontre de la violation des "droits d'auteur" au cours de ce spamming, droits qu'elle a  vigoureusement défendus par le passé!

Ecrits sacrés

L'église a toujours maintenu que certains des écrits sacrés d'Hubbard - ces écrits formant la colonne vertébrale spirituelle et économique de la religion sciento - étaient des "secrets commerciaux". L'église s'est engagée dans un large campagne destinée à protéger ces textes sacrés, lançant toutes sortes de procès en violation de propriété intellectuelle, suite à la parution  de ces écrits sur Internet. La majorité de ces écrits se retrouve dans le groupe a.r.s. ; on vit alors apparaître une série d'ordres d'annulation (Cancel Commands) vers fin 1994, ordres forgés par des personnes inconnues qui faisaient ainsi disparaître ces messages d'a.r.s., avec parfois la mention "annulé pour violation de copyrights".

La "c"o$  a entrepris par ailleurs une série d'actions légales à l'encontre de divers individus ou organisations ayant publié ces secrets commerciaux sans autorisation; elle a attaqué le Washington Post ,  ainsi que divers "violeurs de copyrights apostats" (apostats: ayant abandonné leur "foi" sciento, dans ce cas) et plusieurs fournisseurs internet.

Elle a même forcé un service de repostage anonymisant (une société qui cache les adresses des envoyeurs avant de reposter les messages) en Finlande à dévoiler le nom d'une personne ayant posté les niveaux secrets sur a.r.s.

Des milliers de messages récents ont été récemment postés , contenant ces matériaux secrets, mais il reste aux avocats de l'église à entreprendre les poursuites.

Blair n'a pas voulu dire si les personnes qui ont posté les spams avaient reçu la permission de l'église de poster les sections couvertes par copyrights; mais elle insiste sur les violations de copyrights! Quand je lui ai spécifiquement demandé si l'église entreprendrait une action envers les spammers , elle a simplement répété: "Quand il y a violation de copyrights, et sans tenir compte de qui la commet - nous entreprenons toujours une action. Cela ne signifie pas que nous allons nécessairement jusqu'au procès."

Bizarrement, cet épisode a divisé les avocats de la liberté de parole, qui se trouvent opposés dans cette affaire. Certains voient une menace envers la liberté de partole dans l'usage des spams, alors que d'autres maintiennent que l'église ne fait qu'user de son droit à communiquer son point de vue, un peu plus agrressivement, à l'encontre de ses détracteurs.

MUSELER LES DISSENSIONS

L'usage du spam pour museler les dissensions ne se limite pas à a.r.s., signale Chip Berlet, analyste expert au sein de "Political Research Associates", une affaire indépendante, sans but lucratif, qui renseigne les gens et les organisations sur les droits politiques aux USA, y compris au sein du Net.

Berlet collabora au premier BBS "Luttez pour le Droit" (Fight the Right) en 1985. Il opère désormais à partir d'une liste privée de mailing, et a même dû fermer temporairement suite à engorgement de centaines de messages provenant de zélotes trop zélés sur la question.

Berlet remarque que les envois en masse destinés à faire taire les opposants sont l'une des tactiques utilisées dans toute la classe politique, où l'on trouve des gays en colère spammant les fondamentalistes chrétiens, les anti-racistes spammant les néo-nazis. Il remarque que cette nouvelle forme de technologie "augmente fantastiquement l'aptitude des gens à accéder aux médias; vous voulez protéger et garantir cet accès, mais aussi, obtenir des moyens de sanctionner ceux qui en abusent."

Il n'existe pas actuellement de loi empèchant le spamming, remarque Berlet, mais, ajoute-t'il, "c'est un violation à la liberté de parole que de spammer quelqu'un jusqu'à le faire taire".

Berlet ne pense pas qu'il soit très difficile de définir le spamming, ni qu'il soit difficile de le distinguer de l'expression de masse:

"Si vous trouvez une quantité de message expédiés spontanément - ou même de façon organisée - lors d'une campagne de lobbying (assaillir les politiques) - venant de nombre de gens, c'est normal; mais si des gens engorgent avec des tonnes de saletés d'écrits d'Hubbard et des montagnes de textes qui sont hors des discussions en cours, alors, c'est du spammming. C'est ça, la différence."

Copyright (c) NOW Magazine
Traduction: Roger Gonnet
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VOCABULAIRE / HISTORIQUE

-SPAM  / SPAMMING: Le spamming a pour la première fois attiré l'attention  du public lorsqu'une petite affaire arizonienne a rendu furieuse toute la communauté internaute en expédiant des milliers de copies d'une annonce identique, au hasard, à des centaines de newsgroups, technique qu'on appelle le "spamming horizontal", alors que le "spamming vertical" se concentre en direction d'un seul BBS ou d'un seul groupe de news, à qui l'on poste des quantités de fois le même message en peu de temps.
Le service des avocats des fournisseurs internet s'est effondré sous le nombre des plaintes électroniques envoyées par des utilisateurs en rogne, au point de bloquer la société et ses ordinateurs.
Depuis lors, une série de pyramides illégales se sont formées, tels "le schéma infâme "FAITES VITE DU FRIC" (Make money fast) et des annonces pour des lignes téléphoniques de fesse 1-900 (du genre 36 68XXXX) ainsi que des souscriptions à des magazines.
ANTI-SPAM: L'intensité de l'attaque sciento sur alt.religion.scientology a poussé les lecteurs à chercher de nouvelles méthodes pour combattre ces données indésirables; en effet, la plupart des vétérans du net pensent que le seul moyen de faire face est d'user d'une technique contrant la techologie des spammers.

Comme le remarque Chip Berlet, "la technologie n'en est pas au point de pouvoir bloquer toutes ces choses et de les empècher de bloquer une conférence. Berlet établit actuellement un programme de scanning qui analyserait les systèmes de messages pour etneter de détecter ce qui se passe lors d'une attaque de postages inutiles.

AUTO-ANNULATION:  Entretemps sont apparus des programmes d'auto-annulation, connus sous le nom de cancelbots. Lorsq'un rpostage entrecrosié du même message apparaît trop souvent dans le cancelbot, les artivcles sont ôtés du système.
Mais les activités des annulateurs de spams ne sont pas secrètes; les dernières mesures sont régulièrement annoncées dans des groupes de news tels que news.admin.net-abuse.announce  et news.admin.net-abuse.misc., qui existent pour canaliser les discussions sur les abus internet.

ARS et les Spams: En outre, des usagers individuels ont à leur disposition des ressources pouvant servir de barrage aux données indésirables qui, dans le cas d'ars, étaient devenues si prévisibles qu'il n'étaient pas difficile d'y faire face. Le système le plus sophistiqué de lecture des newsgroups peut filtrer certaines adresses spécifiées, si bien qu'on peut se débarrasser des messages indésirables.

Lazare: le programme de lutte informatique contre le spamming.

Netiziens: citoyens d'internet, internautes.

Monde des atomes (et monde virtuel): qualifie le monde réel par opposition au monde virtuel, qui est celui du cyber-espace, que David G. post nomme aussi "Monde des Bits" puisque les ordinateurs calculent en "bits".

USENET: Partie d'Internet consacrée aux forums de discussion (Groupes de Nouvelles, Newsgroups) comme "alt.religion.scientology", où l'on peut prendre des messages laissés par d'autres depuis des jours, et répondre à ces messages ou en émettre de nouveaux qui ouvriront à leur tour de nouvelles voies de discussion.



NOUVELLE GUERRE MONDIALE
par David G. Post
"Cancelbunny" et "Lazare" se bagarrent aux frontières du cyber-espace - et suggèrent les limites des contrats dans les sociétés.

"Il est donc manifesté qu'au temps où les hommes vivaient sans avoir un Pouvoir Commun qui dans une grande crainte les garde, ils demeuraient alors dans la condition que l'on nomme guerre, et cette guerre, eétait pour chaque et tout homme... D'aventure pourrait-on imaginer qu'il n'a jamais existé d'ère sans la guerre comme nous la voyons de ce jour, et je veux croire que cela ne fut point aussi généralisé, mais il y a moultes endroits où nous  trouvons ceci. Car les peuplades sauvages de bien des lieux aux Amériques ... n'ont point du tout de gouvernants  et vivent donc ainsi de nos jours, comme je l'ai  déjà dit.  On peut en déduire ce que serait l'existence sans un pouvoir à craindre."
Thomas Hobbe, LEVIATHAN, Chapitre 13 (1651)
 

Toute l'affaire commence comme un médiocre roman de science fiction; des êtres étranges portant des noms bizarres - Cancelbunny, an144108, XS4ALL, et Scamizdat, se font la guerre sur un champ de manoeuvres qui n'est guère délimité en un quelqconque lieu terrestre, et se servent d'armes en forme de chaines de digits binaires. Mais il ne s'agit pas de science-fiction, mais de la guerre entamée dans le cyber-espace entre la "COS" (Church of Scientology) et ses critiques, la première guerre de l'age de l'Internet. Si vous désirez apprendre en quoi l'Internet n'est pas un monde comme les autres, lisez, je vous prie. Et même si vos centres d'intérêt ne vous portent pas vers le cyber-espace, vous pourriez aimer en entendre parler quand-même, lorsque vous saurez que des éléments comme la législation et la politique sont ici en jeu.; formant - ou échouant à former - notre manière de vivre.

Tout comme le contact avec d'autres formes de sociétés civiles avaient éclairé les Esprits philosophes de l'Age des Lumières, Hobbe ou les autres , quant à la nature du gouvernement et du pouvoir politique, le contact avec cette nouvelle forme de monde électronique et ses nouvelles règles de conduite nous conduira à repenser à ce que serait la vie si "elle n'avait point ce pouvoir à craindre."

Selon les personnes que vous interrogerez, la scientologie sera soit une religion légitime offrant à ses adeptes une voie de salut et d'enrichissement spirituel, soit  une vulgaire escroquerie frauduleuse - permettez-moi de vous dire que je ne prendrai pas parti sur la question. Ce qui reste  évident, c'est que les relations entre  ses adhérents et  ses critiques n'ont jamais été aimables; que les passions atteignent ici des sommets fébriles dans les deux camps, et que , disons-le, les scientologues ont souvent été accusés de trâiter leurs critiques plutôt brutalement.

Mais avant le 17 Juillet 1991, il n'existait pas d'opposition réellement organisée aux tactiques et enseignements scientologiques, ni de véritable groupement des gens l'ayant quittée. Comment cela aurait-il pu se faire? Construire une "anti-église", après tout, demanderait à peu près autant d'énergie, d'administration et d'argent que de construire une église. Mais l'aspect du paysage a phénoménalement changé lorsqu'un des critiques de l'église, Scott Goehring, a formé un groupe de discussion - alt.religion.scientology - dans ce qu'on nomme le réseau Usenet, une portion de l'internet. ( Pour ne rien arranger , Goehring s'était servi comme adresse de retour de ses courriers d'un "miscaviage@flag.sea.org", se moquant ainsi du patron de la Scientologie  Miscavige. Brutalement, en quelques 30 secondes qu'il fallut à Goehring pour taper sa requète, pour moins de 25 centimes de coût de communication avec les ordinateurs responsables de la configuration du réseau Usenet, apparut un endroit où les déçus pouvaient s'échanger des idées, des communications, en fait, une nouvelle communauté venait d'apparaître - une de plus parmi les milliers déjà existantes sur le réseau, depuis quelques années.

Alt.religion.scientology devint en effet le chaudron des commentaires critiques des enseignements et tactiques scientologiques - ainsi qu'un des forums à discussion internautes les plus actifs, avec plus de 2700 messages postés chaque semaine. Mais les choses ont vraiment passé à la vitesse supérieure lorsque certains participants ont commencé à venir, postant des messages contenant de longs extraits - voir les textes complets - de certains des textes secrets qui font partie des "écritures sacrées" de la scientologie, textes connus sous le  titre de "Niveaux Supérieurs, ou Technologie Avancée". Les adeptes de la COS (l'église de sciento) tenaient vraiment à ce que les textes en question ne soient pas connus ni répandus , sauf auprès de personnes triées par une initiation rigoureuse, car ils pensaient que leur lecture  pouvait mettre à mal les gens n'ayant pas cette initiation. Les critiques de la COS, d'un autre côté, disent que ces documents sont au coeur même du débat critique contre la scientologie, et que les dévoiler auprès du grand public, avec leurs bizarres descriptions d'aliens préhistoriques et de guerres thermonucléaires, éloignerait les prospects possibles des griffes de la scientologie.

Ayant découvert que ces textes secrets se promenaient librement d'un point à un autre du globe, le système légal de la COS démarra plein pot. Ces textes, disaient-ils, contenaient des matériaux protégés par copyrights ; il s'agissait de "secrets commerciaux". Leur distribution, que ce soit électroniquement ou autrement, constituerait une violation pure et dure des droits d'auteurs et une mésappropriation d'information confidentielle. Nombre de plaintes furent déposées, à Alexandria, en Virginie, à Denver, et à Amsterdam, contre des individus supposés responsables de ces postages, et contre les entités légales permettant à ces personnes d'accéder à l'Internet, sans compter, dans au moins un cas, contre un quotidien (The Washington Post), qui en avait publié des extraits dans les compte-rendus d'un procès. Ces cas ne sont pas réglés encore, et risquent de mettre des années à se stabiliser.

Il est certain qu'ils soulèvent des aspects légaux délicats et importants. Par exemple, le "secret commercial" est habituellement défini , dans la législation américaine, comme "information donnant un avantage commercial face aux concurrents,  contre la divulgation de laquelle des précautions de secret raisonnables ont été prises" : par exemple, des listes de clients, des méthodes de fabrication. Une église peut-elle vraiment avoir des secrets commerciaux? Sommes-nous prèts à reconnaître un  marché de la religion, au sein duquel des concurrents batailleraient pour un avantage commercial?

Ou bien, pour prendre un autre exemple, supposons que la COS détienne les droits d'auteur de ces textes. La loi des USA autorise "l'usage convenable" de matériaux couverts par copyrights, y compris leur copie et la distribution de ces copies, "pour des buts tels que la critique, le commentaire, le reportage, l'enseignement." Vous avez le droit, par exemple, de citer des passages d'un livre lors d'une critique sans craindre de procès en violation des droits d'auteur.  Dans cette optique, le postage de ces textes secrets sur Internet , dans le but d'engendrer une discussion plus générale sur les enseignements scientologiques, peut-il être excusé selon ces bases? La recherche de la notion d'usage convenable est notoirement glissante; elle est décidée par les tribunaux sur des bases d'équilibre entre divers facteurs; on peut  s'intéresser à savoir si le citateur en tire un gain commercial (facteur favorisant les gens qui postent sur internet, qui donnent  leurs copies gratis). On soupèsera aussi "la quantité et substantialité ou proportion de l'oeuvre citée par rapport à l'oeuvre dans son ensemble - facteur qui favorise fortement les scientologues.

Et finalement, devrait-on considérer les fournisseurs d'accès internet, qui agissent comme "pipelines" lorsqu'ils connectent les individus au réseau, comme co- responsables des dommages causés par la distribution des matériaux? On peut difficilement leur demander de surveiller ces milliers ou ces centaines de milliers de messages qui traversent leurs systèmes chaque jour, ni d'être ainsi en mesure de déterminer s'il y a ou non violation de la loi dans l'un d'entre eux. La loi sur les droits d'auteur, d'un autre point de vue, a largement été appliquée aux intermédiaires du livre aux USA (où les librairies, par exemple, peuvent être tenues responsables de matériaux violant la loi dans les livres qu'ils vendent, ou encore, les propriétaires de boites de nuit qui doivent faire respecter les droits d'auteur aux musiciens qu'ils engagent, etc. La raison en est que les gens qui profitent, même indirectement, d' activitiés illégales dans ce domaine, devraient compenser les pertes de revenus du détenteur des droits d'auteur. Pourquoi ces mêmes principes ne seraient-ils pas appliqués ici?

Ce sont là les questions que les tribunaux risquent de se poser pendant quelques temps. La COS a réussi à obtenir quelques jugements préliminaires en sa faveur indiquant que les documents contenaient des secrets de commerce, que l'usage convenable n'autorisait pas à poster sur le net, et que les fournisseurs d'accès pourraient en effet être responsables de ces postages ; ce qui frappe bien des observateurs, ce sont ces tentatives de mélanger sans réfléchir le cadre des lois existantes au sein du chaudron internet. Mais tout l'épisode dépasse largement les frontières de ces importantes questions légales. Il s'agit dans bien des cas d'une ébauche sur la façon dont se résoudront les conflits dans un monde internaute, et de la nature de l'anarchie qui, aux yeux de beaucoup, semble régir le web, ainsi que sur les difficultés qu'il y aura à franchir pour exercer le moindre degré de contrôle sur cet environnement en se servant d'outils légaux. Quoi qu'il en soit, la "Loi sur l'Internet" qui en émergera devra au minimum incorporer quatre principes émanant de ces batailles.

1. Ici, il n'y a pas de là. Supposons que toutes les plaintes formulées par la scientologie soient exactes, que ces documents soient réellement protégés par des copyrights et la loi sur les secrets commerciaux, et qu'ils aient été illégalement postés sur alt.religion.scientology. Supposons par ailleurs qu'un tribunal de notre pays ou d'ailleurs, soit persuadé qu'alt.religion.scientology n'est qu'un repaire d'activités illégales et qu'il faudrait le fermer. Que se passerait-t'il?

Alt.religion.scientology n'est pas quelque chose de physique, comme par exemple une librairie que l'on pourrait localiser, et dont on pourrait expédier les opérateurs au tribunal; tout comme l'Internet, ça n'a pas de propriétaire, pas d'opérateur, pas d'ordinateur central sur lequel tout "repose". Les groupes Usenet comme alt.religion.scientology naissent de propositions individuelles, (comme celle de Scott Goehring) visant à établir un groupe spécicique, envoyées à un autre groupe qui est destiné à recevoir ces propositions (comme alt.config). Les opérateurs de chacun des dizaines de milliers de réseaux d'ordinateurs reliés à l'internet sont dès lors libres de faire passer ou d'ignorer le groupe proposé. Si un réseau choisit de faire passer le groupe de news, ses ordinateurs seront programmés pour "faire suivre" les messages vers et en provenance de , par exemple, alt.religion.scientology, ce qui consiste à les rendre accessibles aux usagers qui pourront les lire s'ils le veulent, et pourront y ajouter leurs messages à destination du réseau mondial. C'est là un système tout à fait décentralisé, en termes techniques, il sagit d'une "base de données distribuée" (distributed database, en anglais), base dont le contenu change sans cesse au fur et à mesure de son passage par les différents réseaux , de réseaux à réseaux et de machines à machines; ces données ne s'interrompent jamais dans aucune juridiction légale, ni dans un ordinateur précis.

Non seulement l'on ne peut saisir alt.religion.scientology, mais ce que la technologie a donné là, la technologie elle-même ne le peut reprendre. Les scientologues ont eu tôt fait de l'apprendre, lorsque Helena Kobrin, une avocate de la COS, a émis une "demande d'annulation" auprès d'alt.config, prétendant que alt.religion. scientology devrait être retiré du réseau parce que:
A/ ça avait démarré par un message fabriqué, et que
B/ ça se servait du nom 'scientologie' dans son titre, ce qui impliquait quelque relation officielle avec la COS, et que
C/ cela n'avait cessé d'abuser des droits d'auteur et de violer les secrets de commerce, et ne servait à rien d'autre qu'à entretenir ces pratiques illégales.

Mais essayer de stopper un groupe Usenet de cette façon, c'est faire éclater un sac en papier; il n'y a pas de forum autre que alt.config pour y faire valoir ces arguments, aucune unité de décision centrale qui puisse évaluer la validité de ces plaintes et décider si oui ou non, alt.religion.scientology devrait survivre. Cette décision est entièrement aux mains des propriétaires de chacun  des dizaines de milliers d'ordinateurs, dont la plupart ont, dans ce cas-ci, choisi d'ignorer la requète de Kobrin pour stopper alt.religion.scientology.

2/ L'anonymat change beaucoup le visage des choses. Nombre des documents en question ont été postés à alt.religion.scientology dans des messages provenant d'individus identifiables. Mais nombre d'autres sont arrivés dans le réseau Usenet avec des adresses telles que "an144108@anon.penet.fi",, ce qui montrait qu'ils avaient été transmis par un reposteur anonymiseur, ici le célèbre anonymiseur finlandais. Ces reposteurs travaillent de façon très simple: si Alice désire expédier un message anonyme à Bob - ou à alt.religion.scientology -elle le prépare et l'expédie non pas au destinataire, mais à l'adresse de anon.penet.fi, par exemple, en incluant les instructions d'envoi; le reposteur ôte simplement toute information liant le message à Alice et aux machines utilisées par Alice pour transmettre le message, puis il le fait suivre au destinataire avec comme adresse-retour celle de l'anonymiseur dont il provient.

Quelles sortes de règles de copyrights ou de secrets de commerce etc.  peut-on appliquer au sein d'un monde où les personnes ont si peu de difficultés à cacher leurs identités? La signification de cet aspect n'a pas échappé aux officiels scientologues. En un bond unique, qui a fait moultes remous au sein de la communauté des netiziens les représentants de la COS, début 1995, ont investi les bureaux de la police finlandaise pour y obtenir les mandats de perquisition destinés à rechercher l'auteur de l'information portant le n° 144108.

Bien que la police finnoise ait pu obtenir ce renseignement chez le reposteur, les tactiques des scientologues n'ont pu ici qu'accélérer le développement de techniques plus sophistiquées destinées à assurer la sécurité des messages anonymes. Par ces actions, tous les usagers internet se sont rendu compte qu'ils devraient peut-être éviter les anonymiseurs gardant des traces des messages qui permettent ensuite d'en identifier les auteurs, s'ils désiraient se protéger du "monde réel" finnois ou autre. De plus,des documents arrivant aux portes de alt.religion.scientology - y compris ceux  du "Scamizdat" toujours pas identifié - (s'agit-il d'un individu? d'un groupement? du bras d'une organisation multinationale?) , ce Scamizdat étant responsable de l'envoi de nombre de documents secrets - ont alors commencé à affluer par l'intermédiaire d'une chaîne de reposteurs anonymiseurs. Ce genre de méthodes rend la coopération internationale bien plus délicate à obtenir, car il faut obtenir l'accord de chaque autorité nationale pour retracer l'origine des messages. En combinant l'usage de ces mutiples anonymiseurs avec celui des techniques de cryptage sophistiquées dont on se sert pour les "gribouiller", l'identification des sources devient vraiment très dure, voire même, comme beaucoup le disent, impossible.

Par conséquent, ceux qui possèdent les textes secrets scientologiques qu'ils souhaiteraient disséminer peuvent s'ils le désirent en éviter les désagréables effets et ne pas se faire traîner en justice où ils auraient à répondre de leurs actes, et peuvent continuer à poursuivre leur idée.  Scamizdat lui/elle/eux-même(s) disait ceci: "Tandis que le Net est parcouru de ses propres luttes perpétuelles entre orthodoxes et révisionnistes, il fixe dans l'immobilité les avocats et l'argent qui assombrissent les guerres du monde extérieur." En effet, que les avocats soient ou pas contraints à l'immobilité, les jours des procès traditionnels dont on se sert pour règler les différends sont peut-être bel et bien comptés.

3. L'information ne peut être contrôlée. Pour vous en assurer, même dans le monde non virtuel,  monde que Nicholas Negroponte du Laboratoire des Medias du Masschussetts Institute of Technology a qualifié de monde des atomes- l'info est déjà une qualité insaisissable. Mais il y existe au moins une mesure de contrôle possible face à la dissémination et à la distribution , puisque dans ce monde réel les journaux peuvent être saisis, la presse écrite confisquée, et les librairies perquisitionnées. L'implication évidente qui ressort de la guerre de la scientologie, c'est que sur le réseau global, ces mesures de contrôle n'ont pas disparu.

Par exemple, les scientologues été en mesure à plusieurs reprises d'obtenir des ordres des tribunaux leur permettant de saisir et de faire déposer au greffe des ordinateurs contenant d'après eux des matériaux leur appartenant. Quels que soient les ennuis que puissent provoquer ce genre d'actions auprès des propriétaires de ces machines, l'information elle-même n'est heureusement pas perturbée par ces contrôles exercés sur les disques durs ou autres, et continue à filer de par le monde sans entrave. En effet, peu après que les scientos aient réussi à saisir nombre de documents chez un fournisseur d'accès hollandais (XS4ALL), ces mêmes documents sont apparus sur plusieurs douzaines de sites du World Wide Web, accessibles à tous (ces documents ont été nommés "Kit anti-scientologue). Et si l'on s'arrangeait pour faire disparaître ces machines, d'autres seraient certainement prètes à prendre le relais. Une fois l'information passée dans le cyber-espace, elle n'est plus contrôlée, et dans l'état actuel de la technologie, elle est incontrôlable; si rien d'autre ne vient, notre notion de ce qui constituerait un secret de commerce ou autre risquerait d'avoir à subir quelques révisions substantielles.

4. De nouvelles armes verront le jour. Si les armes qui ont fonctionné dans cette bagarre pour contrôler les flux d'information se sont finalement  révélées inefficaces, la guerre des scientologues nous laisse déjà entrevoir ce que pourraient être les suivantes. La plus primitive est celle qu'on connaît dans le Net sous le terme de "spamming"  --  qui consiste à bombarder une zône du  Net d'un flux énorme de messages. Aux premiers temps de la bataille scientologue, la scientologue Elaine Siegel a suggéré dans une note interne de l'église de noyer le Net au moyen des messages positifs sur la scientologie, afin de contrer la critique. "Imaginez 40 ou 50 personnes postant très souvent sur Internet, cela fera battre les SPs (personnes suppressives) en retraite et les sortira du système; ce serait simple de faire d' Internet un espace sûr où la scientologie puisse prospérer." La COS a nié que ceci ait été adopté comme règle à l'église, mais les critiques ont eu tôt fait de mettre en place des mesures opposées: des programmes informatiques connus sous le nom de "killfiles" (tueurs de fichiers) ordonnent aux machines d'ignorer tout message provenant d'une adresse précisée pouvant apparaître dans les fichiers Usenet, ce qui rend beaucoup plus ardue la tâche d'embaucher une armée de "spammers" (gens qui feront des messages d'encombrement).

Il y eut donc une nouvelle série d'armes plus sophistiquées  sur la champ de bataille. Le logiciel qui fait fonctionner les discussions Usenet comprend sa fonction d'annulation propre, autorisant toute personne qui aurait expédié un message à envoyer ensuite une commande d'annulation de ce message, ce nouvel ordre se proageant ainsi dans le réseau entier pour retirer le premier message. Cette facilité a pu être manipulée, en se servant de procédures largement connues, pour annuler des messages venant d'autres personnes: on forge donc une fausse commande d'annulation pour qu'elle semble venir de l'expéditeur originel.

C'est ainsi que fin 1994, on vit disparaîtres des messages chez alt.religion.scientology, avec parfois la mention "annulé pour cause de violation de copyrights". On ne sait toujours pas qui était derrière ces annulation illégales - nommées ensuite "cancelbots". La COS a de nouveau nié toute participation, et la foule anti-scientologue a commencé à parler de ce (ces) participants annulateurs sous le nom de "Cancelbunny" . Cancel fait référence à un 'habitant' bien connu du net, le CancelMoose, qui s'est assigné la tâche de mettre au point des procédures destinées à faire face à d'autres formes de spamming. Qui qu'ait été Cancelbunny, ses efforts se sont très vite heurtés à une autre arme puissante, un logiciel nommé "Lazare" un nom bien choisi - qui permet de ressuciter des messages annulés - en fait, il alerte simplement l'expéditeur et tous les autres participants du groupe de news qu'un message spécifique a été annulé, laissant à l'originateur du message le choix de le reposter ou non, si ce n'était pas lui qui avait annulé soin envoi.

Que se passe-t'il ici? Nous voyons se déplacer le centre de gravité de notre système légal et du système chargé de faire respecter les lois hors des emplacements familiers; nous voyons les outils qui servaient - bien ou mal - dans le monde de l'atome tout aussi décentrés. C'est la version polie. Moins civilement, le cyber-espace ressemble un peu à la construction quasi mystique de Hobbe, l'état de nature au sein duquel les habitants n'ont pas à craindre de "Pouvoir Commun" et où il n'y a "pas du tout de gouvernement". Bien sûr, loi et société ordonnée  émergeront de cet état de nature -- du moins c'est ce que pensaient Hobbe, Locke et autres philosophes de l'Age des Lumières -- grâce aux "contrats de société" que les habitants accepteront d'eux-mêmes. En effet, seule la loi qui émerge d'un processus semblable à celui-ci, c'est à dire la loi acceptée par les gens gouvernés - pour reprendre la phrase de Jefferson - permet l'exercice légitime du pouvoir d'état.

Il a toujours existé un fort élément de fiction à user de cette notion de contrat de société comme outil rationnel de légimation de la souveraineté. Quand avons-nous, vous ou moi, consenti à être liés par la Constitution des Etats-Unis? On peut au plus présumer un consentement indirect, du fait que nous sommes à l'intérieur des frontières américaines, le type d'accord du style "accepte-ou-pars-ailleurs", ou "votez-des-pieds" de la théorie légitimisante des politiques. En mesurant les choses ainsi, peut-on dire que les dictats de Saddam Hussein sont légitimes, pour d'autres que les Iraquiens les ayant accepté? Est-ce que les Zaïrois ont consenti au Mobutisme? Dans le monde des atomes, nous ne pouvons simplement ignorer le fait que le mouvement réel des gens réels n'est pas aussi évident, et qu'on ne peut accuser la plupart des gens d'avoir choisi les juridictions auxquelles ils sont contraints de répondre.

Mais dans le cyber-espace, l'espace est infini, le mouvement entre factions en ligne est sans frictions. Il existe donc ici une vraie possibilité d'obtenir un consentement pour un contrat de société. On peut établir des communautés virtuelles dotées de leur propre jeu de règlements; on peut y mettre en place un pouvoir qui maintiendrait un certain ordre et bannirait ceux qui ne le respecteraient pas, qu'il s'agisse d'individus ou de groupes. Ceux qui trouveraient ces règles oppressives ou inacceptables pouvant s'en aller rejoindre une autre communauté, ou démarrer la leur.

Ce potentiel  - disponibilité de jeux vidéos à la demande, de jeux interactifs ou autres merveilles technologiques - fait du cyber-espace un évènement politique véritablement extraordinaire. Le consentement des administrés peut passer de l'état de construction théorique à celui de principes réels de gouvernement. Il n'est plus dès lors nécessaire de théoriser sur le contenu des lois que choisiraient les gens s'ils en avaient la liberté; le net révèlera les préférences  par le biais d'un marché légalisateur invisible ouvert sur le monde entier, avec des communautés en concurrence vis à vis d'adhérents potentiels. Par conséquent, si les habitants de alt.religion.scientology veulent une communauté où les lois portant sur les copyrights sont ignorées, pourquoi s'en mèler, puisque ceux à qui cette notion déplaît peuvent ne pas y pénétrer et aller voir ailleurs, par exemple dans le réseau Microsoft, où ils trouveront des lois plus protectrices?

Bien sûr, la réponse se trouve au sein du conflit scientologique lui-même. Après tout, les scientologues n'y étaient pas venus de leur plein gré. Ils n'ont pas choisi de poster les documents vers alt.religion.scientology en suivant les règles de cette communauté. En d'autres termes, chaque règlement de communauté aurait quelque effet de surabondance sur les habitants des autres communautés, aussi bien dans le monde cyber que dans celui des atomes. Les souverains détenant le pouvoir dans le monde réel ne peuvent et ne veulent autoriser des individus provenant d'autres juridictions à expédier des missiles par dessus leurs frontières : il est trop simple de supposer qu'ils laisseront ces communautés virtuelles faire de même.

Il est probable que le cyber-espace soit difficile à contrôler pour les autorités fixées en un pays, mais nous courtisons le risque et pouvons mettre en danger cette remarquable expérimentation politique si nous pensons qu'il serait impossible de contrôler un monde non-virtuel depuis l'intérieur. Nous nous sommes arrangés jusque là pour échapper au cauchemar d'un monde Orwellien, mais il n'est pas certain que nous puissions continuer à le faire. En bref, le cyber-espace doit prendre sa place au sein de la communauté des nations. Ceci exigera l'élaboration  d'une certaine dose de reconnaissance  et de respect mutuels des deux côtés de la frontière séparant le monde des atomes et le monde des bits.

Les souverains existant doivent en référer aux habitants de ce nouveau monde quant aux matières pour lesquelles leur intérêt est à la fois légitime et capital. Ce sont les habitants du cyber-espace qui sont après tout en meilleure position de juger des formes variables d'une loi sur les copyrights qui pourrait vraiment coller aux particularités de ce nouvelau lieu étrange de l'information. Toute tentative pour parvenir dans le net à une législation esclavagiste de copyrights auparavant destinée aux objets réels, au sein d'un monde doté de la bombe H, doit rencontrer la résistance la plus farouche. Mais les habitants de l'hyper-espace doivent eux aussi développer des mécanismes pour reconnaître et respecter les intérêts légitimes de ceux qui habitent hors de leurs frontières. L'affaire à règler est claire, et phénoménalement complexe, mais nous ne pouvons manquer de nous y attaquer, car en laisser  passer l'occasion - qui peut être unique au cours de l'Histoire - nous priverait peut-être de la possibilité de repenser un monde où les gens soient enfin en mesure de vivre leurs vies comme ils l'entendent.

David G. Post  enseigne le droit des copyrights et la loi du cyber-espace à la Faculté de Droit de l'Université Georgetown; il est directeur de l'Institut de Loi du Cyber-Espace. Toute personne désirant trouver d'autres informations sur les dissenssions évoquées dans cet article peuvent en dénicher des quantités au sein du Net. Vous pouvez démarrer la recherche par le , le site de Ron Newman, ou d' autres sites que tient l'Eglise de Scientologie - Directeur des Relations avec les Médias.(http://theta.com/goodman)



 
 

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