Les moulins de Xenu tournent extrèmement lentement 

Résumé:

la scientologie perd pour la 3e fois le procès en violation de droits d'auteur intenté contre une activiste des droits de l'homme hollandaise, Karin Spaink, écrivain.


Original anglais The Enquirer

http://www.theinquirer.net/?article=11516




Les guerres du Net

Par Wendy M. Grossman: vendredi 12 septembre 2003, 12:09

J'ai été quelque peu surprise de lire cette semaine qu'un tribunal hollandais avait décidé le 4 septembre que l'écrivain Karin Spaink pouvait conserver sur son site des matériaux de la scientologie [anglais]. C'était la troisième décision de justice sur cette affaire aux Pays-Bas, la première datant de l'ère pléistocène d'Internet - il y a neuf ans de cela. Je n'avais aucune idée qu'on n'en était encore là.

J'ai passé une bonne partie de l'année 1994 - le web étant Usenet, le roi, Compuserve, et les navigateurs tous équipés Mosaïc, à lire le groupe de news alt.religion.scientology, que j'avais remarqué lors de mes ballades sur Internet, à la recherche de sujets d'écriture. J'ai alors pensé que la démographie du Net à l'époque - des fans de sci-fi, des iconoclastes et des étudiants en sciences - risquait de passer un bon moment à argumenter avec les scientologues. Les détails de la guerre qui enflamma le net parurent sur Wired (voir l'article de Wired en français).

La guerre menée à l'époque par Karin Spaink correspondait bien à ce qui se passait alors. Les scientologues paient pour chaque niveau "d'évolution" qu'ils prennent. Ils finissent par atteindre les plus élevés, en étudiant des matériaux secrets -- on leur dit que le contenu pourrait leur faire du mal à moins d'avoir été bien préparés. L'un des facteurs les plus violents de désaccord entre la scientologie et le Net apparut lorsque des participants du groupe de news alt.religion.scientology commencèrent à publier les documents secrets de la secte dans le domaine public. On mit même au point une technologie intéressante qui permettait de conserver une accessibilité aux fameux documents : un moteur de recherche spécialisé les retrouvait, les pistant de jour en jour dans chaque nouvelle localisation. La scientologie commença alors à envoyer des lettres de menace et à porter plainte contre quiconque osait poster ces documents ouvertement. Nombreux sont ceux qui utilisèrent des services de l'anonymiseur finlandais Helsingius, sur anon.penet.fi

Mais l'ennui, c'est que les documents étaient déjà disponibles publiquement à partir d'une source: un tribunal californien à qui un repenti de la secte, Lawrence Fishman, les avait entièrement dévoilés au cours d'un procès en 1993. Le témoignage de Fishman était publiquement accessible depuis deux ans, jusqu'à ce que la scientologie réussisse à faire mettre le procès sous scellés, arguant qu'il contenait des "secrets commerciaux".

Le site de Karin Spaink a des hyperliens vers ce témoignage comportant ces secrets, ainsi qu'un résumé et des citations d'autres documents secrets intitulés "OT 2 et OT 3" - (OT signifiant Thétan Opérant). Trois tribunaux hollandais en neuf ans ont donc décidé que Spaink avait tout à fait le droit de publier ces matériaux sur son site, et que ni elle ni son fournisseur d'accès n'étaient coupables de violation de droits d'auteur (contrefaçon est le mot juridique français pour violation de copyrights). La scientologie doit payer leurs frais de justice.

La Cour a condamné la scientologie en raison du secret entourant OT 2 et OT 3", écrivit Karin Spaink sur alt.religion.scientology après avoir pris connaissance de la décision de justice du 4 septembre; elle disait que la scientologie - que le tribunal appelle une organisation et non pas une église - se sert du secret pour renforcer son influence sur ses membres, et qu'en outre, la scientologie tentait de renverser les valeurs démocratiques."

Du fait que l'essentiel de ce qu'on écrit actuellement à propos des droits d'auteur sur le Net a trait à la musique et aux procès de la RIAA contre des gamines de 12 ans, on en oublierait facilement que c'est la scientologie qui fut la première à ferrailler judiciairement pour les droits d'auteur sur Internet. (d'ici un an, on aura aussi des procès similaires à ceux des gamines et de la musique, mais à propos des films et des émissions de TV).

C'est donc la scientologie qui mit le feu aux poudres en s'attaquant aux fournisseurs d'accès (FAI), exigeant qu'ils contrôlent les matériaux postés par leurs clients; c'est la scientologue qui fut la première à attaquer l'anonymat en ligne et à obtenir un ordre d'un tribunal exigeant que l'anonymiseur Helsingius dévoile l'identité d'un de ses usagers. Helsingius obtient ensuite une récompense de la part de l'EFF (Fondation Frontière Electronique) pour les efforts qu'il avait consentis, mais il dut fermer son serveur, puisqu'il ne pouvait plus en garantir la sécurité.

Ironie du sort, comme l'écrit Karin Spaink sur son site [anglais], la décision du tribunal hollandais se base sur un procès similaire en Suède, celui de Zenon Panoussis, qui donnait comme argument que les secrets en question étaient accessibles à tous en raison de la Constitution Suédoise, puisqu'il en avait déposé des copies au Parlement. C'est ironique, car Zenon a finalement perdu ce procès en 2001.

Le problème que pose ces procès, ainsi que ceux de Keith Henson, Grady Ward [ndt : et celui de Roger Gonnet, webmaster et traducteur de cet article], c'est d'établir une ligne séparant la liberté d'expression et ce que la secte scientologue dénomme "des anarchistes des droits d'auteur". Il est évident que la motivation essentielle de Spaink est sa foi en la liberté d'expression, qu'elle considère comme un droit essentiel -- allant jusqu'à héberger un site anti-avortement interdit, bien qu'elle même soit favorable à l'avortement.

D'autres critiques du Net sont plutôt motivés à dévoiler les fonctionnements internes de la secte dans l'intérêt public - ou simplement par goût d'une bonne bagarre. Les juges n'ont pas tous été du même avis: ainsi les juges du Colorado et de Virginie, Kane et Brinkema, ont estimé que les documents accessibles par de multiples points n'étaient pas des secrets du commerce, même s'ils étaient protégés par les droits d'auteur. C'est bien sûr ce que tentent d'obtenir les critiques: l'accession libre à ce que les scientologues atteignent dans leur recherche payante; les critiques pensent voudraient que la clientèle puisse faire un choix éclairé.

Sont-ce des terroristes des copyrights, ou des citoyens altruistes?

A vous de décider.



J'ai écrit un nouveau livre à propos des réseaux pour les petites entreprises.

Le site Web de Wendy Grossmann (tm) dispose d'une vaste archive de livres, articles et musique, ainsi que d'une collection complète des articles antérieurs de la série. Elle a un blog intermittent.



Scientologie et sa guerre contre Internet :

www.antisectes.net/index-int.htm




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