Bagarre en Valais: Cathos contre Raéliens 



Eric Felley in "Le Temps" du 3 juillet 2001

Avec la diffusion au printemps dernier de leur brochure intitulée «Nopedo»,
les raéliens ne se sont pas fait des amis en Valais, où ils n'en avaient
d'ailleurs pas beaucoup. «Nopedo» - nom d'une virulente campagne faisant
l'amalgame entre la prêtrise et la pédophilie - a provoqué une forte
réaction. En réponse à une question d'un député radical au Grand Conseil
vendredi dernier, le Conseil d'Etat valaisan a choisi la manière forte: la
dénonciation pénale pour violation de l'article 261 du Code pénal sur la
discrimination en matière de croyance.

C'est la première fois que le Conseil d'Etat valaisan procède ainsi dans le
cadre de cet article. D'une manière générale, il est très rare qu'un
gouvernement, en Valais comme ailleurs, s'érige en dénonciateur. Ici, ne
donne-t-il pas une réponse inappropriée à une question qui regarde en fait
l'Eglise catholique et les raéliens? Si la première s'estime victime d'une
discrimination, c'est logiquement à elle d'agir devant les tribunaux. Le
diocèse de Sion est semble-t-il encore assez puissant pour ne pas avoir
besoin du soutien du Conseil d'Etat. Cette situation crée un précédent qui
rend un peu confuse la séparation des pouvoirs, d'une part entre l'exécutif
et le judiciaire et de l'autre entre l'Eglise et l'Etat.
Par ailleurs, le Conseil d'Etat agit aujourd'hui contre les raéliens, alors
qu'il n'a guère bronché contre les membres de l'association d'extrême droite
Romandit, lorsqu'ils ont violemment dénigré la communauté homosexuelle dans
Le Nouvelliste.

Plus violents que Romandit

Le conseiller d'Etat Jean-René Fournier, en charge de la sécurité et des
institutions, s'est défendu sur les ondes de la radio romande en disant que
les propos de «Nopedo» étaient «d'une violence plus grande» que ceux de
«Romandit» qui concernaient «la liberté d'expression de chacun».

On peut toutefois s'étonner d'un tel argument, alors que Romandit assimilait
la communauté homosexuelle à un milieu pervers ou criminel et que cette même
association s'en était déjà prise à des politiciennes au sujet de
l'avortement en les comparant à de la «pourriture». Les associations
homosexuelles n'ont pas voulu porter l'affaire en justice, tandis que les
politiciennes l'ont fait avec un résultat mitigé. L'Etat, à juste titre,
n'était pas intervenu.

Culturellement, cette différence de traitement n'est toutefois pas
surprenante. Les raéliens, avec leur croyance aux extraterrestres, au
clonage, avec leur opposition déclarée à l'Eglise catholique et la pratique
d'un certain libertinage, ne sont pas aimés, c'est le moins que l'on puisse
dire. Les milieux traditionalistes ne le sont peut-être pas beaucoup plus,
mais ils ont l'avantage de peser un certain poids dans la politique
cantonale. Ainsi le gouvernement ferait-il peut-être mieux de rester
au-dessus de la mêlée et de ne pas donner l'impression qu'il se prête
opportunément au jeu de la dénonciation pénale.

back

Retour sous index correspondant à ce type de texte : autres sectes

Retour Webpage