Peut-on être radical ou doit-on être modéré en luttant contre les sectes totalitaires?

 

INTRODUCTION

Radical: la consultation du dictionnaire historique de la Langue Française "Le Robert" indique que ce terme vient de radicalis en bas latin, qui signifie "de la racine, premier, fondamental".

L'adjectif radical (Petit Robert) signifie: "qui tient à l'essence, au principe d'une chose.../...[et par extension moderne] "qui vise à agir sur la cause profonde des effets qu'on veut modifier."

Partant de cette définition, on peut donc rechercher d'emblée les motivations profondes des critiques des sectes, motivations que leurs opposants, membres de sectes et leurs "apologistes", estiment en violation des droits de l'homme.

La simple observation élémentaire permet de noter qu'à quelques véritablement rarissimes exceptions près, on ne note pas de violations des droits de l'homme de la part des associations et chez ceux qu'on nomme les antisectaires ou contre-sectaires, tandis que l'histoire des sectes, voire celle des religions quand elles se comportaient de façon sectaire, est constellée de guerres, de meurtres, viols, vols, dols, escroqueries, fraudes, extortions, et autres violations majeures des droits les plus élémentaires de l'homme.

Le seul reproche de "violation des droits de l'homme" que l'on entend répéter à satiété par les sectaires et leurs défenseurs, serait selon eux constitué d'entraves à la liberté de religion, et de crimes de haine et discrimination religieuse. On peut prouver que ce reproche est infondé, car pour qu'il y ait violation de ce droit à la liberté religieuse, encore faudrait-il qu'il y ait "religion" reconnue comme telle" et non fantaisies égotistes ou escroqueries bien imaginées.

De plus, nombre de mouvements qualifiés de sectaires par les officiels ne revendiquent même pas la qualification religieuse: c'est le cas de près de 80 % de ceux qu'on trouve par exemple sur les listes établies par les gouvernements belges et français.

Même la plus bruyante des sectes se déclarant religieuse ne le fait pas quand çà l'arrange: la scientologie n'a tenté d'obtenir ce label protecteur que pour raisons fiscales. Hubbard, gourou de la scientologie dianétique, écrivit:

[déclarer la scientologie comme une religion] ne gènera en rien les activités habituelles des organisations [de la secte]. C'est exclusivement une affaire de comptabilité et d'avocats/avoués/notaires.
Il serait dans l'intérêt de toutes les organisations de scientologie déclarées d'être considérées comme étant de "nature religieuse" Cela comprend non seulement celles qui ont le mot "église" dans leur dénomination, mais toute association etc. liée au système scientologue...
(Hubbard)

A l'origine, elle s'était déclarée non-religieuse aussi bien aux USA qu'en France, Grèce - ou encore de nos jours, en Israël, au Pakistan, etc.

Quant aux crimes de haine et autres discriminations, les antisectaires ne les reconnaissent pas davantage, puisque leur activité consiste essentiellement à éduquer et informer ces mêmes membres de sectes qui les accusent de haine ou discrimination. Il apparaît d'ailleurs que si un système sectaire est fortement critiqué par les antisectaires, seuls quelques adeptes de haut niveau sont désignés comme cible par l'intermédiaire de procès justifiés. Au contraire, les antisectaires se démènent pour apporter leur aide aux autres, et pour les convaincre de bien vouloir regarder les preuves de la duplicité du mouvement qui les a piégés.

La meilleure définition probable de leurs activités critiques ? C'est l'éducation des gens sur le plan du totalitarisme. Les vraies sectes sont plus ou moins totalitaires, les critiques sont anti-totalitaires.

Les antisectes pourraient beaucoup plus aisément invoquer la "religiosité" que les sectes: leur travail est essentiellement bénévole et respectueux des aspects spirituels de l'homme, tandis que les gourous obtiennent des avantages matériels considérables et souvent d'origine criminelle: Maharaji possédait 96 Rolls Royce; David Berg avait un harem de jeunes filles et fillettes, Hubbard a détourné 200 millions de dollars de la scientologie, Moon posséde des usines d'armement, etc.

ARGUMENTS POUR LA RADICALISATION

Les antisectaires doivent agir sur les causes profondes des effets à modifier. Faute de dénoncer vigoureusement ces effets nuisibles dans la société, et leurs plus violentes manifestations, il paraît impossible de parvenir à faire prendre conscience au public de la réalité des dangers.

Prenons une métaphore: nos amis d'Outre-Manche ont éliminé des centaines de milliers de têtes de bétail pour se débarrasser d'une endémie qui ne menaçait pourtant pas les vies humaines. En Europe, nous avons supprimé des milliers de têtes de bétail suite à l'ESB, pour sauver "seulement" quelques vies humaines. On peut pourtant penser que les sectes font beaucoup plus de victimes et ont une influence sociale beaucoup plus néfaste sur la société que l'ESB.

Autre métaphore plus directe: la "secte" totalitaire stalinienne fut la cause de 17 millions de morts, la "secte" totalitaire hitlérienne, de plus de 20 millions. Il faut donc réagir contre certains des mouvements actuels qui ne seraient peut-être pas moins dangereux à échéance.

Que penser d'un mouvement qui demande de supprimer ses critiques (les "détruire, ruiner complètement, anéantir, pousser au suicide" etc), comme le fait directement la scientologie dans ses écrits, et comme elle l'enseigne directement à ses brigades spéciales secrètes "d'OSA"?

Que croire des thèses d'apparence bénignes d'un groupe comme les raéliens, qui remet en cause tout l'acquit de l'humanité et veut fort commodément promettre la vie éternelle moyennant finances pour clonage, tout en voulant installer au pouvoir une soi-disant élite par géniocratie - raisonnement qui nous ménerait directement à l'eugénisme, à la pureté de la race?

Devons-nous rester "modérés" sous prétexte que c'est politiquement correct ou que c'est mieux vu de paraître ne pas "exagérer", alors qu'on se contente d'énoncer des faits? Si le gourou scientologue a condamné quinze opposants à mort par écrit, dois-je le taire sous prétexte que j'ai l'air d'exagérer?

Si un critique expérimenté d'un de ces mouvements démontre pourquoi il lui semble irréaliste d'obtenir un quelconque changement en profondeur du totalitarisme dont ce groupe fait preuve, devrait-il passer sous silence son argumentaire en craignant que les universitaires et savants ne le prennent pas au sérieux pour cause d'opinions personnelles?

Si on lit certains prix Nobel scientifiques comme Einstein ou Charpak, on constate qu'ils peuvent se permettre sans risque d'énoncer des vérités nettes, même si elles pourraient paraître excessives dans la bouche d'un quidam. Bien qu'il n'existe guère de comparaison possible entre ces grands savants et des critiques de sectes, ces derniers devraient pouvoir se permettre les mêmes formes d'opinion - surtout si leurs déclarations sont vérifiables, ou si leurs thèses et hypothèses de réflexion sont soutenues par des éléments pragmatiques ou positfs, ce qui est la plupart du temps le cas. [on notera que certains mouvements sont tellements prompts à attaquer en justice n'importe quelle critique qu'ils en ont fait un système de défense: Hubbard écrivit "Nous n'attaquons pas tant pour gagner que pour décourager..."].

D'un autre côté, il est vrai qu'un langage brut et des opinions très tranchées desservent parfois leur auteur. Peu importe : les partisans du radicalisme sont toujours compensés par des partisans du style universitaire, des études, des modérés, etc.

Mais ces modérés ne touchent pas souvent le public courant, tandis que si les preuves lui sont apportées, le public scientifique ou universitaire ou politique restera sensible aux arguments raisonnablement radicaux envers certains mouvements.

A l'appui de cette opinion, on constatera que les antisectaires eux-mêmes établissent des différences évidentes entre les groupes critiqués. Certains d'entre eux seront qualifiés de "sectes absolues", d'autres de "mouvements de doux cinglés", d'autres de "mouvements présentant une ou des tendances sectaires", etc.

Il apparaît que c'est avant tout le radicalisme ou totalitarisme d'un mouvement sectaire, qui lui vaudra des réactions virulentes des critiques et des autorités. Si l'on pense aux milliers de blessés et aux morts provoquées par "Aum" au Japon, on imagine même facilement que des décisions plus radicales d'interdiction auraient leur place en pareil cas.

Assez fréquemment, la réaction virulente viendra de l'autorité judiciaire avant même que des spécialistes d'un mouvement ne prennent les choses en main. C'est le cas par exemple de sectes provoquant brusquement un ou plusieurs décès (parfois des centaines) alors que peu de textes les ont analysées avant le drame: la justice s'empare alors du dossier et condamne, parfois sévèrement, les responsables. On peut à ce propos estimer les apologistes des sectes très coupables de négligence et de silence complice face à ces mouvements, dont certains les ont contactés pour redorer leur image. Qu'attendent les apologistes pour dénoncer le risque avant qu'il ne soit trop tard?

Conclusion

Il n'est certes pas nécessaire que toute critique adressée à tout mouvement soit radicale. Ni utile de demander aux critiques modérés de devenir radicaux. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faille condamner les critiques virulentes, car ce sont très souvent elles qui ont amené les autorités à réagir contre des mouvements - à moins qu'elles n'aient réagi hélas trop tard, comme dans le cas du "Temple du Peuple" ou de l'OTS.

Peut-on réellement continuer à tolérer, où que ce soit, qu'un mouvement possède un système global privé de dénonciation, mondialisé, en quatorze langues? (cf: http://www.rtc.org)?

Doit-on tolérer que des mouvements se disant religieux investissent leurs sectodollars dans des armements, des bases fortifiées, des abris anti-atomiques célant dieu-sait quels secrets ou quelles tombes?

Les USA ont arrosé Al Qaida pour faire tourner leurs intérêts, puis l'ont renié quand ils ont réalisé avoir élevé un serpent dans leur sein. Quelqu'un aujourd'hui songerait-il un instant à taire ces relations politiques insupportables, sous prétexte de "modération"? Que serait une modération excusant des milliers de morts, sinon une décision coupable?

Dans ce domaine comme ailleurs, la diversité mène , je le crois profondément, à la richesse des reflexions. Les totalitarismes en tout genre nous auront au moins appris qu'il faut se méfier des exagérations, mais qu'il faut aussi se méfier des ténèbres lorsque seuls les faits , même virulents, peuvent éclairer la scène.

On imagine mal quelle raison pourrait empècher quelqu'un dont les opinions radicales sont basées sur de longues observations factuelles de dénoncer un danger imminent et bien réel.

Ce serait pour le moins une non-assistance à personnes en danger.


Août 2002

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