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 L'humiliation publique comme châtiment




COURRIER INTERNATIONAL N° 555 DU 21 AU 27 JUIN 2001
AUX ETATS-UNIS ET NULLE PART AILLEURS



Dans La Lettre écarlate de Nathaniel Haw-thorne, Hester Prynne est obligée de porter la lettre A sur la poitrine pour que chacun sache qu'elle a commis l'impardonnable péché d'adultère. "Honte, désespoir, solitude!" écrit Hawthorne. L'Amérique moderne semble peut-être très éloignée de la Nouvelle-Angleterre des puritains, mais l'idée que le châtiment doit reposer sur l'humiliation publique n'y a jamais disparu et semble même renaître aujourd'hui.


A Corpus Christi, au Texas, le juge J. Manuel Banales a récemment ordonné à 14 auteurs de crimes sexuels d'apposer devant leur domicile un panneau exposant leurs actes. Résultat: l'un d'entre eux a tenté de se suicider, deux ont été expulsés de leur logement et d'autres ont été victimes d'actes de vandalisme. Un autre Texan, le juge Ted Poe, de Houston, est à l'origine d'une loi votée en 1999 qui autorise les juges texans à assortir les mises en liberté conditionnelle d'une "notification au public" des délits. Le juge Poe, qui a déjà prononcé quelque 300 condamnations dans ce cadre, a par exemple ordonné à un homme qui battait sa femme de présenter des excuses sur les marches de l'hôtel de ville et à un chauffard de défiler devant un bar avec une pancarte portant la mention: "J'ai tué deux personnes en conduisant en état d'ébriété".


La plupart d'entre nous se soucient de l'opinion des autres, explique le juge Poe. Quelqu'un qui a été ridiculisé publiquement une fois sera amené à changer de comportement pour que cela ne se reproduise plus."Cette irruption de la morale dans les tribunaux risque d'avoir des conséquences considérables sur l'administration de la justice aux Etats-Unis et sur la façon dont elle est considérée. Que devient en effet la séparation de l'Eglise et de l'Etat ? Le recours à l'opprobre n'est-il pas en fait une façon sournoise d'introduire la religion dans les prétoires ? C'est ce qui inquiète Nadine Strossen, la présidente de l'American Civil Liberties Union (ACLU). La tendance actuelle, selon elle, n'est que l'une des nombreuses tentatives des conservateurs religieux pour imposer leurs valeurs au système politique et judiciaire.

Certains juges ordonnent aux délinquants d'aller à l'église. Un juge de Lancaster, au Texas, a ainsi condamné un garçon de 14 ans accusé de troubles sur la voie publique à suivre des cours d'éducation religieuse. Jusqu'à ce que l'ACLU intervienne en 1994, le juge Thomas P. Quirk, de Lake Charles, en Louisiane, a envoyé des centaines d'accusés à l'église au lieu de les condamner à des peines de prison ou à des amendes.
Ce type de châtiment a-t-il une influence sur la criminalité ?

Cette question, sur laquelle règne l'incertitude statistique, fait l'objet de polémiques acharnées. Quoi qu'il en soit, le châtiment par la honte semble se répandre partout ces temps-ci. La municipalité de Kansas City, dans le Missouri, diffuse régulièrement une émission de télévision, connue sous le nom de John TV, qui présente des photographies de personnes arrêtées pour des actes liés à la prostitution. Chacun peut consulter sur la Toile le registre d'écrou de la prison du comté de Maricopa, en Arizona. A Pojoaque, au Nouveau-Mexique, un magasin de vins et spiritueux affiche les noms des émetteurs de chèques sans provision sur une gigantesque marquise.


Dean E. Murphy, The New York Times

traduction du Courrier International

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