LE SECTICIDE
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Observatoire inter-ministériel sur les sectes

Rapport annuel 1997

en application de l'article 3 du décret n° 96-387 du 9 mai 1996

 

 
 
 

Ce document a été publié à l'origine sur une page anti-sectes française. D'après cette page, le rapport n'est pas officiel en tant que signé par le président de l'Observatorie et non pas par l'Observatoire en tant que tel. Le CESNUR publie ce document pour continuer un débat critique, qu'il a commencé avec l'ouvrage Pour en finir avec les sectes. Le débat sur le rapport de la commission parlementaire (3e éd.: Paris: Dervy, 1996). Nous signalons que le CESNUR n'a été ni organisateur ni co-organisateur des deux colloques parisiens consacrés à " l'évolution du paganisme contemporain " et aux " nouveaux mouvements religieux et logiques sectaires ", et qu'il ne participe pas en tant que tel à l'observatoire national privé d'étude des sectes.

Lire aussi le commentaire (en anglais) de Massimo Introvigne sur son site "CESNUR".

Créé par décret du 9 mai 1996 et installé le 13/11/96 par le Premier Ministre, l'Observatoire Interministériel sur les sectes doit lui remettre annuellement un rapport qui est transmis au parlement.

Le présent rapport ne comportera pas une nouvelle analyse du phénomène sectaire qui a déjà été faite de façon très approfondie par les deux rapports parlementaires traitant de cette question. Conformément aux missions qui sont dévolues à l'observatoire, il fera pour le Gouvernement, le point de l'évolution du phénomène sectaire, des travaux entrepris et enfin formulera un certain nombre de propositions pour lutter plus efficacement contre les dérives sectaires

Ce rapport fait la synthèse des différentes contributions fournies au rapporteur général par les membres de l'observatoire : parlementaires, personnalités qualifiées ou représentants des ministères.

Il convient ici de rejeter, d'ores et déjà, tous les procès d'intention qui sont faits ou qui pourraient être faits à l'observatoire: « chasse à la sorcière », intolérance, nouvelle inquisition etc... L'observatoire interministériel sur les sectes est un organisme totalement indépendant au regard des groupes de pression et d'intérêt quels qu'ils soient. Sa composition en est le garant : parlementaires de toute tendance politique, personnalités qualifiées qui lui apportent la compétence technique indispensable et enfin patrons des grandes directions des ministères concernés susceptibles de donner dans leur département ministériel, l'impulsion efficace et réaliste aux projets qu'ils souhaitent mettre en úuvre.

L'observatoire n'est pas une administration (Un rapporteur général, un magistrat, un secrétaire administratif et une secrétaire sténo-dactylographe) chargée de traiter des dossiers pour le compte d'associations ou de particuliers mais un organisme interministériel, de coordination et d'impulsion, de réflexion et de propositions.

Ses membres ont été répartis au début de l'année en deux groupes de travail homogènes, l'un traitant de l'observation et du suivi du phénomène, l'autre s'attachant à mettre au point des actions d'information, de formation et de lutte contre les sectes. Il est précisé que chacun des onze ministères représentés initialement au sein de l'observatoire, a désigné un correspondant permanent, qui est son interlocuteur privilégié et participe aux travaux des groupes de travail.

Le programme de travail proposé au Premier Ministre et retenu par ce dernier pour 1997 concernait dans une première phase, à titre principal, l'information des français et la formation des fonctionnaires confrontés plus particulièrement au phénomène sectaire (magistrature, gendarmerie nationale, police nationale, éducation nationale, services sociaux et services fiscaux, jeunesse et sport...).

Dix huit réunions se sont tenues depuis le début de l'année soit à Matignon, soit dans les nouveaux locaux de l'observatoire rue de Bourgogne. Elles ont permis une mise en commun des informations provenant de diverses sources et la réaffirmation d'un important travail de coopération interministérielle en évitant les lourdeurs administratives qui auraient nui à l'efficacité de l'action entreprise.

Ce rapport constitue à la fois un premier état des lieux ainsi qu'une première étape visant à apporter, d'ores et déjà, quelques réponses à un problème complexe qui touche les individus, l'ensemble de la société et de ses activités.

Répondant à la première de ses missions définies à l'article 2 du décret du 9 mai 1996, l'observatoire s'est attaché à suivre et analyser l'évolution du phénomène sectaire depuis la parution du dernier rapport parlementaire sur les sectes en France, qui a permis une perception plus accrue de la nocivité des associations à caractère sectaire et qui a été par son impact, à l'origine des actions engagées par les pouvoirs publics.


I - L'ACTUALISATION DE L'EVOLUTION DU PHENOMENE SECTAIRE ET SON ANALYSE

1 - Le suivi et l'analyse en métropole
 
 

2 - Suivi du phénomène sectaire Outre-Mer

3 - Le suivi international

II - LES ACTIONS MENEES ET PERSPECTIVES
 
 

III - LES PROPOSITIONS DE L'OBSERVATOIRE
 

IV - CONCLUSION


I - L'ACTUALISATION DE L'EVOLUTION DU PHENOMENE SECTAIRE ET SON ANALYSE

 Le suivi et l'analyse concernent tant la Métropole, que l'Outre-Mer et le domaine international.

Il convient de rappeler, en préalable à tout bilan, que quelques éléments préoccupants sont survenus, dans cette période aux marges immédiates de la scène sectaire, ou à l'étranger qui permettent de dégager le contexte général de cette actualité.

L'année 1996 a été marquée par des agissements délictueux inquiétants commis par des personnes se réclamant du satanisme, au titre desquels la profanation d'une tombe avec mutilation du cadavre, ou encore l'assassinat à coups de couteaux d'un prêtre de campagne par un émule de Satan. Parallèlement, ont été constatées une progression notable de violations de sépultures, profanations de lieux de culte, détournements ou destructions de symboles religieux, progression qui se confirme en 1997.

La situation française pour inquiétante qu'elle soit ne saurait être comparée à celle des Etats-Unis ou des pays scandinaves où le développement de groupes du même type se manifeste par des comportements organisés, autrement plus nuisibles.

Le satanisme hexagonal est très peu structuré et les rares associations, de cette mouvance se caractérisent plutôt par leurs activités de commerce pornographique. En revanche, un réseau informel de  relations individuelles ou groupusculaires se développe au plan national parmi les jeunes que certains phénomènes de société attirent vers ces marges culturelles et commerciales.

Un autre phénomène nécessite une attention particulière. Le risque de développement sur le territoire national, d'un certain type de manifestation évangélique, de masse, illustré par « la croisade du salut et des miracles" qui a réuni au Bourget (93), courant juillet 1997, quelques 15 000 personnes, pour assister aux prestations du télévangéliste américain Morris CERULLO. Prières, serments, mais aussi " guérisons miracles " immédiates étaient au programme

L'année 1996, au plan international, a été marquée par l'intensification d'un différend entre les Etats-Unis et l'Allemagne concernant les mesures prises par le Gouvernement Fédéral, et surtout La Bavière, à l'encontre de la Scientologie. Il convient de noter que cette association, à caractère intemational, a trouvé dans son combat pour " la liberté religieuse " des soutiens parmi lesquels, plusieurs artistes dont certains n'étaient pas affiliés à ce mouvement

Par ailleurs, l'actualité de l'année 1997, a été nourrie d'événements dramatiques en lien avec des dérives de mouvements à caractère sectaire. Sans être exhaustif, il convient de rappeler la tragédie du 23 mars 1997 à Saint Casimir au Québec, qui a porté à 74 le nombre total des victimes de l'ordre du Temple Solaire, et quelques jours plus tard le transit de la quasi-totalité des adeptes de la secte " La Porte du Paradis " à Rancho Santa Fe en Californie. Nombreux ont été les faits divers, pour certains graves et préoccupants, mettant en cause le phénomène sectaire, sur le territoire national. Ils font l'objet à l'heure actuelle de procédures judiciaires.

L'année 1997 a aussi été marquée par la publication fin avril du rapport de la commission d'enquête parlementaire belge. La polémique qu'elle a engendrée, de même nature et beaucoup plus vive que celle occasionnée par le rapport français, a porté sur la liste répertoriant 189 sectes dont des organisations catholiques, rendue publique par la presse. Cette liste finalement n'a pas été intégrée au rapport précité

Dans l'hexagone, la période de référence s'est traduite par quelques transformations significatives de la configuration du panorama sectaire, marquée par une légère expansion du phénomène et une homogénéisation des courants de pensée.

1 - Le suivi et l'analyse en Métropole

A - La configuration du paysage sectaire actuel

Elle se caractérise par une évolution contrastée et atomisée des différents mouvements. La physionomie sectaire tend, cependant, à s'uniformiser au travers des doctrines véhiculées.

a) Une relative progression numérique

La progression constante du phénomène sectaire ne se dément pas. En effet, à côté de quelques sectes aujourd'hui déstabilisées, d'autres se revitalisent, alors que près d'une trentaine de groupes se signalent désormais par une dérive caractérisée. En revanche, cette évolution numérique, qui trouve sa traduction sur le plan territorial par un éparpillement certain, ne semble guère avoir de répercussion au niveau du nombre global des adeptes des sectes.

Quelques sectes déstabilisées et un nouvel élan pour d'autres

Sur les 172 organisations répertoriées par les parlementaires, on peut relever que :
 
 

    • Deux associations ont été dissoutes ;
    • Six associations se sont affaiblies à la suite de la publication du rapport, de reportages ou de démêlés judiciaires de leur gourou ;
    • Cinq associations ont changé de nom.

Parallèlement, à cette déstabilisation de plusieurs mouvements, d'autres en revanche, dont quatre d'entre eux en particulier, ont connu un net regain d'activités. Ces mouvements en expansion peuvent être rangés du point de vue de leur doctrine, principalement dans les mouvements de type apocalyptique, ufologique et guérisseur (soit occultiste, soit syncrétique).

L'émergence de nouvelles associations

En deux ans, la scène sectaire s'est enrichie de plus d'une vingtaine de mouvements non recensés jusque là, essentiellement apocalyptiques et guérisseurs, pour reprendre les typologies retenues dans le rapport d'enquête parlementaire.
 
 

    • Chez les apocalyptiques, on dénombre huit nouvelles associations dont deux d'entre elles peuvent être considérées également comme d'inspiration ufologique. La plupart de ces groupements ne peuvent guère compter que sur quelques dizaines d'adeptes, excepté deux d'entre eux qui dépassent vraisemblablement le chiffre de 500.
    • Au titre des guérisseuses, dix nouvelles associations ont vu le jour. Si l'une d'entre elle peut compter sur près de 2.000 adeptes, toute évaluation quantitative des autres mouvements est peu significative. En effet, dans le domaine des sectes guérisseuses, l'important n'est pas le nombre "d'adeptes patients" qui fluctue, mais le dynamisme du noyau dur qui relaye les enseignements du gourou. Parmi ces nouvelles associations, trois d'entre elles peuvent être qualifiées d'orientalistes, alors que quatre de ces associations sont d'inspiration " new age".

b) Une évolution significative sur le plan qualitatif

Elle se traduit notamment par le quasi plébiscite des courants de pensée apocalyptique et guérisseur, ainsi que par des mutations inquiétantes au sein de la mouvance néo-spiritualiste " nouvel âge".

Le succès d'une doctrine à dominante apocalyptique et guérisseuse

Deux tendances prégnantes semblent l'emporter dans le domaine sectaire.

La première est l'apocalyptisme qui prend de l'importance au fur et à mesure que l'on s'approche de certaines dates charnières comme l'an 2000.

L'église catholique envisage d'organiser à cette date, un grand jubilé. Ce qui constitue un événement joyeux pour un grand nombre de croyants, peut devenir une sombre menace pour des groupes pathogènes.

Le calendrier chrétien, n'est pas, en la matière, le seul à être considéré dans les milieux spiritualistes. En effet, selon la doctrine hindouiste, l'humanité vivra la fin d'une période cyclique de 4.320.000 années. La quatrième partie de cette période, le Kali-yuga, l'âge sombre, comportant lui-même 432.000 années, serait parvenu à son terme qui coïnciderait précisément avec notre époque. Un nouvel âge d'or, le Krita-yuga devrait lui succéder.

Les néo-spiritualistes, quant à eux, imprégnés de croyances astrologiques, sont persuadés que l'entrée du monde dans l'ère du Verseau, s'accompagnera d'un changement de valeurs.

En fait, le sentiment qu'une page de l'histoire humaine va être toumée, est une idée largement répandue.

Une interprétation pessimiste, représentant l'apocalyptisme, estime que la venue d'un monde nouveau connaîtra les douleurs de l'enfantement et que le prix à payer pour cette naissance sera la destruction de l'ancien monde dans de grandes catastrophes.

On ne peut pas parler d'apocalyptisme sans faire état du millénarisme qui lui est lié. Cette doctrine vient du cúur du livre biblique de l'Apocalypse (XX, 1-6) où il est question d'un règne du Christ sur terre avec ses élus pendant mille ans. Ce " millenium " doit précéder la victoire définitive du Mal et la descente de la Jérusalem céleste. Sur ce point également, s'affrontent les pessimistes et les optimistes.

Les gourous, prudents, tout en annonçant l'imminence de catastrophes, se gardent bien d'en donner des dates trop précises.

Parallèlement au développement des doctrines apocalyptiques, les pratiques guérisseuses connaissent un véritable engouement.

En effet, les groupes spiritualistes, qui prétendent intervenir dans le domaine de la santé, ont pour caractéristique commune, de recourir à des médecines parallèles. Ces médecines sont diverses et ont plusieurs sources d'inspiration.

Pour les uns, il s'agit de renouer avec d'antiques traditions, porteuses de sagesse, comme les médecines chinoise ou védique. Pour d'autres, il convient de respecter une conception holistique de l'homme qui serait, en réalité, une globalité corps-psyché, dangereusement sécable.

Au vu de ces différences, sont proposées des thérapies diverses :
 
 

    • la guérison divine: la dérive sectaire intervient dès lors qu'on proclame que l'Absolu est la seule médecine et qu'il est impie de faire appel à la science des hommes
    • la guérison spirituelle par la médiation d'anges, de personnes décédées ou de guides vivants dans l'au-delà.
    • certains aspects de la médecine énergétique dont la dérive conduit à persuader le patient de l'obligation de dépendance et de soumission à une structure déterminée.
    • des psychothérapies, (notamment collectives par le biais de séminaires), dont certaines ne sont pas exemptes, à des degrés divers, de dérives préoccupantes, entraînant des patients dans des exercices déstabilisants, voire dangereux pour leur santé et leur vie et lucratifs pour leurs gourous.

Il est permis d'avancer que la diabolisation de la médecine moderne entre souvent dans un processus d'intégration sectaire.

Les dérives du " new age"

Il faut rappeler que le new age est né de la rencontre de deux courants : d'une part, le mouvement dit du potentiel humain apparu, en 1961 en Californie, d'autre part les techniques issues des traditions orientales : yoga, zen, taï-chi-chuan, méditation bouddhiste. Il doit être replacé dans un contexte plus vaste, celui du néo-spiritualisme contemporain.

Toutefois, le new age doit être replacé dans un contexte plus vaste, celui du néo-spiritualisme contemporain fondé sur le triptyque doctrinal comprenant les éléments suivants : la réincarnation, l'évolution de l'âme vie après vie et, au terme de ce parcours, l'absolu conçu comme un réservoir d'énergie-conscience partagé par les membres d'une " grande loge blanche ", une " hiérarchie des maîtres ", des " guides de lumière ", échappant au devenir cyclique mais pouvant intervenir sur terre pour aider l'humanité.

Le new age continue sa pénétration dans la société française par capillarité et de diverses manières.

Par exemple, une technique banale, a priori, comme la relaxation peut, au travers des procédés de sophronisation employés, dans certaines circonstances, lorsqu'ils sont utilisés hors de l'encadrement d'un groupe qualifié et mandaté par une authentique tradition, se révéler progressivement parcours initiatique.

Les passerelles entre les sectes avérées et les associations " new age " sont monnaie courante dans l'univers néo-spiritualiste, les dérives guérisseuses nombreuses.

Cette mouvance poursuit indéniablement son expansion quantitative en France, et on peut évaluer à plusieurs milliers le nombre des associations offrant leurs activités aux personnes attirées par le néo--spiritualisme. Or, les dérives observées permettent aujourd'hui d'affirmer que de plus en plus de personnes ayant la vocation de gourous, pensent désormais à exploiter ce vivier important d'adeptes, pour les entraîner dans des aventures médicales, métapsychiques, voire politiques, avec toutes les conséquences nuisibles que cela peut entraîner pour eux.

B - L'occupation du terrain au travers d'une quête de respectabilité

Le retentissement médiatique du rapport parlementaire a contraint un bon nombre de mouvements répertoriés comme sectes, à se faire oublier, pendant au moins quelques mois. Cependant, plusieurs de ces mouvements ont tenté de limiter les effets néfastes pour eux du travail parlementaire en engageant, à la fois des campagnes de séduction ou d'information, qui leur permettent en même temps de prendre officiellement pied dans la société, voire de faire de nouveaux émules, et en utilisant l'arme des procédures administratives et judiciaires.

Les campagnes de séduction ou de propagande

Ces campagnes, véritables offensives, ont été orchestrées à l'initiative des "structures centrales ", voire internationales. Elles ont été, le plus souvent, exécutées par des filiales de ces associations dans un souci de discrétion, alors même qu'elles ont revêtu une ampleur d'une certaine envergure, nécessitant des moyens financiers en conséquence.

Une organisation s'est particulièrement distinguée à l'attention des pouvoirs publics, dans cette offensive, à l'adresse d'institutions ciblées, en procédant, par vagues, à des envois de documents aux élus parisiens, puis, notamment aux préfectures, et aux tribunaux. De son côté, le système éducatif, a été destinataire de l'envoi massif de quelque 10.000 brochures, portant sur une méthode d'éducation censée éradiquer l'illettrisme adressée aux établissements scolaires et de formation professionnelle publics ou privés de l'ensemble du territoire

Les destinataires de ces publications étaient conviés, en outre, à retourner une carte mentionnant leurs coordonnées pour bénéficier d'exemplaires supplémentaires. Les recteurs d'académie reçurent, cependant, pour consigne de veiller à ce que ces documents ne soient pas accessibles aux élèves et aux enseignants.

Avant la rentrée scolaire, la même documentation a été adressée aux instituts universitaires de formation des maîtres.

D'autre part, dans la période de référence, une autre structure qui dénonce les violations des droits de l'homme dans le secteur de la psychiatrie, organise, très régulièrement, des manifestations de voie publique devant les hôpitaux psychiatriques de la région parisienne. Cet organisme adresse, en outre, épisodiquement aux élus sa revue sur la psychiatrie.

Trois autres associations ont tenté, dans une moindre mesure, de démarcher l'administration, de la même manière, en dénonçant auprès de parlementaires l'imprégnation de la pornographie dans les supports de la communication, ou aux autorités le projet concernant le contrat d'union civile et sociale ou encore en faisant circuler une pétition nationale ayant pour objet de susciter un projet de loi visant à réprimer plus sévèrement les dérives pédophiles.

D'autres se signalent en organisant notamment des manifestations du souvenir ou des expositions, dans les principales métropoles françaises, en lien avec les persécutions nazies.

Les mêmes adressent actuellement aux pouvoirs publics, une brochure relative au problème de la transfusion sanguine explicitant les motifs de ce qu'ils considèrent être un choix thérapeutique, en mettant en valeur leur contribution à la recherche médicale et ont fait déposer à l'observatoire 11.300 témoignages écrits, en faveur de leur organisation, chiffre attesté par constat d'huissier.

Les efforts fournis par ces associations pour asseoir leur crédibilité auprès des autorités civiles, prennent également la forme d'un engagement de circonstance, dans les secteurs caritatifs et humanitaires.

L'implication dans les actions de charité

Afin de faciliter leur intégration dans la société environnante, certains mouvements, disposant, il est vrai, d'une envergure et d'une logistique importantes, tendent à s'engager dans le milieu caritatif et humanitaire. Cet " investissement " en France et à l'étranger en faveur de populations socialement fragilisées se transforme en autant d'actions de prosélytisme sur le terrain.

A ce titre, peut être citée une aide importante de première nécessité, apportée à un peuple africain en 1996, par une association à caractère international, ou encore des actions plus récentes, engagées par celle-ci en direction d'handicapés ou d'aide aux personnes âgées, sur le territoire national.

Une " fédération pacifiste " s'est singularisée en élargissant son domaine d'intervention à un pays d'Afrique, également en convoyant des vêtements en ex-Yougoslavie et en tentant d' établir des relations avec le tissu caritatif français.

Pour sa part, une autre association à caractère international organise depuis deux ans, à la période des fêtes de fin d'année, une collecte suivie d'une distribution de jouets et de vêtements à l'intention des familles dévaforisées.

Les campagnes juridiques

Exploitant les textes fondamentaux visant à protéger les libertés de pensée et d'expression et qui assurent, en outre, une égalité de traitement devant la loi, certaines associations répertoriées dans le dernier rapport parlementaire, s'attellent à obtenir une légitimité voire une reconnaissance en favorisant le débat sur les plans doctrinal et juridictionnel.

a) Sur le plan doctrinal

Au lendemain de la publication du rapport de la commission d'enquête, quelques juristes, sociologues et historiens des religions, qui s'étaient jusqu'alors exprimés individuellement en faveur des " nouvelles minorités religieuses ", se sont élevés collectivement contre les travaux des parlementaires. La contestation, déclenchée à l'occasion de deux colloques parisiens consacrés à " l'évolution du paganisme contemporain " et aux " nouveaux mouvements religieux et logiques sectaires ", s'est constituée autour du Centre d'Étude Sur les Nouvelles Religions (CESNUR).

Ces universitaires, proches du CESNUR, ont constitué en avril 1996, un observatoire national d'étude des sectes qui s'est assigné pour tâche " dans un souci d'indépendance et d'objectivité, d'étudier de manière permanente les nouveaux mouvements religieux qualifiés sectes et d'assurer un équilibre entre la liberté de conscience et le respect de l'ordre public ". Ils organisent régulièrement, à ú sujet, des tables rondes et des journées d'études.

Dans le même état d'esprit, s'est manifesté à l'observatoire, l' " OMNIUM des Libertés Individuelles et des Valeurs Associatives " (OLIVA) dont les buts consistent à promouvoir et à diffuser une charte universelle de tolérance et de bonne conduite, ainsi qu'à agir pour l'intégration sociale et culturelle des minorités spirituelles.

Ces initiatives sont les plus significatives.

b) L'utilisation des procédures administratives et judiciaires

Au cours des deux dernières années, les associations répertoriées comme ayant un caractère sectaire dans le dernier rapport parlementaire, ont multiplié les actions judiciaires à l'encontre des personnes, élus ou spécialistes, et des associations engagées dans la lutte contre les dérives sectaires, sur le fondement de la diffamation, de l'injure raciale ou religieuse ou encore de la discrimination.

Sans pour autant renoncer à ce type de comportement, certaines de ces associations privilégient aujourd'hui la saisie des tribunaux administratifs, en vue de gagner une reconnaissance sociale et obtenir des avantages identiques à ceux consentis aux religions traditionnelles.

La multiplication des requêtes devant les juridictions administratives visant notamment à obtenir la communication des dossiers constitués au ministère de l'intérieur et sollicités, dans un premier temps, par l'intermédiaire de la CNIL ou de la CADA, témoigne de cette préoccupation.

Mais, c'est surtout une organisation en particulier qui, désireuse de convaincre de l'insertion de ses membres dans la société, s'attache le plus à créer une jurisprudence en sa faveur.

Estant en justice contre les municipalités qui s'opposent à l'implantation de ses lieux de culte, cette association a également engagé plus de 400 procédures devant les juridictions administratives, afin de bénéficier des exemptions fiscales réservées aux seules associations cultuelles régies par le loi de 1905. Au delà de l'enjeu financier non négligeable, il s'agit pour cette association d'essayer d'obtenir le statut d'association cultuelle.

Sans commenter les différentes décisions intervenues à ce jour dont la plupart sont frappées d'appel par l'administration fiscale, il est néanmoins important de reprendre un passage de l'avis rendu le 24 octobre 1997 par le Conseil d'État, interrogé par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand sur une demande formée par une association locale de ce groupement.

La haute juridiction rappelle en effet :
 
 

    • En premier lieu que " la liberté des cultes étant assurée par la République en vertu de l'article 16, de la loi du 9 décembre 1905, sous les seules restrictions imposées dans l'intérêt de l'ordre public, le fait que certaines des activités de l'association pourraient porter atteinte à l'ordre public s'oppose à ce que ladite association bénéficie du statut d'association cultuelle et, par suite, prétende à l'exemption de la taxe foncière sur les propriétés bâties ".
    • D'autre part, qu'il appartient aux juridictions " d'apprécier le respect de la condition au caractère exclusivement cultuel de l'association tant au regard des stipulations statutaires de celle-ci que de ses activités réelles ".

Quelques uns de ces groupements, persistent à tenter de déplacer le débat sur le terrain religieux par le biais duquel ils souhaitent se faire reconnaître. A cet égard, il convient de signaler qu'ils tentent parfois, de tirer profit de décisions judiciaires pourtant défavorables, comme l'illustre l'issue du récent procès tenu devant la Cour d'Appel de Lyon et dont l'arrêt rendu le 28 juillet 1997, fait actuellement l'objet d'un pourvoi du ministère public devant la Cour de Cassation.

C - L'immixtion dans des secteurs-clé

Les milieux sectaires ont pris notamment conscience de l'importance d'un embrigadement précoce de futurs adeptes et de l'intérêt financier non négligeable, que présentent pour eux, des structures d'accueil-écrans destinées aux enfants.

Alors que le rapport parlementaire dénombrait vingt huit organisations pratiquant l'embrigadement des enfants, une cinquantaine de mouvements de ce type peuvent être recensés, à l'heure actuelle. Ce ciblage accentué du monde de l'enfance, se traduit par la création ou le développement d'organismes divers, permettant aux groupes coercitifs de s'immiscer dans divers secteurs clés, tels que les domaines socio-éducatif, culturel et de la santé. Ces domaines ne sont pas les seuls concernés par l'influence sectaire.

Ces offensives protéiformes de la part des sectes, sont contrariées par l'action concertée des pouvoirs publics, leur mobilisation favorisée par l'observatoire, l'action des maires et des médias et l'attitude de l'opinion publique de plus en plus sensibilisée à la dangerosité du phénomène ainsi qu'en attestent les nombreux courriers et appels téléphoniques reçus par l'observatoire.

On peut donc conclure que le paysage sectaire en Métropole, n'a guère connu d'évolution majeure depuis l'intervention du rapport parlementaire. D'un point de vue quantitatif, la progression reste limitée et concerne dans la plupart des cas des mouvements encore marginaux.

2 - Le suivi du phénomène sectaire Outre-Mer

L'Observatoire s'est également attaché à quantifier et analyser le phénomène sectaire dans les départements et territoires d'outre-mer. Des travaux ont été engagés à cette fin.

Les résultats de ceux-ci démontrent à l'évidence, que l'activité sectaire connaît dans ces départements et territoires, un essor certain, beaucoup plus important qu'en métropole à l'exception néanmoins du territoire de Wallis et Futuna encore préservé. Le nombre évalué des adeptes est proportionnellement plus important qu'en métropole.

On recense donc, en Outre-mer, 55 sectes ou organisations mères et 197 filiales (associations diverses, sociétés civiles et commerciales). Les premières rassemblent environ 34.000 adeptes et 22.000 sympathisants. Ces chiffres témoignent de l'ampleur de l'emprise sectaire dans ces départements et territoires.

Les effectifs de ces associations à caractère sectaire peuvent se décomposer ainsi qu'il suit:
 
 

    • mouvements comptant moins de 50 adeptes = 20
    • mouvements comptant entre 50 et 500 adeptes = 24
    • mouvements comptant entre 500 et 2000 adeptes = 7
    • mouvement comptant plus de 2 000 adeptes = 4

La répartition de ces groupements ou associations, conduit à les classer ainsi, selon les critères de doctrine retenus par les parlementaires :
 

    • 24 dans les courants évangéliques-apocalyptiques
    • 12 dans la mouvance orientaliste
    • 10 dans la mouvance syncrétique
    • 3 dans le courant "ufologique"
    • 3 dans la mouvance psychanalytique.

Le poids des courants évangéliques-apocalyptiques est donc prépondérant.

Un clivage géographique permet d'affirmer qu'on recense en Martinique, douze organisations mères, onze en Guadeloupe, cinq en Guyane, quatorze à la Réunion, six en Nouvelle Calédonie, cinq en Polynésie. Mayotte ainsi que Saint-Pierre et Miquelon, sont très peu touchés par le phénomène sectaire.

L'importance du phénomène sectaire en Outre-Mer trouve ses causes dans une culture où le mysticisme et le surnaturel occupent une place essentielle, avec persistance de pratiques ancestrales ainsi que dans l'influence d'autres cultures géographiquement proches.

Le poids de l'influence sectaire exige une vigilance soutenue des pouvoirs publics dans une approche, cependant, qui tienne compte des spécificités locales.

3 - Le suivi international

Le suivi international du phénomène sectaire s'est essentiellement exercé par l'intermédiaire du Ministère des Affaires Étrangères représenté au sein de l'observatoire. La contribution de ce département ministériel est d'autant plus importante que le phénomène sectaire est mondial.

Ce ministère a communiqué à l'observatoire des informations émanant des postes diplomatiques et consulaires français à l'étranger, sur l'évolution du phénomène sectaire.

Il a permis à l'observatoire de compléter son information en lui faisant connaître les mesures prises par des gouvernements étrangers et en lui communiquant des documents et travaux réalisés dans ce domaine. A ce titre, l'observatoire a pu être en possession notamment, du rapport de la commission parlementaire belge sur les sectes, de l'audit sur les dérives sectaires dans le canton de Genève ou encore du rapport de Monsieur Amor ABDELFATTAH à la commission des droits de l'homme des Nations Unies, en application de la " Déclaration sur l'élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction ", ainsi que d'un rapport du département d'État américain publié le 22 juillet 1997, sur les libertés religieuses.

Le représentant du ministère des affaires étrangères a également fourni, à l'observatoire, une étude juridique sur les conséquences de l'adoption par la France de la Convention Européenne sur la reconnaissance de la personnalité juridique des organisations internationales non gouvernementales.

Il faut signaler que le Parlement Européen a adopté une résolution sur les sectes en Europe, le 29 février 1996. Cette résolution invite les États membres à s'assurer que les autorités judiciaires et policières font un usage efficace des dispositions et instruments juridiques déjà existants au niveau national et à coopérer activement et plus étroitement, notamment dans le cadre d'Europol, afin de combattre les atteintes aux droits fondamentaux des personnes dont se rendent coupables certaines sectes.

La mondialisation du phénomène sectaire, la mobilité géographique des associations et de leurs filiales, l'expansion de leurs activités et le fait que ces associations s'organisent de manière défensive au plan européen, rendent nécessaire une coopération accrue dans ce domaine.

Après l'analyse et le suivi du phénomène sectaire, vont être examinées les actions menées par l'observatoire et leurs perspectives.
 
 

II - LES ACTIONS MENEES ET LES PERSPECTIVES

L'observatoire, dans un souci de prévention, s'est d'abord attaché à mettre sur pied une action d'information-sensibilisation. Il a néanmoins veillé à ne pas créer par une information intensive, une psychose dans l'opinion publique ou à favoriser le repli encore plus grand des sectes sur elles-mêmes, ainsi que la montée de l'intolérance.

La formation a constitué le second plan d'action complémentaire du premier visant à favoriser une meilleure prise en compte du phénomène sectaire et à apporter une réponse plus adaptée à ses dérives.

Les actions engagées ont concerné aussi :
 
 

    • la mobilisation face aux pénétrations et tentatives de pénétration sectaires.
    • l'élaboration d'un dispositif d'aide aux victimes de sectes.
    • la recherche d'une meilleure appréhension du phénomène sectaire et d'un partenariat diversifié pour l'observatoire.

A - INFORMATION - FORMATION

La mise en place d'un dispositif important d'information - formation a été impulsée par l'observatoire. Elle a été relayée par les administrations et associations, membres de l'observatoire.

Par ailleurs, plusieurs membres de l'observatoire ont participé à des réunions, conférences, journées d'étude, émissions de télévision ou radiophoniques, et ont accordé des interviews à la presse. L'information du public s'est également effectuée au travers de réponses et d'orientation de nombreux courriers de particuliers, d'élus et d'organismes divers.

a) Les dispositifs mis en place

lls seront successivement examinés. Ils concernent tant la Chancellerie et les autres administrations que les associations membres, de l'observatoire.

La Chancellerie

S'il n'est pas contestable que l'autorité judiciaire tient une place prépondérante dans le cadre de la lutte contre les dérives sectaires, son action relève d'un véritable défi dans la mesure où cette lutte ne doit pas avoir pour effet de remettre en cause certains principes sur lesquels repose la République.

Cela étant, il existe du point de vue judiciaire, en tant que tel, un problème du phénomène sectaire qui doit faire l'objet d'une réponse globale et continue de la part de l'autorité judiciaire.
  L'action de la Chancellerie :
 
 

      Les services compétents de la Chancellerie suivent, depuis longtemps déjà, avec une attention particulière les problèmes d'ordre civil ou pénal susceptibles d'être rattachés au phénomène sectaire, afin de réfléchir aux mesures de prévention et de répression propres à en contenir les dérives.

      La circulaire du garde des sceaux en date du 29 février 1996, a appelé l'attention des parquets sur la nécessaire vigilance dont il convient de faire preuve contre les dérives des mouvements à caractère sectaire. En outre, afin d'observer un suivi régulier de cette question, une cellule spécialisée a été créée, dès octobre 1996, à la direction des affaires criminelles et des grâces.

      Cette structure a notamment pour rôle de susciter une indispensable synergie entre l'autorité judiciaire et les administrations susceptibles de connaître du phénomène sectaire

      S'agissant plus précisément des mineurs dont la vulnérabilité mérite une attention particulière, un magistrat a été désigné au sein de la direction de la protection judiciaire et de la jeunesse pour suivre ces questions.
       
       

- La réponse apportée par l'autorité judiciaire :
 

      La lutte contre les dérives sectaires doit reposer sur une pleine application de l'arsenal juridique existant et sur une connaissance approfondie du phénomène sectaire.

 - Une application plus stricte du droit existant :
 

      L'arsenal juridique existant, diversifié tant en matière pénale qu'en matière civile (sanctions encourues par les associations et dispositions relatives à la protection des personnes à la fois pour les majeurs - procédures de placement sous sauvegarde de justice, de tutelle ou de curatelle - et pour les mineurs - procédures d'assistance éducative ), est suffisant pour lutter contre les dérives sectaires.

      Néanmoins. il a été constaté que les poursuites se heurtent à plusieurs difficultés.

      En effet, nonobstant l'action des familles, le consentement des " victimes adeptes " rend particulièrement difficile la preuve d'une atteinte à la personne et, par voie de conséquence, fragilise l'approche pénale des mouvements sectaires. Les dénonciations ou les plaintes sont souvent déposées tardivement en raison de l'emprise des sectes sur les anciens adeptes. En outre, la plupart des enquêtes face à ces agissements nécessitent de longues investigations, le recours à des services spécialisés pour ce qui concerne les infractions techniques.
       
       

- Une meilleure connaissance du phénomène sectaire :
 

      L'application stricte du droit existant est elle-même liée à une perception plus aiguë de la réalité des risques occasionnés par l'existence et l'activité des organisations sectaires.

      L'information et la formation sont les instruments privilégiés pour appréhender dans toutes ses caractéristiques le phénomène sectaire, et pour agir efficacement contre ces dérives.
       
       

- L'échange d'information entre les services de l'État concernés :
 

      L'échange régulier d'informations avec les divers services de l'État concernés par le phénomène sectaire (services de police, autorités sanitaires, inspection académique. inspection du travail...) renforce considérablement l'efficacité des moyens de lutte contre les dérives sectaires. Des rencontres périodiques sont d'ores et déjà organisées sous l'égide des Parquets avec les administrations de leur ressort. Ces rencontres doivent être institutionnalisées.

      L'observatoire est, à cet égard, au plan national, un lieu d'échanges privilégiés pour les différents départements ministériels représentés. Les diverses associations de lutte contre les phénomènes sectaires, sont également susceptibles de fournir des éléments d'information d'autant plus précieux qu'elles comptent dans leur rang d'anciens adeptes de ces organisations.
       
       

 - La formation des "agents" confrontés au phénomène sectaire :
 

      Le dispositif de formation mis en oeuvre sous l'impulsion de l'observatoire, tant à l'égard des magistrats que des personnels de la protection judiciaire de la jeunesse, sera effectif dès 1998. Une formation d'une semaine, est proposée, à cet effet, par l'École nationale de la magistrature. Des journées de formation au sein de cours d'appel sont programmées pour répondre à une demande locale. D'autre part, diverses réflexions sont engagées sur les problèmes du phénomène sectaire notamment au sein de l'association des magistrats de la jeunesse.

      En conclusion, l'action menée par la Chancellerie, impulsée par la diffusion de la circulaire du 29 février 1996, prolongée par un suivi systématique au plan central des procédures concernant les sectes, et conjuguée à celle des administrations et de l'observatoire, permet à ce jour d'établir un bilan positif.

      A titre liminaire, il convient de souligner que l'intervention d'un mouvement à caractère sectaire n'apparaît pas en tant que tel dans les statistiques judiciaires, ci-dessous évoquées. Les chiffres à venir sont dès lors sous évalués.

      Ainsi, en matière pénale, alors qu'en novembre 1995, un recensement établi sur 31 cours d'appel, permettait de relever l'existence de 60 plaintes pour des délits divers, 27 enquêtes préliminaires, 26 informations judiciaires, et 27 procédures clôturées en cours d'année, en lien avec le phénomène sectaire, au 1er novembre 1997, sur 35 cours d'appel, 134 procédures pénales ont pu être répertoriées. Ces procédures incluent 54 enquêtes préliminaires et 80 informations judiciaires. Sur ces 80 informations judiciaires, 18 sont achevées et 11 ont fait l'objet de jugements ou arrêts de condamnation dont certains ne sont pas définitifs. Les autres sont en cours.

      Ces chiffres témoignent à eux seuls de la prise de conscience du danger du phénomène sectaire au sein de l'Institution judiciaire qui devrait déboucher sur une répression accrue des débordements recensés

      Ces statistiques, il faut le préciser, ne tiennent pas compte des procédures d'assistance éducative, des enquêtes fiscales, des procédures civiles ainsi que des procédures pour diffamation ou dénonciation calomnieuse.
       
       

L'éducation nationale

Le rapport parlementaire sur les sectes présenté le 11 février 1997 par son rapporteur, Monsieur Jacques GUYARD, mettait en évidence l'absence d'information des élèves sur le phénomène sectaire.

En raison du caractère très déconcentré du ministère de l'éducation nationale, les initiatives et le traitement des affaires en lien avec ce phénomène, relevaient et étaient prises en compte au niveau déconcentré.

Dès la publication du rapport parlementaire, un inspecteur général a été chargé, dans un premier temps, d'analyser et de faire des proposions en ce qui concerne les tentatives de prosélytisme émanant d'organisations coercitives à caractère sectaire, en direction du système éducatif.

Une cellule spécialisée a été constituée, le 1er septembre 1996, au sein du ministère, la C.R.I.S.(Cellule pour les relations avec l'observatoire interministériel sur les sectes). Elle est dirigée par un inspecteur général de la vie scolaire, spécialiste de la vie associative. En relation avec l'ensemble des directions du ministère et plus particulièrement avec la direction des écoles, la direction des lycées et collèges et la direction des affaires juridiques, cette cellule a été chargée :
 
 

    • d'informer et de conseiller les cadres de l'éducation nationale confrontés à des tentatives d'organisations sectaires, éventuellement d'apporter le soutien nécessaire.
    • de coordonner les réponses du système éducatif au prosélytisme d'organisations à ú caractère sectaire.
    • de favoriser l'Information des élèves.
    • d'engager la réflexion, avec les directions concernées du ministère, sur la protection des élèves et des étudiants en suggérant éventuellement des évolutions réglementaires.
    • de participer à la sensibilisation et à la formation des personnels du ministère.

Ces cinq axes de travail ont été développés, dés septembre 1996.

Dès la création les premières initiatives ont permis de traiter plusieurs dossiers.

Un dispositif de sensibilisation et de formation de l'ensemble des personnels a été initié et est progressivement développé. Ce dispositif vise à protéger le système éducatif des tentatives d'emprise sectaire et à fournir des instruments d'identification et de discernement aux élèves.

Ainsi, une ligne téléphonique réservée aux recteurs et inspecteurs d'académie leur permet de saisir immédiatement la C.R.I.S, des difficultés rencontrées, en lien avec les tentatives susceptibles d'émaner d'organisations à caractère sectaire. Ces tentatives se situent en grande partie dans le domaine pédagogique. D'autres, concernent la vie globale de l'enfant et sont nécessairement analysées et traitées au niveau interministériel. La C.R.I.S a été conduite à apporter aide et conseils aux recteurs et inspecteurs d'académie pour 130 cas concernant des initiatives émanant d'organisations sectaires clairement identifiées. Le dispositif mis en place à cet égard, sera renforcé dans les mois à venir.

Trois campagnes de prosélytisme sectaire d'une grande ampleur, en direction du système éducatif, ont eu lieu au cours de l'année scolaire 1996-1997. La C.R.I.S. a pu, en s'appuyant sur la vigilance des cadres de l'éducation nationale et du personnel éducatif, faire échouer ces campagnes, malgré l'importance des moyens engagés, principalement par une organisation sectaire internationale. Ces campagnes ont contribué à une plus grande prise de conscience des risques de prosélytisme émanant de ces organisations.

Le respect du principe de la laïcité du système éducatif constitue incontestablement la meilleure garantie contre les tentatives de prosélytisme en direction des enseignants et des élèves. Tous les enfants d'age scolaire ne bénéficient cependant pas de la même protection, en particulier certains de ceux qui sont scolarisés au sein d'écoles privées hors contrat ou dans leurs familles, dispositions prévues par la loi. Un travail est engagé pour mettre fin à ces dérives tout en respectant les principes constitutionnels de la liberté d'enseignement. De même, sont actuellement étudiées des initiatives visant à renforcer le contrôle de l'obligation scolaire pour ces mineurs.

La sensibilisation des lycéens et des étudiants aux risques que représentent les tentatives de séduction d'organisations à caractère sectaire, par des exposés, réunions d'information doivent contribuer à renforcer la vigilance des jeunes. Des conférenciers compétents, des documents audiovisuels sont à la disposition des enseignants et des animateurs d'associations d'étudiants.

Cette information en direction des élèves, devrait prendre sa place dans le niveau dispositif de " morale citoyenne " qui prévoit des exposés, des publications d'informations destinées aux élèves, un encouragement d'initiatives des mêmes sur des thèmes faisant référence aux valeurs républicaines bafouées par les organisations sectaires.

En outre, dès l'année scolaire 1996-1997, a été engagée la formation des responsables de chacune des directions au sein de l'administration centrale.

La formation initiale dispensée au sein de l'école supérieure des personnels d'encadrement du ministère de l'éducation nationale, a intégré la prévention des dérives sectaires. Cette formation concerne les inspecteurs pédagogiques régionaux, inspecteurs d'académie (IPR-IA), les inspecteurs de l'éducation nationale (IEN) et les conseillers de l'administration scolaire et universitaire (CASU).

D'autre part, dans le cadre de la formation continue des enseignants, plusieurs stages ont été organisés dans les différentes académies par les missions académiques à la formation des personnels (M.A.F.P.L.E.N.)

Un stage national est prévu en décembre 1997, en vue de former les responsables académiques compétents qui auront pour principales attributions en tant que collaborateurs des recteurs, d'aider au traitement des problèmes locaux avec les responsables concernés et en étroite liaison avec la C.R.I.S., garantie d'une cohérence nationale. Ils animeront les formations académiques concernant la formation initiale des chefs d'établissements et des enseignants au sein de l'I.U.F.M. ainsi que les différentes formations continues. Toutes ces formations se mettront en place progressivement. D'autre part, la cellule spécialisée sera ultérieurement en mesure d'apporter, documentation, conseil et aide aux recteurs, inspecteurs d'académie et à tous les membres de corps d'inspection.

L'éducation nationale ne se propose pas de former des enseignants " spécialistes des organisations à caractère sectaire " d'autant qu'il s'agit d'un monde en évolution constante. Les formations engagées visent à fournir des instruments de discernement, d'identification et de traitement. La politique mise en oeuvre, s'inscrit dans la mission du système éducatif de former l'esprit critique de l'enfant qui, devenu adulte, sera un citoyen actif qui saura discerner les tentatives de séductions trompeuses et d'aliénation émanant d'organisations coercitives.

Cette sensibilisation à la vigilance trouve naturellement sa place dans l'enseignement de la morale citoyenne. A l'école, la morale est civique, elle est républicaine, elle est par essence laïque. Elle s'appuie sur des valeurs clairement définies qui s'organisent autour de la démocratie, de l'État de droit au service de la personne, des droits de l'homme. C'est cette " éducation à la citoyenneté " qui constitue la meilleure protection de l'élève et de l'étudiant.

Le ministère de la défense (la gendarmerie nationale)

a) Sensibilisation et formation

Des actions de sensibilisation et formation ont été également engagées par le ministère de la défense, en ce qui concerne la gendarmerie nationale.

Le volet " Information et sensibilisation " mis en place concerne l'ensemble des personnels et s'inscrit dans le programme des formations initiales des officiers, sous-officiers et futurs volontaires au titre de l'étude des grands phénomènes de société. Cette information, dispensée sous  forme de conférences effectuées par des spécialistes et de témoignages relatés par des enquêteurs, se prolongera par des travaux menés par les  élèves ou par des réunions débats. En outre, le document édité par le  ministère de la jeunesse et des sports " sectes attention danger " va faire l'objet d'une large diffusion au sein de toutes les unités de gendarmerie. Il constitue un excellent support pédagogique facilement exploitable lors des séances d'instruction collective mensuelles.

S'appuyant sur des formations et des stages existants, les actions engagées ou programmées concerneront, au rythme des admissions, dans les différents cours et stages comportant un module relatif aux sectes, l'ensemble des personnels, officiers, sous-officiers et appelés (ou volontaires) de la gendarmerie. Par ailleurs, les officiers en poste dans les unités constituent, par leur formation, d'efficaces relais d'écoute, d'information et de prévention tant auprès de leurs personnels, dans le cadre de la formation continue, qu'auprès de la population.

Des actions de formation ont été également engagées.

Après une phase initiale d'évaluation des besoins et de définition des objectifs, la gendarmerie a également mis en oeuvre une série d'actions, visant d'une part à appréhender le phénomène sectaire dans le cadre de l'exécution du service et, d'autre part à informer et sensibiliser l'ensemble des personnels (actifs, appelés et futurs volontaires) sur les caractéristiques des groupes considérés.

Les actions de formation " appréhension du phénomène sectaire " liées à l'exécution du service, visent en priorité les personnels de la gendarmerie départementale. Elle sont d'ores et déjà ou seront conduites dans les domaines de l'accueil du public, du renseignement et des enquêtes.
 
 

    • Accueil du public : l'objectif est de permettre au personnel des unités de réagir de façon appropriée dès lors qu'il constate une  situation " à risque" Cet enseignement, qui intègre l'intervention d'un spécialiste en relations humaines, prend place dans le cycle de formation initiale des officiers et des sous-officiers.
    • Renseignement : l'objectif est de faire acquérir une bonne connaissance des sectes de manière à orienter efficacement la recherche du renseignement et son exploitation ultérieure. Un module spécifique est d'ores et déjà mis en place au sein du stage " renseignement " dispensé aux sous-officiers armant les cellules opérationnelles des Groupements de gendarmerie départementale.
    • Enquêtes judiciaires: les actions entreprises vont s'appliquer à terme à l'ensemble des personnels exerçant des missions de police judiciaire, depuis la formation des élèves gendarmes jusqu'aux stages spécifiques dispensés au Centre National de Formation de la Police Judiciaire (C.N.F.P.J.) à Fontainebleau.

b) L'impulsion nouvelle face au phénomène sectaire
  La vigilance accrue et l'adaptation des moyens :
 

      Face à la progression des dérives des associations coercitives à caractère sectaire, la gendarmerie nationale s'est organisée pour exercer une surveillance et un contrôle plus soutenu des activités de ces associations et groupements, au titre de ses activités de police administrative, liées à sa mission de prévention.

      Le besoin grandissant en matière de connaissance des activités sectaires et la nécessité de lutter contre ses effets délictueux a conduit la gendarmerie à exercer sa mission de surveillance générale avec plus de vigilance et à adapter ses moyens en conséquence. L'utilisation des moyens informatiques performants mis en place dans toutes les unités territoriales permet notamment une exploitation rapide et efficace des renseignements recueillis. Ces derniers, centralisés jusqu'au plus haut niveau par le service technique de rapprochement judiciaire et de  documentation (STRDJ) à Rosny-sous-Bois et par le bureau  renseignement - situation de la DGGN à Paris sont analysés, interprétés,  d'une part, pour mesurer l'évolution du phénomène et, d'autre part pour orienter l'action des personnels notamment au plan des investigations judiciaires.
       
       

La progression et l'efficacité accrue des résultats obtenus :
 

      Dans le cadre des activités de police judiciaire, l'analyse des chiffres fournis par la gendarmerie témoigne d'un engagement significatif de celles dans la lutte contre les dérives sectaires, qui se traduit également par des résultats positifs en terme de répression.

      En effet, la gendarmerie avait, en 1996, traité 43 procédures judiciaires mettant en cause des activités en lien avec le phénomène sectaire, dont treize commissions rogatoires et dix huit enquêtes préliminaires. Ce chiffre atteint le nombre de 52 au 1er novembre 1997. Au nombre des affaires traitées, figurent vingt deux enquêtes préliminaires, cinq enquêtes de flagrance et quinze exécutions de commissions rogatoires de magistrats instructeurs. L'ensemble de ces investigations, dont plusieurs sont toujours en cours, ont permis la mise en examen d'un nombre conséquent de personnes, et d'apporter une répression accrue à des agissements graves en lien avec le phénomène sectaire.
       
       

Le ministère de l'emploi et de la solidarité

L'ensemble des services de ce ministère ont été informé de la prise en charge du dossier relatif au phénomène sectaire, par la direction de l'action sociale.

Au sein du ministère de l'emploi et de la solidarité, les secteurs suivants, particulièrement concernés par l'activité des sectes, ont été sollicités :
 
 

    • la direction générale de la santé en ce qui concerne les dérives sectaires susceptibles de relever de l'exercice illégal de la médecine et les problèmes de santé et sanitaires des enfants vivant des les sectes.
    • la direction des relations du travail pour les problèmes posés par le travail des adeptes au regard des règles du droit du Travail.
    • la délégation à l'emploi et à la formation professionnelle eu égard à l'activité des organisations sectaires dans ú domaine.
    • le groupement de lutte contre l'illettrisme.

Par ailleurs, une sensibilisation à la prise en compte du phénomène sectaire a été effectuée auprès de tous les services extérieurs relevant du ministère (affaires sociales).

En ce qui concerne plus précisément les services extérieurs relevant de la direction de I'action sociale (D.D.A.S.S. et D.R.A.S.S.), cette direction a confié à l'association " Je, Tu, Il," le soin de diffuser un film pédagogique sur la problématique des sectes.

En concertation avec l'observatoire, une lettre d'information et de sensibilisation a été adressée le 13 mars 1997 aux présidents des conseils généraux en charge des questions de protection de l'enfance, en appelant leur attention sur la nécessité de familiariser leurs services à la problématique des sectes et surtout à la situation des enfants, souvent victimes de leurs agissements. Cette lettre demandait, en outre, aux présidents des conseils généraux de tenir le ministère informé de toute difficulté rencontrée en la matière. Ces directives ont permis de recenser un certain nombre de problèmes auxquels sont confrontés les présidents des conseils généraux notamment à propos des agréments de personnels.

Dans le but de mieux appréhender et traiter les situations nouvelles créées par la prolifération des dérives sectaires, la direction des affaires sociales a demandé à l'association pour une recherche interdisciplinaire sur l'existence et la santé (ARIES), une étude sur le « Droit face aux Sectes ». Cette étude a été mise à la disposition des membres de l'observatoire en juillet 1997. Elle est plus particulièrement axée sur l'application des règles relatives à l'ordre public social (santé, travail, éducation). Elle aborde aussi le domaine de la protection de l'enfance. Ce document constitue un des outils susceptibles d'être utilisé en matière de formation. Les propositions qu'il formule constituent également une base de réflexion intéressante pour les travaux de l'observatoire.

Par ailleurs, sous l'impulsion de l'observatoire, la direction de l'action sociale est en train d'élaborer un projet de formation des formateurs destiné aux travailleurs sociaux. Une journée technique en direction de l'ensemble des services extérieurs et des représentants des services de l'enfance des départements (conseils généraux) est programmée et doit se dérouler très prochainement.

Il est à noter que la direction départementale des affaires sanitaires et sociales de Charente-Maritime a été amenée, toujours au cours de cette même année, à mettre en place un dispositif de prise en charge de sortants de sectes. L'analyse faite à partir de cette expérience intéressante et inédite, va être portée à la connaissant de l'ensemble des services extérieurs et va servir de référence.

La direction de l'action sociale concourt, en outre, au soutien  financier des associations de défense.

Le ministère de l'intérieur
 Les actions en direction de la police nationale :
 
 

      La sensibilisation au phénomène sectaire des policiers, était déjà prise en compte dans la formation continue, effectuée par le Centre National de Formation de Gif-sur-Yvette, par le biais de colloques ouverts à l'ensemble des policiers ou de tables rondes portant sur ce thème. Elle était également déjà abordée dans la formation des élèves-lieutenants dans le cadre de l'étude des renseignements généraux ou à l'occasion de stages de franchissement de grade d'officiers de police.

      Le dispositif mis en place, sous l'impulsion de l'observatoire, vise à intégrer l'étude du phénomène sectaire dans les écoles et centres de formation de la police nationale et à renforcer la formation " sectes " déjà mise en place pour l'école nationale supérieure des officiers de la police nationale.

      Un module de formation a été élaboré à cet effet. Ce programme sera opérationnel dès le premier semestre 1998.

      Il peut être précisé, à cet égard, qu'en ce qui concerne la formation initiale des officiers de police, trois heures seront consacrées à la projection d'un document vidéo, accompagné d'une analyse et d'une réunion discussion, dirigée par un fonctionnaire spécialiste des renseignements généraux. D'autre part, s'agissant de la formation initiale des gardiens de la paix de la police nationale, deux heures seront  réservées à la diffusion d'un document vidéo ainsi qu'à un recentrage et une discussion animée par le chef d'unité pédagogique. Un dossier technique va être élaboré à cette fin.
       
       

L'action de la direction centrale des renseignements généraux :
 

      Au fil de l'amplification du phénomène sectaire, la direction des renseignements a opéré les nécessaires réajustements lui permettant d'analyser, au plan national, la mouvance sectaire aux contours sinueux et d'en assurer une surveillance régulière.

      Face à un domaine souterrain en perpétuelle mutation et nécessitant parfois des connaissances théoriques, outre un important effort entrepris dans le domaine de la documentation, cette direction a formé des enquêteurs ad hoc, les " correspondants sectes " au nombre d'une soixantaine. Ceux-ci sont en contact permanent avec elle afin d'actualiser les connaissances du phénomène et elle les réunit régulièrement afin de définir de nouveaux axes de recherche.

      En outre, le service des renseignements généraux, en étroite collaboration avec la direction de fa formation de la police nationale participe à des actions de sensibilisation de l'ensemble des policiers
       
       

L'action de la direction centrale police judiciaire :
 

      La police judiciaire participe aussi, à la demande de la direction du personnel et de la formation du ministère de l'intérieur, à des opérations de sensibilisation aux problèmes sectaires. Ainsi, elle vient de collaborer à deux opérations de ce type en direction des commandants de police nationale récemment nommés.

      Organe essentiellement répressif, la police judiciaire s'est impliquée, de façon tout à fait significative, dans la lutte contre les dérives sectaires ainsi qu'en attestent les éléments statistiques fournis à l'observatoire pour l'année 1997.

      En effet, ce service a été amené à diligenter sur l'ensemble du territoire national quarante deux procédures en lien avec le phénomène sectaire.

      Ce chiffre inclut vingt neuf enquêtes préliminaires ordonnées par les Parquets et l'exécution de onze commissions rogatoires de magistrats instructeurs. Il ne rend pas compte du travail très important qui a été réalisé dans certaines affaires qui ont nécessité des investigations multiples, y compris internationales, et l'audition de très nombreux témoins, et de la difficulté de mener des enquêtes dans un milieu où l'information est réservée aux seuls cercles restreints qui gravitent autour du " gourou ".

      Néanmoins, la progression notable des investigations menées par la police judiciaire, I'efficacité des résultats obtenus et l'importance des affaires traitées, témoignent d'un investissement important, de sa part, dans la lutte contre les dérives sectaires.
       
       

L'action en direction des préfets :
 

      Une nouvelle impulsion dans la lutte contre les agissements répréhensibles des mouvements sectaires vient d'être donnée par le ministre de l'intérieur au travers de la circulaire du 7 novembre 1997 adressée aux préfets et au préfet de police. Ces instructions préconisent la mise en place au niveau départemental d'une véritable sensibilisation du public aux dérives du phénomène sectaire ainsi que la mobilisation de tous les services de l'État concernés en vue d'une meilleure efficacité dans ce domaine. Cette lutte au niveau déconcentré s'inscrit, selon le ministre, dans le cadre d'une démarche nationale prioritaire.

Le ministère de la jeunesse et des sports

Une importante campagne de sensibilisation au danger du phénomène sectaire, a été initiée par le ministre de la jeunesse et des sports lors de sa conférence de presse du 1er octobre 1996. Cette campagne faisait suite à la réflexion déjà engagée sur ces problèmes particulièrement par rapport aux enfants et aux jeunes gens par la direction de la jeunesse et de la vie associative de ce département ministériel.

Les mesures prises à la suite des conclusions d'un groupe de travail ad hoc et annoncées par le Ministre concernent :
 
 

    • la constitution d'un réseau de correspondants en charge du dossier " associations coercitives à caractère sectaire " dans les directions régionales de la jeunesse et des sports. Ces correspondants régionaux ont été réunis le 30 septembre 1996 et le 28 janvier 1997.
    • la réalisation de documents sous forme " d'affiches-tracts ", d' " alerte " sur le phénomène, à large diffusion, à savoir dans les services déconcentrés, les centres régionaux d'information jeunesse , les associations et fédérations nationales, sportives, de jeunesse et d'éducation populaire
    • la publication d'un document de sensibilisation et de formation destinés aux animateurs, formateurs, travailleurs sociaux.
    • la diffusion dans les services déconcentrés régionaux de plusieurs exemplaires d'une vidéo " les sectes, les pièges " réalisée par l'association " JE TU IL", document d'appui à des actions de sensibilisation.
    • la sensibilisation des organismes de formation aux diplômes d'état sportifs, de jeunesse et d'éducation populaire et particulièrement des organismes habilités à la formation des cadres de centres de vacances et de loisirs.

L'ensemble de ces mesures a été mis en oeuvre. En juin 1997, en outre, une évaluation de l'activité des correspondants du réseau " Jeunesse et sports " a été réalisée.

Si d'ores et déjà, la campagne entreprise est d'envergure dans le secteur de la jeunesse de l'éducation populaire, elle va se poursuivre et faire l'objet d'une action volontariste dans le milieu sportif, à l'heure actuelle, moins sensibilisé.

Le ministère de le jeunesse et des sports s'est également investi dans la formation des personnels de son administration, tant dans le domaine de la formation initiale que dans celle de la formation continue.

Une session de formation continue destinée aux correspondants dans les régions est prévue en mars 1998. Les directeurs régionaux de la jeunesse et des sports ont été invités à organiser des actions de même type pour leurs personnels.

La responsable du dossier " sectes " à l'administration centrale est intervenue dans une session de formation initiale des inspecteurs de la jeunesse, des sports et des loisirs. Cette initiative sera généralisée pour les formations à venir.

La tâche de formation entreprise par ce département ministériel, en concertation avec l'observatoire, va se poursuivre compte tenu du risque de voir les associations tant sportives que socioculturelles et notamment les associations et institutions organisant des centres de vacances et de loisirs, être infiltrées par des associations coercitives à caractère sectaire. D'autre part, un travail approfondi sur les instruments juridiques à mobiliser dans cette lutte ou à créer, sera conduit avec un spécialiste.

Le secrétariat d'Etat au budget

Il est représenté auprès de l'observatoire par le directeur général des impôts, dont un représentant participe aux deux groupes de travail de cette instance. Le rôle de la direction générale des impôts est fondamental dans la mesure où cette direction, pour les nécessités de ses missions, est amenée à contrôler l'activité des associations régies par la loi du 1er juillet 1901.
 Le traitement juridique des dossiers fiscaux d'associations :
 
 

      Généralement constituées sous forme d'associations de ce type, les sectes en tant que telles ne font pas l'objet d'une identification particulière et leurs dossiers fiscaux ne se différencient pas de ceux des organismes similaires.

      L'administration fiscale dispose de moyens propres pour contrôler les activités des associations, par le biais de vérifications fiscales visant à s'assurer du bien-fondé du régime fiscal dont ces associations se réclament. S'agissant des associations répertoriées dans le rapport parlementaire sur les sectes en France, le contrôle de la réalité du caractère supposé non lucratif des associations nécessite pour l'administration la mise en oeuvre de procédures lourdes eu égard aux dispositifs de fonctionnement et de financement internes souvent opaques mis volontairement en place par les dirigeants de ces associations, pour protéger celles-ci. La difficulté pour l'administration est de rassembler des éléments sérieux, ayant force de preuve étant précisé que celle-ci est à la charge de l'administration.

      En dépit de ces contraintes procédurales et de l'opacité des dispositifs organisée par les dirigeants de ces associations, la direction générale des impôts a réussi à démontrer, à plusieurs reprises, l'usage abusif du statut fiscal privilégié réservé aux organismes à but non lucratif. Ainsi, plusieurs associations importantes répertoriées comme sectes, ont été assujetties aux impôts commerciaux.

      Cette recherche de l'efficacité dans le contrôle des associations s'inscrit dans le processus général des nouvelles orientations de la lutte contre la fraude fiscale. Celles-ci se caractérisent par un renforcement des moyens consacrés à la recherche et au contrôle des contribuables présentant un risque fiscal particulier, notamment les structures juridiques utilisées comme écran. Les moyens de lutte ont été sensiblement améliorés notamment par une meilleure coordination des actions de terrain menées par les services de recherche avec d'autres administrations, la recherche des structures écrans et des montages sophistiqués, l'accentuation du recours aux outils juridiques en matière d'échanges internationaux et notamment l'assistance administrative ainsi que par la mobilisation de l'ensemble des administrations financières (la direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI), la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et la comptabilité publique.
       
       

La réaction des associations sectaires face à l'action de l'administration fiscale :
 

      Celles-ci, en effet, se sont organisées face à l'action du secrétariat d'État au budget.

      Certaines sectes ont utilisé les procédures collectives notamment la procédure de redressement judiciaire et ont pu ainsi bénéficier de la remise des pénalités d'assiette et de recouvrement. Une fois en redressement, elles ont acquitté les droits simples restant exigibles pour demander au juge-commissaire de renoncer à prononcer la liquidation judiciaire. Or, certains tribunaux ont prononcé la liquidation judiciaire de ces associations. Celle-ci n'a pas empêché la constitution ultérieure d'une autre association.

      En outre, afin de faire échec au recouvrement, les sectes emploient les méthodes classiques d'organisation d'insolvabilité (meubles sans valeur, changement fréquent de comptes bancaires, location des immeubles-sieges des associations).

      Certaines sectes ont pu procéder à la réorganisation de leurs activités en scindant en entités juridiques autonomes, l'activité cultuelle et les activités reconnues lucratives. Ce fractionnement de structure pourrait permettre aux associations cultuelles de bénéficier du régime de faveur réservé aux associations de la loi du 9 décembre 1905. Il est à l'origine du contentieux de la taxe foncière sur les immeubles porté devant la juridiction administrative par certaines de ces associations.
       
       

Les mesures spécifiques mises en oeuvre par l'administration fiscale :
 

      Le secrétariat d'État au budget s'est organisé pour lutter contre les dérives fiscales constatées des associations à caractère sectaire (fraudes et évasions fiscales)
       
      • Au plan législatif : en proposant, à l'occasion de la loi de finances actuellement devant le Parlement, d'instituer une amende fiscale à l'encontre de personnes ou organismes délivrant abusivement des attestations ouvrant droit à un avantage fiscal. Cette amende serait égale à 25 % des sommes mentionnées sur les documents remis aux donateurs et serait recouvrée selon les mêmes procédures que l'impôt sur le revenu. De plus, les dirigeants de droit ou de fait des organismes ayant délivré abusivement les attestations, seraient tenus solidairement au paiement de ces amendes sous réserve de la démonstration de leur mauvaise foi.

       

      • Au plan organisationnel : I'information relative à la question sectaire a été centralisée. Une structure nationale collecte et centralise tous les renseignements et les dirige, le cas échéant, vers les services compétents

       

      • Les actions de sensibilisation : en outre, a été mise en oeuvre sous l'impulsion de l'observatoire, une sensibilisation des agents du contrôle et de la recherche au phénomène sectaire et au fonctionnement des sectes L'information dispensée aux agents et particulièrement aux vérificateurs et agents des structures de recherches est destinée à accroître la vigilance des acteurs du contrôle fiscal et à améliorer la recherche des renseignements et leur échange.

L'Union Nationale des Association Familiales

Une action d'information et de sensibilisation aux dangers du phénomène sectaire a été impulsée par l'union Nationale des Associations Familiales tant en direction des familles que du personnel de l'U.D.A.F.

Au plan national, la sensibilisation du réseau familial s'est effectuée notamment par une information des familles au travers de la revue de l'U.D.A.F. " Réalités familiales ", dont un numéro spécial a été consacré au phénomène sectaire. Les unions départementales se sont mobilisées en diffusant la liste des sectes, en informant leurs membres sur les méthodes de recrutement utilisées, en organisant des réunions publiques dans plusieurs départements avec le concours des associations de défense des familles et de l'individu ou encore avec le Centre de Documentation, d'éducation et d'action contre les Manipulations mentales. Des actions ont été également engagées pour aider les familles victimes d'agissements de sectes ou les individus qui cherchent à en sortir

Les résultat de cette campagne de sensibilisation ont été quantifiés au moyen d'une enquête sur le terrain ils démontrent l'intérêt et même l'engagement des familles dans la lutte contre le phénomène sectaire, souvent en partenariat avec les écoles.

Tout en rappelant leur attachement à la tolérance, les U.D.A.F. restent très vigilantes aux manifestations de l'activité sectaire souvent peu identifiables au travers des paravents associatifs qu'elle utilise.

L'Association Française pour la Sauvegarde de l'enfance et de l'Adolescence

Cette association représentée à l'observatoire par son directeur général, a mobilisé en 1997, l'attention de ses professionnels sur le repérage des dérives sectaires en inscrivant, lors des Journées Nationales d'Étude organisées les 10, 11, et 12 mars 1997 à l'U.N.E.S.C.O., une session spécifique consacrée aux sectes, à laquelle assistait le rapporteur général de l'observatoire.

La Fédération met en place un réseau de" référents " régionaux auxquels des éducateurs pourront s'adresser lorsqu'ils sont confrontés à un problème ayant un lien avec le phénomène sectaire. Par ailleurs, les associations ont ouvert une réflexion sur les difficultés y compris juridiques, engendrées par l'appartenance d'assistantes maternelles (placement familial spécialisé) à des associations répertoriées comme sectes par le rapport parlementaire GEST-GUYARD, dans un objectif de protection de l'enfance.

b) Les limites à l'information : l'identification sectaire

 L'Observatoire a été confronté à deux types de problèmes.

En premier lieu, il a été confronté à la contestation portée devant lui, par vingt quatre associations répertoriées dans le rapport parlementaire comme ayant un caractère sectaire. La plupart des responsables de ces associations, et non des moindres ont été entendus à leur demande, par le rapporteur général et le magistrat place auprès de l'Observatoire. Ils ont unanimement dénoncé le caractère non contradictoire et hâtif de leur inscription sur cette liste et ont déploré l'absence de transparence des travaux ayant abouti à leur mise en cause.

Il leur a été clairement indiqué qu'il n'appartenait pas à l'observatoire d'apprécier le bien-fondé de cette liste ou d'en modifier les termes eu égard à la séparation des pouvoirs.

La liste parlementaire contestée, a fixé le paysage sectaire à un moment donné. Elle n'est pas exhaustive en raison de la difficulté d'identifier avec fiabilité toutes les dérives sectaires dans le tissu  associatif de plus en plus diversifié et opaque. Elle est également évolutive en raison de l'émergence de nouveaux groupements et de la facilité, pour les associations et groupements qui y figurent de changer de structure de dénomination et même de pays.

En second lieu, l'observatoire depuis sa création, est saisi tant par des particuliers que des associations et diverses autorités administratives notamment locales pour avoir des informations sur  l'appartenance d'un groupe ou d'une association à une secte. Dans la mesure où ces demandes concernent des associations répertoriées comme telles dans le rapport elles ne posent pas de difficultés majeures. En revanche, la législation actuelle, ne permet pas d'apporter de réponses satisfaisantes lorsque sont en cause des associations non répertoriées, qui présentent, néanmoins, des caractéristiques sectaires

Cette situation pose particulièrement le problème de l'information des services de l'État et des collectivités locales.

B - LA MOBILISATION FACE AUX PENETRATIONS ET TENTATIVES DE PENETRATION SECTAIRES

 Le prosélytisme sectaire, manifestation visible de leur activité, a connu un essor particulièrement soutenu au cours de l'année 1997. Les actions de prosélytisme, outre celles en direction d'institutions ciblées qui s'organisent face à ce problème, ont utilisé des moyens diversifiés (diffusion de publications, publicités, distribution de tracts, démarchage dans la rue et à domicile, conférences, films..) et sont essentiellement engagées par quelques groupements, financièrement puissants et à caractère international. Elles constituent souvent une réponse à la mobilisation des administrations et des élus face aux dérives constatées du phénomène sectaire.

L'observatoire a été interpellé à de nombreuses reprises sur son action en ce domaine et pressé d'impulser une réponse face à cette offensive. Le respect des principes à valeur constitutionnelle doit prévaloir, dans le traitement de ce problème. Quant à la réserve de l'ordre public, elle doit être appréciée, par les autorités compétentes, en fonction des circonstances notamment locales.

L'Administration a pris également la mesure de la nécessité pour elle, d'identifier, de déjouer, de vouer à l'échec et d'empêcher les stratégies de pénétration mises en úuvre par certaines sectes qui utilisent soit son crédit, soit des agents devenus prosélytes, soit par le biais de paravents associatifs, tentent d'étendre insidieusement leur influence dans de nombreux secteurs d'activités placés sous son contrôle, (tels le système éducatif, la formation, l'alphabétisation, la santé, la psychiatrie, la lutte contre l'illettrisme, ou encore les activités socio-culturelles ou de loisirs en direction des jeunes) ou qui prennent pied dans le champ de l'humanitaire.

L'observatoire a alerté les administrations concernées afin que soient prises toutes mesures appropriées pour juguler ces stratégies. Des initiatives ou des résultats positifs, sont d'ores et déjà prises ou enregistrés, notamment dans les secteurs en charge de l'éducation nationale où des dispositifs de prévention ont été mis en place et seront renforcés. Il a, en outre, incité à opérer un meilleur contrôle des financements et aides accordés tant par l'État que les collectivités locales, qui se met en place, et préconisé la mise en úuvre d'une information accrue sur ce danger ainsi que le maintien d'une nécessaire vigilance.

Par le biais de la formation et de séminaires de développement personnel, l'entreprise n'est pas épargnée également par cette stratégie sectaire. L'observatoire a été confronté, à plusieurs reprises, à ce problème. Des contacts ont été pris, à ce sujet, avec l'association nationale des directeurs et chefs du personnel (A.N.D.C.P.), en liaison avec un groupe de travail de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (Versailles). Cette association se propose d'entreprendre une campagne d'information auprès de ses nombreux adhérents.

L'emprise sectaire, dans ces domaines, est difficile à mesurer. Elle nécessite un suivi attentif des activités des organisations sectaires, une information accrue et une vigilant soutenue de la part de tous.

En tout état de cause, la protection de l'État face à la contamination sectaire s'organise et les moyens de réplique mis en úuvre sont utilisés chaque fois que la situation le requiert

C -  L'AIDE AUX VICTIMES DE SECTES

L'observatoire tout au long de ses travaux s'est préoccupé de l'aide à apporter aux victimes du phénomène sectaire, qui inclut aussi les familles des adeptes. Il s'est intéressé en particulier à la situation des mineurs, qu'ils vivent ou non dans des groupes autarciques.

L'aide aux sortants de sectes et familles des adeptes

La situation exacte des victimes de sectes est difficile à recenser car trop souvent l'ex-adepte, très fortement marqué par son expérience sectaire, culpabilisé à plusieurs égards, préfère quitter la secte par ses propres moyens et garder le silence. Dès lors, les services de l'État ne sont pas informés de cette situation d'autant qu'il ne se manifeste pas le plus souvent. En règle générale, leur famille s'adresse plutôt aux associations de victimes mieux au contact de la spécificité de la situation. Ces associations ne disposent cependant pas de tous les moyens nécessaires pour mettre en place et accompagner une véritable réinsertion.

L'observatoire considère que, pour être efficace, l'aide en direction des sortants de sectes doit être personnalisée. Elle doit tenir compte à la fois des dimensions psychologiques, médicales, sociales et juridiques des problèmes rencontrés. La mise en oeuvre d'une telle aide serait, en outre, de nature à favoriser de plus nombreuses sorties de secte ainsi que l'émergence de plus nombreuses plaintes de victimes.

Sur la base de ce constat, la mise en place d'un dispositif d'aide aux personnes sortant des sectes et d'aide aux familles, est apparue à l'observatoire comme une nécessité. Il a donc, sollicité, positivement, à cette fin, la direction de l'action sociale.

La direction de l'action sociale s'appuie sur l'expérience menée, en ce domaine, par la D.D.A.S.S. de Charente-Maritime confrontée à une situation de sortie de secte courant 1997, pour estimer que le dispositif de droit commun, en matière sociale, peut parfaitement être utilisé pour des situations de ce type.

En effet, le dispositif local mis en place par la direction de l'action sociale à la demande du préfet de Charente-Maritime, même s'il n'a concerné qu'un faible nombre de personnes, a permis de faire bénéficier aux adeptes sortant de sectes, d'une prise en charge personnalisée et de toutes les aides que leur situation requérait, grâce à la collaboration de l'autorité judiciaire et à la coopération de l'ensemble des services locaux concernés.

Sur la base de cette expérience réussie, la direction de l'action sociale envisage d'instaurer au niveau départemental, sur le plan médical social, des correspondants chargés de suivre les situations de ce type, sans pour autant envisager la création d'une cellule médico-sociale spécifique locale.

D'autre part, la direction de l'action sociale estime souhaitable, en accord avec l'observatoire, la mise en place, au niveau national, d'un centre de prise en charge médico-social. Ce centre pourrait, à la fois, assurer le suivi, à moyen et long terme, des sortants de secte et prendre en charge les familles en difficulté psychologique du fait de l'entrée dans une secte de l'un de leur membre. Il pourrait également servir de centre " ressource " et de formation aux différents professionnels du champ médico-social concernés.

Ce projet va faire l'objet d'une mise en place progressive. Il n'est pas exclu qu'il puisse s'insérer, au moins à titre expérimental et dans un souci de réalisation rapide, dans une structure médico-sociale préexistante, dans un domaine voisin. Cette dernière hypothèse sera examinée, en concertation avec l'ensemble des services et des administrations concernés.

Il convient d'ajouter que la direction de l'action sociale a aussi demandé à la direction générale de la santé d'examiner la possibilité d'utiliser, pour les situations d'urgence graves en lien avec le phénomène sectaire, le dispositif d'urgence médico- psychologique prévu, auprès des préfets, en cas de catastrophe (circulaire conjointe Direction des hôpitaux - Direction générale de la santé du 23 mai 1997).

Les projets actuellement mis en chantier devraient aboutir prochainement et concourir à restreindre l'emprise sectaire sur les familles et les individus.

L'aide aux mineurs victimes de sectes

Outre, le risque existant pour les mineurs, de contamination sectaire masqué au travers d'activités éducatives, culturelles, sportives ou scolaires, la situation des mineurs qu'ils vivent ou non dans des groupes sectaires autarciques a fait partie des préoccupations de l'observatoire, au cours de ses réunions de travail.

En effet, de trop nombreuses atteintes aux droits de l'enfant sont commises, au-delà des agissements pénalement répréhensibles dont les mineurs sont victimes. D'autre part, diverses affaires stigmatisant des pratiques sectaires mettant en péril la santé tant physique que mentale d'enfants de tous âges ont révélé l'acuité de ce problème.

L'attention de l'observatoire a été appelée à plusieurs reprises, par des témoignages et des courriers, sur les situations particulières de mineurs vivant le plus souvent dans des familles disloquées, suite à l'embrigadement de l'un de leurs parents.

La protection des mineurs se renforce et s'organise.

Au vu des éléments statistiques fournis à l'Observatoire, à l'heure actuelle, entre vingt et trente mouvements à caractère sectaire, sont mis en cause dans le cadre de procédures d'assistance éducative. Pour certains de ces mouvements, l'ensemble des mineurs " faisant partie de la secte " est suivi par un juge des enfants.

Parmi les procédures d'assistance éducative actuellement ouvertes, trois situations doivent être distinguées :
 
 

    • adolescents qui ont décidé de faire partie d'un mouvement, malgré l'opposition parentale,
    • mineurs dont les deux parents font partie du mouvement,
    • mineurs dont l'un des parents fait partie d'un mouvement à caractère sectaire, situation mise en cause par l'autre parent.

L'examen de ces situations révèle des difficultés plus ou moins importantes lorsque les parents sont tous deux membres de la secte ou lorsque les mineurs sont déplacés dans le ressort d'un autre tribunal voire vers un pays étranger.

Le suivi de ces questions à la Chancellerie, par un magistrat, permet de mieux appréhender globalement les situations de danger, de les quantifier et de suivre les réponses apportées à celles-ci.

En outre, le dispositif mis en place visant à mieux connaître l'étendue du phénomène sectaire, dans le cadre de l'observatoire, va de plus en plus favoriser l'émergence de situations nécessitant un traitement judiciaire.

L'impulsion donnée dans ce même secteur, par l'observatoire, s'est traduite, au delà des actions de sensibilisation engagées par les administrations en charge de la jeunesse (action sociale, éducation nationale, jeunesse et sports) et du recensement, au niveau central, des difficultés, par des initiatives visant à assurer un meilleur contrôle de la santé et des connaissances scolaires des mineurs vivant dans les groupes autarciques. En effet, malgré les difficultés rencontrées tenant à la localisation des enfants, et à leur nombre effectif, des contrôles plus systématiques ont été organisés et des initiatives visant à renforcer ces contrôles sont actuellement à l'étude, notamment dans les services du ministère de l'éducation nationale.

L'observatoire a également engagé un travail pour parvenir à améliorer la situation particulière de ces mineurs par des actions concrètes et concertées. La mise en place d'un tel dispositif nécessite préalablement un inventaire géographique et numérique des communautés concernées et une étude de leur doctrine (en ce qui concerne l'éducation, la médecine traditionnelle et la sexualité). Ce travail préliminaire est en cours. Il devrait permettre dans les prochains mois, une évaluation plus exacte de la situation et un meilleur traitement de ce problème.

D - LA RECHERCHE D'UNE MEILLEURE APPREHENSION DU PHENOMENE SECTAIRE ET D'UN PARTENARIAT DIVERSIFIE

 Dans le cadre de ses missions, I'observatoire a engagé une série de contacts à la fois dans un souci d'information et également dans le souci d'impulser de nouvelles actions dans des secteurs qui intéressent le dossier dont il a la charge.

La collaboration avec les associations de défense

L'Observatoire s'est bien évidemment rapproché des associations de victimes et de défense (U.N.A.D.F.I., C.C.M.M., F.E.C.R.I.S.) qui, à des titres divers, apportent leur collaboration à son action. Ces associations demeurent le lieu privilégié d'une action efficace et concrète au profit des individus et des familles. Leur connaissance du milieu qui s'appuie sur une longue et solide expérience, doit en faire, de plus en plus, des interlocuteurs privilégiés de l'observatoire.

Leur action tant dans le domaine de l'aide aux victimes et au familles de victimes d'associations à caractère sectaire (U.N.A.D.F.I.) que dans le domaine de l'information, l'éducation et la mise en garde du public (C.C.M.M.) et dans le domaine de l'entraide sur la recherche et l'information en Europe (F.E.C.R.I.S.) doit pouvoir se développer à la mesure des besoins nouveaux et des sollicitations de plus en nombreuses dont elles font l'objet, avec un soutien financier corrélatif de l'État et des collectivités locales.

Les contacts avec les municipalités

L'Observatoire a aussi établi des contacts avec les municipalités de grandes villes telles Paris et Lyon, qui ont déjà engagé des actions de prévention significatives contre les dérives sectaires. Ces contacts ont été réguliers. plus particulièrement avec la municipalité de Lyon qui a mis sur pied un dispositif intéressant en la matière.

D'autre part, à l'occasion d'affaires ponctuelles, portées à la connaissance de l'observatoire, des contacts ont pu être établis avec d'autres municipalités, également très sensibilisées au phénomène sectaire. Ces contacts nécessaires et souhaités vont se développer, notamment par l'intermédiaire de l'Association des Maires de France dont le Président est membre de l'Observatoire.

Le combat engagé par des maires, aux prises avec les velléités d'implantation sectaire, malgré les difficultés qu'il rencontre, constitue une entrave notable à l'expansion sectaire. Une réflexion collective devra être engagée sur ces problèmes.

Les contacts avec l'ordre national des médecins

Des contacts ont été pris également avec l'ordre national des médecins en la personne de son président, le Professeur Bernard GLORION. Cet organisme est très attentif à ce phénomène de société qui concerne particulièrement son champ d'intervention. Il a entrepris une action pour sensibiliser les médecins aux dérives sectaires nombreuses dans le domaine de la santé.

Le rapport " Pratiques médicales et sectes " adopté en septembre 1996 par le Conseil National de l'Ordre, remis à l'observatoire, a été adressé à tous les conseils départementaux et régionaux de l'ordre et a été largement évoqué dans le Bulletin de l'ordre de décembre 1996, diffusé à tous les médecins inscrits au tableau de l'ordre. L'intégralité de ce rapport est accessible sur le site Internet de l'ordre des médecins.

La sensibilisation des notaires

L'observatoire a sensibilisé par ailleurs, à la protection du patrimoine des familles face au danger sectaire, le Conseil Supérieur du Notariat.

Les contacts avec les responsables des religions traditionnelles

S'efforçant d'utiliser les ressources disponibles pour mieux étudier ce phénomène de société préoccupant, qui exprime aussi dans une société qui a perdu ses repères, une quête de sens à l'existence humaine, l'Observatoire s'est rapproché des représentants des grandes religions traditionnelles - catholique, juive, protestante et musulmane - et des spécialistes de ce champ reconnus en matière de sectes, tels Monseigneur Jean VERNETTE, représentant de l'épiscopat, chargé du problème des sectes, et l'Abbé Jacques TROUSLARD.

La plupart de ces responsables religieux se sont montrés hostiles à l'instauration d'une législation spécifique sur le sectes, estimant que les manquements à la loi en lien avec le phénomène sectaire relevaient de l'application de l'arsenal juridique existant.

Les contacts établis avec les spécialistes religieux du phénomène sectaire permettent à l'observatoire de bénéficier de la pratique d'une longue expérience dans ce domaine.

Les contacts avec les universitaires

Dans le même esprit, l'observatoire a rencontré, des spécialistes et chercheurs du champ religieux (sociologues universitaires, historiens des religions...), notamment les professeurs Emile POULAT, Jean BAUBEROT, les sociologues Martine COHEN et Françoise CHAMPION.

Les contacts à caractère international

Enfin, dans le domaine international, l'observatoire a été sollicité par plusieurs ambassades étrangères dont celle des Etats-Unis d'Amérique et de la République Fédérale d'Allemagne en vue d'être informées sur la composition, les missions et les travaux de l'Observatoire. Dans le même esprit, une délégation de juristes japonais a été reçue en présence du représentant du ministère des affaires étrangères, membre de l'Observatoire. La presse japonaise s'est faite l'écho de cet entretien. Par ailleurs, un spécialiste des sectes québécois a été également intéressé par le dispositif mis en place en France. Le rapporteur général a, en outre, reçu à sa demande, le Ministre Letton de la Justice ainsi qu'une délégation de magistrats. Ces contacts nécessaires se poursuivent.

Les travaux engagées par l'observatoire au cours de la première année de son existence ne constituent qu'une étape dans le traitement d'un dossier aux implications très diverses. Par ailleurs, pour accroître son efficacité, l'observatoire se propose, comme l'ont suggéré plusieurs de ses membres, de créer en son sein, un groupe de travail permanent regroupant les fonctionnaires qui suivent ce dossier dans les différentes administrations concernées.
 
 

III - PROPOSITIONS DE L'OBSERVATOIRE

Face à la situation créée par la montée en puissance des dérives sectaires, l'observatoire s'est naturellement penché sur l'efficacité des moyens juridiques existants permettant de répondre à ce problème

Au terme de ses travaux, il s'est préoccupé de parvenir à une définition éventuelle de la notion de " secte " (ou d'activité sectaire), tout en ayant conscience que celle-ci pourrait se heurter aux principes à valeur constitutionnelle au respect desquels il est attaché. Il a également réfléchi aux incidences que pourrait avoir une telle définition dans la lutte contre les dérives sectaires.

Après avoir recueilli l'avis de spécialistes, il estime que tenter de définir et figer dans un texte, de façon forcement restrictive, une notion au contenu évolutif et non maîtrisable, au delà des obstacles législatifs et constitutionnels auxquels cette tâche se heurterait, ne serait pas de nature à faciliter l'exercice de l'action publique contre les dérives de ce phénomène et conduirait à exclure toutes poursuites pénales sur d'autres fondements.

L'observatoire considère, en outre, que l'arsenal juridique existant est suffisamment diversifié pour lutter contre les agissements sectaires répréhensibles dès lors qu'est privilégiée une pleine et plus stricte application du droit existant.

En conséquence, l'observatoire estime qu'il n'y a pas lieu de définir la notion de " secte ".

Il préconise néanmoins, lorsque cela est légalement possible et que les éléments recueillis le permettent, un recours plus fréquent à la mise en oeuvre de la responsabilité pénale des personnes morales pour les affaires mettant en cause les associations à caractère sectaire.

Ceci étant, divers membres de l'observatoire ont fait des propositions visant à améliorer la lutte contre les dérives sectaires. Après étude de celles-ci, il s'avère que la mise en úuvre d'un certain nombre d'entre elles est susceptible de rencontrer des obstacles d'ordre juridique voire constitutionnels.

En conséquence, les propositions de l'observatoire sont les suivantes :
Proposition concernant les associations de défense :
 
 

      Les victimes d'agissements pénaux en lien avec le phénomène sectaire, sont souvent empêchées de se porter partie civile par suite des pressions et menaces que les sectes font peser sur elles.

      Actuellement, les associations de défense des victimes de sectes ne sont pas visées aux articles 2-1 à 2-16 du code de procédure pénale et ne sont donc pas effectivement habilitées à se constituer partie civile dans les dossiers concernant les personnes qu'elles ont vocation à représenter.

      L'observatoire propose qu'il soit remédié à cette situation anormale dans un état de droit, en donnant à ces associations le droit de se constituer partie civile, dans un certain nombre de délits justifiant leur intervention, lorsque l'action publique a déjà été engagée par le ministère public ou la victime.
       
       

Proposition tendant à étudier une modification de la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association :
 

      Des propositions ont été faites à l'observatoire par le Centre de documentation, d'éducation et d'action contre les manipulations mentales (C.C.M.M.), visant à modifier la loi du 1er juillet 1901, pour améliorer la transparence et la gestion des associations relevant de ce régime.

      Les modifications proposées consisteraient à introduire dans la loi précitée, les dispositions suivantes :
       
       
       

      • l'obligation de tenir une assemblée générale annuelle des membres à jour de leur cotisation.

       

      • l'obligation pour les responsables d'associations de rendre compte de leur gestion morale et financière et de soumettre celle-ci à l'approbation des adhérents, étant précisé qu'en matière budgétaire l'approbation de l'assemblée générale ne vaudrait quitus qu'après avis favorable de l'expert comptable, commissaire aux comptes et le cas échéant, avis conformé des autorités de l'État, des collectivités territoriales ou de tout établissement ou institution de droit public ayant subventionné l'association au cours de l'année civile

       

      • La consignation des procès verbaux de l'assemblée générale dans les trente jours suivant sa tenue, au registre spécial prévu au 7° alinéa de l'article 5 de la loi susvisée.

       

      • L'intérêt d'insérer ces obligations dans la loi, serait de permettre de les sanctionner en application des dispositions des articles 7 et 8 de la loi.


      S'il estime intéressante cette proposition, l'observatoire, dans un souci d'éviter d'imposer de nouvelles contraintes à l'ensemble des associations, propose toutefois que soit engagée une réflexion tendant à étudier les critères à retenir pour déterminer les associations qui seraient assujetties à ces nouvelles obligations.
       
       

Proposition visant à étudier une modification de la loi électorale sur le financement des partis et des groupements politiques :
 

      Des scrutins législatifs récents ont permis à des formations dont le but premier n'est pas la représentation et la défense des citoyens, de recevoir légalement des aides substantielles de l'État et de bénéficier tout aussi légalement de l'accès aux services publics de radio et de télévision. Cette situation a été dénoncée à l'observatoire qui estime nécessaire d'étudier la possibilité d'éviter que les systèmes de l'expression démocratique ne soient détournés, par des associations à leur profit, dans le respect des textes à valeur constitutionnelle.

      A cet effet, l'observatoire suggère d'y remédier, en réservant le bénéfice du financement public aux seuls partis et groupements ayant obtenu un résultat supérieur à 2 %, en pourcentage des suffrages exprimés, dans au moins une circonscription.
       
       

Proposition visant à instituer un correspondant départemental "sectes " :
 

      Après quelques mois de fonctionnement, il apparaît souhaitable tant à  l'observatoire qu'aux responsables des services déconcentrés et aux élus, de mettre en place auprès des préfets, une personne " ressource " qui pourrait relayer les informations au niveau local.

      Une initiative du même type pourrait être complétée par la désignation d'un correspondant, au niveau de chaque parquet général, ou d'un représentant dans chaque tribunal de grande instance.
       
       

Proposition en ce qui concerne les entreprises de formation :
 

      L'immixtion sectaire par le biais d'intervenants (personnes physiques ou morales) en formation professionnelle continue, soit dans des administrations, soit dans des entreprises d'une certaine taille, le plus souvent en cours de restructuration, conduit l'observatoire à constater que la déclaration préalable d'existence prévue pour les entreprises de formation, telle qu'elle résulte de la législation actuelle (article L920-4 du Livre 9 du code du travail) est insuffisante et permet les dérives constatées.

      Il apparaît nécessaire d'étudier les possibilités de mise en úuvre d'un contrôle amélioré pour l'accès à cette profession.
       
       

Proposition de création d'une commission permanente dans le cadre de l'Union Européenne :
 

      L'idée d'une initiative au plan européen, en vue d'une concertation sur les phénomènes sectaires, a été évoquée à plusieurs reprises, dans le cadre des réunions de l'observatoire. Les enquêtes menées par ailleurs, dans le cadre de procédures judiciaires ont démontré qu'il était indispensable de renforcer la coopération internationale et en particulier, la coopération européenne.

      L'observatoire est conscient que la création d'une structure ad hoc du type d'un observatoire européen, ne manque pas de présenter des difficultés de mise en oeuvre compte tenu des différences notables que présentent les systèmes juridiques des États membres de l'Union Européenne.

      Dans ces conditions, il estime souhaitable la mise en place dans le cadre de l'Union Européenne, d'une commission permanente qui serait chargée, d'établir un bilan annuel de l'évolution du phénomène sectaire en Europe.
       
       

IV - CONCLUSION

Le phénomène sectaire est extrêmement multiforme, mêlant dans un enchevêtrement subtilement entretenu, des actions à but honorable (actions humanitaires ou développement de la recherche spirituelle...) à des actions tout à fait illégales ayant pour objet la recherche du profit ou du pouvoir par l'embrigadement voire l'asservissement des personnes. La mondialisation du phénomène ajoute une dimension supplémentaire à cette confusion.

En France, l'action impulsée et coordonnée par l'observatoire, menée par les pouvoirs publics, les associations de défense et les médias contre les sectes s'est développée d'une manière significative en 1997.

La campagne d'information en direction des jeunes a été largement suivie. Les actions de formation qui concernent plusieurs milliers de fonctionnaires, permettront aux familles d'adeptes et aux anciens adeptes de s'adresser à des interlocuteurs compétents dans ce domaine très spécifique. D'autre part, il existe, incontestablement, une meilleure prise en compte sur le plan répressif des dérives sectaires, une vigilance accrue des services fiscaux et des élus.

Les actions engagées commencent à porter leurs fruits et constituent autant d'obstacles au fonctionnement et à l'expansion des associations à caractère sectaire qui elles mêmes se sont plaintes auprès de l'observatoire de leurs difficultés.

L'observatoire va poursuivre en 1998, l'action engagée contre les sectes, en s'attachant plus particulièrement :
 
 

    • au recensement, au suivi et à la protection des enfants qui vivent dans les associations à caractère sectaire.
    • à l'aide à apporter aux anciens adeptes le plus souvent démunis et qui doivent être accompagnés pour reprendre pied dans la société.

L'action de l'observatoire s'inscrit dans le respect des idéaux universels et des valeurs sur lesquelles repose la République.

Comme le soulignait la commission nationale consultative des droits de l'homme, dans un avis concernant le phénomène des sectes : " il est nécessaire et légitime que l'état de droit se protège contre toutes les forces qui menacent de le pervertir ".

Les sectes représentent une véritable menace pour l'État, la société et les individus, c'est la tâche de l'observatoire de lutter contre cette menace.

 

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