LE SECTICIDE
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Office culturel de cluny et scientologie aidés par la ville de Lyon

Paru dans Lyon Capitale:

Quand la mairie dit "oui" à une secte

Lyon veut lutter contre le phénomène sectaire, c'est écrit dans un rapport remis au maire le mois dernier. Mais la ville s'est un jour engagée à louer une salle à la troupe théâtrale de l'Office culturel de Cluny, une secte artistico-religieuse, pour qu'elle y joue Phèdre. Et sous la pression des autorités catholiques, l'Hôtel de Ville ne changea pas d'avis. Quand la mairie fait le lit de ceux qu'elle prétend combattre, cela donne une tragédie politique en cinq actes.


Acte I : l'alerte est donnée
Lyon, fin octobre 1996. Des tracts et des affiches circulent au centre de documentation d'un lycée du 5e arrondissement. Anodins, ils font de la publicité pour Phèdre, l'oeuvre de Racine, jouée la semaine suivante au Théâtre du Point du Jour. Des prospectus culturels de ce type, le lycée en reçoit toute l'année, mais celui-ci retient l'attention d'un enseignant. La pièce est présentée par "le Théâtre de l'Arc-en-Ciel, compagnie dramatique de l'Office culturel de Cluny". Le nom fait tilt dans l'esprit du prof. Il conna”t cette association, un de ses proches en ayant autrefois fait partie. Il sait qu'il s'agit d'un mouvement sectaire. Il n'a pas tort, puisqu'en janvier 1996, un rapport parlementaire classe l'Office culturel de Cluny au rang de "secte pseudo-catholique". De plus, le 28 octobre, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Guy Drut, signait un arrêté privant l'association de son agrément. Un méchant doute plane sur l'OCC et sur sa troupe théâtrale, dont le metteur en scène Olivier Fenoy n'est autre que le fondateur de la secte. Le prof donne l'alerte. Le proviseur averti contacte alors le rectorat et les responsables du Théâtre du Point du Jour.

Acte II : embarras

Au théâtre du 5e arrondissement, on est embarrassé. La troupe de l'Arc-en-Ciel, qui doit présenter son Phèdre la semaine suivante, ne fait pas partie de la programmation artistique du Point du Jour. Subventionné en partie par la Ville de Lyon, le théâtre est mis à la disposition de la municipalité pour quelques dates par an. La ville loue donc sa salle aux associations culturelles qui en font la demande. C'est ainsi qu'elle a signé en août dernier un contrat avec le Théâtre de l'Arc-en-ciel, ignorant son affiliation à l'OCC, afin qu'il puisse présenter son Phèdre. La direction du théâtre du Point du Jour avertit à son tour les services culturels de la ville ainsi que Marie-Thérèse Geffroy, maire du 5e arrondissement.
"J'ai immédiatement téléphoné à Denis Trouxe, adjoint à la culture, ainsi qu'à Ma”tre Chanon, chargé des droits de la personne, pour les informer de la situation" raconte Mme Geffroy. En ce jeudi 31 octobre, veille de Toussaint, c'est quelque peu la panique au sein des services culturels de la mairie. On téléphone à l'ADFI, association de lutte contre les sectes. L'association de défense des familles et des individus confirme : l'OCC est à ranger dans la catégorie sectaire, accusée notamment par le rapport parlementaire de prosélytisme, de manipulation sur les jeunes, de spoliation. Les services culturels envisagent de fermer le théâtre du Point du Jour pour éviter que les représentations aient lieu.
Mais la gestion de cet épineux dossier échappe aux deux élus, MM. Trouxe et Chanon. En ce jeudi soir, veille de week-end prolongé, l'administration municipale notifie au Théâtre de l'Arc-en-ciel qu'une décision définitive sera prise lundi 4 novembre. Et durant les trois jours de week-end de Toussaint, le théâtre du Point du Jour affichera portes closes.

Acte III : une décision sous influence

Le lundi 4 novembre, un fax à en-tête de l'Hôtel de Ville arrive au théâtre du Point du Jour. En substance, cette note signée par Alain Gougenheim, élu RPR du 7e arrondissement et chargé de mission auprès de Raymond Barre, demande à la direction d'accueillir la troupe de l'Office culturel de Cluny. Du 5 au 10 novembre, la troupe jouera donc Phèdre. Les motifs de cette décision seront expliqués par Jean-François Mermet, adjoint à la sécurité, lors d'une interview donnée sur France 3. "La ville et la troupe de l'Arc-en-ciel étant liées par un contrat, il ne pouvait être annulé que s'il occasionnait des troubles à l'ordre public. Ce n'était pas le cas. Si nous avions refusé de leur ouvrir la salle, nous aurions eu droit à un procès en référé et nous l'aurions perdu". Voilà pour la version officielle. D'après deux sources concordantes, il semblerait que les autorités religieuses soient intervenues auprès du chargé de mission pour défendre l'OCC, en la personne de monseigneur Matagrin, évêque de Grenoble.
Rien de vraiment surprenant dans cette intervention. Déjà en 1988, l'évêque de Grenoble affirmait que les liens entre l'OCC et "l'archevêché comme avec le diocèse de Lyon étaient excellentes" et que les accusations de secte "portées contre cette société demeuraient injustes et pourraient être dénoncées comme diffamatoires". Et lorsque le rapport parlementaire a mis au début de l'année l'OCC a l'index, plusieurs évêques, dont Mgr Balland, sont montés au créneau, envoyant des lettres de protestation auprès des préfets et de Philippe Seguin, président de l'Assemblée.

Acte IV : les soutiens de l'OCC

Normal. L'Office culturel de Cluny, fondé en 1964 à Paris par le comédien Olivier Fénoy, se définit non seulement comme une association culturelle (cours de théâtre, école artistique) mais aussi comme une communauté de chrétiens. Dans une dizaine de centres répartis sur tout le territoire, mais aussi au Chili et au Canada, ils sont une centaine d'hommes et de femmes à avoir décidé de vivre ensemble, mettant tous leurs biens en commun. L'Office culturel de Cluny, qui tire son nom d'un café parisien et non de la célèbre abbaye bénédictine, possède son siège dans la région lyonnaise, au château de Machy à Chasselay. Et il n'est pas rare d'y voir des prêtres du diocèse venir célébrer la messe dans ce château ou Mgr Decourtray en personne fêta son 70e anniversaire. L'OCC entretient aussi d'excellents rapports avec la classe civile et politique. A Lyon, l'OCC a pignon sur rue avec son Café des Arts, rue St-Georges. L'association jouit aussi d'une bonne réputation dans les milieux bourgeois, plusieurs enfants de bonnes familles faisant partie de la communauté. Et puis pendant quelques années, le conseil général du Rhône a attribué des subventions à cette association. Son fondateur, Olivier Fénoy, aurait bénéficié par le passé d'appuis politiques à droite, lui permettant notamment d'être nommé par un gouvernement Barre au Haut comité de la jeunesse et des sports.
Soupçonnée de prosélytisme, de manipulations, de spoliation, épinglée par le rapport parlementaire, dénoncée par l'ADFI qui possède de nombreux témoignages de victimes, l'OCC possède néanmoins la confiance de l'ƒglise catholique. D'une partie, en tout cas. Car un prêtre, le père Trouslard, détaché par l'évêque de Soissons pour chasser les sectes, fait régulièrement la tournée des diocèses avec dans ses valises, un dossier accablant de 25 kilos sur l'OCC. Dans les évêchés, on l'écoute sans trop vouloir le croire. "Quand un évêque va dire la messe à Machy, il ne peut pas se rendre compte de l'aspect sectaire de l'OCC" analyse Jacques Trouslard. "Comme dans toutes les sectes, on ne voit que la partie émergée".

Acte V : manque de courage
Que Mgr Matagrin ait pris fait et cause pour l'OCC et sa troupe théâtrale n'a donc rien d'étonnant. En revanche, la décision politique prise par le cabinet du maire a de quoi faire bondir. Ainsi donc, l'avis de l'Eglise catholique aurait plus de poids qu'un rapport parlementaire, que les remarques des renseignements généraux et que la décision d'un ministre ? Et on ne pourra que s'étonner du décalage entre le discours de la mairie et son action. La décision de laisser la troupe de l'OCC jouer à Lyon prend en effet son aspect guignolesque quand on sait que Me Chanon a remis fin octobre à Raymond Barre un rapport sur le phénomène sectaire. Dans ce document d'une trentaine de pages, l'adjoint aux droits de la personne explique qu'au sujet de la lutte contre les sectes, "la responsabilité des élus est considérable". Alors pourquoi la mairie de Lyon s'écrase-t-elle dès qu'elle se retrouve confrontée à un groupe réputé sectaire ? Elle aurait pu faire preuve de sa farouche détermination à combattre le phénomène en prenant par exemple le risque d'un procès. La ville l'aurait vraisemblablement perdu en référé. Mais elle aurait au moins affiché le courage de sa politique. Rideau.

Frédéric Crouzet




La ville sous contrat avec les scientologues


Ce n'est pas la première fois que la mairie de Lyon assure à son insu la promo de mouvements sectaires. Déjà en août 1990, le centre de dianétique de Lyon, filiale de l'ƒglise de scientologie, faisait sa pub sur une vingtaine de panneaux lumineux de la municipalité. La retape de l'église fondée par Ron Hubbard appelait les badauds à venir faire un test de personnalité au centre de dianétique. Cette gaffe des services communication de la ville n'était pas passée inaperçue pour bon nombres d'esprits alertes puisque la semaine précédente, les responsables de la dianétique lyonnaise étaient mis en examen pour escroquerie à la suite du suicide d'un adepte. Ce dernier était entré en scientologie après avoir passé ce fameux test de personnalité au centre de dianétique.
Au mois d'octobre 1996 se tenait à Lyon le procès de ces responsables de la sciento, dont le verdict tombera ce vendredi 22 novembre. Au cours de cette audience, les mécanismes manipulateurs de la secte ont largement été exposés au grand jour et l'on peut espérer que les administrations locales soient à l'avenir plus vigilantes vis-à-vis de cette secte et des autres. Mais le problème pour les services administratifs, c'est que les sectes avancent bien souvent masquées en se présentant sous le nom d'une obscure filiale. Ainsi, au début de l'année, les services municipaux de la Ville de Lyon auraient passé un contrat avec une société de sous-traitance informatique au patronyme anodin. En fait cette entreprise, qui organise aussi des séminaires de communication, est dirigée par des scientologues parisiens. A la mairie de Lyon, on s'en serait aperçu mais un peu tard. La rupture de ce contrat pourrait amener la ville à dédommager le prestataire de services. La vigilance est donc plus que jamais de rigueur.

F.C.

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