SECTES

MOTIVATIONS DES ANTI-SECTAIRES ET DES PRO-SECTAIRES

Il pourrait être utile d'essayer d'approcher de façon pragmatique les motivations animant les acteurs de la guerre ouverte opposant les deux camps retranchés du domaine religieux et pseudo-religieux ou philosophique et sociologique, afin de mieux discerner quelles pourraient êtres les déformations possibles que chacun des acteurs est susceptible d'induire dans son argumentaire.

Disons d'emblée que bien des acteurs de cette lutte souffrent nécessairement de préjugés favorables ou défavorables, mais qu'hormis quelques membres de certaines sectes particulièrement extrémistes, les opinions des uns et des autres peuvent parfois se rejoindre: en dehors de ces exceptions, il paraîtrait que les parties en présence ont parfois des terrains d'accord, et démontrent une tolérance, toute relative certes, envers les points de vue exposés par l'autre camp.

Ces réflexions me sont inspirées par un débat radiophonique récent entre des experts de justice ou des experts scientifiques, suite à la parution d'un ouvrage d'une sociologiste [dont je n'ai pas entendu le nom] ayant analysé de façon détaillée les comportements des experts, en particulier lors de l'affaire du sang contaminé par le SIDA, qui a secoué la France et divers officiels depuis des années. Une des remarques intéressantes de cette émission avait trait aux motivations individuelles des experts et leurs répercussions sur leurs conclusions.

Il en est de même pour les "experts" et autres critiques ou défenseurs du domaine des sectes - et probablement, des "vraies" religions; en quelle mesure nos motivations ont-elles une influence sur nos comportements et nos rapports?

PRESENTATION DES ACTEURS DE LA SCENE

(individus)

A: côté sectes

1. Le Gourou

Le gourou, qu'il s'agisse du fondateur du mouvement ou de ses successeurs, est censé être investi de tous les pouvoirs du mouvement; il peut être supposé "infaillible" par les adeptes. Lorsqu'il s'agit des successeurs, ceux-ci peuvent être tout-puissants au sein du groupe; ils peuvent malgré cela n'avoir hérité que d'une marge de manoeuvre relativement étroite fixée par des écrits du gourou, écrits dont les adeptes attendent la "vérité".

2. Les représentants "officiels" des mouvements.

Les représentants "officiels" des sectes sont habituellement cooptés de façon plus ou moins stricte selon les mouvements sectaires, et/ou reconnus en tant que représentant officiellementl mouvement, par la direction de la secte elle-même. Dans les petits groupes, ils sont fréquemment nommés par le gourou. Il s'agit surtout de membres influents supposés "savoir" ce qu'il faut faire, exerçant un pouvoir de décision plus ou moins étendu. Dans certains mouvements, certains représentants officiels font partie de services "secrets" du mouvement.

3. Les adeptes "ordinaires"

Ces derniers n'ont pas de pouvoir réel dans le mouvement: ce dernier attend d'eux obéissance et assistance sous diverses formes; lorsqu'ils parlent avec ceux de l'extérieur du mouvement, il arrive que la secte les discipline s'ils donnent une mauvaise image de marque, ou n'obtiennent pas les résultats exigés (dans le cadre du prosélytisme, des relations publiques, des relations familiales de l'adepte, des affaires légales ou financières touchant le mouvement). La secte peut les renier officiellement devant des tribunaux ou des médias etc, voire même, les expulser. C'est ici que se masse l'essentiel des troupes de cet affrontement sectes - anti-sectes.

4. Les membres ayant quitté le mouvement, mais ne s'étant pas déclarés ouvertement opposés à la secte

Des études précises n'ayant pas été faites, la proportion de ces anciens - souvent silencieux sur leur expérience passée - est difficile à estimer. Pour la Scientologie, j'estime leur nombre à plusieurs millions (2 à 4?), à comparer avec les quelques 50000 membres encore actifs en 1999. Ils peuvent avoir témoigné de leur passé auprès de proches; ayant refait leur vie, ils n'en parlent que rarement hors de leurs intimes. Tous les anciens scientologues que je connais, plus quelques membres d'autres sectes, sont critiques ou très critiques de la secte, mais certains d'entre eux reconnaissent aussi des aspects positifs qu'on ne peut évidemment taire. Nous y viendrons.

5. Hors de la secte: les apologistes défenseurs des mouvements

(voir à ce propos ce long FAQ - 150K)

Une grande partie des apologistes présents dans cette lutte est de formation sociologue des religions. D'autres sont des religieux ou adeptes de mouvements minoritaires ou pas, (groupes sectaires ou non). Une partie d'entre eux enseigne dans des Institutions universitaires. Laurence J. Peter disait: "l'éducation est une méthode destinée à acquérir un plus grand nombre de préjugés."

D'autres enfin, probablement beaucoup plus rares, sont des ex-adeptes d'un ou plsuieurs mouvements, défendant la cause des minorités pour des raisons diverses.

6. les avocats des mouvements sectaires

La défense des sectes est affaire juteuse pour certains grands cabinets d'avocats. Dans quelques groupes, la secte a ses propres conseils juridiques et ses cabinets d'avocats en plus de gros cabinets externes. Ces membres-avocats sont à la fois "officiels" et "avocats".

Côté anti-sectaires

7. les anciens membres devenus critiques

Bien qu'ils ne soient probablement pas la majorité dans le camp des anti-sectaires, les "repentis" des sectes ont une grande importance: ce sont les premiers à témoigner de leur expérience et des secrets que ne diront pas les membres encore actifs. Dénommés "apostats" par les sociologues apologistes.

8. les membres des familles d'adeptes ou les amis d'adeptes

Ce sont souvent eux qui créent ou qui aident activement des groupes d'action opposés aux sectes. Exemple: Le Dr Lottick au CAN américain et à l'AFF américaine, (son fils s'est suicidé en scientologie), ou l'écrivain Roger Ikor, Prix Goncourt, fondateur du CCMM en France, ayant également perdu son fils dans une secte. Ce sont probablement les plus nombreux et les plus efficaces des anti-sectaires, en raison de leur motivation très personnelle de ne pas apprécier ces mouvements.

9. les gens tombés par hasard dans les mouvements anti-sectaires

Leur cas est très particulier, mais représente pourtant une portion non négligeable des opposants aux sectes. On rencontre ici à la fois des gens qui ont rencontré un ancien adepte déçu, des personnes amies de tel ou tel membre d'une association anti-secte, ou des gens ayant eu à s'intéresser au phénomène pour des raisons professionnelles ou philosophiques ou autres.

C'est ainsi que la lutte anti-scientologie a considérablement augmenté, par exemple, le jour où la secte a commencé à pratiquer des actes violents contre des internautes (des intrusions de la secte au domicile de certains ex-adeptes devenus critiques, sous couvert faussement légal, ont soulevé une vague d'indignation sans précedent et considérablement grossi le rang des critiques).

10. des professionnels:

A/ journalistes, avocats, juges, psychiatres, médecins, psychologues, sociologues non apologistes, policiers etc.

Ceux-ci ont souvent directement affaire aux officiels et aux membres des sectes; ils ont tôt fait d'observer les comportements illégaux, anormaux, totalitaires etc des groupes sur lesquels ils enquètent. Les sectes ne racontent que ce qu'elles veulent bien, et s'en prennent souvent individuellement à ces personnes, utilisant aussi bien la menace que le chantage et les attaques en justice pour des motifs futiles ou imaginaires. On dit que la scientologie a ainsi "réussi" à transformer ces gens, neutres au départ, en ennemis à vie. (exemples ici: 1 - 2 - 3...)

B/ officiels nommés par des gouvernements pour enquèter sur le phénomène sectaire

Les états ont été amenés, souvent suite à des procès, des scandales retentissants (massacres de l'OTS, Aum, Waco, Jonestown etc), ou à des émissions, articles et interventions d'associations anti-sectaires, rapports de police ou de justice, à s'intéresser de plus près au problème. Certains états ont nommé des commissions d'enquète parlementaires ou des commissions interministérielles chargées de faire la lumière sur les comportements à risque de ces groupes. On trouve donc ici des responsables auprès des gouvernements, souvent des élus (Alain Vivien, Alain Gest, etc.) Sujets aux mêmes traîtements de la part des sectes que les journalistes, avocats ci-dessus.

11. autres (ne manquez pas de m'informer de toute absence ou omission - mail)

Les motivations?

Pour les pro-sectaires:

Si pour certains des ensemblés précités, la motivation est simplissime, il n'en va pas de même pour tous.

Le gourou - 1 - est intéressé par le pouvoir et/ou l'argent; s'il a été sincère au départ, le pouvoir et l'admiration témoignés par ses adeptes - ou les fonds dont il disposera - peuvent lui tourner la tête; le fondateur du "temple du Peuple" - Jonestown, 930 morts pourrait être de ceux à qui la tête a tourné. Peu à peu, l'impression de pouvoir exercer un pouvoir de plus en plus absolu les amène à l'inéluctable motivation personnelle. Cela peut également s'observer en politique: Hitler, Staline... Milosevich etc. Ces gens agissent comme les gourous. On peut s'étonner que seuls Pinochet et Milosevich aient été inculpés jusqu'ici, tandis que d'autres étaient même élevés au rang de chefs d'état et acceptés par les autres chefs d'états. Le sexe motive beaucoup de gourous, mais pas tous: ils disposent d'une réservoir quasi inépuisable de partenaires - souvent des deux sexes - prèts à le satisfaire en échange d'un peu d'attention.

Les membres officiels de sectes - 2 - ont plusieurs motivations.

La première est la "foi" en leur groupe. Pourtant, même chez les plus fanatisés d'entre eux, des doutes subsistent toujours en arrière-plan; il n'est pas possible en effet qu'un être humain, quel qu'il soit, soit toujours d'accord sur tous les sujets essentiels avec un gourou ou avec d'autres réprésentant la pensée du gourou - pas plus que dans un mènage très uni, les époux ne peuvent toujours être en accord sur tout. (C'est ainsi que la loi prévoit en France et dans d'autres contrées que l'on n'ait pas à témoigner en justice sous serment contre son conjoint - ou ses enfants.) Par conséquent, ils peuvent avoir la foi et les doutes, mais ne feront pas part de leurs doutes au dehors du groupe sectaire, même sous serment.

La seconde motivation est la crainte, peur, ou la terreur exercée par le groupe. En effet, si l'individu a la foi - souvent pour des raisons relativement idéalistes, et souvent aussi, pour des causes égoïstes (promesses d'avenir meilleur faites par la secte) - il est toutefois assujetti à des pressions plus ou moins subtiles. Un adepte acquiert une nouvelle "famille", des amis, une activité proche de son groupe, un semblant d'unité de pensée: il est compréhensible qu'il ne veuille pas trahir. Souvent, l'adepte n'a plus d'autres amis ou "famille" au dehors.

Des règles internes , tacites ou connues, l'engagent à respecter la loi du silence sur les observations et critiques, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'à l'expulsion, au "déshonneur", à la perte de la "salut" ou de la grâce.

Des possibilités de chantage à la réputation (paria) - voire le chantage en raison de risques de prison civile ou interne au groupe - existent dans certains mouvements, par le biais de confessions privées ou publiques, de témoignages à charge d'autres membres, de documents (souvent dépourvus de toute valeur légale) signés dès les premiers pas dans le groupe.

Les adeptes peuvent craindre aussi de quitter du fait qu'ils n'auront plus de "statut civil"s'ils quittent; ou plus de situation et de moyens de subsistance. Des années passées dans un mouvement sectaire les décrochent du monde du travail et de la société.

La troisième est l'argent et le pouvoir: il est fréquent que ces membres importants soient chouchoutés par les sectes: voyages, pouvoir, parfois même de bons salaires leurs sont versés. D'autres utilisent les méthodes du groupe pour gagner leur vie, dépendant parfois des autres adeptes pour leur subsistance. C'est une méthode relativement commode. [Nous mêmes avons ainsi vécu sept ans sans autres revenus que ceux de la scientologie - en moyenne un peu plus d'UN SMIC pour quatre personnes, plus les "services" payés à la secte elle-même, en échange de quelques 200 à 400 heures de travail mensuel de chacun des membres de la famille, ce qui doit faire environ un dixième de smic horaire en fait; - d'autres ont des revenus beaucoup plus considérables dans ces groupes].

L'idéalisme n'est pas très présent chez cette couche de membres: les résultats et les moyens ont trop souvent pris le pas sur l'idéalisme des débuts; rares sont ceux qui ignorent les méfaits et méthodes condamnables de leur groupe: "la fin justifie les moyens" leur sert de justification.

Les "membres ordinaires" - 3 - suivent les membres officiels, avec quelques différences

Eux aussi ont plus ou moins la foi; leur esprit critique paraît toutefois moins aigü que ceux de membres plus anciens ou hiérarchiquement mieux placés: ils n'ont généralement pas accès aux documents confidentiels, ni aux dessous des cartes, contrairement aux chefs: ils ne peuvent donc juger sur pièces. Il est donc fort possible que nombre d'entre eux n'aient aucun doute sur les bases qu'on leur a inculquées au sein du groupe.

Certains groupes (scientologie) réclament des sommes parfois considérables à ceux qui veulent partir tout en restant en bons termes avec la secte. Pour des employés ayant travaillé 300 heures et plus mensuellement pendant dix ou vingt ans, en échange de quelques centaines de F mensuels, j'ai vu passer des "factures" d'un million de F. Selon les règles internes, ces adeptes ne pouvant pas payer... ne pourront donc pas "continuer leur progression spirituelle", c'est une "motivation négative" d'argent qui peut les empècher de parler ou d'agir, ou de quitter le groupe.

C'est souvent en toute bonne foi que les membres ordinaires débiteront à l'extérieur les argumentaires plus ou moins logiques entendus au sein du groupe, ou les progrès réels et imaginaires qu'ils ressentent ou ont ressenti. La stabilité de ces progrès ne leur vient pas à l'esprit quand il s'agit d'en juger plus clairement.

Leur avenir compte: ils attendent presque tout du groupe: salut, aptitudes, situation parfois; les petits chefs du groupe leur paraissent des exemples à suivre: ils espèrent eux aussi parvenir à ces "sommets" qui leurs sont décrits, ou à la réussite matérielle: la semaine passée, on me rapportait le cas d'un jeune homme débutant et sans qualification, à qui la scientologie promet 7 à 10000 F mensuels ... il ignore que seules quelques personnes en France atteignent ou dépassent ces revenus dans la secte (mon frère, 20 ans à temps complet en scientologie, gagne si peu qu'il a été contraint de reprendre des gardes de nuit en supplément de son travail scientologique, malgré le fait que nos parents leur ait payé un appartement à Paris et que sa femme travaille également dans la secte)

Le chantage est parfois également exercé, comme envers les membres importants.

Certains mouvements se servent de mystères pour attirer et 'coincer' les adeptes; ainsi, le niveau "OT3" représente une étape absolument désirée des adeptes en scientologie: il est entouré du secret absolu, de mesures de "sécurité" draconiennes, et paré de toutes les vertus... pour ceux qui ne l'ont pas atteint; on ne peut être surpris dès lors que la secte ne le délivre qu'au compte-gouttes, attisant encore le désir par la rareté et le prix exorbitant.

L'aide est l'un des principaux moteurs idéalistes de l'humanité; ces groupes ne se gènent pas pour user et abuser de cet argument afin de fidéliser leur clientèle. "Vous allez aider à sauver l'humanité" fait partie des leit-motiv; quitter le groupe ou le critiquer deviendra, dans l'esprit de l'adepte, "je suis mauvais si je combats l'humanité".

L'appartenance à l'élite sert aussi d'appât: élevés du rang de peu-de-choses au rang d'élu n'est pas rien, au point qu'un mouvement comme le Heaven's Gate (la porte du ciel), qui ne comptait que quelques dizaines "d'élus", les a entraînés presque tous dans la mort ... pour rejoindre les grandes âmes de Sirius, objet de leurs désirs... Et que dire des "élites" de la scientologie qui supportent les pires humiliations (goulags privés) pour des peccadilles?

Pour les membres de sectes, les motivations sont donc plutôt négatives ou égoïstes, mis à part l'aide et la foi; une comparaison pourrait être utilement établie avec celles de membres de mouvements typiquement religieux.

Les membres ayant quitté le mouvement, sans se déclarer ennemis - 4 - sont un cas à part: c'est surtout leurs motivations à se taire qu'on peut rechercher, car la plupart se taisent. Il existe quelques exceptions également analysées.

Le ras-le-bol exprime au mieux ce que ressentent ceux qui sont restés des années. Ils ont fait une croix sur une expérience douloureuse: en parler peut réveiller le cauchemar et attiser à nouveau la déception.

La honte (de s'être fait avoir, de s'être trompé, de risquer d'être à nouveau catalogué comme ancien sectaire etc) interviendra largement aussi.

Le chantage possible, ou la crainte de rétorsions diverses sont une cause de silence. Quelques-uns ont même fini par signer des engagements financiers au silence pour pouvoir quitter une secte.

L'ignorance simple s'observe chez ceux qui ne sont pas restés assez longtemps pour se faire une opinion fondée: n'ayant pas trouvé ce qu'ils cherchaient, mais n'ayant pas eu le temps d'observer les anomalies, ils resteront discrets... car n'étant pas vraiment déçus et ne s'estimant pas compétents pour juger. Certains de ces "ignorants" auraient parfois aimé aller plus loin, mais des raisons pratiques les en ont empèchés; ainsi, une mère de famille qui ne pourrait contenter la secte faute de moyens, de temps etc, ou une personne trop démunie d'argent et d'aptitudes pour être utile au mouvement, peuvent être encore curieux pendant une période plus ou moins longue, puis finir par oublier, alors qu'ils avaient fait des "débuts prometteurs".

Le départ vers un autre mouvement peut entraîner deux réactions: s'il s'agit d'une autre secte "cataloguée comme telle", la personne en parlera rarement dans le mouvement qu'elle a rejoint, à moins que celui-ci ne le lui demande, et continuera à se taire au dehors (similitude de comportements exigée). S'il s'agit d'un mouvement plus philosophique et non-sectaire, l'intérêt porté à ce nouveau mouvement estompera l'essentiel des difficultés éprouvées lors de la première expérience.

Parmi les exceptions, c'est à dire les gens disant encore du bien de la secte quittée, on trouve quelques cas. Ainsi, certains de ceux qui ont eu l'impression de faire "du bien aux autres" pendant certaines phases de leur expérience sectaire (par ex. les gens ayant beaucoup audité en scientologie), n'exercent généralement pas une critique complète envers le groupe. C'est assez contradictoire, car ils avaient des raisons majeures de quitter, et de grands reproches à faire au mouvement ou à certains de ses membres influents. Pourquoi ne poussent-ils pas la critique au bout, lorsqu'ils observent les anomalies gravissimes qui leur font abandonner le mouvement?

Certains iront même créer ou faire partie d'un mouvement parallèle; de la scientologie sont ainsi nés plusieurs mouvements: la 'Free Zone' - divisée en plusieurs écoles- , Avatar, etc. Parmi ces membres, certains sont toutefois très visisblement critiques de la façon dont leur ancienne secte est gérée, et sont donc à classer à cheval sur les catégories 4 et 7. Certains vont jusqu'à l'illégalité flagrante pour poursuivre leurs buts ("Secret Squirrel" , un ex-scientologue, ne cesse de faire passer des textes illégalement copiés sur Internet).

La gloire du martyr potentiel , provoquée par les contes d'horreur entendus dans la secte à l'encontre ses "ennemis", suscitera un désir de provocation lors d'interventions à l'extérieur, enclanchant des déclarations beaucoup trop optimistes de la part de certains membres.

5. Les apologistes défenseurs des sectes - Universitaires, experts

Première possibilité: l'argent. certains sont payés pour leurs "études" en faveur de mouvements sectaires (voir FAQ apologistes, 150K).

Parallèlement, nombre des apologistes sont des universitaires écrivant des ouvrages ou donnant des conférences sur la question sectes/nouveaux mouvements religieux. Vu l'intérêt que ce type d'oeuvre soulève, ils n'en tirent probablement que peu de profits directs, mais ces travaux les assoient dans l'esprit de leurs pairs. Le monde universitaire a certes des raisons d'avoir une confiance en lui-même... mais doit-il oublier le bon sens pour autant? Les universitaires des domaines humains, plus encore que les autres scientifiques, ne sont pas tous prèts à quitter les thèses d'école qui leur ont jusque là réussi.

Il arrive que les gouvernements les nomment dans des commissions d'enquète, où ils peuvent être payés.

On constate donc des motivations classiques de pouvoir, gloire et argent.

Parallèlement, ainsi que le fait remarquer le Pr Ben Zablocki, les sociologues dérivent assez facilement vers la défense de "religions" tous-azimuts, craignant de façon idéaliste [sens du devoir] un "effet de boule de neige": au cas où une secte viendrait à être interdite, les autres pourraient à leur tour être interdites, puis les religions, puis les libertés fondamentales, etc. (Ils n'ont pas dû observer que nombre de sectes et religions du passé ont disparu sans laisser de traces - parfois même sans avoir été critiquées - et sans que les libertés soient pour autant menacées.)

6. les avocats des sectes

Motivations habituelles: celles des avocats. [Voir M. Introvigne]

Exceptions: avocats également adeptes d'une secte; leurs motivations seront similaires à celles des officiels de sectes: ile le sont.

Pour les anti-sectaires

7. Anciens membres devenus critiques : on peut en premier lieu leur prèter une vindicativité; le désir de rendre les coups reçus est courant. S'agit-il pour autant d'une forme de légitime défense? Je ne le crois pas; ce serait plutôt un sens aigü des injustices et des "torts à redresser". Quand on quitte une secte en plein désaccord après avoir lutté pour elle, c'est souvent déjà par suite d'injustices exercées par la secte envers l'adepte, ou par idéalisme: l'individu observe brusquement s'être lourdement trompé.

Il voudra alors dire la vérité telle qu'il la perçoit désormais dans les agissements du groupe, vérité qu'il avait occultée jusque là.

Comme le font remarquer les apologistes, certains faits peuvent être alors déformés: je doute énormément que ce soit monnaie courante, sauf dans les cas pathologiques; il en existe, pour les sectes ou pour d'autres groupes sociaux - la grande distribution n'a pas toujours une excellente réputation, par exemple.

Le désir d'aide peut intervenir: il est certain que je suis enchanté lorsque je parviens à arracher un adepte à un groupe, ou à entamer ses certitudes: j'ai vraiment la sensation du devoir accompli - et cela flatte ma vanité. Deux motivations ensemble.

La conversion vers une autre doctrine peut entraîner certains à s'activer pour amener des adeptes de sectes à cette doctrine. Le phénomène est très marginal; la majorité des associations anti-sectaires a des règles interdisant cette pratique; même des prètres la respectent quand ils agissent dans ces associations.

L'argent n'intervient certainement qu'en dernier dans la quasi-totalité des cas. A de rares exceptions près, écrire contre une secte ne rapporte rien, sinon des ennuis - contre-attaques de la secte, etc. Il n'existe pratiquement aucun repenti qui soit payé (de toute façon très peu payé) pour travailler dans des associations anti-sectaires.

Attaquer une secte en justice n'est pas de grand rapport non plus, car même aux USA, où les dommages et intérêts prononcés par des jurys sont disproportionnés, la secte s'arrange souvent pour ne rien verser, et cela demande de toute manière des années ou des décennies. (cas Wollersheim: la scientologie n'a toujours pas payé les 6 ou 7 millions de dollars qu'elle lui doit depuis une quinzaine d'années)

8. Les proches d'adeptes ou d'anciens adeptes: beaucoup veulent en premier lieu chercher à comprendre ce qui a pu arriver à leur proche. Nombre de mères de familles occupent des postes importants dans les associations anti-sectaires: arrivées là pour comprendre... et restées pour agir: leur découverte des abus les a scandalisées au point qu'elles décidèrent de consacrer énormément de temps, de ressources et d'énergie. Il y a aussi, bien sûr, les pères qui perdirent un fils (Dr Lottick, Roger Ikor etc) : entre vengeance et recherche de vérité, c'est ainsi qu'on pourrait juger de leurs premières motivations.

Comme chez les repentis, le désir d'aide , l'envie d'empècher que cela arrive à d'autres, prend généralement ensuite le dessus.

Il est improbable que le pouvoir les motive; l'argent, encore moins: ceux qui font cela paient bien souvent tous les frais de leur poche, et ce n'est pas le peu de gloire ou d'honneurs qu'ils en retirent qui peut expliquer leur activité et leur décision. Combien ont seulement reçu une légion d'honneur, pourtant bien méritée? Je ne connais que deux personnes en France, Janine Tavernier et le Père Trouslard, à l'UNADFI.

9. pour ceux qui sont tombés par hasard dans l'anti-sectarisme, plusieurs possibilités: la plus courante est l'indignation ressentie lorsque ces personnes tombent sur des informations qui les bouleversent. Leur sens du devoir, leur civisme s'éveillent alors dans cette direction, et certains consacrent des efforts fantastiques pour aider à la fois les victimes, pour prévenir la société, et pour redresser les torts. Voir l'exemple du milliardaire en retraite Bob Minton, ou d'autres moins célèbres.

L'orientation philosophique les pousse souvent: bien des critiques qui n'ont pas passé par le vécu sectaire ont une haute idée de la liberté et de la tolérance, et défendent ces valeurs. (Je ne crois pas qu'on puisse leur prèter de déformations similaires à celles des apologistes).

De toute évidence pas de motivations d'argent. Gloire? probablement pour certains, les plus humbles d'apparence n'étant pas forcément les moins sensibles à cet aspect.

10. A/ les professionnels avocats, juges, médecins, psys etc. subissent souvent des attaques des sectes, parois vicieuses: en plus de leur désir de travailler normalement selon leurs codes, s'ajouteront bien souvent vindicativité et/ou sens du devoir... après constat de l'état des lieux dans les sectes.

Les avocats n'échappent pas bien sûr aux motivations habituelles des avocats, en plus de celles-ci.

10. B/ les professionnels - nommés par les gouvernements : soit ils "mordent" en découvrant ce qui se passe dans les sectes (Alain Vivien, Alain Gest, M. Brard, etc), soit ils sont sur la voie de garage (Guerrier de Dumast - qui s'empressa de ne rien faire dès sa nomination).

S'ils mordent, ils ont forcément les motivations personnelles de réussite dans leur tâche, avec tout ce que cela comporte, mais s'y ajouteront un minimum de contre-offensive dès qu'ils constateront la mauvaise foi de certaines sectes, les méthodes utilisées... et les témoignages des repentis, les rapports des juges, des enquètes policières, des apologistes, des gendarmes, des oeuvres mêmes des gourous, etc.

L'indigestion suibie alors ne fera pas d'eux des amis des sectes, tout ne ne les empèchant pas de faire leur travail de façon judicieuse, légale, et neutre.

Ce qui n'empèche forcément pas qu'ils aient des "post-jugés" (par opposition à des préjugés).


Roger Gonnet