traduction d'un article de Thomas C. Tobin, rédacteur au St Petersburg Times.
titre original:

David Miscavige, patron rarement accessible de l'église, décide de se faire interviewer pour la première fois, pour parler de temps plus pacifiques pour la Scientologie



Première partie
 

Photos de ROBIN DONINA SERNE
 Times Staff 


Ses amis le disent "intense". David Miscavige, 38 ans, est le patron mondial de la scientologie depuis 11 ans.

© St. Petersburg Times, 25 octobre 1998
traduction: roger gonnet, le secticide


LOS ANGELES --Lorsque David Miscavige raconte son accession au pouvoir en l'église de scientologie, -- épopée entreprise dès qu'il quitta le lycée à 16 ans -- on entend surtout parler d'une guerre. Une guerre à l'encontre de renégats scientologues. Une guerre vis-à-vis de l'Ennemi N° UN : le fisc américain (IRS). Une guerre contre les critiques de la secte.
 
 

Mais le chef scientologue de 38 ans insiste sur ceci: il est également déterminé à conduire vers la paix.

Au bout de tout ce temps passé hors des écrans radar, Miscavige  dit planifier les étapes de son rôle central dans l'aplanissement des divergences  toujours présentes en scientologie - cette technologie d'amélioration personnelle imaginée par feu L. Ron Hubbard dès les années 50.

Dans son premier entretien avec un journal, Miscavige a dit au Times que Clearwater pourrait bien être la scène du conflit le plus durable subi par la scientologie; il annonce vouloir faire "de grands pas" pour faire cesser les hostilités ici.

Pour y parvenir, Miscavige emploie une stratégie correspondant bien à son style: l'intervention personnelle.

La manière Miscavige peut comprendre une aide généreuse de l'audacieuse personnalité ayant engendré sa prise de pouvoir en scientologie, l'ayant assisté dès 21 ans à purger la scientologie de membres "traîtres".

Elle peut aussi inclure un élément de surprise, comme l'IRS a pu s'en apercevoir en 1991, lorsque Miscavige s'est invité à rencontrer sans fanfare ni trompettes le directeur de l'agence fiscale au siège même de l'IRS à Washington.

Miscavige a également surpris en avril le manager de la ville de Clearwater, Mike Roberto, lorsqu'il prit la présidence de la réunion prévue entre Roberto et des scientologues locaux. Roberto y a passé quatre heures.

Les amis de Miscavige le disent "intense", "insistant", "pas facile à berner". Les critiques le décrivent comme une brute.

Il lutte d'un oeil bleu ou se penche vers l'avant en posant des questions lourdes de sens, et ses mots à l'accent faubourien de Philadelphie tombent en mitraillage. Il tape sur la table pour insister, ou claque si fort des doigts qu'on croirait qu'ils frappent.

C'est mélange de un lève-tôt - travaille-tard, d'énergie, d'émotion  et de confiance en soi, le tout emballé dans une  charpente de 1m69.

"Permettez-moi de vous dire que j'ai une grande fierté à créer la paix", dit Miscavige, devenu chef de la scientologie mondiale à 26 ans, "et que j'ai traversé des circonstances ou des conflits qui parssaissaient insolubles... mais que j'ai su résoudre.."

Il dit espérer que ses efforts amélioreront l'image jugée combative, sectaire et isolée de la scientologie auprès des habitants.

 Il dit que la scientologie pourrait être plus ouverte aux gens de l'extérieur; il est d'accord sur le fait qu'elle pourrait faire plus attention lorsqu'elle entreprend des bagarres. Il dit qu'il est faux qu'elle aime les conflits.

Miscavige parle aussi d'une vieille crainte enracinée à Clearwater, où la scientologie avait établi en secret ses quartiers généraux spirituels dès 1975, et où elle continue à acheter des terrains en vue de l'expansion. 'Il n'y a pas de plan pour prendre d'assaut une quelconque ville dans le monde", ajoute-t'il.

Plus généralement, Miscavige dit parlementer pour obtenir que l'exemption d'impôts accordée par l'IRs suite à "reconnaissance religieuse" s'étende aux principaux pays européens, où l'église combat pour se faire admettre. Il dit vouloir obtenir  ceci en l'an 2000.

Ce but fait écho à sa tonitruante intervention devant quelques 10000 scientologues éblouis, lorsqu'il leur annonça l'accord d'exemption avec l'IRS en 1993. Miscavige avait alors parlé "d'une espèce d'approbation gouvernementale", disant que "cela signifiait tout pour la scientologie".

Dans son entretien avec le Times, il admet que ses efforts planifiés à Clearwater correspondent à cette approche de l'IRS.

La ville est une destination essentielle pour des milliers de scientologues, dont beaucoup viennent acheter des "lots d'étude" qui, selon de récentes brochures, coûtent de 60000 à  quelque 500000 FF.

Mais c'est aussi ici que la police pense qu'un crime a été commis, lors du décès de Lisa Mc Pherson, adepte décédée après un séjour de 17 jours à l'hôtel Fort Harrisson.

C'est ici qu'un des maires ayant éxécuté son mandat électif de quatre ans, est resté parmi les critiques de la scientologie; ici que 3000 scientologues ont fait une marche de protestation coléreuse pour s'opposer au Chef de la Police Sid Klein; ici aussi que l'église et la ville sont plongées dans une bataille au sujet de rapports d'enquète policière engagés depouis 13 ans sur la secte.

Une "grande étape" en direction de la paix, dit Miscavige, serait de rencontrer le Chef de la Police Sid Klein afin "de résoudre toutes les affaires avec la police de Clearwater"; pas en trichant, mais pour de bon.

Une autre consisterait à rencontrer le maire Rita Garvey, peut-être "dans un but multiple."

Miscavige dit aussi qu'il est significatif qu'il ait accepté d'être interviewé par le Times: le Times a remporté  un Prix Pulitzer en 1980 pour ses enquètes sur la scientologie, et continue à traîter vigoureusement du sujet. Il a même autorisé le journal à visiter  la ligne de montage des "électromètres" - ces appareils électroniques que l'église dit capables de suivre les pensées.

Il dit croire que la manager de la ville, Roberto, considère que le journal est une source essentielle sur la scientologie.

"Vous savez maintenant pourquoi je désire vous parler", a-t'il dit à l'équipe de rédacteurs du Times, durant la visite de trois jours au QG de la scientologie à Los Angeles. "Si je fais un effort pour résoudre quelque chose, j'ai bien l'intention que ça se produise. ... J'ai bien l'intention de tenir parole."

Pourra-t'il réussir?

Miscavige peut-il domestiquer les instincts combattifs qu'Hubbard a si fortement encouragés - et que les gens extérieurs estiment effrayants et lourds de conséquences?

"Je crois que l'incompréhension vient du fait qu'il est possible que nous menions une juste guerre", dit-il. "Si nous sommes impliqués dans une guerre où nous croyons que notre survie est en jeu, nous nous battrons avec dévouement. Mais je crois que toute institution dévouée, et en particulier  religieuse, ferait de même. C'est toute l'histoire de la religion."

"Mais une fois ceci achevé, nous pourrons nous consacrer à notre mission principale, la scientologie. C'est ce que j'ai tenté d'expliquer à Roberto: non seulement je le dis, mais mon passé le démontre."

Lorsqu'il était attaqué, Hubbard demandait à ses disciples de "traîter toutes les anicroches comme des guerres". Mais il leur disait aussi: "Soyez toujours prèts à parlementer, c'est à dire, à discuter et trouver un terrain d'entente." Il disait: "on ne peut se contenter de guerroyer".

Nul n'est plus dévoué aux paroles Hubbardiennes en scientologie que Miscavige. Comme président du "RTC" de l'église de scientologie, son travail consiste à "préserver, maintenir et protéger" la scientologie, mais il insiste sur le fait qu'il n'est pas impliqué dans la direction quotidenne du management des opérations de la scientologie.

Non seulement il fut le protégé et l'assistant de confiance d'Hubbard, mais il est aux scientologues ce que le pape est aux catholiques - un chef qui donne le ton, établit des buts et s'assure que les pratiques et enseignements hubbardiens soient précisément suivis.

La question reste de savoir lesquelles des maximes du fondateur seront appliquées par Miscavige à la ville de Clearwater.

"Je crois qu'il serait reçu avec bien du scepticisme", dit Roberto. "Ce n'est pas une organisatiuon qui a jamais arrondi les angles par le passé."

Mais il a aussi dit que Miscavige et lui ont compris qu'ils pouvaient améliorer leurs relations, pourvu qu'il n'y ait plus d'attaques contre la police et que la poursuite judiciaire trouve une conclusion.

Pendant que Miscavige propose de "grands pas", Roberto veut bien de "petits pas". Pourquoi? Il explique que Décembre 1997 et "les marches scientologiques contre les quartiers généraux de la police ne sont guère anciennes."

La Maire, Rita Garvey, a dit que "Miscavige donnait une "tournure différente" à la scientologie. "On appelle ça faire un bon programme de relations Publiques", dit-elle. Ce qu'il font, actuellement, c'est "nous aimer à mort. Mais en fin de compte, les fonctionnements internes ne changent en rien.

Elle dit n'avoir "aucune idée de ce que pourrait entreprendre Miscavige pour la convaincre: la communauté ne leur fait pas confiance".

Le Chef de la Police Sid Klein dit que les deux protagonistes ne peuvent même pas trouver une entente quant à la plainte portant sur les enquètes policières, et moins encore, parvenir à une paix globale.

 "Si nous parlons de 'grand pas', je crois qu'il est temps de rengainer , ou de se taire. Il veulent un grand pas? Il existe."

 Monique Yingling, avocate washingtonnienne amie de Miscavige - elle l'aida dans le combat contre l'IRS - dit "Il dispose d'une capacité vraiment inimaginable à passer au travers des balles---"

Malgré ses études arrètées à 16 ans, "Miscavige aurait aussi l'une des têtes les plus perspicaces qu'elle ait jamais rencontrées", dit aussi Yingling: "il peut être vraiment efficace en écoutant les problèmes des gens et en répondant 'nous parviendrons à une solution à ce propos'".

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