Scientologie et médias: comment les influencer ?


Variety
28 juin 1999

Les défenseurs de la foi devraient se calmer

Peter Bart, Daily Variety Editor-in-Chief (c) Reuters et Variety 1999


HOLLYWOOD (Variety) - L'essentiel du courrier qu'a reçu Variety cette année concerne les réponses à un seul article que l'éditeur ne publiera même pas. Le sujet? Scientologie et son influence sur Hollywood.

Dan Cox, notre éditeur Films qui a quitté le journal pour un poste d'agent littéraire avant d'avoir achevé son article, avait entamé les recherches.

En s'attaquant au sujet, Dan Cox avait été intrigué par le fait que les scientologues, qui sont dans les parages depuis les années 1950, soient de plus en plus bavards au sujet de leur religion. Ainsi, John Travolta, membre célèbre, avait accepté de mettre 70 millions de dollars dans la production de "Terre: Champ de Bataille" (Battlefiled Earth), d'après le roman de fiction de feu le fondateur de la scientologie L. Ron Hubbard.

John Travolta n'est que l'un des nombreux scientologues fameux - d'autres étant Tom Cruise, Jenna Elfmann, Kirstie Alley et le directeur Milton Katselas qui enseigne à l'une des écoles d'acteurs les plus connues.

Avant de se décider à en passer aux carrières, Cox avait été surpris de voir que les scientologues possédaient au moins quatre des plus gros bâtiments de Californie méridionale, dont un "Centre des Célébrités" néo-gothique abrité dans une structure construite par William Randolph Hearst et un complexe de production cinématographique qu'ils font marcher à Hemet (le "Golden Era Studios") pour publier des films publicitaires et éducatifs, et même un magazine nommé "Célébrité".

A cela, les scientologues ajoutent un programme de réhabilitation pour drogués, une campagne contre l'illetrisme et diverses activités destinées à réhabiliter des prisonniers.

Malgré toutes ces causes positives, on constate une acrimonie entre média et scientologues, peut-être en raison de leur prosélytisme fervent ou de leur obsession vis à vis d'ennemis.

Cox fut assez surpris que plusieurs émissaires de la scientologie, apprenant ses recherches, commençassent à lui rendre visite ou à venir au journal, en demandant à être entendus.

Puis vinrent les lettres émanant de diverses sociétés d'avocats. "Travolta n'avait pas décidé de faire le film "Battlefield Earth" pour faire progresser la cause scientologue, disait l'un de ces documents. La scientologie n'avait rien à voir dans les relations entre Cruise et Kidman, disait un autre. Le financement de "Battlefield Earth" n'avait pas de rapport avec l'église de scientologie, annonçait un troisième.

Puis vint la dépèche prévisible de cet avocat aux talents d'ubiquité, Bert Fileds, qui décida de laisser momentanément du mou à la gueguerre Eisner-Kartzenberg, pour produire son propre avertissement.

"J'apprends que vous voudriez publier quelque chose sur le fait que l'église de scientologie a utilisé Nicole Kidman à des fins promotionnelles, sans son accord... C'est complètement faux, Nicole a le plus grand respect et la plus grande admiration pour les enseignements scientologiques..." écrivit-il.

Le problème de tous ces avertissements, c'est qu'ils s'en prennent à un article que nul n'a publié ni même fini d'écrire, et qui ne contient aucune des affirmations qu'ils cherchent à réfuter!

L'étrange activisme de Fields en faveur de la scientologie a commencé voici plus d'un lorsqu'il a payé une copie d'une annonce dans Variety, signée par plusieurs grandes stars hollywoodiennes.

L'annonce signée de Dustin Hoffmann, Goldie Hawn, Terry Semel et de Fields - entre autres - était sous forme de lettre ouverte au Chancelier allemand; elle protestait contre la discrimination des scientologues en Allemagne et comparait leur traitement à celui des juifs durant la seconde guerre mondiale. (Comparaison entraînant quelques sursauts indignés parmi tous ceux qui estimaient la métaphore très exagérée).

Ce mitraillage de lettres légales espérait-il clarifier des faits, ou intimider le reporter? Certes, les scientologues ont largement démontré leur tendance procédurière. L'effet direct de ces actions renforce plutôt les soupçons que la sympathie envers leur cause. Pourquoi un groupe serait-il si vivement auto-protecteur, s'il n'a rien à cacher?

Les scientologues font pourtant de bonnes actions, et des gens comme Travolta et Kirstie Alley témoignent amplement du fait que la scientologie les a aidés à remplir les exigences de leur quotidien.

"Travolta disait à Cox: "Voilà une religion dont le but est un monde sans démences, sans criminels et sans guerres, et qui fait tout ce qu'elle peut pour que ça se produise."

Les scientologues nient manipuler les stars. Ils nient aussi les soupçons des critiques quant à la façon dont ils "auditeraient" les autres sous électromètre, afin de les débarrasser de "Thétans de Corps" pour les rendre "Clairs".

"On ne se sert pas des célébrités, on les sert", insiste Marty Rathbun, directeur du Centre de Technologie religieuse de l'église. "Ils comptent, car ils atteignent beaucoup de monde; ils donnent le ton à la société."

Les écrits hubbardiens désignent pourtant les stars comme cibles de recrutement spécifiques. "Les stars sont bien gardées, bien barricadées, surchargées; elles évitent la mélée, écrivit-il : si vous les ramenez chez vous, vous aurez en récompense une plaque commémorative."

D'accord, l'église peut se vanter de nombre de stars: des tas de plaques ont donc été distribuées. Quant à Travolta, il sera même vedette d'un film basé sur les romans du fondateur Hubbard. Muni de ces dévouements, l'église pourrait aussi bien se passer de certains de ses soupçons institutionnels.

Du calme, les gars. On ne vous fera pas d'article pernicieux. Envoyez vos avocats prendre l'air une semaine ou deux.

Voir à ce propos comment Hubbard et sa maffia criminelle comptent dominer le monde




Reuters/Variety

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