Prison ferme pour un ex-responsable régional de la Scientologie

Escroquerie au nom de la foi

Le tribunal de Marseille a estimé que les sommes demandées par la secte à ses adeptes étaient bien trop importantes au regard du résultat.

LE FIGARO- LA CHRONIQUE JUDICIAIRE de Pierre Bois . 16 novembre 1999

Un ancien responsable de l'Eglise de scientologie, Xavier Delamare, a été condamné hier à Marseille pour "escroquerie" à deux ans d'emprisonnement dont dix-huit mois avec sursis et 100000F d'amende. Le tribunal a condamné quatres autres scientologues et en a relaxé deux. C'est la troisième fois que des membres de la secte sont ainsi condamnés en France. A 42 ans, l'ancien directeur de trois centres de Dianétique à Nice, Marseille et la Haye (Pays-Bas) ne retournera pas en prison, où il avait passé six mois au titre de la détention provisoire. Le tribunal n'a pas suivi les réquisitions du parquet qui avait demandé trois ans de prison dont dix-huit mois avec sursis et 200000F d'amende contre ce responsable, le seul à avoir assuré son train de vie grâce aux bénéfices des centres.

La porte-parole de l'Eglise de scientologie, Danièle Gounord, a présenté l'ancien responsable comme un "bouc émissaire dans une affaire qui a une sérieuse couleur politique", cherchant à dédouaner la secte en expliquant que les condamnés avaient reconnus "avoir violé les règlements de l'Eglise".

Le procès des scientologues de Marseille, plus particulièrement celui de Xavier Delamare, n'aurait connu qu'un relatif retentissement si un incident de dernière minute n'était venu l'amplifier : deux dossiers avaient disparu du greffe du tribunal quelques jours avant l'ouverture des débats. Ce qui avait conduit le ministre de la Justice, Elisabeth Guigou, à exiger une enquête interne qui, comme à l'habitude, n'aboutit nulle part. Sinon à constater qu'il en avait été de même à l'Assemblée nationale lors de l'instauration d'une commission d'enquête sur la scientologie et dans d'autres tribunaux, comme si la secte bénéficiait dans l'ombre de nombreuses complicités.

[note du webmaster: ce ne sont pas "deux dossiers" qui ont disparu à Marseille, mais les scellés de justice - des pièces tout à fait inutiles pour le procès puisque déjà exploitées auparavant, mais dont les scientologues ont moultes fois tiré un profit injustifié dans la presse américaine en faisant croire "que leur défense n'avait pu être correctement assurée, les preuves de leur innocence ayant été détruites"; or, c'est tout le contraire : un expert compétent en matière de scientologie y aurait probablement trouvé des preuves pouvant entraîner , en plus de l'accusation d'escroquerie, celles de médecine illégale, extorsion et abus de faiblesse]

L'affaire de Marseille restait cependant de dimension locale, contrairement à celle de Lyon où l'état-major de la scientologie s'était retrouvé sur le banc des prévenus après le suicide d'une des dupes de la secte. Elle ne reposait ici que sur deux plaintes sans grande consistance ainsi que sur une déclaration non suivie d'effet dans un commissariat de police.

Le procureur Danielle Drouy-Ayral ne s'y était pas trompé en réclamant une peine de prison ferme pour le principal responsable et le sursis pour les autres. Mais l'intérêt majeur des audiences était d'un autre ordre : il soulignait avec insistance la dangerosité d'une secte qui se sert de la psychologie pour entrer par effraction dans les esprits et dans les portefeuilles.

Le mécanisme a été mis au point dans les années 50 par un auteur de science-fiction américain, Ron Hubbard, qui à travers un livre, La Dianétique, prétendait livrer sa recette pour élaborer un "surhomme" qu'il appelait "clair", c'est-à-dire débarrassé des purulences sociales et matérielles.

Lavage de cerveau

Ce bouquin est à la portée de n'importe quelle bourse. Mais si d'aventure on voulait en savoir plus, gare à l'escalade. Après un premier test d'évaluation, il était proposé au client potentiel des scéances de psychothérapie au prix de 1200F la première heure, 5500 par la suite, suivant une courbe exponentielle.

Un cardiologue du Prado, qui préféra garder l'anonymat, en fit la cruelle expérience. Après douze heures d'un lavage intensif de cerveau, il était rentré chez lui dans un état d'hébétude avouant à sa femme qu'il venait de signer un chèque de 136000F.

Ces faits en apparence anecdotiques recouvrent une réalité plus sournoise : on retouve des scientologues dans des centres de rattrapage scolaire, dans des cabinets de recrutement. Les fameux "entretiens d'embauche" relèvent parfois de leur méthodologie. Leur prosélytisme se dissimule derrière des petites annonces anodines ou bien des prospectus proposant un bilan personnel. EDF tomba dans le panneau lorsqu'elle envoya des cadres de son administration se remettre à niveau dans un centre de formation dirigé par des scientologues.

La scientologie oppose toujours la même défense. Il ne s'agit pas d'une secte mais d'une église reconnue comme telle aux Etats-Unis et qui devrait l'être au même titre en France au nom de la liberté de culte.

Quant aux "dons", comme l'a prétendu avec un cynisme déconcertant Xavier Delamare, ils sont envoyés directement à la maison mère, aux Etats-Unis, et ne servent qu'à la propagation de la foi. Ils seraient le fruit de la reconnaissance des nouveaux adeptes pour qui, paraît-il, la spiritualité n'a pas de prix.

Pierre Bois

Voir: le jugement complet


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