AVANT LA SCIENTOLOGIE

Bob Minton, riche américain ayant pris un jour fait et cause dans la lutte anti-scientologie - il n'en connaissait rien jusqu'à ce qu'il en découvre quelques crimes sur Internet - a décidé voici quelques temps d'aider un peu plus encore, en ouvrant un concours doté de 10000 dollars qui récompenseraient le meilleur des articles de 10-15000 mots écrits sur la secte, sous certaines conditions préétablies (nouveauté du point de vue, possibilité de le faire lire à des scientologues et de les convaincre, etc).


Les gagnants sont connus depuis aujourd'hui 30 septembre 1999... Bob Minton, très généreux, a décidé en définitive de leur offrir à CHACUN 10000 dollars, et 20000 $ (plus de 120000 F) au grand vainqueur! Rappelons qu'il avait déjà largement participé auparavant (en versant une dizaine de millions de F à divers organismes ou individus présents sur la scène anti-scientologique). Sachant la détermination dont il a fait preuve face aux ignobles attaques des scientologues fantaisés, je ne doute guère de l'issue du combat.


Le grand gagnant est Joe Cisar; son texte. Les autres gagnants sont:

Scott Mayer
Arnie Lerma
Jeff Jacobsen
Warrior (celui-ci)
Konchok Penday
Ralph Hilton

Leurs articles traduits pour le public francophone seront publiés au fur et à mesure et l'ensemble sera zippé pour en faciliter le chargement et la lecture via Internet.


Bravo aux vainqueurs.

roger gonnet

Introduction

Je me balladais un jour en vélo près de l'université du Texas, quand j'aperçus sur le trottoir d'en face une ancienne employée de l'affaire que je gérais; je la rejoignis sur le Guadalupe Boulevard.

C'était bien elle en effet. Elle s'appelait Kathy, mais quelque chose de nouveau me frappa immédiatement en elle: elle marchait fièrement, comme si elle avait acquis une nouvelle confiance en soi. Ma curiosité s'éveilla aussitôt: que lui était-il arrivé depuis que je ne l'avais revue? Quand elle était partie quelques mois auparavant, elle ne m'avait rien expliqué et son copain m'avait dit qu'elle avait quitté la ville.

Ca m'avait vraiment agacé à l'époque qu'elle quitte le boulot sans explication, puisqu'il m'avait fallu la remplacer sur le champ. Elle avait travaillé quelques mois au restaurant, et pffuit... avait disparu sans crier gare. Comme gérant, ce n'était pas la première fois qu'il me fallait boucher des défections; il me fallait prèter garde à ce que le personnel suffise pour le travail, tâche assez agaçante parfois.

Déjà 40 ou 50 heures de boulot par semaine, et mon diplôme de biologie à l'université texane à préparer. Entre deux, j'avais encore la guitare et mon groupe de folk le Country Sun, devenu Rainbow Bend, qui se produisait dans les cabarets du coin, sans compter un disque à finir. A 22 ans, je ne manquais ni d'ambition, ni d'énergie et d'activité pour faire progresser mes rèves, tout en travaillant à plein temps pour payer l'école et le loyer.

Je fus assez effaré en approchant Kathy: je l'avais connue tout à fait ordinaire, elle avait toujours l'air sombre, apathique, léthargique. Avant, elle devait faire 45 kgs pour 1m65: elle avait dû prendre une dizaine de kilos au cours de ces six mois. Elle m'informa qu'elle était devenue scientologue à l'Org d'Austin, que sa vie était "fantastique", qu'elle avait arrèté de prendre des drogues, qu'elle avait "découvert un truc incroyable qui l'aidait bien dans la vie, et que je devrais venir à l'org assister à une conférence gratuite et prendre un test de personnalité. Elle était rès excitée à m'expliquer à quel point la scientologie était extra, tout en me dévisageant droit dans les yeux et sans ciller, comme une zombie.

Instinctivement, j'eus l'impression de quelque chose qui ne collait pas. Je ne pouvais m'empècher de penser qu'elle n'était pas elle-même. Je savais pourtant que les drogues ne valaient rien, et que si elle avait cessé d'en prendre, c'était tant mieux. Sa confiance en elle-même m'impressionna aussi. Manifestement, elle n'était guère heureuse auparavant. Je savais que ses relations de couple n'avaient pas été fameuses avec son copain. Je me souvenais aussi avoir dû l'aider à sortir de prison parce qu'elle avait volé dans un magasin à côté du restaurant, pendant une interruption de travail.

Maintenant, elle avait l'air tout à fait différente . Tout semblait aller mieux pour elle, à part ces bizarres yeux fixes.

J'avais entendu auparavant pas mal de choses péjoratives sur la scientologie. A l'université, des gars avaient essayé de me draguer dans l'organisme - des "routeurs de corps", ces gens qui travaillent pour le compte de la division du public nouveau en scientoloçgie - néophites qu'ils appellent des "viandes crues", ces gens passaient leur temps à essayer de me refiler la Dianétique, Science Moderne de la Santé Mentale [rebaptisé en France "Dianétique, la Puissance de l'esprit sur le Corps" pour des raisons légales]. Ils essayaient aussi à tout prix de me faire venir prendre un "test de personnalité Oxford" ou de me faire assister à une de leurs conférences d'introduction.

Ils étaient si nombreux à m'avoir dragué au cours des années précédentes que j'avais fini par changer de trottoir dès que j'en voyais un à l'horizon. Tous avaient ce regard fixe de zombie en commun. Tous avaient l'air de fanas au cerveau lavé. Mes copains m'avaient assez informés que la scientologie était une secte qui lavait les cerveaux de ses adeptes, que ce groupe était dangereux, qu'il avait des pratiques bizarres, qu'il faisait de la magie noire, qu'une fois entré dedans, c'était très dur d'en sortir, qu'ils te couraient après des années durant si tu filais, qu'ils n'en voulaient qu'à ton fric, etc. Tout ce que j'avais entendu par les amis se résumait en: négatif, négatif.

Au fond de moi, je savais que si tout ça était vrai, la scientologie n'était vraiment pas pour moi. Je me demandais vraiment aussi quel groupe pouvait avoir le culot de se dire une église s'il n'aidait que les gens donnant beaucoup d'argent.

Le destin me rattrappa le jour où je recontrai Kathy; jusque là, j'avais réussi à éviter la scientologie, en écoutant mon instinct.

Mais j'avais Kathy et son enthousiasme sous les yeux; me racontant à quel point la technologie scientologique était extraordinaire et lui avait réussi. Elle avait vraiment l'air bien mieux... Et m'assurait avec aplomb que tout ce que j'avais entendu dire sur la scientologie jusque là était faux, que ce n'était là que de la propagande noire publiée par les ennemis de la scientologie (la presse, les banques internationales, les psychiatres et psychologues, les toubibs, l'IRS et d'autres "suppressifs" de la société, qu'elle ne citait pas. J'aurais dû avoir un signal d'alarme, mais non... je ressentis au contraire un peu plus de curiosité.

Il m'a fallu des années avant de me rendre compte qu'elle avait "appuyé sur mes boutons".

Mais à cet instant, j'avais face à moi quelqu'un qui venait de décourvrir "la vérité ultime", le "voie vers la liberté totale", une "technologie qui marche" promettant des moyens pour règler les problèmes, névroses, limites personnelles et "ruines" - la promesse du vrai bonheur et de l'immortalité. Elle paraissait vraiment sincère, et manifestement si excitée des amis de son nouveau groupe - "l'org"

C'était le mot - une "org" - curieux, pour une "église", non?

Bien sûr que je n'étais guère admiratif de l'IRS [fisc américain]. Ni tellement satisfait de certains aspects de notre gouvernement. Je n'aimais ni voir mes impôts gaspillés en engins de guerre - tanks, bombes, avions de combat, missiles, canons etc., si bien que quand on me parlait de conspirations gouvernementales, de campagnes de propagande, de banquiers supra-nationaux, de types qui tenaient les rènes en arrière-plan et des psychologues voulant anéantir les résitances, ça pouvait résonner juste en moi.

Au fond, peut-être bien qu'un groupement de sales types conspiraient contre la scientologie?

Mes parents m'avaient baptisé à leur église chrétienne. Je savais que mon père avait été fort actif dans l'église jusqu'à sa mort tragique, brulé vif à 22 ans dans un accident de voiture - qu'il chantait dans les choeurs, et participait largement aux activités organisées pour les jeunes. Il était objecteur de conscience. On ne lui avait pas demandé sa religion lors de la guerre de Corée, puisqu'on ne l'y avait pas appelé: l'état n'enrôlait pas les hommes mariés. Il aimait la vie au grand air, et gagnait sa vie comme photographe à la Commission Texas Jeu et Pèche. Ca lui permettait de voir des parcs, des réserves, des sites historiques, et d'emmener souvent maman camper avec lui pendant ses déplacements.

L'influence de mes parents et de l'église m'avait appris à aimer mes voisins, à ne pas tuer, et à traîter autrui comme il le désirait. J'avais un sainte horreur de l'inhumanité de l'homme envers l'homme et des guerres. J'avais choisi l'objection de conscience au moment du service militaire, alors que la guerre du Vietnam battait son plein, en 1969. Le comité d'incorporation avait été convaincu de la sincérité de mes croyances religieuses et m'avait accordé l'objection de conscience sans difficultés. Le Révérend Howe m'avait certainement bien aidé pour l'obtention du statut "1.0", classification rarement accordée lors de l'incorporation armée (c'est ce que les USA accordent à ceux qui sont opposés à tout service armé). Je ne voulais donc faire partie d'aucun groupe que je considérais injuste ou malsain, en particulier les armées - puisque je ne pouvais accepter de tuer des créatures vivantes, des enfants de Dieu, avec lesquels je n'avais aucun compte à régler, ne les ayant jamais recontrés...

Pendant que Kathy me parlait, j'ai commencé à penser que je n'avais rien à perdre à aller voir par moi-même dans "l'org". "Je suis intelligent, et si c'est une escroquerie, je m'en rendrai bien compte, et je filerai. Mais si je peux y gagner quelque chose au point de vue conscience ou sagesse, pourquoi pas? Après tout, peut-être que tout ce que j'en ai entendu dire est faux?"

J'ai quitté Kathy qui m'avait donné l'adresse de l'org, pour ne pas être en retard aux cours, en lui disant que j'irai faire un tour à son org sous peu; elle en fut satisfaite, et nous nous quittâmes.

"L'org"

Je suis donc allé visiter l'org au 2804 Avenue Rio Grande quelques jours plus tard. Le bâtiment ressemblait à un béton d'habitation , pas à une église. En dehors d'une pancarte "Church of Scientology of Texas" et de leur croix étrange, rien ne donnait la sensation de pénétrer dans une église: j'ai eu l'impression de rentrer dans n'importe quel bâtiment, sauf une église. Je me suis rendu compte que ça ne ressemblait à rien de ce que je connaissais.

La réceptionniste m'a accueilli, je l'ai informée que je venais pour la conférence d'introduction dont Kathy m'avait parlé. Elle m'a fait assoir dans une canapé proche d'un tableau de conférence, en me disant que quelqu'un arrivait.

Quelques minutes plus tard, un gars d'un certain âge dénommé Rick arriva. J'écoutai sa courte présentation: j'eus droit au "triangle d'ARC" et à son importance dans les communications efficaces, le tout agrémenté de diagrammes au tableau. Il m'expliqua aussi - autoritairement -le Mental Analytique et le Mental réactif, disant que ce dernier était la cause de toutes les maladies psychosomatiques, névroses, conduites irrationnelles, échecs etc., en raison de la présence "d'engrammes" reçus durant des moments de douleur et d'inconscience, engrammes affectant ensuite la personne sans qu'elle en soit consciente. Me montrant le livre "Dianétique, science moderne de la santé mentale", il expliqua que l'auteur Hubbard y expliquait de façàon détaillée ses recherches sur le mental et la façon de "manier" toutes ces difficultés, maladies, névroses, etc, grâce à "l'audition". Il expliqua que l'audition pouvait rendre la personne heureuse, que c'était la meilleure technique du mental jamais élaborée. Que tout cela avait été élaboré et scientifiquement prouvé par L. Ron Hubbard en une "science unique et efficace", que toutcela se trouvait dans le livre d'Hubbard , pour 3 dollars.

Je lui ai posé des tas de questions: pourquoi n'entendait-on pas parler d'Hubbard à l'université? J'avais pouratnt abordé la psychologie durant mes cours. J'avais aussi entendu quelque part en biologie, microbiologie ou zoologie, le terme "engrammes", mais ce que j'en avais compris différait des explications de Rick et d'Hubbard. Il m'expliqua que les recherches d'Hubbard étaient si pointues que l'académie et la médecine ne les avaient pas encore acceptées. Il raconta qu'Hubbard avait été attaqué par des groupes d'intérêt privés, psychologues etc, gouvernements, sociétés pharmaceutiques, tous refusant que la dianétique serve dans la société; il ajouta qu'il s'agissait d'une "conspiration largement financée de quelques personnes très puissantes et influentes, ayant financé des campagnes pour détruire dianétique et scientologie."

Il me dit que c'était grâce aux techniques dianétiques que nombre des victimes des essais de contrôle du gouvernement US avaient pu raconter les crimes horribles qu'ils avaient dû subir après avoir été kidnappés dans des projets ultra-secrets de contrôle mental de la CIA. Ces essais étaient soièdisant pratiqués surtout sur de pauvres noirs célibataires, la nuit, qui ne pourraient pas être réclamés par des proches, et qu'on se servait de LSD etc dans les expériences, ainsi que d'autres substances altérant le mental, qu'on utilisait le Drogues-Douleurs-Hypnose, électrochocs et lobotomies sur ces cobayes inocents et n'ayant pas donné leur accord.

Rick dit aussi que c'étaient les "psys", en accord avec le gouvernement, qui avaient fait ces recherches secrètes, et que nombre des victimes n'avaient pas la moindre idée de ce qu'on leur avait fait subir, tant qu'ils ne reçurent pas d'audition dianétique: Hubbard les avait contactés en passant des annonces dans des journaux. C'est donc les techniques sophistiquées d'Hubbard qui avaient permis à ces gens de retrouver les phases de leur kidnapping et de se souvenir de leurs tortures. C'est pourquoi les gouvernements successifs attaquaient Hubbard depuis les tout débuts de la Dianétique, dans les années 50. Il expliqua qu'il n'avait jamais existé de techniques efficaces du mental auparavant pour qu'un individu retrouve les moments de douleur et d'inconscience et les manie.

Je fus très intrigué et commençai à penser qu'après tout, j'étais peut-être tombé au bon endroit, par chance: la scientologie. Rick avait l'air sincère, et répondait à mes questions. Je désirais en apprendre davantage sur les tenants et aboutissants des thérapies dianétique. Il me conseilla l'achat du livre la Dianétique, publié depuis mai 1950. Et me conseilla de commencer de suite le cours d'introuction "Cours de Communication" qui me donenrait toutes les réponses attendues: ça ne coûtait que 25 dollars. Et de me demander aussitôt si j'allais commencer immédiatement, ou si je prenais rendez-vous pour le soir après mes cours. Je lui répondis donc que je prndrai ça hors des mes heures de travail.

Le "Routage"

J'ai donc règlé les 25 dollars et on m'a "routé" - c'est le hubbardisme pour "faire commencer" - au cours Hubbard d'Apprenti scientologue. L'org "fondation" était celle qui fait travailler les staffs des soirs et des week-ends. On m'a "routé le corps" vers "la fondation académie Hubbard Dianétique" où m'accueillit de façon enthousiaste le superviesuer de cours SsSi Free. Elle m'expliqua les horaires et les règles applicables à tous les étudiants.

Je me suis rendu compte que le staff scientologue tenait à me garder dans son champ de vision. On ne me laissait pas changer de place, j'étais toujours escorté (on me routait le corps, ou "body-routait") où que j'aille. Ca me parut vraiment surpenant, je n'avais vu ça nulle part ailleurs. Les sonnetes commencèrent à tinter en moi "Qu'est-ce que c'est que ça?" je me demandais; "Qu'est-ce qu'ils peuvent bien vouloir?"

J'ai quand-même entamé mon cours de communication, sans pouvoir cesser de me demander dans quel genre d'organisation j'étais tombé. Les gens du centre de scientologie avaient l'air de beaucoup s'intéresser à moi, une vraie obssession, en fait; c'est vrai qu'il avaient attentivemenbt écouté tout ce que je disais, sans m'interrompre, et qu'on m'avait toujours répondu. Mais ça n'empèchait pas cette impression étrange d'un groupe complètement duifférent de ceux que j'avais connus auparavant., avec ces regards fixes de zombies, toujours à fixer les gens qui leur parlaient, et leur air de ne pas avoir dormi depuis des semaines.

Mon "Mental Réactif" se met en route

J'ai commencé à exprimer un doute que ma superviseur de cours a écouté attentivement, auquel elle a accusé réception; elle m'a assuré que c'était courant. C'était mon "mental réactif" qui provoquait des doutes; si je continuais, "je passerais au travers de tout cela" que "le voie dehors, c'était en passant au travers"; que "ce qui l'avait amené le faisait parti"... Tout doute venait de mon "bank" - le jargon sciento du méchant mental réactif- puis elle me garantit que mes doutes s'en iraient quand je commencerais à appliquer ces techniques dans mon existence. Elle insista aussi sur le fait qu'il fallait achever ce cours pour comprendre la "tech" d'Hubbard, que la seule façon d'y arriver était d'achever le cours, que toutes les réponses se trouveraient dans les matériaux de la "Source" , Hubbard.

La semaine suivante, je ne pus venir en cours certains soirs, du fait de problèmes de travail. La superviseur m'assura que ce n'était "pas okay" de ne pas venir, qu'on s'attendait à ce que je vienne en cours tous les soirs. Je ne pouvais faire n'importe quoi de mon côté, et j'expliquais à SiSi que j'avais des obligations de travail, et que si je tenais à conserver mon poste, il fallait que j'établisse les priorités, que c'était vital pour mes revenus, que je vivais seul depuis cinq ans en gagnat ma vie, que mon patron avait besoin de moi pour tout, sauf ses déclarations d'impôts. Je devais gérer les employés, j'avais un nombre d'heures à faire, et tenir l'inventaire, m'assurrer que le restaurant soit ouvert 7 jours sur sept sauf le 25 décembre, et ce, jusqu'à minuit certains jours et deux heures du matin d'autres jours. Il fallait aussi vériofier les temps de présence pour établir les fiches de paie, remplacer les absents pour maladie, vérifier la caisse tous les jours, tout cela en allant à l'université.

Autant dire que j'ai trouvé les exigence de SiSi très peu raisonnables; après tout, les étudiants doivent étudier à leur propre allure, lui dis-je. Ce n'est pas comme à l'université où les cours ont lieu à heures fixes. Les nouveaux arrivaient comme ils arrivaient, certains étudiants allaient plus vite que d'autres, etc. Ca me donnait l'impression d'une organisation plutôt mal fichue. Il me semblait que j'avais le droit à m'arranger comme je l'entendais, puisque j'étais plutôt rapide dans mes études; je ne me suis donc pas engagé à venir chaque soir, mais j'ai promis de finir le cours aussi vite que possible. Je me demandais vraiment pourquoi on me mettait déjà la pression, et aussi illogiquement. Les doutes ne cessaient de s'entasser.

En lisant la dianétique, j'acquis la certitude qu'il y avait une contradiction. il avait l'air de dire que le cerveau n'était pas le mental. Il disait que des "images mentales" étaient stockées dans le mental, que le cerveau n'était qu'un genre de routeur vers les nerfs, le tout relayant l'information vers les différentes parties du corps, mais ne contenant pas les "images mentales" ni les souvenirs. Ca avait l'air carrément idiot. La biologie m'avait appris que le cerveau servait à stocker des infos. Hubbard disait que les images allaient dans le "mental", qui ne faisait pas partie du corps physique.

C'était vraiment la confusion. Pas moyen de saisir les idées d'Hubbard. Est-ce que j'avais un "malentendu"? Ce que disait l'auteur avait vraiment l'air imbécile et contradictoire; si la théorie d'Hubbard s'appuyait sur des images mentales stockées dans le mental réactif, et qu'on ne pouvait s'y attaquer qu'en se servant de l'audition dianétique, je ne pouvais plus avancer dans l'étude sans clarifier l'affaire. Et comme le superviseur et les livres d'Hubbard m'informaient de ne pas aller au-delà d'une chose que je ne saisissais pas...

SiSi fit de son mieux pour clarifier la confusion. "Est-ce qu'il y a un mot que tu ne comprends as tout à fait" - "Oui," lui dis-je. Hubbard dit d'abord que les engrammes sont stockés dans le mental réactif, puis il dit que le cerveau ne contient pas d'informations! Qu'est-ce que c'est que cette contradiction?

Elle me fit donc regarder les définitions de "mental", puis de "cerveau" dans un petit glossaire maison. Tout avait écrit par Hubbard en personne. Après avoir lu les définitions, je passais à des "démos" - des démonstrations - avec des objets, comprenant alors qu'Hubbard avait découvert que le mental fonctionnait sépérément du corps et que les images mentales (appelées aussi fac-similés par la scientologie) étaient dans le mental. Elle me fit ensuite démontrer le mental par rapport au corps et au "thétan" - la personne elle-même- en utilisant les définitions d'être spirituel, puis engramme etc.

Hubbard donnait cette définition d'engramme: "Ce n'est pas un souvenir, c'est une trace cellulaire d'enregistrements fortement imprimés dans la structure du corps lui-même". 1

Ailleurs, un engramme est défini par Hubbard comme "une image mentale contenant l'enregistrement d'un moment de douleur physique et d'inconscience".2

Selon lui, le mental est composé "d'images qui ont été faites d'expériernces" 3. Une image mentale est définie comme un fac-similé 4, un "fac-similé" étant "n'importe quelle image mentale créée sans qu'on en ait conscience et faisant partie de la 'Piste du Temps' " 5; c'est "une enregistrement contenant toutes les perceptions physiques, effort, émotion, et pensée vécus par une personne". 6 Hubbard dit aussi: nous appelons un souvenir un "fac-similé".7

Hubbard dit que le mental "est composé d'énergie existant dans l'espace et se condensant en masses" 8. Dans la "science" hubbardienne, le mental est aussi présenté comme entièrement séparé du cerveau. Il est censé se trouver HORS du corps de la personne. Les souvenirs (constitués d'images mentales appelées fac-similés) sont stockés dans le mental d'une personne, autour de son corps. Il dit que le cerveau est "un absorbeur de chocs nerveux ayant très peu à voir avec la pensée." 9

Donc, Hubbard dit dans un de ses écrits qu'un engramme n'est pas un souvenir, mais une trace sur une cellule, 1, dans un autre il se contredit en disant qu'un engramme est une image mentale (stockée dans le mental); comment dès lors un engramme est-il une trace sur une cellule, si le mental est séparé du corps, selon lui?

Références première partie ( toutes les références ont trait aux versions anglaises des ouvrages)

1 _Dianetics: The Modern Science [sic] of Mental Health_ [sic], page 154.

2 HCOB 23 April 1969 "Dianetics - Basic Definitions".
3 Saint Hill Special Briefing Course tape 72 - "Dianetic Auditing and The
Mind".
4 Professional Auditor's Bulletin 136.
5 HCOB 15 May 1963 "The Time Track and Engram Running By Chains -
Bulletin 1".
6 Ability Magazine, Issue 114A.
7 _Scientology 8-80_, page 13.
8 Saint Hill Special Briefing Course tape 133 - "How and Why Auditing Works".
9 Saint Hill Special Briefing Course tape 75 - "Releases and Clears" RETOUR NOTES 1 à 9

J'ai fini, lors de cet éclaircissement de chaînes de mots, par penser que j'avais compris (enfin, c'est ce que je croyais!) que notre mental n'est pas notre cerveau.

J'ai donc achevé le cours de communication quelques jours plus tard après avoir effectué le parcours de "routage" pour l'achever, c'est à dire après avoir "attesté" que j'avais étudié et compris les matériaux demandés, et avoir écrit la "lettre de succès" obligatoire. J'avais découvert les idées d'Hubbard quant au "cycle de communication", à "l'ARC", moyennement intéressants et moyennement utiles. Ayant mis par écrit mes "gains" dans la "lettre de succès" et signé comme quoi j'étais d'accord pour qu'on publie mes "gains", on m'a "routé" à la réception où l'on a annoncé devant tout le monde réuni que j'avais achevé mon cours.. à quoi tout le monde a applaudi vigoureusement.

Vraiment bizarre, je me suis dit.

J'étais devenu - semble-t'il - un "apprenti scientologue Hubbard" diplômé...

Pourquoi n'avais-je pas de "Très Bons Indicateurs"

A peine les applaudissements furent-ils achevés que Rick DeWitt, directeur des Inscriptions, m'informait "Ton 40" (intention sans faille en scientologais, ndt) que "Ton cours suivant est le cours de Scientologue Hubbard Qualifié, on voudrait que tu viennes tout de suite t'inscrire".

Je lui répondis"Bizarre? Je ne crois pas avoir dit que je prendrais un autre cours."

Et j'ai ajouté: "Merci; ça a été moyennement intéressant, je m'en vais."

Et j'ai tourné les talons et filé vers la porte, tandis que l'assistant Gardien [en fait, le vrai patron d'une org sciento, ndt] et le Secrétaire exécutif d'HCO et le "directeur des Inscriptions" Rick deWitt, me coururent après en criant "Attends, reviens , tout de suite, s'il te plaît"...

Retour dans le monde "Wog"

(le civil pour les scientologues, terme très péjoratif, ndt)

Ayant filé, je me suis félicité d'avoir été "au point cause" sur les deux plus grands chefs de l'org... Ils n'avaient pas été fichus d'utiliser leurs "pouvoirs OT" pour me faire rester et signer le cours suivant. Je me suis vraiment senti libéré d'un poids en marchant dans la rue Rio Grande. J'avais eu l'avant-goût de la scientologie, ça ne m'avait guère impressionné. J'ai continué mes études et mon existence, et cherché une autre situation, car ça faisait 4 ans que j'étais au même endroit.

Mon patron venait de revendre son affaire à un ancien associé, lequel annonçait son intention de convertir le restaurant en un fast food genre poulet roti... et me proposait une diminution de salaire si je tenais à rester. Je lui ai répondu immédiatement que je partais, le jour même.

Nous étions en mars 1974. Kathy et moi nous étions en mis ensemble depuis quelques semaines. Pour diverses raisons pratiques, elle vivait chez moi, ayant installé la plupart de ses affaires - et y passant le temps qu'elle ne passait pas "à l'org". Mais l'officier d'éthique et le chef de Kathy à l'org lui racontèrent que j'avais mauvaise influence sur elle, semble-t'il parce qu'elle avait été en retard un jour à l'org. Elle me raconta qu'elle était "PTS" à moi [scientologais qui signifierait qu'on est lié à une personne suppressive, ndt], et que les gens à l'org lui avaient dit de "déconnecter" de moi, qu'on lui avait donné un ultimatum: ou bien elle me quittait, ou bien elle me ramenait à l'org... L'org ne lui permettait pas d'avoir des relations sexuelles avec un "wog" comme moi, un non-scientologue. Je lui ai fait comprendre que je ne risquais pas de devenir scientologue pour continuer à rester avec elle. Je lui ai demandé "Mais qu'est-ce que c'est que ce truc qui te dit avec qui tu as le droit de vivre ou pas?"

J'appris ensuite qu'on lui avait "assigné une condition de trahison" à l'org, parce qu'elle était en relation avec moi! Après avoir fait à l'org les "formules des conditions", elle me dit qu'elle ne quitterait pas la scientologie, et que puisque je ne voulais pas devenir scientologue, nous ne pouvions rester ensemble. Honnètement, je voulais qu'on continue tous les deux, mais elle refusa. J'avais bien sous-estimé l'importance qu'elle accordait à la scientologie. Elle quitta la maison aux environs de la mi-mars - à peu près pour l'anniversaire de Hubbard.

Début Juin, grasse matinée: Kathy m'appelle au téléphone! Elle m'annoce alors qu'elle était enceinte de trois mois, et qu'elle voulait avoir le gosse - je lui ai bien sûr demandé si elle était bien sûre que je sois le père. Oui, me dit-elle, pas de doutes possibles, et je ne veux pas avorter (je ne lui avais rien demandé de tel). Mais elle m'assura qu'elle ne voulait pas qu'on se marie pour autant, ni même que je prenne la responsabilité ou que je paie quoi que ce soit pour l'enfant. Elle m'a dit qu'elle avait seulement appelé pour que je le sache.

C'était le choc, j'étais vraiment en plein état de choc.

En septembre ou octobre, elle me rappela pour m'expliquer qu'elle avait discuté avec ses parents: ils souhaitaient qu'au moins, notre enfant porte mon nom. Ils ne voulaient pas que leur petit-enfant naisse de mère célibataire, et pour leur faire plaisir, elle me demanda si j'accepterais qu'on se marie afin que le gosse ait le nom de son père.

J'en ai discuté avec ses parents qui m'ont promis qu'ils n'essayaient pas de me coincer dans un mariage, et j'ai donné mon accord, ils voulaient surtout que l'enfant ait mon nom; Kathy m'assura qu'elle ne me demandait pas de participer à son éducation, et qu'on divorcerait dès qu'il serait né. Ses parents, dit-elle, paieraient tout, le médecin, l'accouchement, le divorce - tout. Et ils mettraient tout ça par écrit pour que je sache qu'ils n'essayaient pas de m'obliger à un mariage avec le fusil sur la tempe.

On s'est donc mariés en octobre - cinq minutes de cérémonie sans témoins, sans demoiselle d'honneur, sans rien.. devant un employé de mairie de n'importe où, rien que Kathy et moi. On s'est dit au revoir, et nous sommes partis chacun de son côté - moi en train de me demander si je ne venais pas de faire la pire connerie de mon existence.

Au cours des deux mois suivants, j'ai réalisé que c'était impossible que ce gosse ne porte que mon nom; au fond de moi, je l'avais toujours su . Mes parents étaient déjà séparés, mon beau-père ayant laissé tomber maman au bout de neuf ans - et je savais bien que je ne voulais pas seulement être un nom pour mon enfant.

Kathy donna naissance à notre bébé à l'hopital Brackenbridge en décembre. Quand je l'ai eu dans les bras pour la première fois, j'ai encore plus réalisé que je ne pouvais pas seulement représenter son nom; il fallait absolument que je prenne responsabiluité pour lui, que je fasse tout ce que je pouvais émotionnolemment et financièrement.

"On me "manie"

J'ai finalement lâché prise en février 75... les scientologues ne cessaient de me téléphoner... Mes amis m'avaient bien prévenu que les scientologues ne me lâcheraient pas comme ça, et là, ils avaient sacrément raison! Des employés de l'org me contactaient - Kathy aussi - pour me "manier", me "sauver"; tous insistaient sur le fait que j'avais des "malentendus", des mots mal compris, sur les matériaux du cours de communication, et que je devrais prendre un "réentraînement" sur le cours. J'ai fini par dire oui.

J'étais revenu... sur les "lignes" comme ils disent. Rebelote, j'étais "étudiant" à "l'org"... Tout le monde avait l'air enchanté de me revoir, surtout Jane Lambeth, une fille magnifique du staff. Elle me montra le "Pont" d'Hubbard, la "charte de gradation", disent-ils... me montrant les niveaux avancés, de "Thétan Opérant". J'ai été fasciné à l'écouter pendant qu'elle décrivait les "phénomènes finaux" (les aptitudes promises) qu'on acquérait en avançant sur ces niveaux connus sous le terme de "Cours Avancés".

J'ignorais bien sûr ce que tout ça coûtait. Mias je l'ai écoutée me relater les aptitudes incroyables qu'on pouvait y gagner, comme "totalement cause sur la matière, l'énergie, le temps et l'espace" ou "aptitude à extérioriser à volonté"- j'en étais hypnotisé! Et pour couronner les prétentions à ces aptitudes surnaturelles, un autre staff m'a dit qu'un membre "OT" du personnel, Philip Sargent, pouvait faire stopper une montre par la seule volonté; qu'un autre faisait démarrer sa voiture en étant pas dedans... on me promettait que je serais capable de faire ces miracles si j'étais OT! Je pourrais "être où je voudrais sans avoir besoin du corps, complètement libéré du besoin d'avoir un corps", que je serais capable de "voir les pensées des autres", car les OTs "pouvaient voir les images mentales"...Je pourrais faire tout ce que je voudrais, sans "barrières", puisque je n'aurais "plus de bank" (de mental réactif) pour m'en empècher.

Je dois admettre que ces choses me paraissaient incroyables, mais comme des tas d'autres staffs me garantissaient qu'elles existaient, qu'il avaient même "vu" Phillis démontrer certaines aptitudes OT, j'ai réagi par un "Ouah! " vraiment étonné... Des témoins oculaires à ces évènements surnaturels?

"Oui, m'ont-ils assuré, c'est absolument vrai!"

Il me fallait ces aptitudes OT...

Réentraînement sur le cours de communication

On m'a cette fois poussé davantage sur l'aspect des exercices (les "TRs") du cours de communication. Ce sont des exercices, des "routines d'entraînement" répondant à plusieurs buts. On dit qu'ils "servent à rendre l'étudiant capable d'être bien là, à l'aise, comfortablement, que ça l'aide dans sa communication, qu'il peut mieux "dupliquer" (comprendre) les communications des autres, en accuser réception correctement, qu'il pourra manier les "originations" (les idées personnelles) des autres, etc.

C'est sur le TR zéro- la "confrontation" que j'ai passé le plus de temps, et de loin. On demande à l'étudiant de s'asseoir en face d'un autre étudiant, appelé "le jumeau" et de lui faire face, de le "confronter". Aucun mouvement n'est permis; ni parole, ni clignement de paupière, rien. Si l'étudiant a ces réactions, il est recalé immédiatement et reprend l'exercice. Quand il peut faire l'exercice pendant "quelques heures" , on considère qu'il a réussi. Il m'a fallu des jours et des jours avant de pouvoir faire cet exercice sans cligner des yeux. Je restais assis des heures interminables, des larmes plein les yeux, les yeux brûlants et me faisant vraiment mal. J'ai continué à avoir des clignements de paupière en essayant de contrôler ces sensations. A chaque fois que je remuais, j'avais droit à un "raté, commence" du superviseur SiSi, et il fallait reprendre à zéro.

J'ai fini par réussir le TR 0 confrontation... je me souviens de cette nuit où j'avais fini ... au moment du break, quand je suis rentré par l'avenue Rio Grande, tout avait l'air surréaliste, les arbres étaient transparents, les buildings plus nets... Tout semblait plus brillant; comme on m'avait dit qu'en continuant assez longtemps "je décollerais de mon bank", que "ce qui l'avait amené le faisait partir..."

Je croyais avoir "extériorisé" de mon corps et "déconnecté" de mon mental réactif. Hubbard appelle ces étapes des "points de libération". J'avais été "cause sur mon corps", puisque j'avais fait cet exercice pendant deux heures sans cligner des yeux. Je commençais vraiçment à croire que SiSi et les autres avient eu raison.

"Libéré" - "Keyed-Out"

Le 23 mars 1975, on me fit de nouveau le coup de l'achèvement du cours, avec les ovations et autres applaudissements de toute l'org; on me présenta mon diplôme, signé par Sisi Free, Donna Huska et Mary Parsley, certifiant que j'avais fait le "cours de réentraînment d'Hubbard Apprenti Scientologue". Je me sentais "keyed-out", "explosé" et très très excité. C'est maintenant que je voulais faire d'autres cours, tous les cours, jusqu'à ce que je devienne "OT complet", j'étais déterminé à "manier tous les stops" pour atteindre ce but de Liberté Totale...

On m'envoya au Chargé d'inscription (registrar, Reg: le vendeur des services d ela scientologie). Je l'ignorais, mais j'étais sur la ligne de "re-signatures". Tous ceux qui ont achevé un service en scientologie sont censés signer immédiatement le service suivant. Tous ceux qui refusent sont "expédiés en division des qualifications" et / ou en "Ethique" pour y être "maniés".

Mais je n'avais plus besoin de ces maniements: j'étais prèt, je voulais un autre cours. Le Registrar me recommanda d'acheter le "paquet des niveaux d'académie 1 à 4" et 25 heures "d'audition dianétique", pour plusieurs milliers de dollars. On me ferait une remise si je payais le tout d'avance...

L'immortalité spirituelle a un prix

Après avoir expliqué au Reg que je n'avais pas les milliers de dollars, il commença par me questionner pour savoir comment je pourrais les obtenir. "Tu n'as pas de comptes d'épargne? des actions? des assurance-vie? quelque chose que tu pourrais revendre, une collection de timbres, une maison, une voiture?"

Je lui ai répondu qu'il me faudrait pas mal de temps pour accumuler les fonds nécessaires pour ce fameux "paquet". Je voulais prendre ces cours, et je suis bien certain qu'il le savait. Il me questionna alors sur mes parents... "est-ce que tu pourrais leur emprunter de l'argent?"... je lui expliquai un peu ma famille, mon oncle, ma tante, disant aussi que j'étais le seul petit-enfant de mes grand-parents, et que j'allais voir si je pouvais leur emprunter de quoi.

Le jour suivant, je revins le voir la mine basse: personne dans toute ma famille n'avait accepté de me prèter d'argent, et en particulier mon oncle Henry, qui m'avait amplement expliqué qu'il fallait "que je laisse tomber la secte" Mais je ne l'écoutais pas, et ça le mit de plus en plus en rogne, il me supplia de l'écouter; mais je voulais toujours mon "Pont". Mais je n'avais plus d'autres moyens pour emprunter l'argent du paquet d'audition et entraînement, j'avais épuisé mes ressources.

Sa réponse fut simple: il existait un autre moyen pour avoir le Pont, même si je n'avais pas encore l'argent. Je pouvais tout simplement entrer dans le staff et le gagner ainsi! Et ça comportait bien des avantages: je serais plus "près de la Source", je serais "lié au flux de puissance", "j'aiderais à construire un monde meilleur", j'acquerrais une "expérience irremplaçable en tant que staff", "je ne travaillerais plus dans le monde Wog, empli de malhonnètetés, de suppression,de PTS, d'autres-intentions, de contre-intentions, et d'individus sans but valable, et je pourrais avoir mon "Pont" à moitié prix, puisque je serais staff!"

Combien vais-je gagner?

Il me semblait ne pas avoir le choix... je voulais vraiment monter sur le Pont! Je me suis demandé combien on allait me payer pour travailler sur le staff. Il fallait quand-même que je fasse sérieusement face, avec ce fiston de trois mois; je ne pouvais pas prendre un job sans savoir ce que l'on me paierait...

On ne répondit jamais clairement à cette question simple! Le recruteur tourna autour du pot, ne me dit jamais la vérité. Tout ce que je pus tirer de lui, c'est du genre:

"La paie est basée sur un système d'unités. Chaque poste correspond à un certain nombre d'unités. Le chef de divison gagne par exemple plus que le chef de département, donc, quand tu grimpes dans la hiérarchie, tu gagnes plus. Et on t'ajoute des unités par cours achevé, par exemple, un staff qui est "entièrement chapeauté" gagne plus qu'un débutant ou qu'un "interne". En ce moment, l'org s'étend, aussi peut-on s'attendre à ce que le Chiffre d'Affaires augmente largement... Signe et aide-nous, cette tâche est d'importance absolue.. et patati, et patata."

En d'autres termes, j'ai tout juste réussi à obtenir une flopée de "Q & A" - le terme sciento pour dire qu'on n'a pas obtenu de réponse - sa réponse? Un tas de verbiage, des flots de paroles vides de sens à côté de la question.

J'ai quand-même signé un contrat à durée limitée. La plupart des staffs de l'époque étaient sous contrat de 2 ans et demi ou cinq ans. Et j'ignorais ce qu'on me paierait... Le mieux à faire dans mon esprit, c'était donc de signer un contrat d'une semaine, comme ça, je verrais bien combien on me donnerait! Et si à la fin de la semaine, ça collait par rapport à mes engagements financiers, ET que je puisse payer des bouts du "Pont", je renouvellerais mon contrat de semaine en semaine. Le recruteur m'ayant donné cette option, je la pris, il n'y avait pas le choix si je voulais entrer sur le staff.

La "Croisade Amérique Claire"


Le 1er mars 1975, il y eut une "fète d'anniversaire" de LRH dans une salle des environs. On annonça à tous les scientologues que c'était d'importance vitale, que leur présence était obligatoire. La croisade pour une Amérique Claire battait son plein, selon l'ordre "Aides 467-1 du 21 février 1974". Le programme faisait partie d'un "ordre de Commandement de LRH", publié par le management de la scientologie selon les ordres d'Hubbard. Le but était de "faire exploser" la scientologie aux USA. Chaque scientologue devait en amener au moins un nouveau. On vit à cette occasion une ribambelle d'huiles scientologues, avec leurs épaulettes, leurs décorations de service, leurs casquettes d'officiers et leurs chaussures reluisantes. Un orchestre "Sea" se produisit. C'est la première fois que je voyais des membres de la Sea Org. J'ai rempli un questionnaire, comme tous les gens présents.

J'allais rencontrer un recruteur de l'organisation Sea Org de St Hill Amérique en Octobre - l'un des groupes supérieurs de la scientologie. Il s'appelait Steven Grant. Il était en mission de recrutement pour la Sea Org, avec des ordres de mission, et un "quota" à remplir: tant de nouveaux staffs pour la Sea Org. On lui avait donné mon nom, j'étais supposé m'intéresser à la Sea Org...

Il m'aborda en disant qu'il voulait discuter. En un rien de temps, on était dans les théories de de conspiration et de lavage de cerveau; il avait un livre "Personne n'ose appeler ça une conspiration" de Gary Allen: c'était un pamphlet contre les éléments "suppressifs de la société"; avec les douze banquiers internationaux qui "contrôlaient secrètement le monde par leur influence sur les gouvernements". Il m'indiqua dans l'ouvrage les passages démontrant que ces gars conspiraient pour contrôler et dominer le monde. Ils le faisaient via le Conseil des Relations Extérieures, disait le livre; la Scientologie devait clarifier la planète avant que les suppressifs ne puissent transformer la société en un ramassis d'esclaves contrôlé par un gouvernement mondial unique et dictatorial. Les "psychs" étaient dans le coup et les "drogues psychiatriques" devaient servir à contrôler la population entière.

Ca m'intéressa; j'avais acheté en février une brochure intitulée "Lavage de Cerveau, Une synthèse des ouvrages russes de psychopolitique"; ça définissait la psychopolitique comme étant "l'art et la science d'affirmer et maintenir la domination sur les pensées et loyautés des individus et des masses, et d'effectuer la conquète des nations ennemies grâce aux cures mentales". C'est l'org d'Austin qui m'avait vendu l'ouvrage. Le couverture de l'ouvrage disait "cet ouvrage est publié en tant que service public par l'Eglise de Scientologie - American Saint Hill Organisation" 2723 West Temple Street, 90026 Los Angeles, Californie."

Steve annonça pompeusement que le but de la mission Sea Org était de "mettre l'éthique en place sur cette planète" et "clarifier assez de gens pour empècher ces projets de gouvernement mondial tyrannique de se réaliser. Il me démontra qu'il existait déjà des signes d'un super-état aux USA, style "1984" de George Orwell. Que les allemands et les communistes étaient derrière les sociétés pharmaceutiques, fournissant les finances et promouvant un monde de drogues. Ils cherchaient à balayer toute trace de démocratie. Il disait que ça se faisait en se servant des "psychs", qui "poussaient la drogue dans la société en commençant par les jeunes". Et que plus il y aurait d'individus à goûter aux drogues, plus le monde serait facile à contrôler, puisque les gens auraient une conscience amoindrie. D'après l'information du bureau de renseignements d'Hubbard "l'office du gardien - le GO" les sociétés pharmaceutiques et le gouvernement avaient lancé une opération de grande envergure pour discréditer Hubbard et la Scientologie.

Il m'affirma que si on était assez nombreux à être "clairs" assez tôt, et qu'il y ait assez d'OTs, on pouvait peut-être sauver la planète du désastre. .. mais le temps presse, conclut-il.

La Sea Org - Organisation Maritime

J'ai signé mon contrat Sea Org et pris la route de Los Angeles pour démarrer mon "service actif" à l'organisation St Hill US. J'avais emmené ma femme et notre fils. J'emmenai aussi un membre de Narconon New Orleans que l'organisation avait contraint à recevoir un "Comité d'Evidence" à FOLO WUS (une unité continentale US de la côte ouest). Il n'a pas cessé de déblatérer contre la scientologie durant tout le voyage jusqu'à El Paso (plus de 1000 kms). J'ai bien failli faire demi-tour plusieurs fois! Je recommençais à me demander où j'avais bien pu mettre les pieds, mais j'ai pensé que c'était mon "mental réactif" qui me jouait un tour...et j'ai donc continué, pensant atteindre Los Angeles jeudi à 14 heures.

Après avoir dormi à Austin, on a repris la route par le Texas - 1000 kms. Epuisé par le voyage, on s'est arrètés à Narconon El Paso pour se reposer. J'y ai rencontré Jerry Whitfield, membre du staff du l'Office du Gardien (GO, services secrets); le gars qui nous avait accompagnés depuis New Orleans a finalement décidé de ne pas continuer vers Los Angeles. Il restait 1400 kms à faire.

Dès mon arrivée à l'org de LA, j'ai été écoeuré de voir que rien n'ait été prévu pour nous. On nous avait promis qu'une chambre serait disponible au Hollywood Inn (propriété scientologue). Il n'y en avait pas. Le secrétaire de HCO pour l'org, Jack Dirmann, me répondit au téléphone quand je l'ai appelé depuis une station service, d'aller à "l'org des cadets", sur Melrose Avenue. J'ai été horrifié des conditions dans lesquelles les enfants des membres de la sea Org étaient gardés là: c'était sale, dégradé, laid. Ca ne ressemblait pas le moins du monde à la description qu'on m'avait faite. Pas un adulte en vue à l'org des cadets, quelques jeunes enfants rampant sur le sol sale, pas soignés, pleurant, leurs couches pas changées - toute la pièce puait.

J'ai à nouveau failli faire demi-tour sur Austin, mais j'étais trop fatigué pour faire quoi que ce soit, sinon m'étendre et dormir n'importe où. On m'a alors dit qu'il n'y avait "pas de place pour ma famille" à l'org des cadets, et que je devais aller à l'ASHO de West temple Street; c'est ce qu'on a fait. Là-bas, ils m'ont escorté jusqu'à l'Hollywood Inn où j'ai vu quelques EPFers (des staffs en formation dans le programme Sea Org de "projet pour les biens immobiliers".) Ces gars ont déménagé les affaires de Tony Ciffarelli de sa pièce pour le mettre dans un dortoir avec d'autres membres de la Sea Org. L'idée, c'est que Tony n'avait pas besoin d'une pièce pour un couple, sa femme étant alors en formation en Angleterre.

Si j'avais réalisé à quel point le recruteur de la Sea Org m'avait menti pour me faire signer le contrat Sea Org, il est très probable que je ne serais jamais parti pour Los Angeles. Il m'a menti sur TOUS les aspects de la vie à la Sea Org.

Il m'avait menti sur les soins réservés aux enfants. Il disait qu'il y avait du monde pour s'occuper des petits, qu'on prendrait le mien dès mon arrivée pour le placer dans un centre qui s'occupait d'eux la journée, qu'il y aurait une nourrice pour s'occuper de lui. Mensonge.

Il m'a menti sur le salaire, les primes que je recevrais, expliquant qu'on recevait des allocations en plus de la paie de base, que les bonnes productions recevaient des primes, mais en dehors de registrars et des vendeurs de livres, personne n'en touchait là-bas... et il avait omis de me raconter que bien des semaines, je n'aurais pas un sou de salaire!

Il a menti sur la nourriture, allant jusqu'à prétendre qu'un "garçon" servait les repas au "mess"... alors que c'est nous qui faisions le garçon, tour à tour, par périodes d'une semaine. Il arrivait qu'on mange uniquement des flocons d'avoine, des toasts et du lait écrémé le matin, et des haricots et du riz midi et soir, quand les rentrées d'argent n'étaient pas fameuses (alors que les staffs responsables de vendre les produits scientologues pouvaient manger au restaurant ou acheter leur nourriture, par exemple au camion qui passait trois fois par jour à l'org.)

Il m'a menti sur le temps libre. On m'avait dit que j'aurais du temps pour continuer à faire de la musique, que j'aurais des week-ends libres, que je pouvais faire ce que je voulais la nuit. En fait, aucun staff n'a plus d'une journée par semaine, et c'est en général seulement une demi-journée tous les quinze jours! Dès qu'on n'était pas en poste, on nous envoyait en étude ou en audition, pour nos deux heures et demie "d'amélioration personnelle" quotidiennes, comme l'exige l'ordre "Aides" de LRH 44-39.

Steve m'avait menti sur le temps que je pourrais passer avec mon fils. Pendant les deux premières années, on ne m'a même pas permis de vivre avec lui: en effet, Kathy n'avait pas été autorisée à "activer" son contrat Sea Org, si bien que mon fils n'avait pas droit à l'org des cadets, réservée aux couples entièrement Sea Org. On n'avait pas autorisé Kathy à entrer dans le staff, après nos 3000 kms de voyage, bien que nous ayions tous deux signé le contrat Sea Org. Le prétexte? Un soi-disant passé psychiatrique de Kathy, qui lui interdisait d'être reçue sur le staff.

Il nous avait menti sur les conditions d'hébergement: comme ma femme n'avait pas le droit à la Sea Org, j'ai du vivre dans un dortoir au 7e étage de l'Hollywood Inn, avec 7 autres gars; les lits étaient empilés sur trois hauteurs, et une seule salle d'eau pour nous tous. Kathy habitait à des kilomètres de là dans une maison qu'elle partageait avec Ray Peck (staff à la fondation ASHO), Ruthie Weissberg (staff de jour au même endroit) et son fils David.

Ma chambre-dortoir était petite et puait, ce n'était vraiment qu'un dortoir, le genre casier-clapier où loger le corps éreinté chaque soir, avant de foncer au rapport pour se remettre en selle quelques heures plus tard.

Pratiquement tout au long de ces huit années dand la Sea Org, on n'a cessé de me mentir. Ce qui précède n'est qu'un échantillon de ce que j'ai subi pour me pousser à signer mon contrat Sea Org.

En 1977, j'étais donc à la Sea Org depuis deux ans, ma femme n'y était toujours pas - vu son "passé psychiatrique". Les gens de l'org ASHO avait fondé cette qualification sur le fait que Kathy avait été envoyée 11 jours au Centre Neurologique Beaumont quand elle était adolsecente, sa mère pensant que sa léthargie venait de l'usage de drogues: elle avait été placée là pour observation et évalutation. L'établissement médical la relâcha après avoir découvert qu'elle souffrait d'hypoglycémie. Elle n'a reçu ni drogues psy, ni électrochocs ni hypnose...

Le recruteur qui lui avait fait signer le contrat savait tout cela. J'ignore si les cadres de la Sea Org se sont donnés la peine de vérifier quoi que ce soit quant à ma femme, mais ils auraient au moins pu vérifier son passé médical! Kathy n'a cessé de faire des "pétitions" jusqu'au niveau du Gardien pour le Monde entier, qui était alors Jane Kember, mais en fin de compte, on lui a toujours refusé sa pétition pour entrer à la Sea Org. Par contre, on lui a fait un "programme d'éligibilité" qu'elle devait achever avant de pouvoir être acceptée.

De ce fait, on n'était pas autorisés à habiter ensemble à la Sea Org. Je commençais en fin de compte à en avoir assez d'être sans vie de famille, je ne les voyais presque jamais. J'ai donc dit au Maître d'Armes (l'officier d'éthique, ndt) que je désirais quitter la Sea Org, car ma seconde dynamique (le couple, la vie de couple) souffrait.

Aussitôt, on m'ordonna de prendre une "vérification de sécurité" - j'eus droit à la complète, une longue liste ennuyeuse HCO WW formulaire 1. Ils ne trouvèrent aucun overt, et la vérification ne changea rien au fait que ma femme n'était toujours pas autorisée à venir à la Sea Org. Toujours impossible donc de vivre avec ma femme et mon fils.

Hubbard écrivait dans une de ses lettres de règlements "Départs" que "les gens s'en vont en raison de leurs overts et retenues - leurs péchés non déclarés, ndt - C'est un fait et la règle absolue." Alors, il fallait évidemment que l'org trouve quelles horreurs j'avais bien pu commettre!

Ils négligeaient bien sûr mon problème continuel de ne pouvoir avoir une vie de couple, une "2e dynamique". Et se fichaient du fait que le cas de Kathy n'avait rien à voir avec un vrai passé psychiatrique... Hubbard disait simplement que les gens partaient à cause de leurs overts et de leurs retenues!

On me fit aussi une liste de correction L1C et d'autres maniements, mais cela ne changea rien à mon envie de quitter la Sea Org. Je voulais quand-même m'en aller.

Ce qui n'empèchait pas que personne n'acceptait les raisons qui me faisaient partir. C'est à cette période que l'officier Alan Prager me dit que j'étais un "SP" - un suppressif. Et l'officier d'amélioration du personnel, Peggy Peden, me dit que j'étais "psychotique". Et d'autres membres de la Sea Org disait que si je partais, j'allais attirer la mort, car je commettrais "l'overt gigantesque" de "lâcher le groupe le plus éthique de la planète". On m'avait mis en condition de "doute", et je n'ai pas reçu de paie pendant 17 semaines d'affilée, ce qui n'empèchait pas que je devais quand-même bosser, environ 100 heures par semaine: je commençais vraiment à craquer.

Un vendredi, on m'envoya à la banque avec mon chef Jim Chapman, pour prendre du liquide destiné aux dépenses hebdomadaires de l'org. Jim avait une grosse moto genre Chopper; nous étions sur le chemin du retour, moi sur le siège arrière , tenant un gros sac de monnaie - environ 20000 dollars; on s'arrète à un feu rouge, et Jim redémarre au vert sans regarder. Mais une voiture nous fonçait dessus après avoir largement brûlé le feu rouge, à peut-être 60 à l'heure. J'ai eu beau crier "attention" à Jim, c'était trop tard. La voiture nous prit sur le côté.

J'ai pensé à plusieurs choses d'un coup: j'étais sûr que j'allais mourir, que les cadres de l'org m'avaient dit la vérité, que j'étais en train de me faire "mon motivateur" (mon sale karma). J'ai décidé que si je survivais, je présenterais mes excuses à tous ceux que j'avais heurté.

J'aurais bien du mal à décrire ma terreur intérieure d'alors, je ne voulais pas mourir, je savais qu'il me restait des choses à faire sur cette planète. J'ai été projeté une dizaine de mètres plus loin, tête première sur le pavé, sans casque...

Je me suis relevé, mais complètement sonné, avec du sang partout, j'étais tombé sur la tète, mes lunettes m'étaient rentrées dans les yeux en arrachant de la paupière, j'étais couvert du sang. J'ai d'abord pensé que je rèvais, puis je me suis rendu compte que j'étais en vie! Je ne pouvais pas le croire!

Les scientologues disent: "Si c'est vrai pour toi, c'est vrai". Après l'accident, j'ai décidé que je ferais mieux d'écouter ce que les staffs m'avaient bien dit qu'il allait m'arriver en quittant la Sea Org. J'ai pensé qu'ils DEVAIENT avoir raison, après cet accident qui avait failli me tuer.

Et du coup, je suis resté à la Sea Org, à cause de la peur! La peur de mourir si je partais! D'un coup, cette journée de juillet 77 prouva ce qui m'arriverait si je quittais la Sea Org. J'ai "su" qu'ils avaient raison!

Au cours des six années suivantes, j'ai eu l'occasion de constater toutes les horreurs que subissait le staff au nom de "l'éthique" et de la "justice". J'en ai vu plus d'un assigné au RPF, parce qu'il était "nuisible", ou qu'il "faisait des rockslams" - une autre complication scientologue. Je les ai vu se faire qualifier de traîtres, se faire " mettre en condition de trahison" pour d'horribles crimes comme ... "marcher sans regarder devant soi". J'ai vu assigner une condition de trahison à Mark Henson... parce qu'il avait laissé entre le FBI dans le complexe des Cèdres lors de leur raid de 1977 - comme s'il avait pu empècher des dizaines de flics armés d'entrer avec leurs mandats de perquisition!

J'ai vu des staffs pratiquement prèts à faire n'importe quoi pour cacher les crimes de la scientologie. Un bon nombre participèrent à la falsification des documents qui démontraient qu'Hubbard gérait l'empire de la scientologie. J'ai pu constater que des cadres mentaient à leurs propres employés pour donner l'illusion d'une scientologie toute blanche, ou pour se protéger des autorités ou des foudres de la justice.

J'allai bientôt me rendre compte de ce qu'était véritablement la scientologie: une organisation corrompue bâtie sur les rodomontades hubbardiennes, reflets de son étrange personnalité paranoïaque, schizophrène, avide de pouvoir et fallacieuse.

L'ayant appris par la souffrance, je sais que la scientlogie n'est pas ce qu'elle prétend: je sais ce que j'ai ignoré et que j'aurais dû comprendre depuis 25 ans. J'ai vu de l'intérieur son organisation centrale, la Sea Org, et je sais sans l'ombre d'un doute que la scientologie est nuisible. Cela ne veut pas dire que tous les membres de la Sea Org ou tous les scientologues le soient.

Manifestement, ce n'est pas le cas: très peu sont vraiment pourris.

Mais ce sont des victimes: victimes du mensonge, comme des tas d'autres avant eux. Des victimes d'une des escroqueries, d'un de systèmes de contrôle mental les plus sophistiqués qui soient. Le jeu de la scientologie n'a rien à voir avec des aptitudes de liberté ou d'OT. Ce n'est qu'une vaste fraude qui promet ces aptitudes. Car la meilleure façon de mettre les gens en esclavage consiste à les convaincre qu'ils sont déjà libres, qu'ils ont découvert "la voie qui sort du piège", "la route de la vérité".

Je pense que la nature hubbardienne est très bien illustrée dans ses affirmations, dans des écrits comme: "La Loi? C'est faire ce que tu veux." et "Tous les hommes seront mes esclaves". Ailleurs, on lisait: "La Fin justifie totalement les Moyens."

Hubbard tenait vraiment à cacher ses liens avec Aleister Crowley. Il suffit pour s'en convaincre de lire le procès scientologie contre Gerry Armstrong. La comparaison entre la biographie officielle d'Hubbard et la réalité de son passé est flagrante.

La scientologie? Cela consiste avant tout à CONTROLER les gens. Et comme le disait son fondateur: "La meilleure façon de contrôler les autres, c'est de leur mentir". Il le savait, et son organisation le démontre grandeur nature. J'ai observé des années durant ce schéma continu de tromperie que la Sea Org et le GO pratiquent. C'est désormais sous le nom d'OSA - office des affaires spéciales - et d'autres entités scientologiques que la tradition fallacieuse se perpétue.

Les écrits hubbardiens dévoilent parfois sa nature frauduleuse. Il affirme ainsi avoir élaboré la dianétique, mais n'a jamais dit à qui il devait ses idées. Exemple:

"Presque toute la philosophie fondamentale et certainement toutes les dérivations du sujet principal de la dianétique étaient exclues ..." 1

"Notre technologuie n'a pas été découverte par un groupe. Il est vrai que si le groupe ne m'avait pas aidé de biens des façons, j'aurais pu ne pas le découvrir. Il n'en reste pas moins que si durant ses étapes de formation, cela n'a pas été découvert par un groupe, on peut affirmer sans crainte que les efforts du groupe n'y apporteront rien ensuite."

"Nous ne spéculerons pas ici sur les pourquoi il en fut ainsi, pourquoi j'en suis venu à dominer le bank. Nous nous intéressons ici aux faits, et le fait est que le groupe laissé à lui-même n'aurait pas développé la scientologie, mais que par une folle dramatisation du bank nommée "idées nouvelles", il l'aurait anéantie." 2

La plupart des idées Hubbardiennes proviennent cependant d'autres gens, qu'il s'agisse des "psychs", d'Aleister Crowley, de projets archi-secrets comme ceux du gouvernement US (MK Ultra, Artichoke, Cointelpro, L'art de la guerre etc). Hubbard a même affirmé que le test de quoi que ce soit, ça consistait à savoir si quelque chose "marchait"... si les données "marchaient", ils les gardait - Sinon, il les rejetait.

Voici quelques aperçus des liens entre Hubbard et le sataniste Crowley, où il est question de magie noire:

"La dianétique fut une aventure dans les royaumes ténébreux de l'acquisition de connaissances secrètes, afin d'établir la vérité." Hubbard admit que "ces choses, connaissance et vérité, proviennent de la philosophie, ou d'écoles ésotériques; on les trouvait aussi parfois chez les charlatans - avec ou sans chasubles : elles servaient à tromper et convaincre. "3:

Il créditera ailleurs quelques personnes - des philosophes, des politiques, des psycs, ou des militaires:

"J'accuse ici réception aux hommes dont les spéculations et observations au cours de 500 siècles ont permis la création et l'élaboration de la dianétique, entre autres:

Anaxagoras

Thomas Paine
Aristotle

Thomas Jefferson
Socrate

Rene Descartes
Platon

James Clerk

Maxwell
Euclide

Charcot
Roger Bacon

Herbert Spencer
Francis Bacon

William James
Isaac Newton

Sigmund Freud
van Leeuwenhoek

Commander Thompson (MC) USN
Voltaire

William A. White
Will Durant
Comte Alfred Korzybski,


ainsi qu'à mes professeurs en physique nucléaire, mathématiques et sciences humaines de l'Université George washington et de celle de Princeton.4

Il prit certainement beaucoup à la psychiatrie, mais l'usage d'un nouveau métalangage lui permit de voiler les origines:

"Si l'on recherche dans le domaine des textes de psychiatrie..."5

Dans un volume , il écrivit: "Ce que c'est que la scientologie? C'est à nous d'en décider." Puis ailleurs:
"Dans l'évolution de la science dianétique, il y eut plusieurs étapes de classification, jusqu'à ce qu'on vit clairement que l'étiquetage d'une condition pathologique revient à savoir ce que l'auditeur doit faire pour guérir la personne." 6

References:

1 Dianetics: The Modern Science of Mental Health, copyright 1950 by L. Ron
Hubbard, 21st paperback printing November 1978, Introduction, page xxx.
2 HCO Policy Letter of 7 February 1965 "Keeping Scientology Working",
copyright 1965 by L. Ron Hubbard, pages 2 and 3.
3 Dianetics 55!, copyright 1974 by L. Ron Hubbard, tenth edition, forword
page viii.Retour Notes 1 à 3
4 Science of Survival, copyright 1951 by L. Ron Hubbard, acknowledgements at
the beginning of the book.
5 Dianetics: The Modern Science of Mental Health, page 216.
6 Dianetics: The Modern Science of Mental Health, page 217.

Hubbard put, en cachant les origines de la dianétique et de la scientologie, prétendre en être la source. On n'autorise pas les membres à lire des matériaux "enthéta", ce qui inclut les études des psychiatres. Un scientologue n'a pas le droit d'utiliser d'autres thérapies.

Les scientologues qui chercheraient simplement hors de la scientologie sont qualifiés "d'esprits ouverts" - ce qui chez eux, équivaut à un défaut: on les classe parmi les "sources de troubles", "sources d'ennui" (PTS en jargon), puisque la technologie d'Hubbard est promue par ses soins ou par ceux de ses organisations comme étant: "La Voie de la Vérité", "La technologie la plus efficace de la planète..."

Hubbard a entièrement conçu la scientologie comme un moyen de contrôle des membres et de leurs pensées; ça les empèche de regarder ce qui se passe dehors, ailleurs que chez le "Source de la Tech"... La scientologie y parvient par diverses voies, en se servant de l'éthique, des "assignations de conditions d'éthique inférieures", de la "clarification des mots" - mais en utilisant des défintion revues; par l'usage de "vérifications de sécurité", en interdisant la critique "contre-survie" (dite en scientologais: entheta), par des pratiques telles que la "déconnexion" de sa famille, par l'envoi dans les goulags (RPF), voire par la mise en quarantaine en prison illégale, en droguant les membres.

Je crois vraiment que la scientologie, surtout la Sea Org, contrôle très efficacement les idées de ses membres. Premier outil pour y parvenir? Le mensonge. Dès qu'on parvient à faire admettre à quelqu'un des bases de raisonnement corrompues (par exemple: "les psychologues sont des suppressifs"), ça devient facile de manipuler son comportement à l'égard des psychologues.

Dans le "Manuel pour les préclairs", Hubbard écrivait "le mental humain est un observateur, un créateur, un postulateur et un stockage de connaissances." Tous ceux qui auront lu "la dianétique, science moderne de la santé mentale", savent ce qu'est l'histoire du chiffre 7 mis en mémoire inconsciemment (Le "7 de retenue"): si un type ajoute 7 sans le savoir à tous ses calculs, tous les calculs qu'il fera seront faux. Hubbard savait contrôler les gens par l'intermédiaire de quelques mensonges fondamentaux: il suffisait de les leur faire accepter.

Hubbard parlait d'endoctrinement, outil principal du lavage de cerveau... le dictionnaire définit le lavage de cerveau:

"lavage de cerveau...(Nom): endoctrinement intensif, généralement politique, destiné à modifier les convictions et attitudes d'une personne pour les remplacer par un ensemble de certitudes qui ne seront pas remises en question".

C'est cela que pratique si bien la scientologie: endoctriner, laver les cerveaux pour que leur unique certitude devienne hubbardienne. Folie hubbardienne.


http://www.entheta.org/entheta/1stpersn/warrior/

Warrior