http://www.sptimes.com/News/022400/TampaBay/Scientologists__got_i.shtml

Les scientologues se sont fichus dedans


Certains d'entre eux ont dit aux procureurs que de mauvaises décisions avaient été prises pour soigner Lisa Mc Pherson alors qu'elle était mal en point.

THOMAS C. TOBIN
St. Petersburg Times
24 février, 2000

CLEARWATER -- .Plus de deux heures s'étaient écoulées depuis que le médecin des urgences David Minkoff
[scientologue] avait discuté avec les membres du personnel de la scientologie.

Il avait accepté par faveur de traîter la jeune femme qui venait de passer deux semaines à l'hotel de l'église à Clearwater. Elle avait une infection, mais n'était pas très malade.

Minkoff était à une heure de route de là où se trouvait Lisa Mc Pherson. Ils avaient dit qu'il la lui amenait de suite. Il les attendait donc rapidement.

Il entendit un technicien des ER l'appeler à l'aide à 21h30.

La patiente était affalée sur un fauteuil - livide, sale, flasque.

Minkoff se mit au travail, mais il n'y avait plus signes de vie si ce n'est un vague ressaut cardiaque, signe que la mort avait oeuvré.

Ce n'est qu'alors qu'il réalisa qui c'était: "Mon Dieu! La fille de la scientologie."

"Oh, mon Dieu!"

* * *

Minkoff a dit "Ce n'était qu'un échec lamentable,", lors d'une déclaration sous serment effectuée trois ans plus tard aux procureurs, qui incriminèrent l'église de deux délits.

On trouve sa version parmi les quelques 1000 pages de témoignages sous serment des 5 scientologues qui avaient observé les cinq dernières journées de Lisa Mc Pherson en direct au Fort Harrisson, où les staffs de l'église tentaient de la guérir d'une grave crise nerveuse.

Les procureurs ont fait connaître les éléments en décembre, afin d'étayer le fait que l'église avait abusé de Mc Pherson et s'était rendue coupable de pratique illégale de la médecine.

Ces déclarations s'estompent désormais puisqu'un juge a décidé mercredi de retarder la publication des quelques 10000 pages d'enquète sur le décès de Mlle Mc Pherson. En dehors de ceci, il ne reste que les déclarations des cinq scientologues à ce propos.

On y découvre:


M. Alain Kartuszinski, superviseur des conseils de l'église, a admis avoir menti à la police en 1996, en prétendant avoir peu entendu parler de Mlle Mc Pherson. Deux ans plus tard, il expliquait que c'était lui qui avait conseillé la mise en "quarantaine sous garde" et autorisé qu'on lui donne des médicaments. Il a dit avoir menti parce que "la police de Clearwater semblait très antagoniste", ce qui lui fit peur.

Janis Johnson, officier médical de l'église, a prétendu n'avoir fait que "lui distribuer un minimum de soins de base", et disait l'avoir considérée comme n'importe quel client de l'hotel. En fait, d'autres scientologues ont avoué que Johnson supervisait un régime inhabituel pour Mc Pherson, sous les ordres de Kartuszinski. Médecin déchu de son droit d'exercer, elle avait également autorisé la médication de Mc Pherson et lui avait prescrit un relaxant.


David Houghton expliqua comment il remplissait une grosse seringue d'un mélange d'aspirine, de benadryl et de jus d'orange, qu'il forçait entre les dents de Mc Pherson pour l'injecter sous sa langue. Il aidait ses collègues scientologues, chargés de lui tenir bras et jambes. Dentiste depuis longtemps dans l'Iowa et l'Ohio, il n'avait pas de licence pour pratiquer en Floride, ni autorisation d'un médecin, et ne connaissait pas le passé médical de Mc Pherson.

Judy Goldsberry-Weber, ancienne infirmière diplômée, fut scandalisée par la procédure de Houghton: "Qui est le médecin qui t'a dit de faire ça?" lui demanda-t'elle, au point d'avoir failli en venir aux mains avec lui. Elle fit ensuite un rapport sur ses collègues impliqués au service légal de l'église.

Minkoff, scientologue de longue date mais ne faisant pas partie du staff de l'église, a dit aux procureurs qu'il avait violé les procédures médicales correctes en prscrivant des pilules pour dormir à Mc Pherson, sans jamais l'avoir examinée. "C'était idiot de le faire", a-t'il ajouté.

Trois des cinq scientologues ont admis que les efforts pour aider Mc Pherson ont souffert en raison de mauvaise communication et de mauvaises décisions. Certains de ceux qui s'occupaient d'elle n'ont pas non plus vraiment observé le déclin physique, , ou en ont minimisé les signes.

Ils ont dit être motivés par un véritable désir de l'aider. Ils essayaient d'être gentils, et ont reçu leur part de coups et de griffures de la malade, en tentant de le faire.

"Je n'essayais pas de la laisser mourir, a dit Kartusinski. Je n'avais aucun doute sur le fait que je devais faire comme je faisais - que je me sois trompé ou non."

Houghton dit avoir utilisé l'injection orale "car il croyait que ça allait lui faire du bien".

Minkoff ajoute : "Ces gens croyaient bien faire, mais ils se sont fichus dedans sans le savoir"

* * *

Kartusinski, qui avait un poste très élevé à l'église, s'est retrouvé à classer les dossiers dans un magasin de la secte, dès que le décès de Mc Pherson fut rendu public. [ndt: particulièrement important: ce n'est qu'après le scandale que la scientologie l'a démis de sa fonction capitale, ce qui démontre deux faits: a/ que la scientologie se fichait bien de la vie de Mlle Mc Pherson, sans quoi, il aurait été aussitôt puni, et b/ que la punition infligée a été déclenchée par la perte de réputation ou d'image de marque de la secte criminelle]

Il a dit avoir fait trois grosses erreurs:

- avoir violé une règle de l'église qui dit que le conseil scientologique [audition] n'est pas destiné aux "psychotiques" telle Mc Pherson, 'qui ouvriraient la porte aux échecs de l'organisation".

- ne pas avoir délégué une partie de sa surcharge de travail sur d'autres, ce qui lui aurait laissé davantage de temps pour s'occuper de Mc Pherson.

- s'être désigné comme son "superviseur de cas", c'est à dire que dans cette circonstance, il ne pouvait avoir de contacts directs avec elle.



Le 18 novembre 1995, Lisa Mc Pherson ôta ses vètements lors d'un accident de voiture sans gravité; une ambulance l'amena au Morton Plant Hospital.

Parmi les quelques scientologues venus pour la faire sortir sous prétexte de lui éviter des soins psychiatriques -interdits par la scientologie- se trouvait Kartuzinski.

N'ayant pas réussi à convaincre une amie de Mc Pherson de la soigner chez elle, Kartuzinski décida de la ramener au Fort Harrison.

Il y supervisait alors la progression de centaines de gens ayant décidé de prendre de
l'audition, le conseil ["psy"] façon scientologie.

C'est lui qui détermina que Mc Pherson était "source potentiele de trouble III", c'est à dire quelqu'un qui représente selon eux une menace pour lui et la scientologie en général. Il la croyait "coincée dans une image mentale fixe" de son passé, peut-être datant d'une vie antérieure.

L'antidote est supposé se faire au moyen de la "Procédure d'introspection", qui s'accompagne d'un régime survitaminé et d'une quarantaine imposée, suivie d'audition.

Au Fort Harrisson, l'état mental de Mlle Mc Pherson s'aggrava: discours dénués de sens, recrachant sa nourriture, regard perdu sur les ampoules, collant la tête dans les wcs, attaquant les staffs et sautant partout.

Une tentative effectuée par un jeune de treize ans pour l'auditer à l'électromètre se passa mal.

Kartuzinski recruta Janis Johnson pour organisaer un tour de garde de Mlle Mc Pherson. Il leur fallait des filles d'une "certaine taille" qui "pourraient la ramener à la chambre si nécessaire", pas des maigrichonnes à qui elle ferait peur"'.

C'est aussi lui qui a permis qu'on administre à Lisa du chloral hydate, un sédatif sur ordonnance.

En 1996, questionné par la police, il a minimisé son rôle dans les soins et affirmé qu'elle n'avait pas reçu la Procédure d'Introspection.

"Oui, je mentais, a-'t'il ajouté en 1998, j'avais peur, peur pour moi, et peut-être pour l'église.
[il continue néanmoins à mentir, car en 96 comme en 98, il n'a fait que répéter la ligne apprise à la sciento et ordonnée par elle, ndt] Je croyais que la police était contre la scientologie et qu'elle ne comprendrait pas.

Il dit avoir commencé à dire la vérité quand les avocats de l'église l'ont enguirlandé.

Quelques jours avant que Lisa ne meure, les staffs envoyaient des notes à Kartuzinski, expliquant qu'elle ne pouvait plus marcher et disant son état de faiblesse. Il dit n'avoir pas demandé d'aide médicale parce qu'il attribuait les symptômes à sa condition mentale. Il ajoute que s'il avait connu les aspects physiques, "il aurait pris des décisions tout à fait différentes".

Le 5 décembre 95, Johson vint voir Kartusinski en disant que Lisa paraissait avoir une importante infection.

Ils ont décidé de demander une aide médicale, mais Kartusinski craignait que les docteurs de Morton Plant Hospital ne la placent sous soins psychiatriques. Il demanda donc au Dr Minkoff de la soigner.

Il croyait alors que Johnson était en bonne communication avec Minkoff et qu'il pouvait lui faire confiance.

* * *

Il ne fallait pas.

Minkoff n'avait reçu que deux appels avant le jour du décès, et on lui expliquait que le problème était "mental".

Il avait prescrit du valium liquide parce qu'elle avait besoin de dormir, mais sans l'examiner, ni s'intéresser à son passé médical, ou s'informer si elle prenait d'autres médicaments.

Minkoff a dit aux procureurs: "Je n'essaie pas de me justifier: quand j'ai vu ma prescription de valium liquide injectable, je me suis dit: pas possible, j'ai vraiment fait ça?"

Mais pendant ce temps-là, Johnson faisait injecter un relaxant musculaire délivré sur ordonnance, alors que Minkoff ne l'avait pas autorisé.

Le dentiste Houghton s'intéressa à l'affaire quand il entendit Johnson dire que Lisa refusait d'avaler et de dormir; il prit la parole sous prétexte qu'il connaissait l'anatomie de la gorge.

Kartusinski interdit le valium, et lui-même et Houghton fabriquèrent leur propre potion.

Ils décidèrent d'un mélange d'aspirine qui - selon le fondateur de la scientologie, peut "bloquer les images mentales"; et le bénadryl était là pour que Lisa Mc Pherson puisse se reposer et "recevoir de l'audition"
[hérésie technique et mensonge accumulés: il est interdit d'auditer quelqu'un ayant pris de l'aspirine durant la semaine qui suit la prise, et interdit d'auditer quelqu'un qui refuse d'être audité, ndt]

Houghton était alors encore étudiant dentiste, et fit par trois fois son injection sous la langue de Mc Pherson avec une grosse seringue, que les procureurs nomment "gaveuse pour dindes".

Il y eut au moins un autre staff pour protester.

Judy Goldsberry-Weber avait promis aux médecins du Morton Plant que l'église prendrait soin de Mlle Mc Pherson 24 heures sur 24. Quelques jours après, elle surprit Johnson et Houghton discutant sur la manière de la faire tenir tranquille: elle s'en prit vivement à eux.

"Je leur ai dit : vous ne pouvez pas faire ça; vous ne pouvez pas la coincer physiquement, il y a d'autres méthodes - c'est ce que je leur ai dit."

Houghton avoue ne jamais avoir forcé d'autres patients en neuf ans d'exercice. Pourquoi un professionnel agirait-il ainsi sans avoir avis et conseils d'un médecin? , dit-il.

"On parle d'aspirine et de Banadryl, des choses bénignes que n'importe qui peut se procurer n'importe où".

C'est vrai, lui a répondu l'assistant du procureur en chef - mais Mlle Mc Pherson n'avait pas choisi, n'est-ce pas?"

"Non."

* * *

Le matin du décès, Kartusinsky et Johnson, "officier médical" de l'église, appelèrent Minkoff aux urgences de son hopital. "Elle souffrait d'une grave infection, avait la diarrhée et avait brusquement perdu 6 kilogs", dirent-ils. Johnson demanda à Minkoff de prescrire de la pénicilline, ce qu'il refusa.

Il leur dit qu'elle devait immédiatement voir un médecin. Il leur conseilla de l'amener à l'hopital voisin (Morton Plant). Mais il accepta de la voir quand Kartuzinski lui fit part de ses craintes au sujet des psychiatres. Qui lui assura de plus que la situation n'était pas si grave.

Minkoff estimait beaucoup la compétence de Kartuzinski, et croyait que Johnson avait sa licence en Floride. Elle avait en fait été radiée en Arizona suite à des problèmes de drogue.

"Je croyais les connaître", a dit Minkoff.
[remarquable démonstration du fait que les scientologues, même et surtout en cas de crise grave, se mentent entre eux, ndt]

Il ignorait bien d'autres faits.

Mc Pherson était faiblissme, incapable de marcher; sa respiration très difficile; ses yeux fixes et sans mouvements; son visage étique, signe de déshydratation. On n'avait jamais dit à Minkoff à quel point elle était violente, hors de la réalité, ni qu'elle refusait nourriture et boissons.

"Je pense que si j'avais su un seul de ces signes, c'aurait été une toute autre affaire, dit-il."

Le soir où Lisa Mc Pherson gisait morte devant lui aux urgences, Minkoff avoue avoir hurlé sur Johnson, parce qu'elle avait osé lui amener quelqu'un dans "un état aussi lamentable".

Il a dit aux procureurs: "J'étais vraiment hors de moi."



POUR L'INSTANT, le dossier est clos


THOMAS C. TOBIN
St. Petersburg Times
24 février 2000

LARGO : Le dossier d'enquète sur le décès de la scientologue Lisa Mc Pherson restera secret pour l'instant, a décidé le juge hier.

Le Juge Brandt C. Downey III du circuit de Pinellas-Pasco a décidé que l'église de scientologie pourrait rétracter sa demande de toutes les preuves recueillies par les procureurs.

L'église, qui a été accusée de la mort de Mc Pherson, a un droit sur les dossiers de procureur, que les avocats nommes "découverte" (discovery). Mais les dossiers deviennent par ailleurs accessibles au public quand ils sont transmis au défenseur.

L'église a demandé à voir les preuves le 2 février mais a changé d'avis la semaine passée quand le Médecin Légiste, le Dr Joan Wood, a révisé son rapport d'autopsie de 1996 pour ajouter que le décès était dû à "un accident", alors qu'auparavant, la cause était indiquée comme "indéterminée".

La décision de Wood, a dit l'avocat de l'église Lee Fugate, "modifie la base légale des charges retenues"; les procureurs revisent le procès en fonction de cette modification.

Les officiels de l'église ont dit mercredi qu'il ne tenaient pas à ce que les dossiers soient rendus publics pendant que les procureurs révoient la procès. On estime le dossier à quelques 10000 pages.




















































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