Scientology: victims wake up
 
Three new complaints have been deposed yesterday after the folders dissaperance in Court, of some  prosecutor's folders about the suit

DAVID DUFRESNE - copyright Libération 1998
 

                             Le mardi 8 décembre 1998
 
 
 

 Pierre refuse. Pierre - one of the victims - has been proposed a 200000 refund by the cult, if he stopped his court's complaint. He refused.

Facts are old, memories are precise.
 
From 1977 to 1983, Pierre was a law counsellor. Those sic years, he spent 200000 F in scientology. Under the french CAN association advice, (named ADFI), he sent the file to an attorney. He makes his complaint on jan 13th 1983, against the scientology Paris executives. 1( years later, he's quite disappointed: his complaint disappeared. Or, if one could say, the Justice system seems to have forgotten it.

                  D'avocat en avocat. En 1983, Pierre se souvient
                  pourtant que «tout allait bien». Le juge Guilbault,
                  désigné en juillet de la même année, instruit aussitôt.
                  En septembre 1984, Pierre est entendu par la police
                  judiciaire qui consigne son témoignage. «Mais après
                  ça, plus rien.» Le temps passe. Partagé entre son
                  envie d'en finir avec la secte et de ne plus en
                  entendre parler, le plaignant laisse couler. «J'étais
                  encore mal.» Son avocat d'alors le rassure: «Il me
                  disait, c'est normal. Ces affaires prennent du
                  temps.» Sauf que. Cela fait désormais dix ans que
                  Pierre a déposé plainte quand, à l'été 1993, il
                  recontacte son avocat. Surprise, celui-ci lui répond
                  s'être retiré du dossier, et, sans plus d'explication,
                  l'oriente vers une consœur. Mais l'affaire ne se fera
                  pas. Par manque de temps, rétorque l'avocate, qui lui
                  conseille d'aller voir un troisième cabinet.
 

                  C'est Jean-Michel Pesenti, membre du barreau de
                  Marseille, qui va s'occuper de son cas. Nouvelle
                  surprise, raconte ce dernier: «Il n'y a rien dans le
                  dossier.» Aucune précision sur le dépôt de plainte
                  initial de son client, pas de double de la procédure,
                  même les fichiers du parquet de Paris semblent ne
                  porter aucune trace de sa demande. Dans l'intervalle,
                  l'instruction a changé de mains. Du juge Guilbault, on
                  est passé à la juge Marie-Paule Moracchini. Dans
                  l'intervalle, aussi, l'Eglise de scientologie se
                  rappelle au bon souvenir de Pierre, en lui proposant
                  sa grande spécialité: une lettre de désistement en
                  échange du remboursement de ses stages. Pierre
                  refuse. Il s'assoit sur les 200 000 F, mais aussi,
                  semble-t-il, sur sa plainte. La lassitude, sans doute.
                  Le pire, c'est que la dizaine de plaintes de 1983, les
                  plus anciennes en matière de scientologie, semblent
                  avoir connu le même oubli.

                  Mais voilà que la récente actualité judiciaire de la
                  scientologie jette à nouveau le plaignant dans le
                  dédale du palais de justice de Paris (Libération du
                  10 novembre). Rappel des faits: en 1997, l'avocat
                  Nicolas Fakiroff saisit la chambre d'accusation afin
                  de demander la clôture de l'instruction menée depuis
                  1989 par Moracchini. Les parties civiles semblent
                  confiantes. Dans le dossier, l'inspecteur de police
                  judiciaire Biagotti y pointe «les activités
                  commerciales» de la scientologie, et conclut que
                  «les délits d'extorsion de fonds et d'exercice illégal
                  de la médecine pourraient être retenus».
                  Seulement, le dossier que Marie-Paule Moracchini
                  transmet elle-même à la chambre d'accusation va
                  connaître un drôle de sort. Manquent, sur les dix
                  tomes, l'intégralité des pièces du tome IX, et la
                  moitié de celles du numéro VIII. Pagaille au Palais.
                  Une enquête interne conclut au «dysfonctionnement»
                  et la présidence du TGI se fend d'une note interne
                  (voir ci-contre).

                  Listing. Comble de malchance, la juge n'a pas
                  conservé de double des pièces disparues. Pour les
                  parties civiles, on n'est pas loin de la catastrophe.
                  Pour l'Eglise de scientologie, pas loin de l'aubaine.
                  Le 9 novembre, la secte s'empresse d'ailleurs de
                  plaider la prescription devant la chambre
                  d'accusation. Un détail, lors de l'audience, va
                  pourtant changer un peu la donne. Il a la forme d'un
                  listing informatique. Listing qui détaille les allées et
                  venues des pièces du dossier, depuis ses origines.
                  En tête: le dépôt de plainte de Pierre, daté de 1983.
                  Plus loin: la transmission de sa plainte à la juge
                  Moracchini, en 1988. Ce qui remet l'ancien
                  scientologue dans la course. Il y a quelques jours,
                  Pierre dépose donc une nouvelle plainte. Cette fois,
                  pour «soustraction frauduleuse de pièces pénales».

                  Pression. Depuis, les avocats des parties civiles
                  rivalisent d'interprétation, se reprochent leur propre
                  «endormissement», ou le reprochent aux autres, sans
                  parvenir à masquer leur manque de concertation
                  depuis toutes ces années. L'un d'eux, en tout cas, a
                  opté pour l'offensive, même tardive. Me Pesenti a
                  déposé hier deux nouvelles plaintes contre X, au
                  nom de deux autres victimes de la secte. Son but:
                  mettre la pression en attendant la décision de la
                  chambre d'accusation, attendue lundi 14 décembre,
                  sur l'avenir du dossier scientologie.
 
 

                  Photocopieuses en panne depuis
                  trop longtemps

                  Par DAVID DUFRESNE

                         a note interne, signée du président du
                         tribunal de grande instance de Paris,
                  Jean-Marie Coulon, et du greffier en chef, Bernard
                  Mesmin, que Libération s'est procurée, traduit le
                  malaise du palais. Datée du 9 novembre, le jour
                  même où la chambre d'accusation se penchait sur le
                  cas des dossiers disparus de l'instruction de l'Eglise
                  de scientologie, cette note a été distribuée à tous les
                  juges et greffiers d'instruction parisiens. Dans des
                  termes très diplomatiques, elle précise «un certain
                  nombre de règles sur les copies des dossiers, leurs
                  conditions d'acheminement et l'établissement des
                  notices dont il convient, dans toute la mesure du
                  possible, d'assurer le respect».

                  En clair, l'avis rappelle la loi, qui exige une copie
                  intégrale de tout dossier d'instruction. Or, dans les
                  faits, plus personne, à Paris, ne photocopie
                  l'intégralité des dossiers, à l'exception de ceux qui
                  concernent les détenus, et ce, pour des raisons
                  matérielles. Le président du TGI en est conscient, en
                  écrivant: «L'établissement systématique d'un
                  double de toutes les procédures» entraînerait «dans
                  l'immédiat [...] des difficultés de tous ordres»:
                  surcharge de travail, problème de stockage,
                  embouteillage insoluble à l'«atelier de
                  reprographie». Aussi, Jean-Marie Coulon
                  suggère-t-il, «dans un premier temps», de ne
                  doubler que les dossiers qui sortiraient des cabinets
                  des juges. Une façon de dire, en creux, l'étendue des
                  moyens matériels de la justice: minimum.