Hare Krishna paiera pour les 535 enfants victimes de violences et viols  

Krishna : ils commencent les paiements

Los Angeles Times, June 26, 2005
par Hector Becerra

La société Hare Krishna entame les versements de 9,5 millions de dollars pour viols d'enfants. Elle a demandé sa mise en faillite et fermé des écoles, ce qui précède les versements à effectuer à 535 anciens élèves.

Original anglais: http://www.latimes.com/news/local/la-me-krishna26jun26,1,1306188.story

Los Angeles, USA - Les dirigeants de la croyance Hare Krishna ont entamé l'exécution des termes du compromis de 9,5 millions de dollars qui achève le long scandale des viols d'enfants.

D'après le plan, la Société Internationale pour la Conscience d'Hare Krishna a demandé sa mise en faillite à Los Angelès, pendant qu'elle détermine comment compenser les 535 anciens élèves qui ont dit être violés durant les années 70 et 80 par des adultes des écoles Hare Krishna de la société.

Ce compromis met un terme aux abus commis dans les temples et écoles de Krishna aux USA et en Inde, viols ayant déclenché une poursuite judiciaire générale en 2001 ("class action").

Certains des dévôts et gourous d'Hare Krishna, dont au minimum un à Los Angelès, ont été poursuivis pour viols de mineurs, d'autres ayant été interdits de visites aux temples, a annoncé Anuttama Dasa, porte-parole de la société.

Les Krishna ont fermé toutes les écoles ouvertes aux USA, où une grande part des viols avaient eu lieu. La semaine dernière, la société a commencé à payer ses avocats, comptables et d'autres impliqués dans le procès, un premier pas vers une compensation des victimes.

Dasa a dit: "Cela nous crise le coeur de savoir que beaucoup de nos enfants ont été abusés dans nos écoles et nos communautés. Heureusement, la décision nous permet d'atteindre ces jeunes adultes, ces anciens élèves, et de leur fournir autant d'aide que nous le pouvons.

Bien que le scandale soit d'ampleur nettement moins vaste que les allégations d'abus sexuels dans l'église catholique, il a perturbé la société basée en Inde, dont 10000 membres sont nord-américains, et déclenché des questionnements spirituels.

Les avocats des plaignants avaient demandé 400 millions de dollars mais expliquent que le compromis, bien que nettement inférieur, est quand-même significatif du fait que l'organisation a admis l'ampleur des viols commis.

"C'est en quelque sorte thérapeutique, dit Me Windle Turley, qui représentait 95 des victimes. La mise en faillite, où l'accusé admet ses torts, où il s'excuse explicitement, et tente de compenser financièrement les victimes, est une forme de validation à fort impact thérapeutique."

Le mouvement Hare Krishna a été créé en 1966 par le gourou indien Srila Prabhupada. Il préchait la non-violence, le végétarisme, le célibat sous légide d'une théologie connue comme "Conscience de Dieu".

Les enseignements ont gagné en popularité durant la période de contre-culture des années 60-70. On reconnaît les membres par leur annonnement "Hare Krishna...", leurs robes safran et leurs têtes rasées.

Prabhupada expliquait que les enfants devaient être expédiés dès 5 ans dans les internats pour y devenir de purs dévôts. Cela libérait leurs parents pour qu'ils aillent vendre les livres religieux et accomplissent d'autres tâches pour la société.

Les écoles, intitulées ashram gurukulas se sont répandues partout dans la pays, y compris à Los Angelès.

Les plaignants ont expliqué que l'essentiel des viols avait eu lieu dans ces internats; l'organisation admet désormais que cet arrangement vulnérabilisait physiquement et sexuellement les enfants ainsi séparés de leurs parents.

"Je voyais à peine mes parents, mais quand ça arrivait, je demandais à maman toutes les deux secondes "il me reste combien de temps avant que je doive rentrer?" - "J'avais tellement peur d'être en retard à l'ashram, ils m'auraient ôté mes privilèges et interdit de voir maman."

Pourchot, esthéticienne de Santa Monica, explique avoir été en mesure de repousser les avances sexuelles des professeurs, dévôts et gourous, mais elle fut souvent battue. Elle a vu d'autres gosses punis dans des sacs ou des tonneaux. On les enfermait dans les toilettes et on leur disait que des rats les attaqueraient s'ils bougeaient.

A seize ans, quand elle était en internat pour filles à Los Angelès, Pourchot explique qu'elle a été financée contre son gré à un dévôt de 32 ans; elle dit qu'il la viola ensuite.

"Il disait qu'il était mon gourou, et que je devais faire tout ce qu'il disait; il ajoutait ne pas avoir le droit de parler aux autres de ce qui se passait entre nous", dit-elle.

Elle dit s'être échappée avant d'avoir à l'épouser.

Elle explique que ces moments continuent à la hanter: "C'est comme si j'entendais encore leur chantonnement... je dois m'en aller et ça déclenche de l'hyperventilation."

C'est au cours des années 90 que les faits d'abus sexuels ont commencé à percer dans le public; les autorités ont déposé plainte contre certains adultes et en ont fait expulser d'autres.

Les dirigeants ont publié les détails des abus commis dans le journal officiel de la société en 1998. Certains croyaient encore en la candeur du mouvement à l'époque, par contraste à ce que les critiques disaient des abus de l'église catholique.

Cela n'a pas suffi à certaines victimes, qui ont déposé plainte en 2001.

L'année suivante, certains temples et d'autres organisations de la société déposaient le bilan. Les officiels disaient craindre que le litige ne fasse disparaître la société en provoquant une fermeture générale des temples.

Les parties se sont mises d'accord pour négocier et sont parvenues à un accord. Les temples contribueraient, au terme de l'accord, au versement de 6,5 millions de dollars aux victimes.

Les organisations locales de Los Angelès et de Virginie ont déposé le bilan, moyen dont les officiels disent qu'il permettrait d'indemniser les victimes. Les sociétés et temples continueraient à fonctionner en dépit de la faillite.

L'ordre religieux a fait passer des annonces dans les journaux et autres médias pour retrouver les victimes d'abus sexuels. Plus de 430 se sont ainsi additionnés aux 95 de la plainte originelle.

Les victimes seraient payées en fonction d'un système de points, une "matrice" tenant compte du niveau et de la durée des abus physiques, émotionnels et sexuels, explique Stanford Frey, l'un des avocats de faillite représentant la société Hare Krishna.

Frey a expliqué que les versements s'étageraient de 6000 à 50000 dollars, les avocats adverses discuteront pour estimer les montants de chacun.

Le compromis a provoqué des sentiments mitigés chez les victimes.

"C'est un peu comme s'ils s'étaient défilés, explique Harry Watson, 31 ans. Il dit avoir été violé en Virginie et aux Indes. Ils ont des tas d'argent, mais ils se sont arrangés pour pleurnicher "nous sommes si pauvres... Moi, j'aurais bien aimé avoir mon quart d'heure devant le tribunal."

Watson dit avoir été violé à répétition par plusieurs adultes dans les écoles.

"On me battait, on m'affamait, on me cognait dans la figure, on me violait. Je n'appelle pas ça être molesté: on m'a violé", dit-il.

Il ajoute que dix ans ont passé avant qu'il en parle à sa mère.

"J'étais trop jeune; je ne comprenais même pas ce qu'est le viol. Je ne pense pas que j'aurais pu dire qu'on me violait, je ne savais pas. J'ignorais ce qu'ils me faisaient."

Une personne de 31 ans qui s'occupe d'entraînement à Newbury Park dit avoir été expédiée en 1970 en internat, pour que son père puisse devenir prêtre Krishna en Inde; elle dit qu'on l'y a battue et violée.

" La plupart des relations avec les adultes étaient perturbantes, explique cette dame, qui tient à l'anonymat pour qu'on ignore les abus sexuels dont elle fut victime; des tas de gens qui nous supervisaient étaient également jeunes et perturbés, ils ne savaient que faire de ces gosses, ils ne savaient déjà pas que faire d'eux-mêmes - évidemment, qu'il s ne voyaient pas comment faire avec des enfants."

Elle pense que le compromis reste néanmoins une bonne chose.

"En toute honnèteté, je n'attendais rien. Je crois que ça donnera une opportunité à ceux qui n'avaient rien, car une bonne partie d'entre nous n'a pas même de famille? Je pense aussi que ça les poussera à prendre des mesures pour que ça ne se reproduise pas."

http://www.latimes.com/news/local/la-me-krishna26jun26,1,1306188.story

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