l'électromètre (Hubbard E-Meter) de scientologie ne vaut rien (expertise judiciaire)  

Expertise judiciaire sur l'électromètre des scientologues: ça ne vaut rien

Expertise judiciaire de François Kirchner

[note: on ne s'étonnera pas de constater que les scientologues aient ignoré les deux demandes pressantes et réïtérées de l'expert, la première concernant les plans de l'électromètre, la seconde concernant son prix de vente.]

TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE

DE LYON

Cabinet de Monsieur G. FENECH
Premier Juge d'Instruction
au Tribunal de Grande Instance de LYON

N° de Parquet: 89/73954
N° d'Instruction: 89/58

Ordonnance de Commission d'Expert du 4 février 1991


INFORMATION

suivie contre V. Yves et al. des chefs de

ESCROQUERIES, TENTATIVES ET COMPLICITE D'ESCROQUERIES, EXERCICE ILLEGAL DE LA MEDECINE ET COMPLICITE D'EXERCICE ILLEGAL DE LA MEDECINE.




Je soussigné François KIRCHNER,

Ancien Elèvé de l'Ecole Polytechnique,
Ingénieur des Ponts et Chaussées,
Ingénieur diplomé de l'Ecole Supérieure d'Electricité de Paris

Expert agréé près les Tribunaux de la Cour d'Appel de Lyon,
demeurant place du Vieux Bourg à Saint Pierre La Palud, Rhône;

commis comme Expert par ordonnance du 4 février 1994 de Monsieur FENECH
Premier Juge d'Instruction au Tribunal de Grande Instance de Lyon,

avec pour mission de:



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1/ Prendre attache avec Mme Danièle GOUNORD demeurant: 9 rue Bochard de Saron à Paris 9ème, ayant pour avocat Me Olivier METZNER (55 rue de Varenne 75007 PARIS) aux fins de se faire remettre un électromètre en état de fonctionnement et une notice d'utilisation

2/ Procéder à un examen détaillé de l'appareil et décrire son fonctionnement.

3/ Procéder à des simulations d'audition en présence de Mme GOUNORD ou de tout autre adepte de l'Eglise de Scientologie ayant la qualité d'auditeur.

4/ Emettre un avis sur la nature des mesures effectuées avec cet appareil et son niveau de précision.

5/ Rechercher le prix de vente pratiqué au sein de l'Eglise de Scientologie et le coût réel de fabrication d'un électoromètre.

6/ Faire, d'une manière générale, toutes constatations utiles.

atteste avoir personnellement accompli la mission qui m'avait été confiée,

déclare avoir rédigé et signé le présent rapport, comptant 5 pages numérotées de 3 à 7 et une annexe, que j'affirme sincère et véritable et que je dépose ce jour entre les mains de Monsieur G. FENECH, Premier Juge d'Instruction au Tribunal de Grande Instance de Lyon.

le 22 mars 1994


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1. DEROULEMENT DES OPERATIONS D'EXPERTISE:

Le 15 février, j'ai reçu à mon cabinet M. TIZIOLI, chargé des relations publiques pour l'Eglise de Scientologie, qui m'apportait un électromètre en état de marche et qui m'a exposé les objectifs de l'Eglise ainsi que l'usage qui était fait de l'électromètre dans le cadre de son action.

Le 1er mars, je me suis rendu à Paris, à l'Eglise de Scientologie de la rue Legendre, où j'ai rencontré Mme Danièle GOUNORD, chargée des Relations Publiques pour l'Eglise, Mme Christine WEIGHTMAN, du Service Juridique de l'Eglise, M. Philippe L. Electronicien pour l'Eglise et M. Alain ROSENBERG, Pasteur de l'Eglise, en présence de leur Avocat, Me GUBLIN, du Cabinet de Me METZNER. Des exposés m'ont été faits, plus approfondis, sur les buts de l'Eglise de Scientologie, sur son origine, sur l'électromètre et sur son utilisation. Une simulation d'audition a été faite devant moi par le Pasteur, un film m'a été présenté sur les différents critères d'interprétation des indications de l'électromètre, une cassette vidéo prise au cours d'une audition réelle m'a été présentée, ne montrant que le cadran de l'électromètre et donnant par la sonorisation le dialogue entre l'auditeur et l'adepte auditionné.

A mon cabinet, j'ai examiné en détail l'électromètre, étudié son fonctionnement et effectué des opérations similaires à celles qui m'avaient été présentées pour tenter de comprendre les causes des constatations faites sur l'appareil et utilisées par l'auditeur dans l'exercice de sa fonction. Malgré mes demandes réitérées, je n'ai pu obtenir les documents techniques susceptibles de me permettre d'entrer dans le détail de la réalisation de l'appareil.


2. DESCRIPTION DE L'APPAREIL ET DE SON FONCTIONNEMENT:

L'appareil se présente sous la forme d'un coffret d'une certaine élégance comportant sur sa face avant un cadran, où une aiguille se déplace devant une échelle sans aucune indication numérique mais avec un point singulier repéré "SET", des boutons de réglage avec indication de leur position, sauf pour celui repéré "TRIM", et des fenêtres d'affichage numérique, l'une étant une simple montre digitale, l'autre donnant sous forme numérique la position du bouton référencé "T.A." et, entre ces



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deux, un troisième donnant cumulativement le total des déplacements du T.A. dans le sens décroissant au cours d'une opération après laquelle on opère à une remise à zero.

La lecture de la notice jointe à l'appareil permet de se rendre compte que l'appareil n'est autre qu'un ohmmètre à échelle semi-logarithmique réalisant une corrélation fidèle entre la valeur de résistances, s'échelonnant de zéro à plusieurs centaines de milliers d'ohms, branchées entre les extrémités d'un cordon bifilaire et la position du T.A., de 0,60 à 6,60, mais sans précision puisque cette corrélation dépend de la position du potentiomètre "TRIM" qui n'est pas repérée. Par contre la corrélation peut devenir précise si l'on a ajusté le "TRIM" pour une lecture déterminée avec une résistance connue, par exemple 2,00 pour une résistance de 5000 ohms.

La position du T.A, qui correspond à la valeur précise de la résistance est celle pour laquelle le circuit de mesure est équilibré (c'est le principe de mesure appelé "pont de Wheatstone"). L'équilibre du pont est obtenu lorsque l'aiguille de l'appareil se situe exactement sur la graduation de l'échelle repérée par le mot "SET". Mais cela n'est pas indiqué sur les documents fournis avec l'appareil pas plus que sur ceux plus élaborés que j'ai pu obtenir. Il faut noter que je n'ai pu obtenir, malgré mes demandes répétées, aucun des documents techniques précisant le schéma et la construction de l'appareil.

L'étalonnage de l'appareil, réalisé dans ces conditions, donne le tableau de corrélation ci-dessous:

résistance (en milliers d'ohms) 0,15 5 10 22 33 47 100 220
position T.A. 0,99 2,00 2,74 3,80 4,37 4,81 5,58 6,07


Ce tableau conduit au tracé de la courbe d'étalonnage, donnée en annexe, qui donne, avec une précision moyenne, la valeur de la résistance branchée sur l'appareil en fonction du repére de position T.A. à l'équilibre du circuit. Mais, en fait, là n'est pas l'objet de cet appareil. Il est simplement utilisé pour donner une indication, matérialisée par la posi-



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tion de l'aiguille sur le cadran, ou plutôt par ses déplacements, lorsque l'appareil est branché entre les deux mains du patient qui tiennent chacune une des électrodes fixées à chacune des extrémités du cordon de l'appareil. Un courant électrique traverse alors le corps du patient d'une main à l'autre en suivant un trajet mal déterminé, soit en surface de la peau le long de l'épiderme ou du derme, soit en suivant un chemin interne au corps. Le fait de ramener l'aiguille à la position "SET" permettrait de connaître la résistance de ce circuit mais ce n'est pas ce qui intéresse l'auditeur qui se borne à examiner les mouvements de l'aiguille au cours de sa conversation avec le patient. La notice d'emploi indique que ces mouvements seraient dûs à l'action électrique de l'activité cérébrale sur le circuit.

L'étude des valeurs de le résistance électrique de différents patients, mesurés avec l'appareil, m'a permis d'aboutir à des conclusions intéressantes. Sur moi-même, prenant les électrodes à pleines mains, comme cela est pratiqué au cours d'une audition, j'ai trouvé une résistance se situant entre 22000 et 30000 ohms. La valeur de la résistance est très influencée par le serrage de la main sur l'électrode et par l'étendue de la surface en contact avec l'électrode. C'est ainsi que, tenant les électrodes à pleines mains j'ai trouvé une valeur de 25000 ohms alors qu'en les tenant entre pouce et index, elle est montée à 63000 ohms. Si je fais la mesure en plongeant chaque main tenant une électrode dans un récipient plein d'eau, la valeur de la résistance tombe de 25000 ohms à 4000 ohms. Cela s'explique par le fait que l'eau étant conductrice, le fait d'avoir la main plongée dans l'eau permet d'accroître la surface de contact entre électrode et main et peut également réduire la résistance du contact métal peau. Une mesure sur un autre patient, une femme, m'a donné les valeurs suivantes: électrodes tenues à pleines mains à sec 55000 à 65000 ohms, électrodes tenues à pleines mains plongées chacune dans un récipient d'eau 6000 à 7000 ohms. Les valeurs plus élevées pour une femme sont dûes au fait que les mains plus petites donnent une surface de contact plus faible. Il faut retenir de cette analyse que la part de la résistance correspondant au contact main électrode est prépondérante dans le circuit et extrêmement variable pour des causes multiples. Les variations observées en dépendent tout spécialement.



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3. SIMULATION D'AUDITION PAR UN AUDITEUR ADEPTE DE L'EGLISE:

Une simulation d'audition m'a été présentée dans les locaux de l'Eglise de Scientologie de Paris. Elle était menée par M. ROSENBERG, Pasteur. J'ai pu effectivement, constater au cours de l'audition des mouvements de l'aiguille qui indiquaient des variations de la résistance électrique du patient. Au cours de l'audition, l'auditeur s'emploie, par action sur le T.A., à maintenir l'aiguille dans les limites du cadran. Il ne se soucie pas de ramener l'aiguille sur la position correspondant à l'équilibre du pont. Pendant l'audition, l'appareil, par son compteur, totalise les mouvements du T.A. dans le sens décroissant. Le total ainsi obtenu au cours de l'audition est utilisé par l'auditeur pour porter un jugement sur le comportement du patient. Or ces déplacements du T.A. n'auraient un sens que si ceux-ci avaient pour objectif et pour résultat de ramener chaque fois, et sans dépassement, l'aiguille à la position correspondant à l'équilibre du pont. Ce n'est pas du tout ce que fait l'auditeur qui déplace le T.A., de façon assez désordonnée, de manière à simplement maintenir l'aiguille sur le cadran. En particulier il arrive fréquemment que l'aiguille fasse plusieurs déplacements dans un sens et dans l'autre sans sortir du cadran. De tels déplacements ne sont pas pris en compte. Il arrive aussi que l'auditeur, qui a un doigt en permanence sur le bouton T.A., le fasse bouger sans correspondance avec le mouvement naturel de l'aiguille. Le compteur enregistre alors des déplacements qui n'ont rien à voir avec le patient mais dépendent plutôt de l'auditeur.

Compte tenu de la sensibilité extrême de l'appareil au seul contact entre l'électrode et la main, il est exclu qu'un phénomène interne au corps, à caractère électrique, puisse avoir la moindre influence sur le mouvement de l'aiguille. Par contre, des mouvements de la main dans sa prise de l'électrode peuvent être influencés par les réactions psychologiques du patient, sous forme de crispations ou détente, sous forme de transpirations subites ou tout autre manifestation. Il n'est pas de ma compétence de juger des conclusions à en tirer.
Tout ce que je peux dire c'est que l'appareil ne peut donner dans ce domaine aucun résultat scientifique. Il s'agit simplement d'une mise en scène. Il ne m'appartient pas de juger de la valeur du résultat ainsi obtenu.



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Les documents qui m'ont été remis présentent, dans un verbiage à caractère pseudo-scientifique, une expérience physique particulièrement simpliste qui ne peut impressionner que ceux qui ne se soucient pas d'entrer dans la compréhension du phénomène.



4. EVALUATION DU COÛT DE L'APPAREIL:

Je n'ai reçu aucun document donnant le détail de la construction et du schéma de l'appareil. Il ne m'est donc pas possible de déterminer son coût de fabrication, ce qui impliquerait un décorticage complet qui n'entre pas dans mes possibilités ni dans le délai qui m'a été imparti. Toutefois l'appareil n'étant autre qu'un simple ohmmètre sans grande précision, je peux situer l'ordre de grandeur de son prix de vente à quelque cinq mille francs. J'avais demandé que me soit indiqué le prix de vente d'un appareil, mais, malgré la promesse qui m'avait été faite, je n'ai rien reçu.

5. CONCLUSIONS:

En conclusion, je réponds comme suit aux questions qui m'ont été posées dans le libellé de la mission qui m'a été confiée.

L'appareil en cause est un ohmmètre qui serait capable de mesurer des résistances électriques dans la plage de 3000 à 150000 ohms avec une précision moyenne. En fait l'appareil n'est pas utilisé à cette fin. Il est d'ailleurs fourni sans aucune courbe d'étalonnage et sans mode d'emploi approprié. La seule fonction qui lui est attribuée serait d'examiner les mouvements de l'aiguille et de totaliser, au cours d'un entretien, ceux se produisant dans le sens décroissant du T.A. Mais si ce résultat peut être obtenu par l'appareil, le mode d'emploi qui m'a été présenté ne lui confère aucune précision. Dans ces conditions,
il apparaît clairement que l'appareil n'est rien d'autre qu'un leurre destiné à donner un aspect scientifique à une opération qui n'a rien de tel.

Je ne connais pas le prix auquel cet appareil est vendu mais je peux dire qu'un appareil vendu sur le marché pour réaliser les mesures de résistance dont l'appareil en cause est capable aurait un prix de vente que je situe dans l'ordre de grandeur de
5000 francs au maximum.







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