(note du webmaster : corrigé en partie)

Association pour la Défense de la Famille et de l'Individu - Suisse

Traduction non-officielle de ASDFI Suisse

H. Kind Prof. Dr. méd.

Ancien directeur de la Polyclinique psychiatrique de l'Hôpital universitaire de Zürich

 

AVANT-PROPOS

Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que le texte qu'il a sous les yeux est une traduction. En cas de divergences entre le texte français et le texte original allemand, le texte original allemand fait foi.En ce qui concerne les citations, le lecteur qui voudrait établir une comparaison entre la traduction française et le texte original allemand relèvera des différences notables quant à la pagination indiquée. Ces différences s’expliquent par le fait que le Prof. H. Kind se réfère à des éditions en langue allemande des oeuvres de L.Ron Hubbard, alors que le traducteur s’appuie sur des éditions en langue française ou anglaise des mêmes oeuvres.

Afin d'éviter toute équivoque, nous indiquons ci-dessous la référence exacte des ouvrages de L. Ron Hubbard cités par le Prof. H. Kind et par le traducteur.

Ouvrages cités par le Prof. H. Kind"'Dianetik, die moderne Wissenschaft der geistigen Gesundheit.Das Handbuch der dianetischen Verfahren'', verfasst von L. Ron Hubbard, New Era Publications, Kopenhagen, 7. Deutsche Auflage’ Taschenbuchausgabe 1984.

''Alles über radioaktive Strahlung von einem Kernphysiker undeinem Arzt'' Scientology Publications Organization, Kopenhagen, 1. deutsche Auflage 198O.

''Einführung in die Ethik der Scientology", verfasst von L. Ron Hubbard, New Era Publications, Kopenhagen, 1. Deutsche Auflage 1981.

Ouvrages cités par le traducteur" L.a Dianétique’ la Science moderne de la santé mentale [aussi intitulé en français: Puissance de l'esprit sur le corps]. Un « manuel de méthodes dianétiques'', par L. Ron Hubbard, New Era Publications’ Copenhague 1984. 'All About Radiation by a Nuclear Physicist and a Medical Doctor'" publié par Scientology Publications Organization, Denmark 1979. Introduction à l’Ethique de la Scientologie" par L. RonHubbard, New Era Publications, Copenhague, Deuxième impression en langue française 1983. Remarque à propos de la page 16 : A la page 16 du texte français, le traducteur a pris la liberté dajouter une citation qui ne figure pas dans le texte original allemand. Il s’agit de la définition de « Clair », tirée de : l’Ethique de la Scientologie' par L. Ron Hubbard,  Introduction à New Era Publications, Copenhague, Deuxième impression en langue française 1983, p. 94.

Le présent texte est publié avec l'accord du Prof. H. Kind et du Dr U. Eschmann. Nous les remercions ici de leur bienveillance.


Prof. Dr. méd. Hans Kind

Ancien directeur de la Polyclinique psychiatrique

de l'Hopital universitaire de Zürich

Grütstrasse 10,

87O4 Herrliberg

Dr U. Eschmann Avocat

Ankerstrasse 61

Case postale 127

8O26 Zurich

 

Herrliberg, le 3.3.1989

 

 

Monsieur,

Après divers contacts préparatoires, vous m'avez demandé, par lettre du 15.11.1988, d'établir une expertise sur les questions suivantes :

l. Que peut-on dire’du point de vue médicopsychiatrique sur l’état de santé de Mme L.B. au moment où vous l’avez examinée et au moment où elle est sortie de l’Organisation de Scientologie (env. octobre 1987) ?

2. Voyez-vous un rapport entre l’état de décompensation psychotique de Mme L.B., observé par Mme le Dr. méd. H.H. en octobre l987, et les pratiques de Scientologie qui vous ont été décrites par Mme L. B. ?

3. Que peut-on dire, sur la base des connaissances actuelles de la psychothérapie ( psychiatrie ), du modèle proposé par la Dianétique ( Scientologie ) pour les maladies psychiques et physiques (cause, origine, guérison, etc.) ?

4. L’argumentation et les 'preuves'' que la Dianétique/Scientologie fournit dans ses écrits correspondent-elles aux exigences d’un concept scientifique généralement reconnu ?

5. Que penser, du point du vue psychothérapeutique/psychiatrique, des méthodes d'audition de la Scientologie ?

6. Y-a-t’il des parallèles avec d'autres méthodes que l'on désigne communément sous le terme de " lavage de cerveau " et, si oui, en quoi consistent-ils ?

Mon expertise s’appuie sur les documents suivants:

l. Diverses publications originales de la Dianétique et dela Scientologie qui seront mentionnées ci-après plus en détail. ,

2. D'autres documents relatifs aux dommages possibles que pourrait provoquer une psychothérapie ou des méthodes apparentées.

3. Un examen détaillé de divers cas d'anciens adeptes de laDianétique et de la Scientologie

J'ai organisé mon travail comme suit:

    1. Description de la théorie de la Dianétique sur la base du traité de L.Ron Hubbard, fondateur de la Dianétique.
    2. Description de la Dianétique comme thérapie des troubles névrotiques, psychosomatiques et autres maladies.
    3. Risques majeurs de cette thérapie à la lumière des connaissances actuelles de la recherche en matière de psychothérapie.
    4. Conséquences de la thérapie dianétique pour les sujets dont j'ai examiné le cas.
    5. Réponse point par point aux questions que vous m' avez posées.

Les données et citations auxquelles je me réfère proviennent, lorsqu’aucune autre source n'est mentionnée, du traité La Dianétique, la Science moderne du Mental. Un manuel de méthodes dianétiques "‘de L. Ron Hubbard, New Era Publications,Copenhague 1984. La pagination indiquée renvoie toujours à cet ouvrage lorsqu'aucune autre référence n'est citée. Comme l'Organisation de l'Eglise de Scientologie vous est déjà bien connue, je n'estime pas nécessaire de revenir sur ce point. Je remarquerai seulement que la Scientologie est aujourd’hui une organisation mondiale qui se présente comme une Eglise (Church) et prétend offrir à ses adhérents les moyens de parvenir à la perfection humaine, cela par le biais de cours et autres procédures qui doivent leur permettre de s'élever vers des degrés toujours supérieurs.

D'autre part, la Scientologie affirme détenir en la Dianétique une thérapie des troubles névrotiques, psychosomatiques et autres maladies. Cette thérapie est dispensée aux adhérents par les bons soins des membres du personnel de la Scientologie.

Mon travail traite en premier lieu de la Dianétique et des risques qu'elle comporte pour les patients. Il s'avère toutefois, d'après les témoignages des personnes que j'ai interrogées, que les cours donnés par la Scientologie représentent souvent un élément important. Notons aussi que la Scientologie a développé son propre jargon, ce qui a pour effet de rassembler ses adeptes dans un sentiment d’appartenance.

Ce jargon est explicité dans des dictionnaires spéciaux (par ex. Dianetics and Scientology Technical Dictionary); relevons à ce propos que les notions de base ont souvent plusieurs significations.

La théorie de base de la Dianétique sur la structure et le fonctionnement de la psyché humaine

L. Ron Hubbard décrit la psyché humaine par analogie à un énorme ordinateur localisé dans le cerveau. La notion centrale est celle du mental humain (esprit, raison), qui se compose de trois fonctions :

·       le mental analytique’qui "perçoit et enregistre les données de l’expérience pour poser et résoudre les problèmes' "(p. 41), le mental réactif, qui "enregistre et classe la douleur physique et les émotions pénibles, et cherche à diriger l'organisme par simple excitation-réflexe " (p. 41),

·       le mental somatique, qui 'met en oeuvre les solutions sur le plan physique ", (p. 41 ) .

·       la partie consciente du mental analytique, son instance de contrôle, comparée à un moniteur, est le "Je" ou la personne au sens courant du terme (p. 43 ) .

Toutes les perceptions des organes des sens ainsi que toutes les pensées et informations qui s’y rattachent sont classées dans des '"magasins mnémoniques standards"' (P. 44).

Elles sont à la disposition du mental analytique pour l'assister dans sa tâche d’assurer la survie de l’organisme . La survie est le principe dynamique de l'existence auquel toutes les activités de la vie sont subordonnées. Il existe dans les magasins mnémoniques standards des trous, c'est-à-dire des moments où rien n'a été classé. Ces trous correspondent aux moments " d’inconscience", cet état d'être causé par les anesthésiques, les drogues, les blessures ou les chocs" (P. 53). Les perceptions enregistrées en de tels moments ne sont pas classées afin d’éviter une surcharge des magasins mnémoniques standards, car le mental analytique est mis hors circuit. C'est alors que le mental réactif s'enclenche. Il fonctionne à la place du mental analytique dans les moments d’inconscience, qui sont contraires à la survie, afin de sauver l’organisme à un échelon inférieur.

Il n'emmagasine pas des souvenirs, mais des engrammes. Ces derniers forment " un enregistrement complet’ jusqu’au moindre détail, de chaque perception présente durant le moment d’inconscience partielle ou totale" (p. 60).

Ces engrammes sont classés dans un magasin spécial, appelé "bank d'engrammes' (p. 51), séparé des magasins mnémoniques standards.

L'engramme peut se trouver branché de façon permanente dans tout le circuit corporel et se comporte comme une entité séparée" (p. 6O). La douleur physique et l’émotion douloureuse sont liées à l’engramme et diffèrent donc d’un simple souvenir.  Les engrammes sont la cause des aberrations (p. 61), c'est à dire des formes de comportement perturbées ou irrationnelles (p. 42).

Le mental réactif ne pense que par identités (p. 41), ce qui conduit à des réactions inadéquates.

Les engrammes sont donc à l'origine de toutes les insuffisances humaines qui ne sont pas dues à des causes directement somatiques; ils sont responsables en particulier de toutes les maladies psychosomatiques, des névroses et des psychoses.

L'homme optimal, le "Clair", " n’a ni maladie psychosomatique active ou potentielle, ni aberration" (p. l78).

Son bank d'engrammes a été mis au clair par la thérapie dianétique (p. 178 sq.).

Il possède alors des aptitudes jusquelà insoupçonnées.

Son QI est nettement plus .élevé, il est doué de raison à un haut degré et même il ne peut absolument pas se tromper" (p. 16).

S’il advenait toutefois qu'il se trompe, c'est qu’il aurait été victime de données fausses contenues dans " la section raisonnable du mental, celle qui calcule les réponses aux problèmes et qui fait que l'Homme est Homme" (P. 16).

L'homme optimal a aussi la faculté de se remémorer des événements situés très loin dans le passé, et cela avec toutes les perceptions données par les sens. Les perceptions sont enregistrées dans les cellules de l'embryon dès les premières phases de sa vie prénatale, de sorte qu'il est possible d'en rappeler le souvenir en tout temps.

Le patient peut donc répéter les paroles qu'il a entendues, dans sa vie prénatale, lorsque son père et sa mère se disputaient ou avaient des relations sexuelles (exemple d'une telle remémoration, cf. p. 233 sq.).

A plusieurs reprises, L. Ron Hubbard fait état de preuves scientifiques à l'appui de ses affirmations, mais il ne donne aucune indication concrète sur des recherches ou des expériences qu'il serait possible de vérifier.

Description de la Dianétique comme thérapie des troubles de l’âme

La capacité de rappel, de remémoration d’événements anciens, joue un rôle capital dans la thérapie dianétique. Les notions qui s’y rapportent sont mises sur le même plan que l’électronique. L. Ron Hubbard dit expressément que la Dianétique est "une science d'ingénieur" (p. 24O).

Selon lui, la mémoire humaine est organisée comme un ordinateur qui enregistrerait toutes les perceptions et pensées qui les accompagnent selon un ordre chronologique, appelé " ligne de temps" (p. 2O8) .

Elle comprend un mécanisme spécial, appelé "ficheur" (p. 208), qui peut localiser et rappeler n'importe quelle donnée sur la ligne de temps. Le bon déroulement de ce processus peut être entravé par des blocages, qui doivent être éliminés par la thérapie, car aucune guérison n'est possible tant que tous les engrammes provenant d’événements douloureux n'ont pas été effacés. Les engrammes sont, comme déjà dit, la cause des troubles de l'esprit et du comportement, donc de diverses maladies, en particulier des maladies psychosomatiques.

Comment cette thérapie se déroule-t’elle ?

" Le seul et unique objectif de la thérapie est l’élimination du contenu du bank réactif'" (p. 182), car les engrammes sont, comme déjà dit, la source des troubles de l'esprit et du comportement, donc des troubles de l’âme. Les processus thérapeutiques doivent permettre de vider le bank réactif et d’en transférer le contenu dans les magasins mnémoniques standards, où il sera disponible sous la rubrique "expériences" (p. 182).

La thérapie a pour cible le bank des engrammes (P. 184). Comme le patient ne peut pas voir lui-même ses propres aberrations, il a besoin de 1’aide d’un thérapeute’nommé " auditeur'', pratiquant une technique appelée "l’audition ".

Cette technique induit chez le patient un état de '"rêverie ", c'est-à-dire un état où la conscience se trouve réduite et légèrement abaissée.

Le Technical Dictionary ( Church of Scientology of California, Publications Organization USA Los Angeles, Third Printing 1978, Edited by P.Brice, A.C. Taylor), p. 351, définit la rêverie comme suit :"The mind will be found to be to some degree detachable from his surroundings and directed interiorly. "

Traduction proposée : "Le mental se détache à un certain degré de son environnement et dirige son attention vers l’intérieur'".

Une telle définition correspond à celle qu'on donne communément pour un état hypnoïde. Hubbard affirme cependant que la "'rêverie"' est sans rapport avec l'hypnose. Elle est induite par exemple par un comptage monotone.

De nombreuses autres techniques d’introduction à l’audition sont mentionnées dans la littérature scientologique, notamment dans les séances modèles publiées par L.. Ron Hubbard (1985).

Par exemple: l’auditeur effectue un certain nombre de gestes que le patient doit reproduire exactement, de façon stéréotypée’sans en comprendre le sens.

Si le patient pose des questions, il ne reçoit aucune réponse.

L’auditeur répète toujours le même commandement. Le patient doit donc s’abandonner sans réserve et sans émettre la moindre critique aux commandements de l’auditeur.

Bien que L. Ron Hubbard ait affirmé à de nombreuses reprises que la Dianétique n'a rien à voir avec la suggestion et l'hypnose, il n'en recourt pas moins aux mêmes techniques d’induction et de terminaison. A ce propos, il dit expressément que toutes les suggestions possibles de l’auditeur doivent être annulées (p. 210 sq.).

Lorsque le patient est plongé dans l'état de rêverie, l’auditeur lui demande de se souvenir d’événements anciens. Le rappel sert donc d'instrument de travail. Le patient est invité à retourner à des périodes anciennes de sa vie et à les revivre. L'auditeur fait repasser l'engramme au préclair (le patient) jusqu' à ce qu'il se décharge ou s’évanouisse" (P. 217 218).

L'engramme disparaît du bank réactif pour être reclassé dans les magasins standards (p. 218). Lorsque l'événement traumatisant le plus ancien (nommé basiquebasique ) a été effacé, tous les engrammes s’évanouissent (p. 218) .

L’effacement des engrammes est contrôlé par l’électromètre, nommé E-Meter. Il s’agit d’un appareil qui sert à mesurer la résistance de la peau au courant électrique. La résistance de la peau au courant électrique est étroitement liée à l'activité des glandes sudoripares, lesquelles sont sous la dépendance du système nerveux sympathique. Les émotions s’accompagnent d’excitations du système nerveux sympathique et modifient la résistance de la peau, ce qui provoque une chute de l’aiguille sur le cadran de l’électromètre.

Le type d’émotion ne joue aucun rôle.

Seule compte l’intensité de l’émotion.

La théorie dianétique part du principe qu'un engramme est effacé lorsque le récit, maintes fois répété, de son contenu, ne déclenche plus aucune réaction sur l'électromètre.

De tels appareils, qui peuvent en outre mesurer d’autres réactions physiologiques, telles que le pouls, la pression sanguine, la fréquence respiratoire, servaient il y a un certain nombre d’années de "détecteurs de mensonges" . mais ils ne se sont pas avérés fiables, ont donné lieu à de fausses accusations et ne sont plus du tout utilisés aujourd'hui.

La thérapie dianétique part du principe que le fait de revivre les événements douloureux les plus anciens élimine leur effet pathogène.

Cette théorie présente des similitudes avec la psychanalyse de Sigmund Freud et avec la thérapie primaire d'Arthur Janov et autres procédés analogues.

Freud était tout d'abord d'avis que la venue à la conscience de contenus refoulés remontant à la petite enfance permettait d 'éliminer les symptômes névrotiques.

La Dianétique présente des ressemblances encore plus frappantes avec la théorie des névroses d’Arthur Janov.

Janov distingue le moi véritable de l’homme- ce qu’il est, avant qu'il ne découvre qu'il n'est pas acceptable pour ses parents. Aussi l’enfant se construit-il un système de défense, une carapace, afin de ne plus sentir la douleur. C'est le moi irréel.

Chez le névrosé, le moi véritable est lié à la douleur. Il doit ,afin de s’en délivrer, la ressentir à nouveau.

Le patient doit donc revivre la douleur et les événements anciens qui s’y rapportent, hurler sa souffrance afin de s’en délivrer (documentation sur la théorie de Janov : cf. H. Kind "Psychotherapie und Psychotherapeuten" Thieme Stuttgart l982 p. 2O1 sq.).,

Sigmund Freud a rapidement réalisé qu’une simple prise de conscience ne garantit pas la guérison. Ce qui est indispensable, c'est un travail soutenu pour vaincre les résistances que le patient oppose à la thérapie et au thérapeute et pour l'inviter à modifier son comportement, à passer des attitudes fausses ancrées en lui depuis longtemps à des attitudes plus justes et plus mûres. C'est un processus de longue haleine, qui exige de la part de l'analyste un haut degré de connaissances, une grande capacité d’intuition et un investissement constant.

En Dianétique, la compréhension humaine et la capacité d’intuition ne sont nullement requises.

La thérapie se déroule selon des règles impersonnelles, pour ainsi dire mécaniques.

L. Ron Hubbard dit expressément que la Dianétique ne nécessite aucune formation préalable. Les ingénieurs notamment seraient particulièrement aptes à devenir d’excellents auditeurs (p. 176). Les règles de base de la thérapie exigent que l’on ne cherche pas à mettre le patient à l'aise et qu'on ne lui montre en aucun cas la moindre sympathie (p. 185186).

Il ne faut pas non plus donner la moindre information au patient.

Quels que soient ses cris et ses plaintes, il ne faut pas perdre de vue que toute plainte, tout gémissement, est un pas de plus vers le but (p. l87).

"'Le travail de l'auditeur est un peu un travail de berger qui rassemble au pacage les petits moutons, les engrammes, pour le massacre"' ( p . 188) .

"L’auditeur qui se heurte à une opposition, à des théories opposées à la Dianétique, à des critiques personnelles, etc. n'écoute pas des données analytiques (c’est à dire, dans ce contexte, aucun argument raisonnable ) mais des engrammes réactifs; aussi doit-il continuer calmement " fort de ce savoir " car les dynamiques du préclair (le patient), tout ce qu'on peut en utiliser, vont l'aider tant qu'il se montrera un allié contre le mental réactif du préclair, plutôt qu'un critique ou un agresseur du mental analytique' (p. 194) .

L'auditeur fournira un travail optimal s'il se met 'dans la peau de celui qui peut rester assis à siffloter pendant que Rome brûle à ses pieds et garder le sourire" (p. 187).

L'auditeur ne s’intéresse pas à ce que le patient fait, ou a fait. La thérapie dianétique ne traite que de ce qui a été fait au patient.

Ce qui a été fait par le patient ne nous intéresse pas.

L'auditeur qui s’y intéresse pratique autre chose que la Dianétique'' (p. 336).

Cette attitude d'esprit rend la thérapie particulièrement problématique parce qu' elle attribue à la mère une responsabilité majeure dans les aberrations du patient.

Il semble aller de soi que de nombreuses mères auraient tenté d'avorter et causé ainsi des engrammes à l'embryon qu'elles portaient dans leur sein.

Lorsqu’un patient dit qu'il ne se souvient que faiblement des événements anciens, sa mauvaise mémoire est généralement imputée à sa mère, qui aurait répété continuellement à 1’enfant qu 'il ne pouvait se souvenir de rien de ce qui lui était arrivé lorsqu'il était bébé.

"Elle ne veut pas qu'il se rappelle comme elle était habile quand bien même sans succès à manier divers instruments.

Peut-être que la mémoire prénatale elle-même ne serait pour toute la race qu' une mémoire ordinaire et complète si la mauvaise conscience de certaines mères ne s'était acharnée de la sorte depuis des millénaires.

L.'auditeur rencontrera dans sa pratique des tas d’objections de mères qui glapissent contre le fait que leurs fils ou filles décident de se faire auditer, parce qu'ils pourraient faire certaines découvertes" (p. 2O7).

" On a vu des mères faire une crise nerveuse à la pensée que leur enfant pourrait se remémorer des incidents prénataux. Il ne s’agit pas toujours, notez bien, de tentatives d’avortement. La mère a quelquefois connu une paire d’hommes en plus de Papa et à son insu et " maman préférerait, dans certains cas, condamner son fils à la démence, à la maladie ou au malheur tout simplement’plutôt que de laisser son enfant s'engager dans la voie du préclair, même si, en toute honnêteté, elle n'a aucun souvenir de ce qui aurait pu arriver de mal à l'enfant. Si elle est traitée elle-même, elle avoue en général volontairement la vérité. Voilà pour quoi une société en arrive à décourager la bonne mémoire et à négliger les souvenirs de la première enfance ou de la zone prénatale " sans parler de l’aptitude à retourner et à revivre" (p. 2O7).

Le foetus est endommagé non seulement par la tentative d'avortement dont il est victime, mais aussi par les monologues que la mère tient à ce moment-là et qu'il enregistre, des troubles psychiques et les névroses dont il peut être atteint par la suite (p. 343) .

Il en va de même des conversations que la mère aurait tenues avec le père ou un amant pendant 1’acte sexuel, moment auquel le foetus qu'elle porte est pressé et secoué, c'est-à-dire ressent de la douleur.

Le patient qui commence une thérapie dianétique ne doit en aucun cas s’adre sser à ses parents ou à ses proches pour leur demander des informations sur sa petite enfance . Ces derniers ne pourraient que le mettre sur une fausse piste parce que leur seul et unique désir est qu'il oublie tout ce qu'ils lui ont fait. '

"Les traîtres du mélodrame, ce sont les gens qui, par leurs actes, ont fait du préclair un aberré. Attendre d'eux des données exactes, c'est un peu comme attendre que la lune devienne un fromage vert"' ( p. 42372424 ) .

D’après la théorie de L.. Ron Hubbard, une interruption de la thérapie provient toujours d'une résistance. Mais les manifestations de cette résistance seraient autant de tentatives du mental pour reprendre la thérapie (p. 425).

Aussi l'Eglise de Scientologie peut-elle considérer toute interruption de la thérapie, quels qu 'en soient les motifs, comme un pas irresponsable du patient.

 

Risques de la Dianétique à la lumière de la recherche en matière de psychothérapie

Une lecture attentive du traité de Dianétique de L.. Ron Hubbard montre clairement que cette prétendue thérapie est une procédure complètement impersonnelle, pour ainsi dire ''inhumaine'' .Le thérapeute ne se soucie nullement des préoccupations ni des problèmes personnels du patient. Il s’en tient uniquement aux techniques de rappel et invite obstinément le patient à raconter des événements anciens jusqu’à ce que 1’électromètre n' indique plus aucune réaction émotionnelle. Comme le patient ne reçoit aucune information, il ne sait généralement pas ce qui est en jeu. Il se trouve dans un état légèrement hypnoïde et s’en remet entièrement à 1’auditeur.

Tout au plus vivra-t’il en début de thérapie une forte décharge émotionnelle qui lui paraîtra libératrice. Mais la répétition d'un tel phénomène ne lui apportera généralement aucun bienfait’car les conflits ne sont pas traités et le patient ne reçoit aucun conseil qui luipermettrait de mieux s’orienter dans la vie.

Cette thérapie ne s’intéresse qu’à la simple décharge émotionnelle et laisse intentionnellement de côté les moyens d'action connus et scientifiquement prouvés des procédés psychothérapeutiques. La relation au thérapeute, qui est aujourd'hui reconnue comme le plus important facteur thérapeutique, est complètement exclue. Quelles que soient les réactions du patient, qu'il soit en pleine crise ou en plein effondrement, l'auditeur doit rester tranquillement assis, pouvoir siffloter (p. 187) et lui faire repasser inlassablement les engrammes qui, d'après les indications de l'électromètre, n'ont pas encore été effacés. Il est hautement probable qu’on en arrive ainsi à un conditionnement du patient, qui devient indifférent parce qu 'il ne comprend pas le sens de la procédure. Les questions posées le laissent de plus en plus froid, de sorte qu’aucune émotion ne se manifeste plus et que 1’électromètre n’indique plus aucune réaction.

Cela ne signifie en aucune façon que les traumatismes anciens aient été surmontés, mais seulement que les mécanismes de défense sesont renforcés sur le plan émotionnel. Freud avait déjà remarqué que la simple venue à la conscience d’un évènement douloureux n’en éliminait pas 1’effet pathogène.

L'idée que les parents et les proches seraient les grands responsables des troubles et maux du patient présente des risques considérables. Toute résistance des parents contre cette thérapie possessive est aussitôt interprétée comme l'expressionde leur culpabilité et de leur angoisse à la pensée que le patient ne découvre les "mauvaises actions' qu'ils auraient commises contre lui durant son jeune âge, voire lorsqu'il était encore un foetus.

Cette thèse semble faire partie de la stratégie de l'Organisation, car elle a pour effet de séparer le patient de sa famille et de le rendre complètement dépendant de la Scientologie.

Ajoutons encore à cela les énormes pressions financières que la Scientologie exerce sur ses membres et l'on comprendra que le retour à l’autonomie devient extrêmementdifficile.

Comme le processus de 1’audition laisse le patient complètementseul en ce qui concerne ses conflits et ses angoisses, puisqu'ilne doit recevoir aucune interprétation, aucune sympathie ni aucun soutien émotionnel, seules les personnes psychiquement très solides, ayant confiance en elles-mêmes et capables d'une grande résistance intérieure, peuvent suivre une telle thérapie sans trop de risques.

En revanche, les personnes qui sont en conflit avec elles-mêmes ou avec leur entourage, celles qui présentent une certaine fragilité nerveuse ou manquent d'assurance, celles enfin qui souffrent de troubles psychiques courent des dangers considérables tels que: états d'angoisse, dépressions, crises allant jusqu’à un effondrement psychotique.

H. Lang cite un tel exemple :"L’Eglise de Scientologie pratique aussi des méthodes de suggestion. Par exemple, ainsi que le rapporte une patiente’ deux adeptes restent assis face à face pendant au moins une demi-heure, se regardant droit dans les yeux, sans dire un mot ni même bouger la tête. Cette patiente, qui n'avait jamais suivi de traitement psychiatrique, perçut soudain, à la place du partenaire assis en face d'elle, un portrait qui lui rappelait une figure du 16e siècle cependant qu'elle ressentait une sensation d’étouffement.

Le superviseur de cours lui expliqua que quelque chose qui était réellement arrivé au 16e siècle se répétait en elle.

L.'homme dont elle avait vu le portrait aurait péri étranglé.

Le ''Thétan'', ou esprit immortel, qui habitait son corps se serait réincarné en elle.

Si l'on croit une telle interprétation, qui rappelle le " time track" ( piste du temps ) de la science-fiction, et notre patiente en fut convaincue dur comme fer, les frontières de1’espace et du temps se déplacent, des perspectives vertigineuses s’ouvrent à la pensée, l’identité du sujet se dissout dans la fusion avec des figures historiques. Rien d'étonnant à ce que la patiente ait été hospitalisée quelques jours plus tard dans un état psychotique grave. L’enseignement de la réincarnation et la pratique d'exercices créant une très forte intimité se retrouvent aussi bien dans la Scientologie que dans le Mouvement Bhagwan.'' (H. Lang : ''Können Jugendsektenkrank machen?'' in : Destruktive Kulte, publié par K.G. Karde et M. MüllerKüppers, Verlag für medizinische Psychologie, Göttingen 1983, p. 837284).

Les instructions de L. Ron Hubbard, selon lesquelles 1’auditeur ne doit pas se soucier des crises du patient, mais rester tranquillement assis et pouvoir siffloter (p. 187) nous paraissent donc d'autant plus inquiétantes.

La prétention de la Dianétique de pouvoir guérir toutes les névroses, les maladies psychosomatiques et les psychoses fonctionnelles contredit totalement ce que 1’on sait, à partir de recherches sérieuses, sur l'efficacité de la psychothérapie.

Le traité de L.. Ron Hubbard se caractérise par l'absence totale de toute description vérifiable d’essais thérapeutiques avec contrôles de succès. L. Ron Hubbard se contente d'affirmer purement et simplement, qu'il est scientifiquement prouvé que la Dianétique possède des effets aussi merveilleux. Il ne lui en coûterait guère d'établir une comparaison entre la Dianétique et une thérapie par la parole centrée sur le patient.

Il lui suffirait pour cela de procéder auprès de la clientèle d’une institution psychothérapeutique à un essai où les patients seraient désignés au hasard pour suivre l'un ou l'autre des deux traitements. Nous n'avons jamais eu connaissance que L. Ron Hubbard ait soumis sa méthode à un tel test.

Tant qu'aucun test scientifiquement vérifiable n'a été effectué, la Dianétique ne saurait se réclamer du titre de science. La plupart du temps, le patient ne réalise pas quel est réellement le but de la thérapie, que cette dernière vise uniquement à le libérer des engrammes responsables de ses aberrations et non à lui apporter quelque aide pour surmonter ses difficultés et ses conflits. L.es procédés de suggestion utilisés comme introduction à 1’audition le rendent perméable aux manipulations de l' auditeur et affaiblissent son sens de la réalité.

Une fois persuadé qu'il se souvient d’événements prénataux etmême de ses vies antérieures, il devient un adepte du système,croit appartenir à une petite élite disposant de pouvoirs spirituels inouïs, capable même de survivre à une guerre atomique.

Mais L. Ron Hubbard ne s'en tint pas à la Dianétique, grâceà laquelle l'homme peut se libérer de ses aberrations et atteindre l'état de "Clair"‘c' est-à-dire de la personne qui, par1’intermédiaire de la technologie scientologique, est parvenue à cet état extrêmement élevé où elle est capable d'être cause sciemment et à volonté vis-à-vis de la matière, de l'espace,de 1’énergie et du temps mentaux, pour ce qui est de la première dynamique (survie pour soi)." (Cf. Introduction à l'Ethique de la Scientologie, par L.. Ron Hubbard, New Era Publications, Copenhague, deuxième impression en langue française,l983, p. 94). " He discovered and developed the astonishing materials above Clear now known as the Advanced Courses. These are the eight OT Sections, enabling one who has attained Clear to regain abilities never before accurately credited to the human spirit’as an Operating Thetan, a spiritual being operating independently of the laws of the physical universe. " (Cf. ''All About Radiation"‘by a Nuclear Physicist and a Medical Doctor’published by Scientology Publications Organization, Denmark, 1979, p. 152).Comme cet ouvrage n' a pas été publié en langue française,nous proposons pour ce passage la traduction suivante :

"Il découvrit et développa les étonnants matériaux au-dessus de " Clair " qui sont connus aujourd’hui sous le nom de Cours Avancés. Ce sont les huit niveaux OT (OT =Operating Thetan = thetan opérationnel ) .

Ils permettent à quelqu' un qui a atteint 1’état de " Clair'' de regagner des aptitudes dont on n’avait jamais encore pu établir avec précision que l'esprit humain les possédait, etcela en tant que thétan opérationnel, en tant qu' être spirituel opérant indépendamment des lois de l’univers physique.

Une telle littérature suggère donc aux adhérents qu'ils peuvent parvenir à la perfection humaine, acquérir des capacités spirituelles et intellectuelles jusqu'alors inconnues, devenir " un être spirituel opérant indépendamment des lois de l'univers physique "...à condition qu'ils suivent ces courslà. C'est à partir de 1966 que L.. Ron Hubbard a développé les idées qui sont à la base des niveaux OT. Mais il n'a pas apporté la preuve que ces cours conduisent à la perfection humaine.Si cela était, les succès de la Scientologie parleraient pour elle et elle ne serait pas obligée de recourir à des méthodes discutables et peu reluisantes ainsi que le montrent les exemple s cidessous.

4. Le cas de Madame S.B.

Cette jeune femme trouva un jour dans sa boîte aux lettres un prospectus sur les livres de la Scientologie. Comme elle souffrait d'un certain manque d'assurance, elle s’intéressa à "La Dianétique, la Science moderne de la Santé Mentale'' et commanda le livre par la poste.

Le jour suivant, elle reçut un coup de téléphone de la librairie de la Scientologie, 1’invitant à venir personnellement. Ce serait pour elle l'occasion de se renseigner plus en détail et de faire un test qui

permettrait de mieux voir de quelle aide elle avait besoin. Elle se laissa persuader et se rendit le samedi suivant à la librairie de la Scientologie. Là, elle reçut une liste de questions concernant son état de santé et son caractère. Le test fut évalué sitôt après qu'elle l'eut rempli. On lui dit qu'elle était très intelligente, était capable d’avoir un bon contact avec autrui et devrait absolument s’améliorer encore sur ce point. Sans lui demander réellement son avis, on la conduisit aussitôt au Centre de 1’Organisation de Scientologie. Là, on lui fit remplir un second test, nettement plus volumineux. Sous la pression des jeunes gens qui s’occupaient d’elle , lui souriaient amicalement et la tutoyèrent immédiatement, elle se laissa convaincre d’aller à un premier cours et aussi à une séance d’audition qui dura environ quatre heures et consistait en une série de questions répétitives. Après quoi, elle se trouva complètement épuisée, mais ressentit aussi un certain soulagement.

Aussitôt, on lui demanda d’écrire une lettré de succès, ce qu elle fit, et on lui fixa un nouveau rendez-vous pour le lendemain. Durant les semaines qui suivirent. Mme S.B. reçut trois fois par semaine une séance d'audition dont la durée sétendait de deux à quatre heures, ce qui mettait ses forces à très rude épreuve. En raison des pressions énormes exercées sur elle, Mme S.B. fut amenée à contracter deux emprunts bancaires de Fr. 32000. (130000 FF) en faveur de la Scientologie.

Les intérêts et l'amortissement s'élevaient à Fr. 723.-- par mois, ce qui correspondait à un tiers de son revenu mensuel net. Comme Mme s.B. souffrait de troubles de la circulation, son médecin de famille et même le médecin recommandé par la Scientologie lui déconseillèrent de faire le ''Rundown de Purification' c'est-à-dire une cure de plusieurs jours où l’adepte doit quotidiennement faire un sauna de plusieurs heures et prendre des tablettes de vitamines. L.' Organisation de Scientologie n' en tenta pas moins de la persuader de faire ces saunas et insista pour qu’elle prît les tablettes de vitamines. Finalement, après une séance d’audition très longue, Mme S.B. fut victime d’un véritable collapsus circulatoire.

Aussi voulut-elle prendre quelque repos et partir enfin en vacances.

Mais des membres de la Scientologie lui téléphonèrent chaque jour pour la convaincre de renoncer à ses vacances ou de venir les passer dans l'Organisation de Scientologie. Mme S.B.. s'en tint cependant à sa décision, prit du recul pendant les vacances et réalisa dans quelle situation financière difficile elle s'était mise.

Une fois de retourelle souvrit de ses problèmes à un supérieur. Ce dernier lui fit lire un article du ''Beobachter " sur les pratiques de la Scientologie. Mme S.B. téléphona alors à l'Organisation pour dire qu'elle ne voulait plus venir.

Sur ce, elle fut bombardée d'appels téléphoniques chaque jour, souvent à des heures tardives. Elle devait absolument continuer les cours, pouvait beaucoup en profiter et obtiendrait rapidement,grâce aux progrès qu'elle ferait, une place mieux rétribuée, ce qui la délivrerait de ses soucis financiers.

Ces appels téléphoniques et cette insistance massive la mirent à bout de nerfs.

5. Le cas de Mme L.B.

Cette jeune femme fut introduite par son ami dans l'Organisation de Scientologie. Elle alla une fois lui rendre visite dansles locaux de l’Organisation et fut aussitôt invitée à remplir le test de personnalité. Une fois le test évalué, elle eut un long entretien avec un membre du personnel qui chercha à la convaincre de s'inscrire pour un cours. Mme L.B. s'y refusa tout d'abord. Puis, lors d'une autre visite, elle fut reçue par le I'chef'' de son ami, qui lui représenta combien il était important, pour la bonne entente entre elle et son ami, qu'elle aussi fasse de la Scientologie. Elle accepta alors de s'inscrire pour un premier c ours. Chacun dans l’Organisation se montra amical à son égard et tous la tutoyèrent aussitôt. Mme L.B.fut surprise de la très bonne ambiance de l’Organisation.

Une fois le premier cours terminé, elle fut soumise à des pressions massives pour la persuader de contracter un emprunt de 6000 FS – [soit 24000 FF] pour d'autres cours.

Puis Mme L..B. se vit prescrire le "Rundown de Purification''dont nous avons déjà parlé. Après cette cure, qui ne lui causa pas de malaise on la persuada de contracter un second emprunt, de Fr. 27'OOO.-- cette fois-ci, en faveur de son ami, lequel, en raison des dettes qu'il avait déjà, ne pouvait plus obtenir un nouveau crédit.

Peu a près, son ami rompit avec elle. Mme L..B. se sentit trahie et " complètement démolie"

Elle reçut alors des séances d'audition, mais trouva la procédure désagréable. Toujours on revenait sur les mêmes choses, ce qui la faisait pleurer.Environ trois mois après son premier contact avec la Scientologie, Mme L..B. se vit proposer de devenir collaboratrice de l'Organisation. Elle se sentit très honorée, réduisit de 5O % son activité professionnelle et sengagea à travailler 10 h 30 par j our pour la Scientologie pendant 5 ans.

En tant que collaboratrice de l’Organisation, elle apprit à connaître les méthodes sans scrupules dont la Scientologie se sert pour amener les clients potentiels à contracter d'énormes obligations financières.

En raison de son double emploi, elle se trouva surmenée et s'isola progressivement de ses amis et connaissances. Il lui devint de plus en plus difficile d'exercer ses activités professionnelles ordinaires, mais elle était fière de son poste de collaboratrice de la Scientologie.

Elle dut cependant réaliser que ses forces ne lui permettaient pas de remplir deux emplois.

Finalement elle sombra dans un état dépuisement et fut envoyée par sa mère chez le médecin de famille, en l'occurrence une doctoresse. Selon le rapport écrit établi par cette dernière, Mme L.B.. souffrait d’un état d’épuisement psychique et physique ainsi que d'une légère anémie. Elle était si affaiblie que la doctoresse dut lui faire une déclaration d'incapacité de travail pour deux semaines. Malgré les avertissements de la doctoresse, Mme L..B. ne voulut rien changer à sa situation.

Neuf mois plus tard, elle s'annonça à nouveau auprès de la doctoresse, cette fois-ci dans un état de véritable panique. Lors de la consultation, il s'avéra qu'elle se trouvait dans un état psychique grave, était angoissée par des idées de mort et se croyait menacée. Que s'était-il passé ?

Durant les mois précédents, Mme L.B. avait tenté à plusieurs reprises de réduire son temps de travail dans l’Organisation, car il était au-dessus de ses forces de remplir deux emplois.

A chaque fois, on avait exercé de fortes pressions sur elle pour la persuader de continuer. Si elle voulait être sauvée dans cette vie-ci, elle devait rester à son poste.

On lui donna à lire un texte de L.. Ron Hubbard décrivant à quels maux s’exposaient ceux qui se détournaient de la Scientologie.

Mme L..B. fut très impressionnée mais persista dans son désir de quitter l'Organisation. Elle se décida à demander qu'on lui rende l'argent qui restait sur son compte, mais se laissa persuader de le laisser provisoirement là.

Mme L..B. se sentait très insécurisée.

D'une part, ses forces ne lui permettaient physiquement pas de satisfaire aux exigences qui lui étaient posées, d'autre part, elle éprouvait des doutes au sujet de l'Organisation. Elle réalisait qu'il y avait une énorme discordance entre les hauts idéaux proclamés par la Scientologie et les procédés honteux auxquels elle recourt pour soutirer de fortes sommes aux gens, n'hésitant pas à les pousser à des obligations financières qui dépassent visiblement leurs possibilités et les amènent à faire des dettes.

Cependant, elle se sentait valorisée par son appartenance à l’Organisation.

Elle se voyait faisant partie d'un groupe qui propageait de hautes valeurs éthiques. Aussi éprouvait-elle des sentiments de culpabilité lorsqu 'elle se résolut à abandonner la Scientologie .

Alors qu'elle se trouvait dans cet état d'esprit, elle alla au cinéma et vit un film où il était question d'un homme qui était puni par le diable pour les mauvaises actions qu'il avait commises dans une vie antérieure.

Cette histoire lui rappela le textede L. Ron Hubbard qu’on lui avait fait lire contenant des menaces contre ceux qui se séparent de la Scientologie.

Cela déclencha en elle un état d'angoisse aigu qui, d'après le rapport de la doctoresse, était de caractère psychotique.

Grâce à des séances régulières de psychothérapie, cet état disparut au bout de quelques semaines et Mme L.B. revint à une appréciation correcte de la réalité.

6. Les cas de S.F. et de L.S.

Ces deux personnes, dont nous ne parlerons ici que très brièvement, avaient été des collaborateurs actifs de la Scientologie. Ils passèrent un certain temps aux USA dans un des grands centres de l'Organisation, Flag en Floride, pour y parfaire leur formation. Tous deux décrivent combien l'Organisation les tenait sous sa coupe. Les cours et autres activités leur prenaient un temps si considérable qu'il ne leur était pratiquement plus possible d'avoir un moment pour eux. Cela les conduisit à l'isolement. Ils se sentirent aussi très fatigués et physiquement surmenés. Finalement tous deux purent se détacher de la Scientologie. Ce qui les avait le plus choqués, c'était la contradiction entre les buts éthiques élevés proclamés par l'Organisation et ses agissements sans scrupules en matière financière.

L.S. se plaignit surtout d'avoir été constamment soumis à de très fortes pressions.

On avait cherché par tous les moyens à l'isoler en entravant, voire en empêchant tout contact avec les siens.

On ne peut pas dire que ces deux personnes, abstraction faite des pertes financières qu'elles ont subies, aient été victimes de conséquences graves. Mais leur exemple illustre comment l’Organisation recrute les gens, les influence de façon systématique, exerce des pressions morales sur eux, cherche à les isoler de leur entourage habituel et à les amener sous sa dépendance.

Réponse aux questions que vous m'avez posées

Pour les points 1 et 2,

Vous trouverez sous cette rubrique ma réponse aux questions1 et 2.

Au moment où j’ai examiné Mme L.B.cette dernière ne présentait plus de troubles psychiques notables. Elle pouvait raconter son histoire de façon claire et donner des réponses intelligibles aux questions que je lui posais.

Elle semblaitavoir pris du recul par rapport à la Scientologie.

Cependant, maintenant encore, elle éprouve des impressions difficiles àdécrire. Elle ne comprend pas comment elle a pu se laisser pareillement influencer contre ses propres intérêts.

Sur le plan physique, elle ne se sent plus tout à fait comme avant, souffre de troubles divers sans présenter pour autant de véritables symptômes.

Son ami dit qu'elle est instable, ce qui est vrai.

D'après sa description et le rapport qui m'a été adressé par son médecin de famille en date du 29.3.1988, il ressort clairement que Mme L.B. éprouvait des sentiments de culpabilité et se sentait menacée au moment de son retrait de l’Organisation de Scientologie, ce qui déclencha en elle une crise psychique grave durant laquelle elle perdit passagèrement le contrôle de la réalité. L'apparition d'un tel état psychotique montre combien Mme L..B. était sous l’emprise de l’Organisation.

Ce n'est que grâce à l'aide de sa mère et de son médecin de famille qu'elle put sortir relativement rapidement de cette crise. Bien que l'Organisation propose " les voies de la santé mentale''Mme L.B. n’en reçut aucune aide puisque comme déjà dit, L.. Ron Hubbard considère toute tentative de résistance contre la Scientologie comme une attitude déraisonnable et irresponsable.

A ce propos, l’Ethique de la Scientologie est très révélatrice : ( cf. L. Ron Hubbard : " Introduction à l’Ethique de la Scientologie'New Era Publications, Copenhague, 2e édition française, 1983).

On y apprend que toute critique contre la Scientologie et toute tentative de penser par soi-même sont un délit, voire un crime contre l’Organisation.

On comprend aussi pourquoi,l’Organisation n’hésite pas à recourir à des méthodes aussi peu scrupuleuses pour amener les clients à contracter de grandes obligations financières. On trouve, p. 55 de l' Introduction àl'Ethique, que des "revenus ou activités insuffisants ou en baisse" dans une section, une unité, une organisation etc. sont un délit.

Plus loin, p. 84, il est dit: "En Scientologie, dans toutes les questions de récompense et de sanction, nous prêtons la plus vive attention à ces lois fondamentales" (exposées dans les pages précédentes) "et nous utilisons cette règle..

Nous récompensons la production et les bonnes statistiques, et nous sanctionnons la non-production et les mauvaises statistiques. Toujours. Et nous le faisons uniquement en nous basant sur des statistiques et non sur des rumeurs, sur la personnalité ou sur des recommandations. Et nous nous assurons que chacun a une statistique quelconque. Nous ne promouvons qu'en nous appuyant sur des statistiques.

Nous ne sanctionnons que les mauvaises statistiques".

Mme L..B. rapporte que chaque jeudi l'Organisation établissait la statistique de ses activités, c'est-à-dire combien de quoi elle avait vendu, achevé ou commencé.

Car, en vertu des directives précitées, l’Organisation est récompensée ou sanctionnée sur la base de ses statistiques.

Mme L..B. décrit l'agitation extrême qui régnait ce jour-là. Tous cherchaient, par des coups de téléphone ou des visites, à vite marquer encore quelques points. Vu ce qui précède, il ressort clairement que cette Organisation, qui préconise des buts éthiques aussi élevés, est dominée par de sordides intérêts matériels.

Pour le point 3

Comme je l'ai déjà montré au chapitre concernant la théorie et la thérapie dianétique, l'idée que les névroses, les maladies psychosomatiques et les psychoses fonctionnelles seraient dues exclusivement à des événements pathogènes anciens, pouvant même remonter à la période prénatale, est totalement insoutenable à la lumière des résultats actuels de la recherche en matière de psychologie et de psychiatrie.

Les troubles de l'âme ne se comprennent en règle générale que par l’interaction de facteurs multiples ou de conditions multiples. Toutes les théories qui veulent attribuer ces troubles à une cause unique sont à écarter.

Ainsi que Freud l'avait observé lui-même, l'idée qu'une prisede conscience d’événements anciens permet de guérir la plupart des troubles psychiques est erronée et totalement contredite par les résultats des recherches effectuées depuis plusieurs dizaines d’années dans le domaine de la psychothérapie .

La guérison de tels troubles est de façon générale un processus complexe dans lequel la relation au thérapeute joue un rôledécisif.

Les exceptions sont rares et ne font que confirmer la règle.

Pour le point 4

Dans son ouvrage "L.a Dianétique, la Science moderne de la santé mentale", L. Ron Hubbard ne donne aucune preuve de la justesse de sa théorie et de sa thérapie. Il mentionne à plusieurs reprises des observations et des résultats sur des personnes qui confirmeraient ses dires.

Néanmoins, il n'apporte aucune donnée qui permettrait une vérification. Je ne sais pas si L..Ron Hubbard a fourni ailleurs des données vérifiables comme on l’exige dans des publications scientifiques sérieuses.

Les concepts concernant les magasins mnémoniques, les trois types de mental et autres notions sont une construction théorique relevant de la métapsychologie.

Autrement dit, il s’agit dune construction qui ne se prête pas à une observation et à une expérimentation directemais se situe uniquement sur le plan théorique.

L. Ron Hubbard prétend que la Scientologie est "le seul systèmee qui marche dont dispose l'homme" (Introduction à l'Ethique, p. 92). ''Elle a déjà amené des gens à un Q.I. plus élevé, à des vies meilleures, et toutes ces choses-là, aucun autre système n'y est parvenu'' (Introduction à l'Ethique, p. 92).

Mais il ne donne non plus aucune preuve à l'appui.

Pourtant, une élévation du Q.I. grâce à l'audition et aux cours de la Scientologie pourrait parfaitement bien être confirmée ou infirmée, car le Q.I. peut se déterminer de façon très nette par des tests appropriés.

Aussi longtemps qu'il n'existe aucune preuve vérifiable de l'efficacité de cette méthode, on peut considérer qu'il ne sagit là que d’affirmations publicitaires visant à éveiller de faux espoirs auprès des clients potentiels.

Pour le point 5

Dans le chapitre concernant les risques de la thérapie dianétique, j'ai déjà traité en détail des dangers de cette méthode.Je rappelle ici les points essentiels: d'une part, le patient ne reçoit aucune aide qui lui permettrait de surmonter ses conflits et ses difficultés; d'autre part, la thérapie vise uniquement à obtenir des décharges émotionnelles.

A ce propos,on peut aussi se demander dans quelle mesure l’électromètre peut vraiment donner des indications sérieuses.

En outre ,j e stime particulièrement inquiétante la stratégie consistant à isoler le patient de ses parents et de sa famille sous le prétexte absurde que ces derniers seraient seuls responsables des maux dont il souffre.

Pour le point 6

Ici se pose la question de savoir si les méthodes de la Scien-tologie, notamment l’audition, peuvent être comparées à un " lavage de cerveau". Ce type de procédé était pratiqué par les régimes totalitaires, qui l'utilisaient pour la rééducation des adversaires politiques et, tout particulièrement, des prisonniers de guerre.

On vise par là à détruire les valeurs de lennemi et à implanter en lui de nouvelles convictions par un système d’endoctrinement.

Diverses techniques sont utilisées. Par exemple : on recherche les points faibles dans le système de référence de l'adversaire et des ''plaies vives" dans la vie de l'individu; on vise à éveiller en lui des sentiments de culpabilité, à suggérer qu'il a été contraint de participer à de mauvaises actions; finalement, on lui demande de petits services, qu'il lui est difficile de refuser puis on élève les exigences jusqu'à ce qu'on l'amène à une collaboration effective (cité d'après H.H. Kornhuber : ,'Psychologieund Psychiatrie der Kriegsgefangenschaft '" in : Psychiatrie derGegenwart, publié par H.W. Gruhle, R. Jung, W. Mayer-Gross et M. Müller, Band 3, Springer-Verlag, Berlin 1961, p. 68O sq.).

La Scientologie présente une certaine analogie en ce qui concerne le procédé psychologique.

Cependant les régimes totalitaires recouraient en même temps à des moyens de coercition massifs tels que l'isolement, les sévices physiques, la privation systématique de sommeil, etc. C’est seulement sur ce terrain que l'endoctrinement déployait toute son efficacité. Il est certain que cet aspect n'existe pas en Scientologie. En revanche, la structure autoritaire de l’Organisation, la tendance à isoler le client de son environnement habituel, la contrainte de groupe exercée sur lui, tout cela est d’une évidence indiscutable.

L..J. West donne une description générale de ces pratiques, dont la Scientologie n' a pas l’exclusivité (Voir :''Die Kulte als Problem der öffentlichen Gesundheit" in : Des-truktive Kulte, publié par K.G. Karde et M. Müller-Küppers,Verlag für medizinische PsychologieGöttingen 1983, p. 47-64 ) .

L..J. West est professeur de psychiatrie de l'Université de Californie à L.os Angeles. C'est un bon connaisseur des cultes religieux. Bien que la Dianétique et la Scientologie ne doivent pas être assimilées à un ''lavage de cerveau"la conclusion s’impose cependant qu'elles présentent des analogies subtiles avec ce type de procédé et font courir des risques considérables au patient.

Comme je l'ai déjà dit, p. 14 du présent exposé, l'audition peut conduire à des états d'angoisse, des dépressions, des crises allant jusqu' à un effondrement psychotique, en raison de la façon peu délicate dont il est pratiqué conformément aux instructions données par L. Ron Hubbard. Il est particulièrement préoccupant que de tels états ne soient pas reconnus pour ce qu'ils sont, de sorte que le patient ne reçoit aucune aide adéquate. Selon les directives de L.Ron Hubbard, la séance d'audition doit tout simplement se poursuivre.

A cela s'ajoute que, dans de tels cas, les Scientologues refusent par principe toute aide médicale professionnelle. La méthode d'audition, appliquée par des amateurs en matière de psychologie/psychiatrie, fait donc courir des risques sérieux au patient.

La structure autoritaire de la Scientologie n' est pas sans danger non plus, ainsi que le montre le cas de Mme L.B..

Cette dernière ne représente nullement un cas isolé.

Les autrespersonnes que j'ai pu interroger ont fait des expériences analogues sur ce point, à la différence qu'elles étaient plus résistantes et se sont moins laissées intimider. Comme déjà dit, seules les personnes très stables, ayant confiance en elles-mêmes, de nature plutôt superficielle, peuvent s’adonner à la Dianétique et à la Scientologie sans trop de risques.

De telles personnes sadaptent facilement et peuvent opposer une résistance suffisante à la pression de groupe, ou bien elles s’identifient totalement à l’Organisation et se trouvent confortées dans leurs tendances narcissiques.

P.S.Ce n'est qu'après avoir terminé le présent travail que j'ai eu connaissance de l’expertise faite par le département de psychiatrie légale de la clinique psychiatrique universitairede Münich, signée par le Prof.Dr. W. Mende et le Dr. N. Nedopil,datée du 21.12.84 et adressée à l'administration du cercle, division principale 3, 8000 Münich, concernant l'enquête administrative menée contre l'Organisation de Scientologie de Münich.

Cette expertise aboutit largement aux mêmes conclusions que moi en ce qui concerne les pratiques de la Scientologie.

En revanche, elle contient comme élément nouveau par rapport à mon propre travail une appréciation du test de personnalité utilisé par les Scientologues pour attirer les clients.

Je n’ai personnellement pas vu ce test, probablement le même que celui que les personnes dont j'ai examiné le cas ont rempli lors de leur premier contact avec la Scientologie.

Ce test a fait l'objet d'une expertise spéciale de la même clinique, datée du 27.12.84 et signée par le Dr. Phil. J.Weber, spécialiste en psychologie clinique et légale.

D'après cette expertise, qui se réfère à celle faite par Mende/Nedopil, le test de personnalité est inapproprié pour déterminer les troubles psychiques.

Comme aucun document n' a été publié à ce propos dans la littérature scientifique, il est hautement douteux qu'il s'agisse d'un test scientifiquement reconnu.

A cela s'ajoute que des exemples concrets ont donné des résultats contradictoires. Ce test, tel qu'il est pratiqué par les Scientologues, ne permet pas d'apprécier de façon responsable si une personne a besoin dune thérapie ou non.

Meilleures salutations

Prof.Dr.méd. H. Kind