Infirmière Magazine

Dossier Sectes et santé

Pour le février 2004

 

 

Sectes et santé : le chant des sirènes

 

Une plongée dans l'irrationnel sectaire appliqué à la santé. Les soignants constituent aujourd'hui les cibles de choix pour les groupes sectaires les plus à la page. Du massage à l'emprise et aux pensées magiques, il n'y a qu'un pas.

 

Ce serait tellement merveilleux de trouver des solutions simples aux problèmes compliqués qui nous assaillent chaque jour de la vie. Le chemin secret dont nous rêvons tous, celui qui mène au bien-être, à la santé et à l'amour ; le chemin qui permettrait enfin d'être des êtres entiers. Une voie qui est de plus en plus souvent proposée par une multitude de livres présentés en librairie, mais aussi par des organismes dangereux qui peuvent mener l'individu à une perte complète de repères et de liens familiaux. Surfant sur la vague de l'engouement actuel pour le développement personnel et profitant, en particulier, du malaise des soignants, les groupes sectaires s'attaquent de plus en plus souvent aux professions médicales, paramédicales, ainsi qu'aux patients.

 

Payer ou recruter

Le témoignage de Françoise Belmant, infirmière, est particulièrement caractéristique des moyens de recrutement utilisés au sein du milieu soignant. Travaillant, il y a quelques années dans un service de personnes âgées, elle traverse une période particulièrement difficile sur le plan sentimental. Au sein de son service, c'est une aide-soignante qui lui "tend la main". "Je ne savais pas qu'elle faisait partie d'une secte" raconte-t-elle "Et là, j'ai mis un pied dans l'engrenage". A Amiens, Françoise est donc présentée à un groupe : Sukio Mahikari (une association dénoncée comme coercitive sur le site www.antisectes.net).  Elle commence à suivre des formations à Amiens puis à Paris. "Comme je n'avais pas beaucoup d'argent, j'étais autorisée à suivre le parcours à condition de devenir recruteuse de nouveaux membres." Poursuit-elle. Une pratique manifestement utilisée par de nombreux groupes sectaires. "Je suis restée un an comme 'observatrice', puis un an comme 'initiée'. Le groupe était très sympa mais on met l'hameçon, on te culpabilise et tu t'engages encore un peu plus. Quand je posais des questions, on me disait de ne pas en parler devant tout le monde et j'obtenais toujours les mêmes réponses : en gros, je n'étais pas assez évoluée pour comprendre ! Pas assez élevée spirituellement." Françoise a su néanmoins garder les pieds sur terre : "Je continuais à lire d'autres choses. Quand je suis devenue 'initiée', j'ai trouvé que les réunions n'étaient pas aussi intéressantes que promis et j'ai fini par quitter le groupe. On m'a rappelée plusieurs fois, mais comme je n'avais pas beaucoup d'argent, je n'étais pas tellement intéressante." Se souvient-elle. Par la suite, son frère qui est homéopathe lui parle de l'Adfi (Association de défense de la famille et de l'individu) dont elle devient membre actif pendant plusieurs années pour aider les personnes victimes de sectes. Non dépourvue d'humour, elle raconte aussi comment, dans un mouvement de curiosité, elle a démonté une prétendue médaille miraculeuse qui lui avait été remise très cérémonieusement par son groupe. "Elle était censée rouiller si on faisait des erreurs. En fait, c'était du plastique !". Françoise Belmant s'en est donc sortie sans dommage. Ce n'est pas le cas de tout le monde, loin s'en faut. Son ancienne amie aide-soignante a également quitté Sukio Mahikari mais ne s'en remet toujours pas.

 

Toutes les sectes s'intéressent à la santé

Les groupes sectaires dont la "spécialité" n'est pas la santé y ont néanmoins créé des domaines d'application. Ainsi, Roger Gonnet, ancien fondateur dirigeant d'une antenne de scientologie en France, raconte : "C'est un système basé sur une sorte d'imitation freudienne qui prétend tout guérir, y compris le cancer. On considère, en scientologie, que la plupart des maladies sont d'origine psychosomatiques. Ce sont des 'chasseurs d'ambulances'. On les retrouve sur tous les lieux de catastrophes comme Toulouse ou le World Trade Center. Ils pratiquent aussi des sortes de procédures de guérisons contre l'asthme et les allergies. Dans un autre domaine, aux Etats-Unis, on fait maintenant signer aux adeptes un formulaire dans lequel ils déclarent refuser d'être soignés par toute technique ou médicament psychiatrique. Ce document permet à la secte d'aller éventuellement les récupérer tout à fait légalement dans les hôpitaux afin de leur faire suivre une 'procédure d'introspection' ; C'est mortel !" Commente-t-il. Roger Gonnet est resté huit ans dans les hautes sphères de la scientologie française. C'est, entre autres, l'augmentation énorme des frais demandés aux membres pour payer les cours qui l'ont amené à se révolter contre ses condisciples. Son épouse dirigeait également l'antenne de Lyon. Lorsqu'il a commencé à prendre ses distances avec la secte, ses cadres on fait pression sur elle pour qu'elle démarre une procédure de divorce. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase : ils ont alors, tous deux, quitté définitivement l'organisation et fourni tous les documents qu'ils possédaient à la police, le justice et la presse. Ces huit dernières années, le harcèlement n'a jamais cessé. "Je crois que je suis l'homme le plus attaqué en justice de France" termine-t-il. Roger Gonnet est le créateur et le webmaster du site http://www.antisectes.net.

 

Voyages astraux et pensées magiques

Eric Bresson, quant à lui, a fait les frais des ravages provoqués par certains mouvements et les médecins qui les promeuvent. Un jour, sa femme consulte un médecin de Rueil Malmaison. Sur sa plaque est inscrite l'expression "médecin énergétique". Durant les week-ends, le praticien organise des stages intitulés "Incarnation et auto-guérison" et son titre de médecin est bien stipulé sur les tracts qu'elle distribue afin de recruter ses stagiaires. "Docteur en médecine, ancien interne des hôpitaux, (XY) pratique la médecine énergétique-émotionnelle dans son cabinet depuis bientôt dix ans. (…) Depuis 1995, elle suit l'enseignement de bioénergétique taoïste de Juan Li, principal collaborateur de Mantak Chia. (…) Les stages qu'elle anime permettent à chacun de prendre sa santé en charge." Y lit-on encore, pour le moins médusé. "Ma femme est tombée là-dedans il y a plus de dix ans sur les conseils de ce médecin" raconte Eric Bresson. "Je me suis battu, mais je n'ai pas gagné ; elle m'a quitté en m'ayant diabolisé. Après quelques temps, elle m'a expliqué que ses 'voyages astraux' lui avaient fait comprendre qu'elle s'était mariée avec moi pour régler nos comptes de vies antérieures" déplore-t-il avec douleur, abandonné par sa femme qui a réussi à récupérer leurs trois enfants après avoir affirmé devant la justice qu'elle avait quitté le mouvement de kinésiologie dans lequel elle s'était engagée. La kinésiologie est justement l'un des mouvements étudiés par Jean-Marie Abgrall dans son livre "Les charlatans de la santé" (éditions Documents Payot). Le grand spécialiste des sectes y écrit entre autres : "Une des récentes 'découvertes' de la kinésiologie est que la mémoire ne se cantonne pas uniquement dans le cerveau mais se situe aussi, plus ou moins, dans chaque cellule de notre corps et plus particulièrement dans les muscles, les chaînes musculaires ou les fascias, selon des schémas psychologiques précis et inconscients. (…) Partant d'un exposé anatomo-physiologique correct sur l'existence des hémisphères cérébraux, on passe à une interprétation aberrante du rôle respectif des deux 'cerveaux'. (…) Toute la suite du raisonnement est ainsi détournée du réel et réinterprétée en vue de la pratique kinésiologique." Bouleversé et révolté par une telle situation, Eric Bresson attaque le médecin qu'il considère comme responsable des dérives de son épouse devant le tribunal de grande instance de Nanterre. En première instance, le médecin est condamné à trois mois d'interdiction d'exercice mais elle parvient à faire annuler la sanction en appel, défendue par un avocat que le plaignant qualifie de "spécialisé dans la défense des sectes".

 

Le siècle de l'alchimie

D'autres doctrines délirantes font froid dans le dos. Parmi elles, celle qui est professée par Ivi (Invitation à la vie) qui est plus spécifiquement axée sur la santé. Sur le site de la secte, on peut lire en gras : "La liberté de guérir étant laissée à chaque individu, sa guérison totale lui appartient et ne peut se produire que lorsque l'âme l'a choisi." Autrement dit : si vous ne guérissez pas, c'est que vous ne le voulez pas vraiment, que votre âme n'est pas assez élevée. "Il n'y a pas de maladie inguérissable" annonce Ivi. Dans le bulletin Bulles, édité par l'Unadfi, on trouve les citations suivantes, attribuée à Yvonne Trubert, la fondatrice et gourou de l'organisation : "Le cancer : "Dramatique pour les médecins, il est simple pour vous : vous saurez guérir un cancer… La leucémie ? Par les soins que vous saurez faire, on arrive totalement à irriguer (?) et à détruire la maladie. Les métastases s'envoleront (sic) sous vos doigts. Ce que je peux vous dire, c'est qu'elles disparaîtront. (…) Tous les cancers, cancers des os, cancers des glandes (?), cancer du poumon, tous les cancers se guérissent." Elle aurait également affirmé : "Vous arriverez non seulement à alléger les souffrances des ces paralysés mais aussi à redonner une activité aux jambes et aux bras." Dans son livre "Homme nouveau – Nouvelle médecine", page 91 : "Maintenant, de cette époque branchée sur chimie, biochimie et physique qu'a été le XXème siècle, nous passons au siècle de l'alchimie, c'est à dire de la transformation possible de toute matière par la seule énergie de l'amour."

 

L'énergie du désespoir

Les professionnels de santé constituent des cibles de choix.  Les groupes dits "guérisseurs" sont de plus en plus nombreux et recrutent préférentiellement parmi les médecins, en proie à des interrogations profondes liées à ce que le rapport parlementaire sur les sectes présente comme une recherche due aux "échecs de la médecine allopathique classique". "Ils cherchent donc des voies nouvelles dans les médecines parallèles que l'on voit fleurir : médecines qui nous viennent de la Chine ou de l'Inde, en particulier les médecines énergétiques. Dans ce contexte, le médecin peut être amené à rencontrer un confrère qui apparient déjà à la secte et qui lui dira : 'J'ai trouvé la réponse à ton problème ; nous sommes un groupe en train d'étudier les théories énergétiques, viens et tu verras !' Le nouvel arrivant a ainsi la caution de ses confrères, qui est quand même importante, j'allais dire sur le plan scientifique. Il entre donc dans la secte, il y découvre un groupe accueillant, sympathique et un gourou qui n'est pas un imbécile." Y lit-on. Des arguments qui fonctionnent également avec les soignants qui témoignent souvent souffrir d'une trop grande frustration face à un "manque d'ouverture de [leur] univers professionnel à tout ce qui est psychologique". Une souffrance dont les groupes sectaires savent profiter. Infirmière anesthésiste et directrice d'Equilibre santé, une école de sophrologie parfaitement reconnue, Mariama Guillard a suivi énormément de stages de toutes sortes, axés principalement sur le massage et la relaxation au long de son parcours professionnel. Lors d'une conférence qu'elle a donnée, organisée par le CHU de Nantes et dont le thème était "le stress des soignants", elle s'est fait aborder par une femme promouvant une méthode de développement personnel. "Durant le déjeuner, j'avais déjà remarqué qu'elle jouait des coudes pour essayer de s'approcher de moi" raconte-t-elle. "Elle disait organiser des séminaires gratuits. Le concept était alléchant : cette formation était censée vous permettre de devenir formateur de la méthode ; donner un nouveau métier, en somme. De très nombreux soignants sont en état de burn out et sensibles à ce genre de message" commente-t-elle encore. Pour elle, le seul moyen d'échapper à des stages bidons, ou même dangereux, est de "garder les yeux toujours bien ouverts et refuser systématiquement toute formation gratuite." "Il n'y a pas de formation sérieuse gratuite ! Le but est d'accrocher les gens pour leur faire payer beaucoup plus par la suite." Insiste-t-elle.

 

Refus de soin

Le 29 janvier dernier, le "Quotidien du médecin" se faisait l'écho des inquiétudes de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) concernant l'augmentation des refus de vaccination ou de transfusion sanguine ou de refus de soins classiques. Des situations auxquelles les infirmières se trouvent également confrontées de plus en plus souvent. "I love you !" Cette phrase résonne à chaque étage d'un célèbre centre de congrès de Paris qui reçoit la réunion annuelle des jeunes adhérents de l"Eglise du Christ. Christine (son prénom a été changé), infirmière vacataire embauchée par le centre de conférences n'en croit ni ses yeux, ni ses oreilles. "Je me suis demandée si je ne divaguais pas." S'étonne-t-elle encore. "Le premier jour, je n'ai pas arrêté ! Ils arrivaient tous par groupes pour des malaises, genre pseudo-hystériques, des crises spasmophilie. Mais le lendemain, surprise : personne, mais vraiment personne n'est passé à l'infirmerie de toute la matinée. Dans l'après-midi, plusieurs personnes sont venues me voir pour des troubles variés. Tous voulaient des médicaments à prendre plus tard. Or, étant responsable des substances que je donnais, j'ai systématiquement refusé de délivrer quoi que ce soit, même une aspirine, si le patient ne le prenait pas devant moi. Aucun n'a accepté. Ils sont donc repartis les mains vides. En fait, j'ai rapidement compris qu'ils venaient prendre des médicaments pour d'autres personnes." Chatouillée par la curiosité, Christine quitte son infirmerie et commence à faire le détective dans le centre. Il lui faut pas longtemps pour confirmer ses doutes : les dirigeants de la secte ont mis en place leur propre centre de soins dans les loges et lui envoient des faux malades afin d'obtenir les médicaments qui leur manquent. On ne voulait manifestement pas qu'elle puisse constater le nombre de personnes qui faisaient des malaises de type émotionnel. Cette notion de secret ne l'étonne pas plus que ça : elle s'intéresse depuis longtemps aux phénomènes sectaires. Tout se complique, cependant, quand l'équipe de sécurité lui amène une petite-fille de trois ans accompagnée de ses parents, adeptes des Enfants du Christ. "Elle hurlait sans discontinuer depuis cinq heures du matin et on ne pouvait pas toucher son bras gauche sans que ses cris redoublent. Tombée de la banquette du train durant son voyage pour venir à Paris, je commençais à suspecter une fracture. A peine avions-nous envisagé d'appeler la brigade de pompiers pour un transfert à l'hôpital, qu'un médecin de la secte est apparu. Il immédiatement tenté de prendre la direction des opérations et m'a ordonné de poser un pansement alcoolisé et de laisser l'enfant se reposer dans leur pièce de soins. Heureusement que l'équipe de sécurité était avec moi pour faire face à la situation !" se souvient-elle. "J'ai refusé de poser le pansement et de laisser l'enfant s'en aller. Devant mon insistance et celle des agents de sécurité, les parents ont fini par accepter le passage à l'hôpital. Heureusement, car elle avait vraiment une 'belle' fracture qu'aucune prière n'aurait pu réparer !"  

 

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Le psychisme agit sur le corps. La preuve, nos émotions induisent toutes sortes de réactions que nous connaissons bien : les larmes lorsque nous sommes tristes, un excès de transpiration en cas d'angoisse, des tremblements lorsque nous avons très peur, etc. Il est clair que lorsque l'on est amoureux ou très heureux, on est plus en forme que lorsqu'on subit un deuil ou une dépression. Il existe, également, des guérisons inexpliquées validées par de collèges de spécialistes d'aucun partis pris. Celles constatées à Lourdes en sont la preuve. Nul doute qu'il en existe parfois dans les sectes. D'ailleurs les théories de nombreuses d'entre elles partent de ces concepts simples et justes. L'emprise sectaire s'installe peu à peu, au fil d'étapes soigneusement formalisées destinées à créer une véritable dépendance psychologique. "Il faut dégager les procédés spécifiques des sectes qui visent à aliéner l'individu. Différents selon les groupes sectaires et destinés à régenter l'activité psychique et l'activité physique, ces procédés se situent à plusieurs niveaux : cognitif, comportemental et affectif. Et, les conséquences de ces procédés sont graves sur le plan psychique, physique, intellectuel, relationnel, social et financier. (…) Véritables fabriques d'aliénation (…) grâce à certains procédés, le groupe sectaire amène l'individu à rompre avec son milieu culturel, familial, social et économique ou tout au moins, à limiter au maximum les contacts avec l'extérieur. Aussi, l'individu perd son autonomie psychique et physique : convaincu et ayant perdu le sens de la réalité et un esprit critique, il ne peut plus se détacher du groupe et ne décode le monde que selon la logique de la secte" écrivait la psychologue Delphine Guérard en 2001.

 

Une nouvelle famille

Sur le site de l'Adfi, on trouve des précisions sur les manipulations pratiquées : "Pour obtenir, sans contraintes visibles, une adhésion et une participation active des sujets, le groupe sectaire utilise des masques séduisants, en s'appuyant sur les aspirations des personnes susceptibles d'être intéressées. Ainsi, comme vitrines très alléchantes, seront proposés des programmes de développement personnel, des activités humanitaires, écologiques, commerciales, culturelles et éducatives, des médecines alternatives. Toujours dans le but d'attirer le 'client', les groupes sectaires pourront faire de larges emprunts aux diverses religions et psychothérapies." Cette étape passée, le groupe s'applique à détruire la personnalité du nouvel adepte pour l'amener à en reconstruire une autre, isolée des réalités du monde et conforme aux doctrines de la secte. La destruction se fait au moyen "des effets de groupe, la mobilisation des émotions, l'isolement et les ruptures, l'encouragement à évoquer le passé, les séances de confession et d'autocritiques, la culpabilisation, la modification des niveaux de vigilance, l'obéissance aux consignes, etc." Afin de renforcer son influence sur l'individu, les cadres de la secte mettent de nouvelles techniques en branle pour créer une véritable dépendance durable : "Le groupe apparaît comme un univers de remplacement où l'on trouve identité, relations, activités, idéal, affectivité, explications, certitudes, autorité, projets. Ainsi, ayant un nouveau cadre de vie, l'adepte va progressivement s'isoler des réalités du monde extérieur et considérer le monde profane comme suspect, voire dangereux."

 

Les extra-terrestres sont parmi nous.

C'est justement cette perte de repères qui permet de comprendre mieux de quelle manière des doctrines, qui semblent parfaitement farfelues au commun des mortels, peuvent parvenir à faire le plein d'adeptes. Dans la rubrique société du quotidien "Libération" du mercredi 4 février dernier, Colette Goinère récapitule l'aventure de Dominique Saint-Hilaire, ex-membre des "raéliens", à qui le "prophète" réclame 30 000 euros pour diffamation après qu'elle a dénoncé ce qu'elle appelle une "escroquerie" sur une chaîne de télévision canadienne. C'est au moment de l'affaire du clonage annoncé par Raël, et sa demande de nouveaux fonds, que l'enseignante a définitivement largué les amarres après treize ans de bons et loyaux services au "messie cosmoplanétaire". Curieusement, elle confie à la journaliste que la doctrine ufologique (liée à l'intervention d'extra-terrestres) professée par son ex-gourou ne lui semble toujours "pas ridicule". Mais avant tout, et comme c'est souvent le cas, c'est à une femme blessée que s'était attaquée la secte. A l'époque où le contact se fait, elle est divorcée et vit "seule avec ses trois dont un handicapé". Tout de même, on est endroit de se demander comment des gens ayant fait des études supérieures peuvent-elles en arriver à adhérer à des concepts aussi délirants ? La faiblesse du moment n'est la seule raison qu'on peut invoquer pour comprendre une telle perte de contact avec le réel. Un autre exemple, également mâtiné de rencontres du troisième type, celui des "enfants indigo", dénoncé par l'Adfi et repris par "Sud-Ouest le 18 décembre dernier sous la plume d'Hélène Rouquette-Valeins : "Nancy Ann, qui a lancé ce terme d'"enfant indigo', assure les reconnaître 'grâce à l'aura bleue qui les entoure'. Des enfants présentés comme 'surhumains', 'mal adaptés à la vie terrestre'. Ils ressemblent aux enfants que les pédiatres qualifient d'hyperactifs. C'est en 1991 que Lee Caroll a créé et développé le réseau Kryeon, syncrétisme apocalyptique qui reprend les thématique de magnétisme d'hypnose, de développement personnel, etc. (…) L'une des thérapeutes qui se présente comme praticienne en énergétique, assure avoir rencontré des enfants indigo mais aussi 'dorés' et 'arc-en-ciel'".

 

Massages dangereux

Pour mesurer l'engouement actuel pour toutes les doctrines liées à l'énergie, un test simple : aller sur un moteur de recherche Internet et taper "chakras". D'apparence tout à fait inoffensive, ces mouvements font florès. Le premier contact se fait souvent via des salons de massage branchés, très en vogue et d'aspect parfaitement classique. Sur le site de l'Unadfi (http://www.unadfi.com/bulles/bulles76/bulles764.htm), on trouve néanmoins la confirmation que de nombreux mouvements d'inspiration exotique sont d'autant plus dangereux qu'ils sont encore plus insidieux dans leur mode de recrutement.

 

 

Laure de Montalembert

 


Une organisation sectaire, c'est quoi ?

- Jean-Pierre Jougla, juriste, membre de l’Unadfi, élabore une réflexion sur la secte en tant que structure anti-démocratique, et tente la définition suivante :

"La secte peut être perçue comme une structure dogmatique de soumission fermée sur elle-même (soumission méthodique imposée ou volontaire à un chef présent ou virtuel), dans laquelle l’individu perd sa dimension de personne et de citoyen, et régresse vers une dépendance psychologique, intellectuelle, émotionnelle et parfois physique, à une autorité absolue non contrôlée qui cumule à la fois le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, dans la perspective ouverte ou cachée d’une fragmentation des Etats de droit, en un réseau hégémonique de groupuscules totalitaires de type étatique."

- Selon la Mils (rapport 1999)

"Une secte est une association de structure totalitaire, déclarant ou non des objectifs religieux, dont le comportement porte atteinte aux droits de l’homme et à l’équilibre social." (source : http://www.unadfi.org)

 

 


Aider un proche adepte d'une secte :

Tout d'abord ne pas s'affoler.
Le plus important est de GARDER LE CONTACT.

Reconnaître avec lui qu'il est libre d'entreprendre une recherche, de faire un choix, même s'il se trompe, et qu'il est apprécié pour lui-même au-delà de ses convictions.

Surtout ne pas heurter de front ses convictions nouvellement acquises. N'attaquer, fut-ce avec humour, ni le groupe, ni le « gourou ». (…) Procéder par questionnement, pour comprendre, plutôt que par jugement. Ne pas se livrer à des démonstrations intellectuelles (montrer qui a tort ou raison, relever ce qui est aberrant...). Relever, en revanche, les contradictions évidentes, sans l'obliger à les justifier : cela ne peut que renforcer son adhésion au groupe. Apprendre à connaître le vocabulaire du groupe et les conceptions qu'il enseigne. Présentement, ce sont les références privilégiées de l'adepte. Il importe de les connaître pour mieux maintenir le dialogue.

Pour tenter de faire échec à cette référence unique et exclusive, CULTIVER LES OUVERTURES REELLES : centres d'intérêt qu'il possédait auparavant, souvenirs familiaux ou d'amitié, vécus hors du groupe.

(source : http://www.unadfi.org)

 

 


La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), les propositions d'action pour l'année en cours :

- Aménager les règles de prescription

- Favoriser le signalement des personnes en état de faiblesse

- Sensibiliser les professionnels juridiques à la problématique sectaire

- Améliorer les enquêtes sociales dans les procédures judiciaires

- Contrôler les offres de formation

- Diffuser les bonnes pratiques de soins

- Attirer l'attention sur les causes de certains refus de soins

- Aider les victimes et les associations de défense

- Dynamiser les cellules de vigilance départementales

- Désigner un correspondant de la Miviludes dans chaque préfecture de région.

 


Quelques signes qui font "tilt"

- Des formations gratuites

- La notion de secret

- L'encouragement à s'éloigner de sa famille, de ses amis

- La culpabilisation

- Le culte du gourou

- Une forte hiérarchie

- L'amour…

- L'utilisation d'un vocabulaire spécifique

- Des solutions simples à des problèmes compliqués

 

Comment se renseigner ?

- Toujours en parler autour de soi à des personnes d'opinions différentes.

- Contacter les associations

- Faire des recherches sur Internet. Les liens donnés par les sites des sectes amènent souvent à d'autres sites moins visibles et éloquents.

 


Pour en savoir plus sur Internet :

Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, lire le dernier rapport :

http://www.miviludes.gouv.fr

 

Le rapport parlementaire de 1995 :

http://www.assemblee-nationale.fr/rap-enq/r2468.asp

 

La liste des sectes du rapport parlementaire :

http://www.info-sectes.org/masques/sectes.htm

 

Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu :

http://www.unadfi.org

 

http://www.info-sectes.org

http://www.antisectes.net

http://www.sos-sectes.org

http://www.prevensectes.com/medical.htm

http://www.vigi-sectes.org

 

 


A lire :

"La mécanique des sectes. Manipulations mentales et pratiques coercitives" et "Les charlatans de la santé", de Jean-Marie Abgrall, éditions Payot

 

"La secte : secte armée pour la guerre" de Roger Gonnet, éditions Alban.

 

"Dans le secret des sectes" de Jacques Cotta et Pascal Martin, éditions Flammarion.

"Les sectes" de Bernard Fillaire et Janine Tavernier, éditions Le cavalier bleu.

"Les sectes" de Alain Vivien, éditions Odile Jacob.

 

"Les sectes", de Jean Vernette, éditions Puf, collection Que sais-je.