Le film "Qu'est-ce que la Scientologie" vu par des connaisseurs:

"Personne ne met L. Ron Hubbard au coin"

                                                    

par Carlynn Houghton & Nick Salvato

Copyright 2004 Myllyrd Fyllmore



Paru en anglais sur http://www.myllyrdfyllmore.com

Toujours aussi avides de découvrir d'autres preuves de la lente descente de l'humanité aux abysses, nous avions récemment remarqué que le Centre des Célébrités scientologues de New York, 65 East 82nd Street, offrait des séances gratuites et quotidiennes de leur film d'information "Qu'est-ce que la Scientologie".

Nous nous étions souvent demandés ce qu'est vraiment la Scientologie. Notre impression première, c'est qu'il s'agissait d'agiter l'asticot pour ferrer la victime, généralement une personne riche et stupide, du genre Kirstie Alley, pour la soulager de ses honoraires gargantuesques. On avait entendu parler des esprits Aliens, une race disparue, et bien sûr tout le monde savait ce qui était arrivé à John Travolta, mais on a réalisé qu'on ne comprenait pas cette histoire de religion, et "Qu'est-ce que la Scientologie" nous a semblé une bonne méthode d'avoir la réponse en même temps qu'on choperait au passage de quoi alimenter notre collection potentiellement illimitée de cibles à notre cruelle sagacité -- quoiqu'infaillible.

Logée dans une étroite maison très encadrée de l'Upper East Side new-yorkais, la première impression en pénétrant le Celebrity Centre, c'est la complète absence d'élégance. (A moins que cette prime impression soit liée à l'imperfection évidente d'user de l'orthographe anglaise centre du mot "center" sur un portique de New-York, pour une religion fondée par un américain aux Etats-Unis). La peinture plaquée sur les murs est mal fichue -- probable tentative de ressembler vaguement à une religion qui ne serait pas exclusivement intéressée par l'accumulation de richesses, et les canapés cuir noir ont ainsi de faux airs à paraître plus tristes que les Episcopaliens.

Franchement, ce n'est pas pour essayer de paraître plus cool que notre mère, qui se fiche d'être cool, et irait jusqu'à réfuter qu'être cool puisse intéresser qui que ce soit. Les canapés soulèvent une importante question: pourquoi diable ces gens essaient-ils si fort? Et comment, alors que la barre est si bas, se débrouillent-ils quand-même pour échouer? Nous ne tenons pas à faire digression vers une explication plus finaude côté cool, mais nous contenterons de mentionner en référence Eve Sedgwick, dont la théorie explique que glamour et divinité sont simplement honte transcendée, ce qui fournit ici une base utile d'explication du vide absolu.

Nous avons clairement et poliment fait savoir au réceptionniste de Celebrity Centre que nous ne venions pas nous convertir, et avons laissé vide la case adresse de notre "Carte de Routage de Bienvenue". Le staff était propret, nominativement assez bien que pas terriblement attrayant, habillé conservateur mais sans netteté. On nous a indiqué la salle de projection au second étage. Nous étions seuls. Il y avait une douzaine de chaises dans la salle.

Le film démarre dans la ceinture d'astéroïdes, une séquence fabriquée à l'ordinateur au sein de laquelle les astéroïdes putatifs -- surnaturellement semblables à du pop-corn sali -- s'amènent plus ou moins menaçants pour créer une de ces atmosphères de mauvais augure, et dater par la même occasion le film des parages de 1994.

Pour résumer, il développe trois thèmes majeurs. Le premier, bien que le film paraisse s'y abaisser, n'est qu'un débat expliquant que la scientologie serait une religion légitime; il cite des décisions des tribunaux d'un peu partout dans le monde, lesquels auraient reconnu la religiosité scientologue, et fait grand cas de la décision finale du fisc américain d'accorder une exemption d'impôt à l'organisation. On a là un montage particulièrement vivace de citations de ces décisions, avec, grand classique des films série B, lecture en anglais avec accent germain de l'opinion d'un tribunal allemand. On voit aussi une étrange reconstitution où des acteurs jouant des officiels de l'IRS, habillés en brancardiers, poussent des tas de cartons marqués église de scientologie dans les couloirs d'une institution psychiatrique, ce qui conduit le spectateur alerte à se demander franchement pourquoi les scientologues colleraient leurs bureaux dans une institution de ce genre.

Vu la somme des preuves offertes par l'église de scientologie disant qu'elle serait de facto une religion grâce à ces reconnaissances officielles de gouvernements ou d'agences gouvernementales, il nous a semblé que le thème second, c'est à dire la rhétorique anti-gouvernementale, arrivait là comme un cheveu sur la soupe. Mais ce ne sont pas les théories conspiratrices qui manquent. Par exemple, nombre de nos lecteurs peuvent ignorer qu'avant la publication de la Dianétique en 1950, le gouvernement aurait essayé d'interdire sa parution, car la dianétique était en mesure de défaire le contrôle mental établi par les gouvernements.

Bien que nous définirions naturellement la religion comme "un ensemble de croyances concernant un plan spirituel", et bien que le film s'intitule "Qu'est-ce que la Scientologie?" -- titre qui pourrait laisser certaines personnes supposer qu'on va parler de ces croyances à un novice auditoire -- il est indubitable que l'on y évite soigneusement de répondre à ce questionnement. Si on demande à un chrétien "Qu'est-ce que la chrétienté?", il peut simplement répondre que c'est une religion disant que Dieu a eu un enfant avec une humaine, que celui-ci a grandi et s'est sacrifié pour racheter les péchés du monde, permettant ainsi à l'humain de vivre éternellement. Si l'on demande néanmoins "Qu'est-ce que la Scientologie?" la réponse, telle que le film la fait passer, consisterait à acheter la Dianétique et la Scientologie. Une forte proportion du film consiste en des plans rapprochés de titres d'ouvrages reliés cuir d'Hubbard, auteur dont l'oeuvre paraît infinie, et dont les titres nous sont suavement et trop respectueusement récités en voix off. Incidemment, il se trouve qu'il s'agit du troisième thème abordé.

Le film tourne quelques moments à nous expliquer la structure légale de l'église, décision intéressante de la part de ses auteurs, vu leur déclaration expliquant que le matérialisme n'est pas forcément la vérité. Les orgs seraient indépendantes, seulement liées par des liens écclésiastiques. Les églises entraînent leurs Auditeurs et sont sous la coupe de Communicateurs. Le film ne donne jamais d'explication suffisante de l'audition, sinon pour rappeler qu'il faut une éducation pour la pratiquer, et que quand on en reçoit, ça rend plus productif. Par exemple, si nous coopérions, ils pourraient nous rendre plus gais. Quand on se fait auditer ou qu'on prend les cours d'audition, il faut payer des honoraires - et c'est manifestement malvenu d'attendre que l'église divulgue dans un film d'information gratuit les détails de ce qui constitue sa principale source de revenus.

Pour une religion dont les avocats principaux sont des acteurs, la moyenne de niveau de ces derniers est ici presque impossiblement basse. Ce film est vastement peuplé d'humanoïdes en polyéthylène aux visages recouverts d'une couche de cire épaisse d'environ un centimètre pour leur donner de l'expression. Cette cire se rassemble et joue sur les surfaces avec un retard tout juste perceptible entre parole et expressivité. Notre narrateur et guide au sein de l'illusion scientologique est un homme, jamais identifié. Suave, briqué et plasticine, il est grand, et ressemblerait vaguement à Ralph Reed. Des forces extérieures semblent modeler son visage. Nous avons rencontré, d'affilée, le Directeur de l'Exposition sur la Vie d'Hubbard, un Communicateur, un Directeur de Processus, un drone ouvrier oeuvrant à la librairie scientologue, et un "révérend" étrangement ressemblant à l'ancien secrétaire au Commerce Ron Brown.

Divers moments fabuleux se succèdent dans "Qu'est-ce que la Scientologie?". Nos lecteurs pourraient ainsi ignorer que, tout comme chaque église chrétienne possède sa Croix, chaque Synagogue sa Torah, chaque org scientologue entretient son bureau exclusivement réservé à feu L. Ron Hubbard, +1986. Tandis qu'on pense en général qu'il était maniaque-dépressif, schizophrène paranoïaque doublé d'un escroc, ses détracteurs peuvent ne pas se rendre compte que comme Bouddha, L. Ron Hubbard n'aurait jamais prétendu être autre chose qu'un homme. On nous étale alors un... étal de ces magazines d'histoire à lire dans le train, avec des récits d'Hubbard des genres aventure, science-fiction, mystère, romance, une sorte de testament tentant de prouver que ce n'était pas là qu'un homme, mais en outre, un homme de renaissance.

Après que des médecins compétents aient conseillé de le mettre dans une institution privée pour évaluation et traîtement psychiatrique [1] Hubbard se transforma en opposant fanatique de la psychiatrie et de la psychologie. (Bien que le fait qu'Hubbard ait sous-titré son livre le plus connu Science moderne de la santé mentale pourrait frapper un observateur désintéressé en preuve d'une radicalisation de son caractère). Alors que le Narrateur - appelons-le Ralph - discute avec un Directeur du Processus, les voilà partis à s'étendre sur la culpabilité des psychiatres dans des projets destinés à établir le contrôle mental par les gouvernements, à débattre des avantages et inconvénients des médications psychotropiques, en se focalisant toutefois sur leur mauvais usage comme outil de suppression par les agents du gouvernement. Le directeur de processus concluera définitivement: "Ils ont besoin d'aide psychiatrique: ça les achèverait."

On aperçoit un autre montage fantastique: ce sont les témoignages des scientologues. Le film les étiquette par emploi: actrice, vendeur d'assurances, mécanicien, plutôt que par leur nom (Anne Archer, Kirstie Alley, John Travolta et Menu Fretin pour servir avec.) On a droit à la liste des choses pour lesquelles la scientologie les a aidés: construire des corps sans drogues, faire de gros profits avec de petites idées, faire passer leur message, conquérir des barrières, penser plus clair, agir plus vite; et Kirstie Alley ajoute: "Pour tout vous dire devant Dieu, sans la scientologie, je serais morte."

Voilà qui nous ouvre de riches spéculations. Kirstie Alley s'est convertie à la scientologie en 1979, lorsque nous dit-elle elle était toxico accro à la coke à Kansas City. Examinons ce qui se serait passé si Kirstie Alley était morte au lieu de se convertir. Par exemple, les producteurs de Cheers aurait choisi une autre actrice pour jouer le rôle de Rebecca Howe en 1987. Nous suggérerions d'autres stars crédibles pour la série à Travolta, "Regarde qui vient nous parler" (Look Who's Talking): Olivia Newton-John, Meg Ryan, Nora Dunn, Glenn Close. Ce dernier est peut-être un joker. .../...Indubitablement, sans Kirstie Alley, le sitcom "Veronica's closet" serait demeuré à l'état de rève jamais réalisé au fond du coeur d'un infortuné producteur, mais on voit mal pourquoi ce serait là-dessus que devrait se bâtir la réputation de légitimité d'une religion.

Manifestement, rien de tout ceci ne tient compte de la profonde tristesse personnelle que les parents de Kirstie Alley auraient subi, ni celle que Kirstie eût vécu, avec tous les non-convertis qui vont passer les prochains trillions d'années à trembler dans les ténébres effrayantes, plutôt que triomphateurs en pleine lumière. Ralph est désolé, mais c'est ainsi.

Fort heureusement pour les non convertis, nous avons un ami dont la mission consiste à nous apporter le salut. Il y a là une voie qui monte, elle est à nous, c'est la façon dont nous l'utiliserons qui compte. C'est nous qui comptons. Ce qui est vrai pour nous est vrai pour nous, et en plus, nous avons un ami.

Nous sommes heureux d'avoir un ami comme Ralph, qui soit là pour nous expliquer que, à ce court instant, à cet endroit, nous avons notre futur qui sourit. Heureusement, Ralph peut nous alerter, nous expliquer que nous pouvons quitter la pièce et ne jamais plus penser à la scientologie, exactement comme on pourrait sauter d'un pont ou se faire sauter le caisson, et que ce serait stupide.

Ayant à prendre un décision de cette ampleur, nous choisîmes instantanément l'Option Quatre: filer vers le bar le plus proche, y avaler quelques whiskies pour désinfecter les High Skeeve## coulant dans nos veines, puis passer à la 86e rue pour choper la prochaine projection de Dirty Dancing: Havana Nights, également intitulé "Nuits à la Havane, Dirty Dancing 2".

Dans "Dirty Dancing 1 Adirondack Afternoons" , une fille sur le point de devenir femme (Jennifer Grey) est dans un "club de vacances" avec sa famille cadre sup', et tombe amoureuse d'un employé (Patrick Swayze). Dans Dirty Dancing: Havana Nights, une fille sur le point de devenir femme (Romola Garai) arrive à Cuba en 1959, alors que son père est muté à la branche cubaine de sa société made in USA. Elle y vit avec sa famille dans un hotel, a une aventure aevc un membre du personnel (Diego Luna). Dans ces deux films, chaude la danse, ça qui compte vraiment.

Vu que le premier des Dirty Dancing n'est pas exactement un triomphe du néo-réalisme, on ne s'attendait pas à grand'chose quant à Dirty Dancing: Havana Nights, mais ça nous a bien plu, pourtant. A aucun moment nous ne penserions tourner ce film en ridicule: d'abord, l'iguane ne dépasse pas vraiment en moyenne l'expression faciale de Romola Garai. Ensuite, le régime Castriste en gestation s'y retrouve parsemé de louanges laissant entendre qu'il s'agirait d'une triomphale opportunité en faveur du pauvre et de l'opprimé, alors qu'un simple coup d'oeil sur les 40 dernières années de l'histoire cubaine nous montrent répression et torture de tous les cubains, qui sont d'ailleurs tous pauvres, sauf Fidel. Tertio, la scène finale grotesque filmée dans un dancing cubain bondé, où l'on voit la mère de Romola Garai (Sela Ward), le patron du père (Lawrence Duffy) et sa coincée de femme (Mary Porster) se déchaîner sur des rythmes afro-cubains, illustre par la même ce qui ne colle pas dans le communisme, c'est à dire la possibilité qu'aurait le prolétariat dansant d'accéder aux épouses Stepford.

On a quand-même des moments poignants, de la tension sexuelle en-veux-tu-en-voilà, et plusieurs accomplissements réussis expulsant le film de ténèbres agonisantes vers la triomphante clarté. Diego Luna (Y Tu Mama Tambien, Frida) est si sexy que deux heures passées à le regarder valent le prix du ticket. Il joue Javier avec juste ce qu'il faut de fierté et d'intelligence, plus une combinaison électrique de douceur et de machisme.

John Slattery donne une performance sensible en papa de Katey, le type qui se connaît mais ne connaît pas toujours ceux qu'il aime. Sela Ward, en maman frustrée de l'héroïne, nous permet d'observer plus souvent qu'on ne le croirait la manière délicate dont cohabitent amour, perte et auto-négation.

Le fil de Dirty Dancing Havana Nights tombe dans un casting étrange: on a retiré Patrick Swayze de la solution d'embaumement pour lui donner le rôle de prof de danse de l'hotel. S'agit-il de Johnny Castle, trois ans avant sa rencontre avec Baby dans les Castkills? Si c'est le cas, pourquoi a-t'il dix-sept ans de plus en 1959 qu'en 1962? Comment remplacera-t'on tout ce formaldéhyde par du sang? Est-ce qu'il se sert d'un produit de bronzage automatique?

Cependant, ces questions-là sont pour les esprits simplets. Swayze en "prof de danse", c'est une ambiguïté délibérée; nous arguerions que le but de l'apparition de Swayze n'est pas matérialiste - ce qui pourrait n'être pas réel - mais qu'il s'agirait d'un leit-motiv geignard, comme si, quand il y a amour et faux-semblant d'un conflit des classes, il faille aussi Patrick Swayze.

Mais ici, on n'a pas de Jennifer Gray. L'ironie vengeresse du travail effectué sur son nez, charcutage qui détruisit sa carrière, s'imprègne d'une vague souffrance lorsque nous réalisons que Jennifer Grey a passé au scalpel précisément dans le but d'obtenir le charme  doux et blond des coffrets de chocolats qui fait la seule valeur marchande de Garai. Peut-être cette dernière, espérant inverser la trajectoire de la carrière de sa prédécesseur, s'offrira-t-elle un peu de chirurgie afin d'obtenir un nez fort et large et devenir une grande star. Voilà peut-être une voie montante, c'est à elle de voir.

[1] The Times-Herald, Washington, D.C., April 24, 1951



##"Skeeve" est un mot du jargon de scénariste [écrivant à plusieurs], désignant un élément dont la conséquence est indéterminée par celui qui l'a introduit. En cas de doute, assumez que tout ce qui est directement lié au caractère d'un rôle n'est PAS un skeeve". http://www.geocities.com/ataniel/tips.htm retour au texte

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