EXPERTISE SCIENTIFIQUE DE L'ELECTROMETRE HUBBARD - le genre de détecteur de mensonge et de "charges" utilisé par la scientologie.


Note: le texte n'a pas été entièrement recorrigé après scanning. Quelques fautes ne sont certainement pas dues à l'expert auteur du rapport, quelques rares notes de gonnet sont en brun. Les parties du texte qui m'ont paru les plus significatives sont en BLEU ;
D.C.
Collaborateur de l'Institut

et de Criminologie de

l'Université de Lausanne

(adresse ôtée)

Conseiller en criminalistique

auprès du Pouvoir judiciaire

Services centraux du

Palais de Justice

(adresse et téléphone ôtés)

Lausanne, le 21 avril 1997

 

RAPPORT D' EXPERTISE

PP N° P/9598/91 dirigée contre Mme Letty G,

MM Christian B, Daniel C et César P [scientologues poursuivis dans l'affaire contre J.L. Barbier]

Examen et évaluation de deux électromètres

 

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.

Rapport d' expertise

PFS 380-05.96

de

D.C.

Collaborateur scientifique et diplômé de

l' Institut de Police Scientifique et de Criminologie

Université de Lausanne

Conseiller en criminalistique auprès du Pouvoir judiciaire

Services centraux du Palais de Justice – Genève

 

1.- MISSION

En date du 3 mai 1996, Monsieur Claude WENGER, juge d'instruction, a remis au soussigné la mission d' expertise suivante:

Prendre possession des deux électromètres remis par les inculpés et desdocuments contenus dans la procédure concernant ces appareils. Entendre toutes personnes utiles, notamment témoins et parties.

Sous le contrôle du juge, faire procéder à des essais et démonstrations.

Etablir un rapport sur les points suivants ..

1) Décrire les qualités techniques et le fonctionnement des deux appareils.

2) Décrire l'utilisation des électromètres faite en scientologie.

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3) Déterminer le caractère scientifique de l'utilisation des électromètres en scientologie.

4) Faire toutes remarques utiles en relation avec l'expertise confiée.

11.- PROCÈS-VERBAL DES OPÉRATIONS

15.05.96 . Lecture des rapports scientifiques relatifs à l'électromètre.

20.05.96 . Examen de l' appareil, premiers tests.

20-22.05.96 . Lecture du dossier de la procédure.

24.05.96 . Ne parvenant pas à joindre Monsieur J.-L. BARBIER, depuis plusieurs jours, l' expert prend contact avec Me PILLIOUD, Conseil du plaignant.

03-20.06.96 . Lecture de la documentation concemant les électromètres. Essais des appareils.

14.06.96 . Entretien avec Monsieur J.-L. BARBIER, plaignant, qui remet au soussigné un complément de documentation.

05.07.96 . Entretien avec Monsieur (x) B qui remet à l'expert de la documentation supplémentaire. Le soussigné demande à pouvoir assister à une séance d'audition avec utilisation de l'électromètre.

Devant le caractère confidentiel des auditions, Monsieur B préfère montrer un film vidéo.

11-25.07.96 . Nouvelle série d’essais en fonction de la documentation et des explications fournies par les parties.

02.09.96 . Monsieur B indique à l'expert qu'il sera bientôt en mesure de lui remettre le film susmentionné.

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08. 1 1 .96 . Déplacement à l'église de scientologie de Genève. L'expert visionne la cassette vidéo susmentionnée. Le soussigné demande une copie de cette cassette et rend l'électromètre MARK SUPER VII à Monsieur B.

29.11.96 . Déplacement à l'église de scientologie de Lausanne. L'expert assiste à une séance "d'audition", puis participe lui-même à une "audition" . Monsieur B remet à l'expert la copie d'un rapport d'étude deMonsieur Philippe GUILGUET, ingénieur, expert près la Cour d'appel de Paris. Monsieur B indique à l'expert qu'il lui remettra très prochainement la copie de la cassette vidéo souhaitée.

05.12.96 . Essais avec du personnel de l'Institut de Police scientifique et de Criminologie sur la base de la séance du 29 novembre.

12.12.96 : Répétition des essais avec du personnel différent.

09.01.97 . Sans nouvelles, l'expert téléphone à Monsieur B.

10.01.97 . Monsieur B transmet au soussigné la cassette vidéo susmentionnée. Il remet aussi la brochure " Données essentielles sur l'électromètre", que l'expert souhaitait consulter, ainsi qu'un autre électromètre MARK SUPER VII pour des essais comparatifs.

29.01.97 . Fin des tests comparatifs.

04.02.97 . Le soussigné rend les appareils à Monsieur B.

10.02.97 . L'expert informe le juge d'instruction que son rapport est prêt. Dans le cadre des réponses utiles à formuler, le juge demande que le soussigné fasse procéder à une estimation du prix de revient des deux modèles d'électromètre.

25.02.97 . Monsieur B remet les deux appareils à disposition du soussigné.

28.02.97 . L'expert transmet les deux électromètres à Monsieur Daniel BRUN, Doyen à l'École dtIngénieurs de Genève, pour une estimation du prix de revient.

17.04.97 . Monsieur BRUN rend les appareils au soussigné et lui remet son rapport.

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III.- QUALITÉS TECHNIQUES ET FONCTIONNEMENT DES DEUX APPAREILS

3.1. GÉNÉRALITÉS

Deux appareils ont été soumis à l'expert, tous deux appelés "Electromètre HUBBARD professionnel" . Le premier est un modèle "MARK VI" , le second est dénommé " MARK SUPER VII" . Les deux modèles sont extérieurement très proches l'un de l'autre. Ils fonctionnent selon les mêmes principes. Le soussigné se limite par la suite à une description générale commune, les différences importantes seront mises en évidence aux moments adéquats.

La désignation "électromètre" n'est pas appropriée à ces appareils, mais ce n'est qu'un détail. En effet, étymologiquement un électromètre est un instrument permettant de mesurer la charge ou le potentiel électrique d'un corps. En général, l'électromètre est utilisé pour les mesures d'intensité, de tension et de résistance. "L'électromètre HUBBARD professionnel" ne s'occupe que des variations de conductibilité et de tension, sans pouvoir les chiffrer par des grandeurs physiques communément admises.

Cela dit, d'après la documentation foumie par l'église de scientologie, "L'électromètre HUBBARD professionnel" n'est pas censé faire des mesures objectives. Il est surtout utilisé pour repérer les modifications de conductibilité et de tension à la surface de la peau.

3.2. PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT

L’électromètre HUBBARD professionnel a déjà fait l'objet de plusieurs études.

Monsieur B a remis au soussigné trois rapports établis par des professeurs parisiens consultés par l'église de scientologie. Ces documents sont joints en annexe. Ils ont été rédigés aux dates suivantes :

. 23.10.79 . rapport de Raymond DUPERDU , professeur d'instrumentation et chef du Service des Mesures à l'Ecole Supérieure d'Electricité, chargé du cours de Mesures Electrique à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures, directeur du Centre de Travaux Pratiques de Physique à l'Ecole Polytechnique (annexe 1). Le modèle MARK V fait l'objet de l'étude. Ce rapport décrit les éléments composant l'instrument, ainsi que son fonctionnement.

 

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. 13.12.79 : rapport de Jean AUVRAY , ingénieur ESPCI, docteur ès sciences physiques, professeur d'électronique à l'Université Pierre et Marie Curie - Paris VI (annexe 2). Le modèle MARK V fait l'objet de l'étude. Le rapport décrit sommairement les éléments composant l'instrument et les essais effectués. L'auteur tente de donner une interprétation d'après les résultats qu'il a obtenus.

. 26.09.96 . rapport de Philippe GUILGUET , ingénieur ENSEHT, licencié ès sciences, expert près la Cour d'appel de Paris et expert agréé par la Cour de Cassation (annexe 3).

Le modèle MARK SUPER VII fait l'objet de l'étude. Le rapport traite des problèmes de nature technique et juridique relatifs à l'obtention du brevet. En fin de rapport, l'auteur décrit brièvement les constituants de l'instrument et leur fonction respective. Il aborde aussi, de manière succincte, la possibilité de mesurer et d'indiquer les variations de résistance électrique d'un corps vivant.

Après avoir lu ces trois rapports, le soussigné n'a pas estimé nécessaire de démonter les appareils pour analyser le rôle de chaque constituant. En effet, les essais de fonctionnement montrent que les instruments se comportent comme des ohmmètres. Ils correspondent à ce qui est décrit dans la documentation qui les accompagnent et à ce que les précédents experts ont décrit dans leur rapport respectif. En conséquence, le soussigné va se limiter à résumer le fonctionnement des deux instruments.

L'électromètre HUBBARD professionnel a été conçu pour indiquer les variations de résistance d'un corps vivant. Pour cela, il est constitué d'électrodes, sous forme de boîte que le sujet doit saisir. Un faible courant va donc traverser le sujet. L'intensité de ce courant est mesurée par un ampèremètre faisant partie d'un montage appelé pont de Wheatstone. Un potentiomètre de réglage permet l'équilibre du pont. Il serait ainsi possible de mesurer la résistance électrique du sujet, mais, comme déjà dit, la valeur de cette résistance ne peut pas être lue directement, l'instrument n'étant pas destiné à cet usage.

L' appareil a son maximum de sensibilité pour une résistance d'environ 10'000 ohms.

Cette sensibilité est d'ailleurs réglable en continu dans trois plages différentes. Il est à noter que la sensibilité du modèle MARK SUPER VII n'est pas supérieure à celle de son prédécesseur le MARK VI, du moins dune manière appréciable par l' opérateur.

C'est la plage de réglage de sensibilité du MARK SUPER VII qui est plus large, ainsi que la précision des lectures, au centième au lieu du dixième pour le MARK VI.

En bref, lorsque la résistance électrique du sujet augmente, l'aiguille du cadran se déplace vers la gauche, alors que lorsqu'elle diminue, l'aiguille se déplace vers la droite. L'instrument est donc très banal. Sa seule originalité réside dans le fait qu'il est possible de varier la sensibilité dans la zone de mesure, de sorte que de très faible variation de résistance sont décelables. (Pour plus de détail sur les éléments de l'appareil, voir rapport GUILGUET , annexe 3, page 2, 5e alinéa à page 4, 3e alinéa, ainsi que page 12 dernier alinéa à page 13 avant dernier alinéa).

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3.3. DESCRIPTION DES ORGANES EXTERNES

Pour une meilleure compréhension, le soussigné a reproduit, ci-après, quelques illustrations figurant dans la documentation qui lui a été remise.

Aperçu général

e-meter, vue générale


Fig. 1 . vue générale d'un MARK SUPER VII

 

Légende et explications:

1 . Electrodes, en forme de cylindre, que le sujet doit saisir comme des boîtes de conserve.

2. Cadran avec aiguille.

3. Bouton du "Tone arm" . Il s'agit en réalité du potentiomètre permettant d'équilibrer le pont.

4. Affichage digital du "Tone arm" (le modèle MARK VI n'est pas équipé de cet accessoire).

Commentaire :

lorsque le sujet tient les boîtes, l'opérateur amène l'aiguille au centre du cadran au moyen du bouton "tone arm" , gradué de 0,5 à 6,5, avec une gradation toutes les 0,25 unités. L'unité est tout à fait arbitraire. Lorsque l'appareil est correctement étalonné, un "tone arm" de 2 correspond à une résistance de 5'000 ohms, alors qu'un tone arm de 3 indique une résistance de 12'500 ohms. L'affichage digital permet une lecture du Tone arm au centième.

5. Commutateur pour l'amplification de la sensibilité. Le modèle MARK VI a trois positions : 32, 64 et 128. Le modèle MARK SUPER VII a aussi trois position : LOW , NORMAL (32) et HIGH.

6. Potentiomètre permettant le réglage de la sensibilité en continu. Il permet d'affiner le réglage de l'amplification choisi au moyen du commutateur précédent.

Commentaire :

ces deux accessoires permettent à l'opérateur de régler l'appareil en fonction du sujet. Si ce dernier réagit trop violemment, l' aiguille part en butée, rendant toute interprétation impossible. Il faut donc diminuer la sensibilité. A l'inverse, la résistance électrique du sujet peut varier très faiblement. L'aiguille ne bouge pratiquement pas. L'opérateur peut alors augmenter l'amplitude des mouvements de l'aiguille.

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7. Interrupteur ON/OFF pourvu d'une position TEST

8. "TRIM" . Ce bouton permet le calibrage de l'appareil avant une séance.

9. Cadran permettant l'affichage digital de la date ou de l'heure.

10. Compteur de " tone arm" .

 

C o m m e n t a i r e :

c'est l'une des particularités qui fait aussi l'originalité des deux instruments. Lorsque la résistance du sujet augmente, l'aiguille part vers la gauche. L'opérateur doit la ramener au centre du cadran au moyen du bouton No 3. Après cette augmentation, la résistance du sujet devrait redescendre peu à peu. L'aiguille va se déplacer vers la droite. L'opérateur doit à nouveau la ramener au centre en diminuant le "tone arm" , toujours au moyen du même bouton. Le bouton sera donc tourné en sens inverse des aiguilles d'une montre. Son déplacement sera de quelques unités ou plus généralement de quelques fractions d'unité. C'est ces fractions qui vont être additionnées petità petit. Par contre, les déplacements dans le sens des aiguilles d'une montre ne sont pas pris en compte.

 

Le cadran


Fig. 2 : détail du cadran

La position SET est celle qui est recherchée durant la séance. Si l'aiguille se dirigedans la partie FALL, cela signifie que la résistance du sujet chute. A l'inverse, lorsque la résistance s'élève, l'aiguille se dirige dans la zone RISE. La zone TEST est l'endroit où doit se trouver l'aiguille lorsque l'on place l'interrupteur ON/OFF en position TEST.

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IV.- UTILISATION DES ÉLECTROMÈTRES EN SCIENTOLOGIE

4.1. GÉNÉRALITÉS

D'après les entretiens et la documentation remise, l'électromètre HUBBARD professionnel semble être un instrument capital pour les scientologues. L' expert a nettement l'impression que la scientologie, sous sa forme actuelle, est impossible sans lui. Le soussigné en veut pour preuve les nombreux slogans utilisés dans la documentation (seul instrument permettant de donner à un auditeur un aperçu en profondeur du mental de son préclair - l'électromètre MARK SUPER VII est sans aucun doute une des percées les plus importantes que nous ayons connues en scientologie... - seul l'électromètre MARK SUPER VII peut être utilisé dans le système de supervision d'audition du célèbre Cours d'Instruction Spéciale de Saint Hill - sans l"électromètre, nous ne pourrions accomplir les miracles dont nous sommes quotidiennement témoins en Scientologie - il n 'existe aucun moyen connu d'amener une personne à l'état de clair sans utiliser un électromètre - etc.).

L'électromètre est décrit comme "un instrument religieux utilisé dans le confessionnal de l'église... il est utilisé uniquement par les ministres, dans le but d'assister les paroissiens à localiser les zones de détresse ou de souffrance spirituelles."

Le rôle de l'électromètre est expliqué dans l'ouvrage de L. Ron Hubbard . "Comprendre 1 'électromètre". Son utilisation ne peut être bien comprise sans posséder quelques éléments faisant partie de la doctrine des scientologues. Le soussigné va essayer d'expliquer quelques unes des notions permettant de comprendre pourquoi l'électromètre est nécessaire aux scientologues.

4.2. LE SOUVENIR OU FAC-SIMILÉ"

Pour les scientologues, "le souvenir est un enregistrement de l'univers physique. Il comporte un repère temporel", qui est le moment où un événement s'est produit, ainsi qu'un "modèle de mouvement" . Autrement dit, lorsque nous sommes témoins d'un événement nous enregistrons, à chaque instant, les images, les sons, les odeurs, les émotions, etc. liés à cet événement. Tout se déroule un peu comme une caméra vidéo qui enregistre sur une bande magnétique les images et le son d'une scène.

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Les scientologues appellent un souvenir enregistré ainsi un "fac-similé" . Le mental est capable en réexaminant ultérieurement un fac-similé de ressentir l'émotion qu'il contient. Jusque là, rien de vraiment transcendant. Chacun a pu, par exemple, se réjouir en regardant les photographies d'une fête à laquelle il a participé ou s'attrister en voyant l'image d'un cher disparu.

La scientologie s'attache surtout au fac-similé pesant. Le fac-similé peut absorber de l'énergie et provoquer de la douleur, des troubles, un comportement aberrant et des maladies psychosomatiques, même lorsque l'individu n'est pas en train d'évoquer ce souvenir particulièrement néfaste. L'effacement de ces fac-similés est "hautement souhaitable" . Pour cela, il est nécessaire de les réactiver. Les explications commencent à se compliquer, mais il est possible de mieux comprendre en tirant un parallèle avec la psychanalyse. Des troubles mentaux peuvent provenir d'événements refoulés. Le psychanalyste, s'il l'estime nécessaire, essayera d'amener son patient à évoquer ces souvenirs parfois enfouis au plus profond du subconscient.

 

4.3. LA MASSE DU "FAC-SIMILÉ "

Les choses deviennent très compliquées lorsque l'on aborde le problème de la masse.

Pour des raisons qu'il serait difficile d'expliquer ici (le soussigné ne les a d'ailleurs pas bien comprises, et il faudrait probablement un stage en scientologie pour cela), le fac-similé constitue une masse ou, du moins, son évocation créerait de la masse. Les explications fournies reposent sur des phénomènes physiques interprétés parfois correctement et dtautres fois de manière farfelue. Ainsi en stimulant certains souvenirs, l'individu peut prendre du poids (cf Comprendre l'électromètre, pages 52-53).

Il faut probablement comprendre cette augmentation de poids comme un accroissement de la masse mentale. A partir de là, on retrouve un peu de cohérence. En effet, le fac-similé stimulé va créer de la masse. La masse ayant augmenté, le courant électrique passera moins bien. Donc, si la masse augmente, la résistance électrique fait de même. Cependant, il n'est donné aucune explication à ce phénomène. En physique, la résistance électrique d'un corps ne dépend pas de sa masse. Au contraire, on peut concevoir qu'une augmentation de la masse favorise la conductibilité, donc diminue la résistance.

Pour rester cohérent, la Scientologie assimile la masse mentale à une matière isolante.

En augmentant cette masse, la résistance électrique augmente aussi. Le tout est illustré par la figure suivante, tirée de Comprendre l'électromètre.

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Fig.3 : augmentation de la résistance par la réactivation d'un fac-similé

On constate que la réactivation d'un souvenir douloureux augmente la résistance électrique. L'aiguille de l'électromètre dévie vers la gauche.

 

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4.4. UTILISATION DEL'ÉLECTROMÈTRE

L'appareil est utilisé dans des séances appelées "auditions" . Deux personnes se trouvent face-à-face . l'opérateur ou "auditeur" et le sujet qui tient les électrodes. Le sujet est souvent un "préclair" . On parle aussi de personne " auditée" . L' électromètre est utilisé principalement dans deux domaines distincts .

La formation de l'auditeur est très longue [c'est inexact... c'est ce que tentent de faire croire les scientologues; en fait, il suffit de quelques semaines de formation pour auditer à l'électromètre, note de roger gonnet]. L'électromètre est donc abondamment utilisé à des fins d'exercice. Ce type de séances met face-à-face un étudiant-auditeur, qui joue le rôle de l'opérateur et un "coach" qui tient celui de sujet. Le "coach" peut être un étudiant de même niveau que l'auditeur, ou un superviseur, qui devrait être un auditeur confirmé. Le soussigné reparlera de la formation au cours du chapitre V.

Le contrôle de la progression du préclair est le rôle essentiel de l'électromètre. Sans entrer dans les détails, l'un des chemins de la scientologie est le passage du stade de préclair à celui de "clair". Le préclair doit franchir plusieurs étapes (purification, cours, etc.) qui l'amèneront à différents niveaux, dont celui de clair. Pour cela, il ne doit pratiquement plus avoir de " mental réactif" . Il est donc important que les fac-similés particulièrement pesants aient été effacés. Le préclair doit donc se soumettre régulièrement à des séances d'audition au cours desquelles l'auditeur va tenter de localiser ces fac-similés.

En théorie, lorsque le préclair pense à un incident, il utilise de l'énergie électrique, ce qui crée une perturbation dans le champ électrique qui l' entoure ou qui se trouve à l'intérieur de son corps. Cette modification se traduit par une impulsion captée par l'onde porteuse envoyée par l'électromètre à l'intérieur du corps du préclair. L' auditeur détecte l' événement, sans pouvoir identifier sa nature, en constatant que l' aiguille chute brutalement vers la droite (cf.schéma de la page suivante).

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Fig. 4 : détection d'un fac-similé

Les scientologues appellent cette réaction de l'aiguille un "fall' . L'auditeur recherchera particulièrement les événements dont l'évocation se traduit par un "long fall" . En réalité, la résistance électrique du sujet a diminué un cours instant.

Il faut maintenant que le préclair réactive ce fac-similé et c'est le rôle de l'auditeur de l'y aider. Lorsque le souvenir sera réactivé, l'aiguille va basculer progressivement vers la gauche (augmentation de la résistance), comme l'illustre le schéma de la figure 3.

A force de réactiver le fac-similé, le préclair décharge de la masse mentale (en théorie). L'aiguille va revenir au centre et commencer à flotter. Une "aiguille flottante" est le signe pour l'auditeur que son préclair a effacé un fac-similé pesant.

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En pratique, la séance peut être longue. Elle se déroule sous forme de questions. Après chaque question, l'auditeur contrôle la réaction de l'électromètre. En fonction des réactions, le préclair devra fournir des réponses ou s'exprimer. Il y a toute une série de mouvements d'aiguille. Les principales réactions sont au nombre de seize (cf. Données essentielles sur l'électromètre, pages 1 1 à 24). Chaque type de réaction fait l'objet d'une interprétation. Quelques réactions et leurs interprétations respectives sont visibles sur la cassette vidéo jointe en annexe du présent rapport.

L'étudiant-auditeur étant souvent un préclair, il doit aussi, en parallèle à sa formation, éliminer la plus grande partie de son propre mental réactif. Il deviendra "clair" et, à partir d'un certain niveau, pratiquera "l'audition solo" . C'est à dire qutil se posera des questions et interprétera lui-même ses propres réactions. Ne pouvant tenir les électrodes dans les deux mains, il a été prévu un petit accessoire isolant permettant de réunir les deux boîtes sans contact électrique. L'une des mains de l'auditeur établi le contact en serrant les deux boîtes, alors que l'autre est utilisée pour les manipulations de l'électromètre (voir figure 5, ci-dessous).

Fig. 5 . manière de pratiquer l' audition solo (modèle MARK SUPER VII équipé

d'un "Tone Arm" à distance, manipulé par l'index droit de l'auditeur)

A un certain stade, la plus grande partie des "fac-similést' pesant éliminée, l'auditeur a besoin d'un électromètre plus sensible, d'où la nécessité de passer du MARK VI au MARK SUPER VII. Il peut ainsi rechercher des "fac-similés" situés à un niveau de conscience beaucoup plus éloigné et examiner sa vie prénatale (stress vécus par le foetus) et même remonter plusieurs millions, voire plusieurs milliards d'années avant sa naissance . (Cf. Le livre des exercices à l'électromètre, pages 90 à 93).

 

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4.5. DERNIÈRES REMARQUES

L'utilisation de l'électromètre telle que décrite précédemment repose sur l'usage avoué des scientologues. L'hypothèse selon laquelle ces appareils pourraient être utilisés à d'autres fins, détection de mensonge notamment, est infirmée par l'église de scientologie.

Dans le cadre de son mandat, le soussigné n' a pas les moyens de déterminer si les scientologues font une autre utilisation, non officielle ou inavouée, de leurs électromètres. Il s'agit là d'éIéments d'enquête reposant sur des témoignages.

Cependant, l'usage qui pourrait être fait de ces appareils sera abordé dans les chapitres suivants.

V.- CARACTÈRE S CIENTIFIQUE DE L f ÉLECTROMÈTRE

5.1. GÉNÉRALITÉS

Si l'électromètre HUBBARD professionnel est incontestablement un instrument technologique, son utilisation n'est pas nécessairement à caractère scientifique. Une automobile est conçue par des ingénieurs, cependant son utilisation par la majorité des conducteurs ne peut pas être considérée comme de nature scientifique.

L'expert a déterminé si la conception de l'appareil permet une utilisation de nature scientifique et ensuite si l'utilisation par les scientologues revêt un caractère scientifique. Dans les paragraphes suivants, il sera donc traité des possibilités de l'appareil, des essais effectués et de la comparaison entre la théorie de l'église de scientologie et la réalité.

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5.2. POSSIBILITÉS TECHNIQUES DE LAPPAREIL

Comme déjà dit, l'électromètre HUBBARD professionnel a été conçu pour indiquer les variations de résistance d'un corps vivant. En fait, en tant qu'ohmmètre, il est plus aisé de décrire ses lacunes que ses possibilités.

Le cadran n'étant pas gradué, il est impossible de mesurer la résistance effective du sujet sans passer par un calibrage au moyen de résistances étalonnées. L'appareil n'est équipé que de deux résistances de cette sorte. Ainsi, un Tone Arm de 2 correspond à une résistance de 5000 ohms et une Tone Arm de 3 vaut 12'500 ohms. Le cadran digital affichant au centième (pour le MARK SUPER VII), la différence de 7'500 ohms vaut 100 divisions, mais seulement entre les positions 2 et 3. En effet, la graduation du Tone Arm n'est pas linéaire. De ce fait, une variation dtune division qui devrait correspondre à 75 ohms peut avoir une toute autre valeur si le Tone Arm est plus près de 2 que de 3.

[note: il n'est pas vraiment étonnant que les scientologues aient réagi à ce type d'observation en sortant ensuite un e-meter MKVII spécial, qui a les mêmes plages de réactivité tout du long de ses courbes de mesure - roger gonnet]

En conséquence, si la détection de faibles variations de résistance est une qualité de l'appareil, la variation non linéaire du Tone Arm et le réglage également non linéaire dela sensibilité ne permettent aucune lecture objective. Il est donc impossible de comparer les réactions de deux sujets, ni de comparer la réaction d'un sujet par rapport à une séance effectuée un jour plus tôt.

La question fondamentale de savoir si l'on peut effectuer un travail scientifique avec l'électromètre HUBBARD professionnel trouve ici un élément de réponse négatif. En effet, en matière de recherche scientifique, il est impératif que l'instrumentation à disposition permette des essais aboutissant à des résultats reproductifs. Ainsi un chercheur, travaillant dans les mêmes conditions qu'un confrère, pourra confirmer les résultats et la valeur scientifique d'un travail. Ce n'est évidemment pas possible avec l'électromètre HUBBARD professionnel.

L'électromètre est-il donc totalement inutile ? Pas forcément. Un ordinateur est un appareil scientifique. Il peut être utilisé dans le domaine de la recherche. S'il n'est pas assez puissant pour la recherche que l'on veut effectuer, on peut toujours l'utiliser pour du traitement de texte ou des jeux.

Les théories de l'église de scientologie doivent-elles donc être écartées en raison des limites de leurs instruments ? La science n'a pas toujours progressé en utilisant une technologie de pointe. Les astronomes des siècles précédents ont fait d'importantes découvertes avec des télescopes beaucoup moins performants que les modèles actuels.

Les scientologues admettront peut-être que leurs appareils ne sont pas les 'tRolls Royce' que pourrait faire croire leur documentation publicitaire, mais ils diront "qu'importe, l' essentiel c'est que cela fonctionne" . D' où la nécessité de faire des essais

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pour voir si cela fonctionne, éventuellement pour comprendre comment cela fonctionne et peut-être pour dire ce qui fonctionne réellement.

5.3. ESSAIS

5.3.1. Remarques préliminaires

D' emblée, le soussigné a été confronté aux mêmes problèmes techniques que l' expert AUVRAY (cf. annexe 2, page 6, point 3°). La manière de tenir les électrodes influence énormément le déroulement des essais. D'autre part, des résultats cohérents ne peuvent pas être obtenus sans une totale collaboration du sujet. Ce dernier doit faire preuve d'un grand calme et d'une concentration extrême. Evidemment, pour l'objectivité des résultats, le soussigné a collaboré avec du personnel scientifique. Ce dernier n'ayant pas subi le conditionnement d'un préclair scientologue, il n' a pas été possible de pousser les tests très loin. On constate que l' effort de concentration exigé est trop important. Il est souvent perturbé par l'intérêt que le sujet porte au travail. Il n' a donc été possible de faire que des tests de bas niveau qui vont être décrits ci- dessous. Pour contrôler d'autres phénomènes, comme la valeur de l'interprétation de certains mouvements de l'aiguille, il faudrait soit un conditionnement semblable au préclair, ce qui n'est pas possible, soit une instrumentation différente, permettant de réduire efficacement les influences extérieures.

Celle-ci aurait pu être développée par ltéglise de scientologie. Le système de boîte ne convient pas. Il pourrait être remplacé par des électrodes similaires à celles équipant les détecteurs de mensonge. Evidemment, il serait nécessaire de revoir la construction de l'électromètre pour améliorer sa sensibilité dans une autre plage de mesure. La formation de l'auditeur serait considérablement accélérée. Les concepteurs ne l'ont pas voulu de sorte que, à partir d'un certain niveau, un non-scientologue ne peut plus faire de vérification.

5.3.2. Auditeur scientologue, sujet scientologue

Les essais ont été effectués le 29 novembre 1996, à l'église de scientologie de Lausanne, en présence de l'expert. En fait, le test avait plus la valeur d'une démonstration. L' auditeur a exécuté les exercices 16 et 21 du manuel " Le livre des exercices à l'électromètre" .

L'exercice 16 a pour but d'apprendre à l'étudiant-auditeur à reconnaître les différentes actions de l'aiguille. Pour cela, l'auditeur va demander au sujet de penser, par exemple,

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à un mensonge ou à un problème de temps présent qui devrait provoquer un "fall" de l'aiguille, puis à une peur qui devrait se traduire par un "rise". Le soussigné a pu constater que certains comportements de l'aiguille (fall, aiguille collée) peuvent être obtenus facilement, ils sont donc aisément repérables, même pour un non initié. Par contre, d'autres actions de l'aiguille, telles "rise" et "thêta bop" (cf Données essentielles sur l'électromètre) sont difficiles à obtenir , alors que les ordres donnés au sujet ("pense à une irréalité" ou "pense à un désir de quitter quelque chose") ont justement pour but de provoquer les mouvements désirés. Ces actions de l'aiguille, difficilement décelables, seront donc malaisées à interpréter correctement. Il faut préciser que le sujet audité n'était plus un préclair. Les scientologues expliquent donc qu'à partir d'un certain niveau, il devient difficile d'obtenir des réactions particulières de l'aiguille, puisque le mental du sujet a progressé. [beau mensonge des scientologues, note deroger gonnet: Hubbard dit d'ailleurs le contraire à plusieurs endroits]

L'explication est peut-être correcte, mais elle n'est pas vérifiable scientifiquement. En effet, seul le sujet peut attester que l'auditeur a vu et interprété correctement une réaction de l'aiguille. Il est donc nécessaire que le vérificateur de l'expérience tienne le rôle du sujet et que son mental évolue. Cette dernière condition nécessiterait plusieurs mois, voire plusieurs années de scientologie. Passé ce délai, il n'est plus possible de garantir l' objectivité du vérificateur.

D'autre part, en admettant que les thèses des scientologues soient correctes, pour qu'une évolution du mental puisse être scientifiquement constatée, il faut que les réactions de l' aiguille diminuent. Les essais doivent donc être répétés à plusieurs mois d'intervalle et les valeurs absolues des mouvements de l' aiguille enregistrés. Or, comme on l'a déjà vu, les conditions de l'expérience changent d'une fois à l'autre (parfois même au cours de l' audition) et l' appareil n' est pas conçu pour effectuer des mesures.

Ces deux lacunes (essais non répétitifs et impossibilité d'un contrôle par un vérificateur externe à la scientologie) sont des obstacles majeurs à la reconnaissance d'un éventuel caractère scientifique de l'utilisation de l'électromètre.

Le deuxième essai a consisté à exécuter l'exercice N° 21 . L'auditeur donne l'ordre "Considère ce qui s'est passé aujourd'huit'. L'auditeur doit intervenir en disant "ça" ou "là" , lorsqu'une pensée du sujet provoque un déplacement de l'aiguille vers la droite.

Le sujet continue à évoquer les événements de la journée et va de nouveau repenser à l' événement qui a provoqué la réaction de l'auditeur. Ce dernier doit voir qu'il s'agit de la même pensée que précédemment car, en théorie, l'aiguille doit bouger de la même manière (même vitesse de déplacement et même amplitude).

Le soussigné a pu constater qu'à certains moments l'aiguille de l'électromètre dévie vers la droite ("fall"). Le sujet, d'après ses explications, était en train de se rappeler le moment où il a entendu la sonnerie de son réveil. Bien entendu, ce genre d'allégation n'est pas contrôlable par l'observateur. Le soussigné a donc décidé de prendre la place du sujet. Il faut préciser qu'avant, le soussigné s'était entraîné longuement et

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plusieurs fois au maintien des boîtes afin de diminuer le plus possible les influences extérieures. Sans cela l'expérience n' aurait pas pu être tentée.

5.3.3. Auditeur scientologue, sujet non scientologue

L' essai a été tenté lors de la même séance du 29 novembre 1996. L' exercice N° 21 a été répété à deux reprises. L'expert a donc été invité à se rappeler ce qui s'était passé dans la journée. En fait, le soussigné venait de vivre trois événements contrariants, mais totalement anodins. Ces événements seront appelés A, B et C.

Lors de la première tentative, l'auditeur est intervenu lorsque l'expert a évoqué l'événement A. Un peu plus tard, l'auditeur est de nouveau intervenu lorsque le soussigné pensait à l'événement B. L'auditeur a cru qu'il s'agissait de la même pensée.

Lors de la seconde tentative, l' auditeur est intervenu à l' évocation de l' événement A. Il n' a pas réagi au souvenir de l'événement B. Le soussigné a de nouveau évoqué l' événement A et l' auditeur a hésité à intervenir. Ensuite, le soussigné a pensé à l'événement C. L'auditeur est intervenu, croyant qu'il s'agissait de nouveau de l'événement A.

En résumé, les essais montrent que l'aiguille de l'électromètre réagit à la pensée d'un événement contrariant. Par contre, reconnaître plusieurs fois cette pensée est déjà beaucoup plus aléatoire. Les deux scientol~gues ayant participé reconnaissent d' ailleurs que l' auditeur a une large part d'interprétation. En pratique, il semble que l'on ne traitepas plusieurs événements en même temps, mais l'un après l'autre. D'après les indications fournies au soussigné, lors d'une audition, l'auditeur va choisir la pensée qui provoque le déplacement d'aiguille le plus important. Il va revenir à cet événement jusqu'à ce que son évocation ne provoque plus de réaction de l'aiguille (fac-similé effacé). Il n'est pas rare que l'on ne traite qu'un seul événement par séance.

5.3.4. Auditeur et sujet non scientologues

Comme déjà dit, les essais n'ont pas pu être poussés très loin. Le premier test effectué, celui du pincement, a été tenté avec quatre sujets différents. Cet essai consiste à pincer le sujet. L'aiguille dévie alors nettement vers la droite (vérifié pour tous les sujets). Ensuite, l'auditeur demande au sujet de se remémorer l'instant où il a été pincé.

L'aiguille devrait alors se déplacer à nouveau vers la droite, mais moins nettement. Cela a été constaté pour deux sujets. Par contre, il n'a pas été possible de voir un déplacement de l'aiguille pour les deux autres personnes.

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Lors du deuxième essai, on demande à deux sujets de penser à un nombre entre un et dix. L'auditeur énumère lentement les chiffres et guette les réactions de l' aiguille.

Lorsque l'auditeur prononce le chiffre choisi par le sujet, l'aiguille se déplace vers la droite. Le test a bien fonctionné avec l'un des sujets, mais pas avec l'autre.

Lors du troisième test, les protagonistes ont tenté de refaire l'exercice 21. Un seul "fall" a été constaté. Il correspondait à l'évocation d'un souvenir contraignant, mais pas directement pour le sujet. En fait, le sujet pensait à la maladie de l'une de ses connaissances. L'aiguille a bougé lorsque le sujet venait de se faire la réflexion "je n' aimerais pas être dans cette situation" .

En raison de la difficulté d'obtenir des mouvements clairs de l'aiguille, le test n'a pas été répété et les essais ont été abandonnés.

5.4. INTERPRÉTATION, DOCTRINE ET AUTRES POSSIBILITÉS

5.4.1. Constatations relatives aux essais et entretiens

Les tests montrent que l'électromètre HUBBARD permet à l'auditeur de repérer et d'intervenir lorsque le sujet évoque un événement contrariant. C'est le seul phénomène qui peut être vérifié scientifiquement, ce qui est en soi assez intéressant.

Par contre, essayer de comprendre la nature même de la pensée, les problèmes du sujet, ses angoisses ou ses contradictions uniquement d' après les réactions de l'aiguille, sont des choses qui paraissent beaucoup plus aléatoires et invérifiables d'une manière objective.

D'autre part, "appareil ne détecte pas seu'ement les événements contrariants, puisqu'il est possible, par exemple, de trouver le nombre choisi par un sujet.

Le soussigné a l'impression que "audition repose plus sur les interprétations et intuitions de l'auditeur que sur la lecture froide des réactions de l'aiguille.

D'autre part, les auditeurs entendus par le soussigné (le plaignant et l'inculpé B), tous deux convaincus des possibilités de leur instrument, ne sont pas capables de foumir des explications claires et cohérentes sur les phénomènes physiologiques provoquant les réactions de l' aiguille. Il semble que l'auditeur tire directement un lien entre la lecture de l'électromètre et le phénomène psychologique sans connaître la nature de ce lien qui est essentiellement physiologique. En résumé, "auditeur tire une sorte de diagnostic sur le mental du sujet, sans savoir comment la réaction de ce mental se transmet à son appareil. Il est évident qu'une personne qui utilise un instrument sans comprendre les bases de son fonctionnement ne peut pas prétendre en faire un usage scientifique.

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Il y a donc une lacune dans la formation de l'auditeur. Pour savoir si cette lacune est générale ou propre à l'église de scientologie de Genève, le soussigné a repris les ouvrages traitant de l'électromètre.

5.4.2. Pratique, théorie, erreurs et contradictions

Les essais ont permis de constater que les réactions d' aiguille les plus caractéristiques et les plus souvent observables sont les différents types de "fall" (aiguille partant vers la droite après l'énoncé d'une question). En consultant le livre "données essentielles sur l'électromètre", on constate que le "fall" est effectivement le mouvement le plus recherché. Tous les types de "fall" , quel que soit la sensibilité, " indiquent qu'il y a quelque chose qui doit être nettoyé" .

Par contre, d'après l'ouvrage "comprendre l'électromètre" , l'évocation d'un fac-similé devrait produire de la masse, donc augmenter la résistance au passage du courant, ce qui se traduit par un "rise" (aiguille partant vers la gauche). Toutefois, le test du pincement (page 100) trouve une explication en totale contradiction. En effet, chaque fois que l'on se rappelle l'instant où l'on a été pincé l'aiguille réagit par un "fall" de plus en plus faible, ce qui est observé en pratique. Mais l'explication qui en est donnée est fausse . en théorie, "la masse se volatilise et le blocage de l'onde porteuse se réduit". Comme cela a déjà été expliqué, lorsque la masse diminue, la résistance diminue et l' aiguille part vers la droite. Autrement dit, d' après la théorie, à chaque évocation de l'instant où l' on a été pincé, l' aiguille devrait partir de plus en plus vers la droite, puisque la résistance diminue .

Il y a donc une confusion générale, au niveau de la doctrine. Cette confusion est entretenue par la mauvaise interprétation des déviations de l' aiguille. Lorsque l' aiguille descend de la droite vers le centre du cadran, les scientologues croient que le " tone arm" descend. Or, en réalité, un mouvement de la droite vers le centre correspond à une augmentation de la résistance, donc également à une augmentation du "tone arm". La confusion provient du fait que le cadran n'est pas gradué numériquement et que l'auditeur ne sait jamais quelle est la valeur absolue de la résistance électrique de son sujet, or pour l'ohmmètre (cas de l'électromètre HUBBARD), la valeur diminue lorsque l'aiguille monte, contrairement à la majorité des appareils de mesure. Les explications du phénomène (masse et résistance du fac-similé) sont, dans le cas particulier, en contradiction avec les lois fondamentales de la physique.

En conclusion, il n'est pas étonnant que les auditeurs n'aient pas des notions claires de ce qu'ils font. Leur rôle est de trouver des zones d'ombre dans le passé de leurs sujets et de tout faire pour que leurs préclairs ne réagissent plus à l'évocation de leurs souvenirs. Le reste n'est qu'une théorie sur laquelle on ne se pose pas trop de questions. Ce manque d'esprit critique est un obstacle à la reconnaissance du caractère scientifique de leur travail.

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5.4.3. La formation

Si les bases théoriques sont des plus lacunaires, qu'en est-il de la formation pratique ?

Le manuel "Le livre des exercices à l'électromètre" en donne un bon aperçu.

Mis à part quelques exercices où l' on se demande si l' âge mental de l' étudiant-auditeur est du niveau de l'école infantile , tout se présente comme si l'on voulait former une sorte de robot. Le maniement de l'électromètre doit devenir automatique. L'étudiant apprend essentiellement à manipuler les boutons et à reconnaître les réactions de l' aiguille.

Il n'y a aucune approche psychologique du sujet. Souvent, le préclair devra écouter ou répondre à des questions. Les questions sont sur des listes que l'auditeur doit utiliser. Il ne dispose d'aucune liberté; il doit poser ces questions. Les réactions de l'aiguille vont susciter de nouvelles questions, toujours stéréotypées, du genre "y a-t-il quelque chose de caché là-dessous ?" ou encore, lorsque le préclair dit qu'il était inattentif ou objecte qu'il y a un problème technique . "d'accord, je te répète la question...".

L'idée est donc de former un auditeur froid, distant, une sorte de personnage neutre que le préclair ne saurait émouvoir ou apitoyer. Cependant, cette sorte de neutralité n'empêche pas l'auditeur de devenir très actif, parfois jusqu'à l'acharnement. Les directives du manuel Données essentielles sur l'électromètre sont assez claires. Le soussigné en cite quelques unes .

. Un fall signifie : "Ho, ho! Il m 'a eu". Vous n 'abandonnez pas une question qui a produit un fall tant que vous n 'êtes pas sûr que le préclair vous a tout dit et tant que l'aiguille ne F/N pas (= ne flotte pas) lorsque vous posez cette question.

. Si la question continue de produire un fall, vous avez l'une des deux choses suivantes :

a Le préclair n 'a pas tout dit, ou

b. Il y a une retenue ou un overt antérieur similaire.

Dans le cas de (a), vous continuez d'interroger le préclair de différentes manières jusqu 'à ce que cela soit clarifié (pas de fall, même avec une sensibilité élevée...).

. Vous pourrez avoir un fall seulement et puis plus de fall du tout lorsque vous reposez une ou deux fois la question, puis un fall. Vous n 'avez pas tout à fait


1 Tel l'exercice No 1 où l'étudiant, en présence d'un coach doit toucher et lâcher l'électromètre, ou encore l'exercice No 2, au cours duquel le coach demande à l'étudiant, par exemple, de toucher le bouton de sensibilité. de montrer l'aiguille, de toucher les électrodes, etc. jusqu'à ce que l'on constate que "I'étudiant a fait des progrès sensibles" .

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posé la bonne question. Le préclair essaye de l'ignorer. La règle à suivre est :

Si, sur une question, vous obtenez la moindre esquisse d'un fall ou d'une réaction, explorez cette question en long, en large et en travers, soit en la formulant de diverses façons, soit en modifiant légèrement le type de question. Dans tous les cas, veillez bien à ce qu'il ne subsiste pas la moindre réaction ni même la moindre trace de réaction avant d'être certain que la question ne donnera rien.

. Ne vous laissez pas embobiner par des excuses. Ne doutez pas de l'électromètre (c'est la première chose que le préclair essaie de faire quand il est vraiment au pied du mur).

. La marque d'un bon auditeur de confessionnal est une suspicion absolue,féroce et aucune confiance aux êtres humains, ni au diable - seulement à l 'électromètre.

A la lecture de ces principes, on a l'impression que le préclair ne dispose plus de son libre arbitre. Il est en présence d'un auditeur que l' on veut froid, intraitable, opiniâtre et parfois acharné. Les principes de base d'une formation scientifique (curiosité, esprit critique, ouverture d'esprit, psychologie et respect de l'individu, remise en cause en cas d' échec, etc.) font défaut.

5.4.4. Dangers et autres possibilités

Les partisans de la scientologie diront qu'il faut relativiser. L' archétype de l' auditeur, décrit ci-dessus, ne se rencontre peut-être pas dans la pratique. Le soussigné a côtoyé des gens paraissant avoir des contacts humains normaux, non dépourvus d'amabilité.

Il est donc tout à fait possible que les séances d'audition se passent en général très bien. Cependant, le recrutement et la formation des auditeurs ne permettent pas de placer des barrières pour éviter les dérapages. Rien n'empêchera l'auditeur trop zélé d'appliquer les principes à la lettre et de se transformer en véritable inquisiteur.

L'électromètre lui permet de localiser les zones de détresse de son préclair. Il lui est facile d'en abuser, même involontairement.

L'auditeur a une position dominante par rapport à son préclair. La relation est donc faussée au départ. La mise à jour d'une souffrance spirituelle, qui est, faut-il le rappeler, le but de l'audition, va accentuer la différence dominant-dominé. L'auditeur se trouve alors investi de pouvoirs pour lesquels il n'a pas été formé. S'il se prend au jeu, il va dépasser les limites. L'électromètre lui permet de conduire une sorte de psychanalyse forcée. Mais, comme cela a été montré, l'aiguille ne réagit pas qu'à l'évocation de souvenirs traumatisants. Alors qu'il aura abordé un événement grave du vécu de son préclair sans s' en rendre comte (l' événement profondément refoulé va donner un "fall"

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de petite amplitude), il s' acharnera peut-être sur quelque chose d' anodin, mais donnant un "fall" plus net. Le réveil de l'événement refoulé, non détecté par l'auditeur, va provoquer un conflit dont va souffrir le préclair. S i ce dernier présentait déj à des troubles de comportement, les conséquences risquent d'être désastreuses. On peut se demander si cette recherche des zones de détresse, plus ou moins acharnée, mais en tout cas systématique, n'est pas malsaine. Pour vivre normalement l'être humain doit pouvoir refouler une quantité de sentiments, émotions, etc. Les grands psychanalystes ont montré que ce n'est pas le refoulement, mais la violence avec laquelle il a été effectué qui est à l'origine des névroses obsessionnelles. Il est évident que l'auditeur va une fois ou l'autre (et en toute bonne fois), faire resurgir un souvenir qui avait été refoulé normalement. Lorsque le cas se produira, il ntest pas exclu que le préclair tente à nouveau de le refouler, cette fois-ci d'une manière plus

violente. Si ce nouveau refoulement est assez profond, l' auditeur aura l'impression qu'il a effacé un fac-similé pesant et cherchera autre chose. Cependant, il pourra y avoir plus tard conflit et troubles chez une personne qui, à l'origine, n'en présentait pas.

En définitive, le soussigné estime que les scientologues se comportent comme des apprentis-sorciers. Ils utilisent une technologie qu'ils ne maîtrisent pas entièrement.

Dans certains domaines, les scientifiques font parfois de même, mais chez eux subsistent, ou devraient subsister, le respect de l'éthique et la notion de risque calculé qui n'apparaît pas dans l'usage de l'électromètre HUBBARD.

5.5. THÉORIE ET RÉALITÉ

5.5.1. Electromètre et détecteur de mensonge

Pour bien comprendre ce qui se passe en réalité, il est nécessaire de tirer un parallèle avec le détecteur de mensonge. Les deux appareils fonctionnent selon le même principe : ils mettent en évidence les variations de la résistance électrique de la peau.

Les différences principales sont les suivantes .

. au contraire de l'électromètre HUBBARD, le détecteur de mensonge permet des mesures chiffrées ;

. le détecteur de mensonge enregistre aussi d'autres paramètres . pouls, rythme cardiaque, respiration, tension, etc. Les recherches ont en effet montré que la résistance de la peau varie en fonction de ces différents facteurs.

La conception du détecteur de mensonge est donc plus scientifique que celle de l'électromètre HUBBARD. En effet, en raison des paramètres enregistrés, on voit tout

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,

de suite si une modification de la résistance de la peau vient de la réaction à la question posée, ou si elle est due à une autre circonstance (changement dans le rythme cardiaque ou respiratoire, par exemple).

En résumé, les deux appareils peuvent être qualifiés de détecteurs d'émotions. Une question adéquate va provoquer un changement dans la résistance de la peau du sujet. C'est là que s'arrêtent les phénomènes objectifs, mesurables et pouvant faire l'objet de recherches scientifiques. La suite est totalement subjective, essentiellement liée à l'interprétation de l'opérateur et très difficile à vérifier scientifiquement. Pour l'opérateur du détecteur de mensonge, il s'agira d'étudier les réactions au moment de la réponse et d'essayer de déterminer si le sujet ment ou pas. Par contre, pour l'auditeur scientologue, il faudra étudier les réactions après la question et tenter de déterminer si cette question réactive un fac-similé. Le domaine d'étude est le même (réaction cutanée), seul l'usage qu'on en fait diffère.

5.5.2. Explication du processus dans lequel l'électromètre entre en jeu

Il est nécessaire de reprendre les principes de base. Comme déjà dit, l'électromètre HUBBARD indique les variations de résistance électrique d'un corps vivant. Lorsque l' on dit que l'électromètre envoie un faible courant qui traverse le corps humain, il s'agit d'une image. En réalité, le courant se déplace d'une électrode à l'autre en passant par le chemin qui offre le moins de résistance. Dans le cas du corps humain, ce chemin est la peau. Le courant électrique ce déplace donc en surface et pas vraiment à travers le corps. Il faudrait une intensité et une tension beaucoup plus grande pour qu'une partie mesurable du courant passe à travers le corps (musculature et os).

Donc, quand les scientologues pensent que le mental va envoyer une petite onde qui va perturber le passage du courant, ils se trompent. Si besoin était, la preuve peut en être apportée par l'audition solo. Dans ce type d'audition, le sujet-auditeur tient d'une main les deux électrodes, séparées de quelques millimètres par un isolateur. C'est la peau de la paume de la main qui relie les deux électrodes. Autrement dit, le courant ne se déplace plus qut en surface de la main et sur une distance de quelques millimètres seulement. Il n'y a donc pas d'onde porteuse qui traverse le corps du sujet et pourtant le système fonctionne.

Le processus qui entre en ligne de compte est bien connu des milieux scientifiques.

Le détecteur de mensonges a fait l'objet de nombreuses recherches, que se soit pour comprendre les phénomènes ou vérifier la fiabilité du système. Des études ont été effectuées dans différentes universités par des chercheurs de toute nationalité. Elles ont fait l'objet de publications dans des revues scientifiques dont les plus connues sont . Journal of Applied Psychology, Psychophysiology, Journal of Research in

 

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Personality, Journal of Police and Criminal Psychology, Journal of Police Science and Administration, British Journal of Psychology et Polygraph.

Le phénomène de base est appelé "réflexe psycho-galvanique" . Une agression modifie la physiologie de l'individu en créant un stress dont l'un des effets est le changement de résistance électrique de la peau. Lorsque le souvenir de cette agression est activé par une question, le stress réapparaît, moins violemment, mais ses effets secondaires sont toujours mesurables . la résistance de la peau va changer de nouveau. Le mot "agression" doit être pris dans un sens très large. Au moment de la question, le stress peut être provoqué par la réactivation de cette agression (le sujet revit une seconde fois l' agression). Cependant, le stress peut aussi être provoqué par les termes mêmes de la question. Un mot va réactiver une contrariété faisant partie du vécu du sujet, souvent sans aucun rapport avec la question elle-même. Enfin, ce peut- être le ton sur lequel est posée la question qui va provoquer le stress. Les scientologues ont compris le risque d'erreur et essayent de l'éviter par leur technique d'audition. Les questions doivent toujours être courtes et posées sur le même ton. En cas de litige avec le préclair, l'auditeur va reprendre un par un les différents termes de la question, en disant par exemple . " Y a-t-il quelque chose de caché sous le mot cheval ?" , tout en guettant la réaction de l'électromètre.

L'agression n'est pas nécessairement violente. Comme on l'a vu, il est possible de trouver le chiffre choisi par un sujet. Si celui-ci est suffisamment émotif, le fait de prononcer le chiffre suffit à modifier la résistance de sa peau. On conviendra qu'il ne s'agit pas d'une agression au sens où on l'entend habituellement. Le terme de "stimulus", employé par les psychologues, semble plus approprié.

Le stimulus ne doit pas nécessairement être lié au vécu réel du sujet. Des expériences ont montré quil était possible d' obtenir des stress avec modification de la résistance de la peau, en posant des questions sur un film visionné par le sujet. Donc, si les scientologues ont bien observé le phénomène, ils ont mal compris son origine. Il ne s'agit pas de l'émission d'une onde qui va perturber le passage de l'onde porteuse, ni de la création d'une masse qui va s'opposer au passage du courant, mais bien d'un stress se traduisant par un changement rapide et momentané du degré d'hygrométrie de la peau, provoquant ainsi la réaction de l'aiguille de l'électromètre.

Des recherches ont aussi prouvé que la répétition du même stimulus provoque peu à peu une diminution des réactions du sujet. L' amplitude des modifications de la résistance de la peau baisse progressivement. Au-delà d'un certain seuil, elles ne seront plus décelables par l'appareil de mesure. Il s'agit donc d'un phénomène d'accoutumance. Les "fall" de l'aiguille de l'électromètre du scientologue sont de plus en plus faibles parce que la réaction physiologique du sujet diminue et non à cause de l'évacuation d'une masse liée à un fac-similé.

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Les scientologues ont donc observé des phénomènes bien connus, tout en croyant être les seuls à l'avoir fait. Ils ont échafaudé une théorie fort complexe pour expliquer ces phénomènes qui, en réalité, sont beaucoup plus simples. Dans le domaine scientifique l'élaboration d'une théorie repose souvent sur la base de faits constatés par expérience. Cependant, une thèse construite uniquement sur cette base, sans référence aux travaux de recherches existants et permettants de comprendre les observations effectuées, n'aurait aucune chance d'être reçue.

En conclusion, la théorie de l'église de scientologie ne repose bas sur une base scientifique. Elle a été élaborée en sautant une étape dont la connaissance aurait probablement changé la nature même de cette théorie. Il reste, pour terminer, à vérifier si le but avoué est atteint, à savoir si un fac-similé particulièrement douloureux peut être débarrassé de sa charge émotive et si le "clair" n'a plus de mental réactif ? Ces dernières questions sont abordées au paragraphe suivant.

5.5.3. Limites de l'expertise

Les réponses aux questions précédentes se situent au-delà des compétences de l' expert qui, en raison de sa formation, ne dispose que de connaissances limitées dans les domaines de la psychologie et de la psychanalyse.

Le premier problème, celui du fac-similé débarrassé de sa charge émotionnelle, est du ressort du psychologue ou du psychanalyste. Cependant, quelques éléments de réponse, basés sur le bon sens, peuvent déjà être apportés.

Il est connu qu'amener une personne à parler d'une agression ou d'un événement particulièrement traumatisant est une bonne chose, surtout s'il est récent. On dit communément que "l'on se libère lorsque l'on parle de quelque chose de grave" ou encore 'qu'il vaut mieux parler que de garder pour soi ce que l'on a sur le coeur. Ceci explique sans doute pourquoi, en toute bonne fois, beaucoup de scientologues se sentent mieux, voire même soulagés après une audition. Sans en tirer un parallèle, il en est de même pour l'auteur d'un meurtre passionnel qui avoue son crime.

Toutefois, si la séance se termine bien pour la majorité des gens, on peut légitimement se demander ce qu'il en est des exceptions. La méthode est-elle bonne ? Les dangers évoqués précédemment (paragraphe 5.4.4) permettent d'affirmer le contraire. En conséquence, il semble que le but recherché, c'est-à-dire l'effacement de la charge émotionnelle d'un fac-similé, ntest possible que pour une certaine catégorie de préclairs.

Pour ce qui est du second problème, celui de savoir si le "clair" n’a plus de mental réactif, il faudrait pouvoir faire les recherches suivantes .

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. d'abord, contrôler l'évolution de plusieurs "préclairs", jusqu'au stade de "clair" , en comparant les résultats obtenus par des auditions au moyen de l'électromètre HUBBARD et au moyen d'un instrument plus sophistiqué, pour voir si les "fac- similés" ont réellement perdu leur charge émotionnelle ou si elle n'est pas simplement tombée en dessous du seuil de sensibilité de l'électromètre;

. s'il y a une perte appréciable, il faudrait contrôler, avec les mêmes personnes, si cette perte est définitive ou momentanée;

. s'il s'agit de perte définitive, l'étape suivante devrait consister à faire des essais pour déterminer si le "clair" est devenu un être amorphe, imperméable à toute agression ou émotion, ou au contraire, s'il est toujours capable de les ressentir tout en contrôlant ses réactions. Pour cela, les expériences devraient être menées avec un groupe de "clairs" et un groupe témoin de personnes étrangères à la scientologie. Il st agira de placer les cobayes en situation d'agression virtuelle et de voir ce qu'il en est de la résistance électrique de la peau.

. Si les 'clairs" ne réagissent pas, l'expérience aura montré que l'on est en présence d'individus amorphes. Au contraire, s'ils réagissent, il faudra les placer en situation d' auditions, qui devront être conduites avec des sous-groupes et échelonnées (un premier sous-groupe auditionné dans les minutes qui suivent l'agression, un deuxième dans les heures, un troisième dans les jours, etc.), évidemment toujours en comparant avec des groupes témoins.

. Pour être valables, les expériences devraient être répétées avec différents types d'agression. Si les essais montrent que les "clairs" ne réagissent plus à l'audition effectuée dans les minutes qui suivent l' agression, ni plus tard, cela signifiera que les émotions sont totalement maîtrisées. Le "clair" aura donc appris à éliminer les charges liées à l'agression, probablement de manière réflexe, grâce au long cheminement de l'audition.

. Si ce n'est pas le cas, il faudra voir si la charge émotionnelle disparaît progressivement, sans intervention extérieure. On comprend toute suite les difficultés insurmontables. Il faudrait empêcher les cobayes de réactiver eux-mêmes leurs souvenirs pendant la durée totale de l' expérience qui pourrait être de plusieurs mois.

De telles recherches paraissent utopiques, surtout en raison des cobayes nécessaires et de la quasi-impossibilité de garantir les conditions objectives des expériences. En conclusion, même si ce domaine n'est pas de la compétence de l'expert, le soussigné est d'opinion qu'il ne sera probablement jamais possible de déterminer scientifiquement que le "clair" n' a plus de mental réactif et à atteint le niveau auquel la scientologie prétend l'avoir amené.

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VI.- RÉSUMÉ, DISCUSSION ET RÉPONSES AUX QUESTIONS

La première partie de la mission consistait à décrire les qualités techniques et le fonctionnement des deux appareils. Le soussigné s'est limité à reprendre les rapports des experts précédents et à effectuer des essais de fonctionnement.

En résumé, à l'exception du problème du contact avec les électrodes, l'électromètre HUBBARD professionnel est un appareil techniquement correct. Il ne constitue toutefois pas une révolution technologique. Quelques détails lui assurent une certaine originalité. Il est moins performant et moins bien conçu que d'autre système visant le même but, à savoir mettre en évidence les variations de résistance électrique à la surface de la peau.

Il est évident que les concepteurs auraient pu faire beaucoup mieux, surtout en ce qui concerne les influences extérieures, évitant ce qui semblent constituer l'une des hantises de l'auditeur et que les scientologues nomment les 'tfaux-TA'f 1 . La formation de l'auditeur serait considérablement accélérée et les risques de mauvaise interprétation notoirement diminués. L'explication est peut-être d'ordre commercial . en mettant au point un instrument se rapprochant trop de ceux qui existent déjà, il n' aurait pas été possible d' obtenir des brevets.

Dans la deuxième partie, il fallait décrire l'utilisation des électromètres en scientologie.

Toujours pour résumer, l'électromètre a pour rôle essentiel d'aider l'auditeur à trouver les zones de détresse ou d'angoisse jalonnant la vie du préclair. C'est du moins le rôle avoué par les scientologues. Une fois l'événement repéré, l'auditeur va réactiver ce mauvais souvenir jusqu'à ce qu'il n'en perçoive plus de charge émotionnelle. Dans cette seconde étape, l'électromètre pennet de vérifier si la charge émotionnelle est bien en train de diminuer (en réalité, il ne contrôle que la manifestation physiologique de cette émotion).

Dans la troisième partie, le soussigné devait déterminer le caractère scientifique de l'utilisation des électromètres en scientologie. L'expertise n'a pas été possible sans un

1 Ou fausse indication du tone arm. Le nombre de bulletins traitant de ce problème est impressionant. Dans une révision de 1980, L. Ron HUBBARD propose une liste de 33 vérifications à effectuer lorsque l'auditeur soupçonne un "faux TA". On y parle de problèmes lié à l'appareil (pas chargé à fond, mal étalonné, fils mal connectés, etc.), mais aussi de causes que les concepteurs du système aurait pu éviter (boîtes rouillées ou de mauvaise taille, boîtes trop froides, mains du préclair trop sèches, trop calleuses, ou trop moites, préclair souffrant d'arthrite, préclair qui a faim, qui a mal dormi, qui a chaud, qui porte des vêtements ou des chaussures trop serrées, etc.).

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minimum de documentation sur la doctrine des scientologues et de nombreux essais, malheureusement de bas niveau, pour les raisons invoquées au paragraphe 5.3. 1 .

Si l'électromètre HUBBARD professionnel est bien un appareil technologique, peut-être conçu et mis au point par des scientifiques, en tout cas par des techniciens, l' expert a trouvé beaucoup d'éIéments qui ne justifient ou ne permettent pas de soutenir l'argument d'une utilisation à caractère scientifique. Les principaux reproches que l' on peut formuler sont les suivants .

. impossibilité de mesurer la résistance électrique effective du sujet;

. impossibilité dobtenir des résultats reproductifs permettant le contrôle de la valeur du travail;

. à partir d'un certain niveau, vérification impossible par un non-scientologue ;

. conception technique ne permettant pas la saisie de données sûres (grand risque d' erreur) ;

. utilisation de l'instrument sans comprendre les principes fondamentaux qui régissent son fonctionnement;

. théorie basée sur une observation partiellement correcte, mais pas comprise, d' où explications contradictoires, parfois en total désaccord avec les principes de base de la physique;

. formation déniant toute curiosité, esprit critique et ouverture d'esprit;

. refus de se remettre en cause en cas d'échec et confiance aveugle dans les indications de l'appareil;

. mauvaise maîtrise de la technologie à disposition; risques mal ou pas du tout évalués 1.,

. ignorance des travaux effectués dans les mêmes domaines, par des chercheurs reconnus par la communauté scientifique;

. évolution mentale du sujet pratiquement incontrôlable d'une manière objective.

De toute évidence, toute théorie, doctrine philosophique ou religieuse présentant les lacunes susmentionnées ne pourrait se voir reconnaître un caractère scientifique. Bien que l' appareil mis au point par les scientologues offre de réelles possibilités et que les objectifs pour lesquels il est conçu soient atteints en partie, son utilisation en scientologie ne revêt pas un caractère scientiïlque.

1 / Pourtant les scientologues sont conscients de ces risques. Dans un bulletin du HUBBARD COMMUNICATIONS OFFICE de 1969, on peut lire . "Il est dangereux et très maladroit d'essayer de parcourir une somatique qui n'a obtenu aucun read sur la liste. Elle dépasse la réalité du préclair et son niveau de conscience et aura pour résultat de le submerger." Au verso du même bulletin, on trouve encore . "un auditeur qui se croit plus malin que les autres peut commettre une faute fatale."

 

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Enfin, en quatrième lieu, il était demandé à l'expert de faire toutes remarques utiles en relation avec l'expertise confiée. La première remarque est relative à la complexité du domaine exploré.

Le soussigné est conscient qu'il pourrait avoir mal compris quelques éléments portant notamment sur la doctrine ou la formation. Cependant, une théorie qui se veut scientifique doit s' énoncer clairement et se comprendre facilement (pour autant, bien sûr , que celui qui l'aborde possède une formation de base suffisante). Dans le cas particulier, l'expert a l'impression que la scientologie cherche plutôt à mettre des barrages entre ses thèses et le monde scientifiques. Elle demande à ses adeptes d'assimiler des dogmes ou des axiomes sans démonstration convaincante. (Le reproche est d'ordre général. Les inculpés n'ont pas tenté d'entraver la marche de l' expertise).

La documentation accompagnant l'électromètre est truffée de contradictions; l'expert n'a fait qu'un résumé des principales. Le présent rapport ne prétend donc pas être exhaustif et pourrait, si nécessaire, faire l'objet de compléments.

La deuxième remarque porte sur les dangers évoqués précédemment. S'il est probable que l'audition au moyen de l'électromètre revêt un caractère anodin dans la majorité des cas, les risques de dérapage sont réels. Les limites ne sont pas très nettes et il est vraisemblable que lorsqu'elles sont franchies, on se situe dans un domaine proche de la psychothérapie. Dans ces cas, on peut se demander s'il n'y a pas violation de l'exercice des professions médicales ou paramédicales. L'expert ne fait qu'attirer l'attention, mais ne se prononce pas, le problème débordant le cadre de la présente expertise et se situant hors des compétences du soussigné.

Enfin, la troisième remarque concerne le prix de revient de l' appareil. L' estimation a été faite par l'École d'Ingénieurs de Genève dont le rapport figure en annexe N° 4. Le modèle MARK VIa été estimé à Frs 1'195.--, le MARK SUPER VII à Frs lt545.--.

Le soussigné précise qu'il s' agit là de chiffres maximums, calculés sur la base de prix unitaires pour les composants, sur des séries de 1000 unités pour le boîtier et pour un montage manuel avec salaire suisse pour la main d'oeuvre. Si les appareils sont fabriqués en plus grande série et montés sur une chaîne, le prix de revient sera sensiblement plus bas. Pour plus de détails, voir rapport de l'École d'Ingénieurs.

D. C.

Collaborateur scientifique


 

 

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Annexes :

. un cahier relié contenant :

- un rapport du professeur Raymond DUPERDU (annexe 1)

- un rapport du professeur Jean AUVRAY (annexe 2)

- un rapport de l'expert Philippe GUILGUET (annexe 3)

- un rapport de Daniel BRUN, école d'Ingénieurs de Genève (annexe 4)

. une cassette vidéo intitulée "exercice de simulation de séance"

. quatre manuels relatifs à l'électromètre

. une copie non reliée du rapport et du cahier d' annexes

. deux copies reliées. avec annexes, à destination des parties

. une facture

 

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TABLE DES MATIÈRES

1. Mission..................................................................................................................... 1

11. Procès-verbal des opérations................................................................................2

1. Qualités techniques et fonctionnement des deux appareils.............................4

3.1. Généralités......................................................................................................4

3.2. Principes de fonctionnement.......................................................................4

3.3. Description des organes externes ...............................................................6

rV. Utilisation des électromètres en scientologie......................................................8

4.1. Généralités......................................................................................................8

4.2. Le souvenir ou "fac-similé" ..........................................................................8

4.3. La masse du "fac-similé" ...............................................................................9

4.4. Utilisationde l'électromètre........................................................................ 11

4.5. Dernières remarques.................................................................................... 14

V Caractère scientifique de l'électromètre............................................................. 14

5. 1 . Généralités .................................................................................................... 1 4

5.2. Possibilités techniques de l'appareil.......................................................... 15

5 .3 . Essais .............................................................".............................................. 1 6

5.3.1. Remarques préliminaires................................................................ 16

5.3.2. Auditeur scientologue, sujet scientologue.................................. 16

5.3.3. Auditeur scientologue, sujet non scientologue.......................... 18

5.3.4. Auditeur et sujet scientologues................................................... 18

5.4. Interprétation, doctrine et autres possibilités........................................... 1 9

5.4.1. Constatations relatives aux essais et entretiens .........................19

5.4.2. Pratique, théorie, erreurs et contradictions..................................20

5.4.3. La formation....................................................................................21

5.44. Dangers et autres possibilités........................................................22

5.5. Théorie et réalité .......................................................... ................................2 3

5.5.1. Electromètre et détecteur de mensonge ......................................23

5.5.2. Explication du processus dans lequel l'électromètre

entre en j eu ......................................................................................24

5 .5 .3 . Limite 5 de l' expertise ......................................................................26

VI. Résumé, discussion et réponses aux questions................................................28

 

Annexe 4. 1

REPUBLIOUE ET CANTON DE GENEVE

Département de l'instruction publique

ÉCOLE D'INGENIEURS DE GENÈVE

Expertise concernant les prix de revient des appareils MARK VI et MARK VIl

Electromètres MARK VI et MARKVII

Nous avons procédé à une estimation du prix de revient de deux électromètres, soit un modèle MARK VI de couleur bleu et un modèle MARK VIl de couleur noir. Nous avons calculé ces prix en choisissant le prix unitaire pour les composants. ce qui est la situation la plus défavorable puisque les prix d'achat pour des quantités supérieures sont de 20 à 2000 70 inférieurs suivant les composants. Nous obtenons donc un prix de revient maximum.

Pour l'estimation du prix du boîtier nous avons choisi une autre hypothèse, à savoir la production de 1000 unités au minimum. Dans ce cas en effet, le coût est

principalement dû à la matrice d'injection ou de moulage du boitier. Son prix peut- être estimé à environ 100'000.-F , ce qui nous donne un prix par boîtier de 100,-F.

En annexe la liste de matériel donne le détail des coûts pour l'appareil MARK VI (bleu). Cet électromètre est le plus ancien en raison de sa technologie, clest particulièrement visible pour les circuits imprimés qui sont de conception

ancienne.

Le deuxième électromètre MARK VIl (noir) utilisant pratiquement les même composants, sur un support plus moderne et avec quelques fonctions supplémentaires n'a pas été soumis à la même analyse, mais par similitude son prix de revient est déterminé selon les mêmes hypothèses que celles décrites pour l'appareil MARK VI.

L'estimation de la main d'oeuvre, pour le montage exclusivement, fait apparaitre des différences de coût sensible suivant les stratégies retenues, à savoir montage entièrement manuel, ce qui semble être le cas pour le premier appareil analysé, semi-automatique ou automatique. Afin de donner toujours un prix maximum notre choix c'est porté sur le montage manuel, soit une dizaine d'heures.

 

Annexe 4.3

Expertise concernant les prix de revient des appareils MARK VI et MARK VIl

MARK VI

Boîtier 276.- F

Circuit imprimé de base 77.- F

Circuit imprimé avec commutateur 42.-F

Total matériel 395.- F

Main-d'oeuvre 800.- F

TOTAL 1195.-F

MARK VIl

Boîtier 276.- F

Circuit imprimé de base 77.-F

Circuit imprimé avec commutateur 42.- F

Valise et accessoires 350.- F

Total matériel 745.- F .

Main-d'oeuvre 800.- F

TOTAL 1545.- F

Conclusions

Les estimations de prix de revient, en rappelant que les hypothèses choisies sont toujours celles qui maximisent les coûts nous permettent d'affirmer que le premier appareil évalué, le MARK VI se monte à environ 1'200.- F. Le coût du deuxième appareil, le MARK VIl, plus récent, s'élève à environ 1'550.- F.

Cette expertise a été conduite dans le cadre du laboratoire d'électronique de l'Ecole d'lngénieurs de Genève sur demande de l'Institut de Police Scientifique et de Criminologie.

Messieurs Jean-Claude OFFNER, assistant technique et Daniel BRUN, ingénieur

SIA et professeur ont effectué le travail.


Genève, le 14 avril 1997


Scan et mis en page: roger gonnet

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