COURRIER INTERNATIONAL 14 au 20 DECEMBRE

A l'Eglise de l'anticonsommation
Bill Talen, un acteur de San Francisco, a créé un mouvement prônant l'abstinence acheteuse. Une façon originale de pratiquer la désobéissance civile.


MOTHER JONES
San Francisco


Au plus fort de la folie consommatrice des dernières fêtes de fin d'année, un ministre du culte et une trentaine de fidèles pénétrèrent dans la boutique Disney de Times Square. L'oreille collée à de faux téléphones portables (des jouets), ils firent semblant d'appeler leurs enfants. "Je ne sais pas, ma chérie", se lamentèrent-ils de manière à être entendus par les autres clients. "Tu sais, il paraît qu'on a fait travailler des enfants pour fabriquer ces trucs." Puis le pasteur sauta sur un comptoir et se mit à haranguer la foule des clients médusés.

"Il n'y a qu'un péché, mes bien chers frères, mes bien chères soeurs, tonna-t-il. Les achats! Ce frisson utopique qui vous parcourt quand le produit vous sourit, c'est à ce moment-là que vous marchez sur un étang de feu! Mickey, c'est l'Antéchrist!" Une bousculade s'ensuivit. Le royaume magique de la distribution dut fermer ses portes pendant quarante-cinq minutes, le temps que la police emmène manu militari le pasteur et ses joyeux apôtres vers le commissariat le plus proche.

Le "révérend Billy" est le nom de guerre de Bill Talen, le chef de file d'un mouvement anti-consommation dénommé l'Eglise de la fin des achats (Church of Stop Shopping). M. Talen, un acteur qui hante depuis longtemps la scène théâtrale de San Francisco, a fondé son "Eglise" pour rire en 1997, comme un instrument de résistance aux aspects déshumanisants de la culture d'entreprise. Depuis, il a mené une vingtaine d'"invasions" de boutiques Disney, prêchant l'abstinence de la consommation.

10 000 DOLLARS D'AMENDE POUR AFFICHAGE SAUVAGE

Le col de pasteur qu'il arbore est peut-être faux, mais les questions soulevées par Bill Talen et son idéalisme sont, eux, bien réels: il a utilisé sa verve pour rallier des partisans dans sa lutte contre l'exploitation dans les ateliers de sous-traitance ou en faveur des espaces verts, et pour protester contre la privatisation de lieux publics à New York. Il a prononcé de multiples parodies de sermons - émaillées de musique gospel fantaisiste - et entraîné ses ouailles dans des actions de désobéissance civile. A la fin d'une prédication, en mars dernier, 150 membres de l'Eglise regardaient pendant que plusieurs fidèles jetaient des boulettes de peinture sur un panneau publicitaire d'About.com qui défigurait un quartier de New York.

Dans le NewYork du maire Rudolph Giuliani, l'art du révérend Billy ne s'exprime pas sans risques. Outre un nombre d'interpellations qui ne cesse de croître, M.Talen a écopé récemment d'une amende de 10 000 dollars pour avoir collé sur des lampadaires des affiches annonçant ses représentations. Sans se laisser démonter, il a mené, tout au long de l'été, une campagne à l'encontre de Starbucks [lieux de vente de café, où l'on peut également consommer sur place], prêchant dans chacun des 97 magasins du torréfacteur à Manhattan. Il réserve ses homélies les plus corrosives aux points de vente ouverts par Starbucks dans des quartiers peu rentables dans le but d'acculer à la faillite les cafés du voisinage.

S'il s'est fait de puissants ennemis, M. Talen compte également des admirateurs. "Le révérend Billy représente un type de militantisme bien plus astucieux que ce qu'on a vu dans les années 60", estime Jonathan Kolb, critique de théâtre de l'hebdomadaire "alternatif" New York Press. "On ne s'attend plus à voir de nos jours ce genre de cohérence dans les actes de désobéissance civile." Un véritable homme d'Eglise ne dit pas autre chose, en termes plus simples. "Au bout du compte", commente Peter Laarman, qui officie à l'église Judson Memorial, "le révérend Billy est un formidable prédicateur."
Monique Murad

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The Independent, Londres