LE SECTICIDE
L'ANTI - SCIENTOLOGIE antisectes.net

SCIENTOLOGY, the cult above laws
Scientologie, la secte au dessus des lois 


Bilingual
partie en français
Autre article: LIBERATION, David Dufresne



This is a partly translated article issued into the french magazine:

L'Évènement du Jeudi

5.11.1998

Par Serge Faubert

Intro
 

Folders that disappear from justice's courts cabinets, aeternizing prosecution steps, documents which could be faked... justice machinery does not run oily as soon as the church of scientology is concerned.
Looking into strange things that could very cancel 15 years procedure:

Miracle do not pertain anymore to religions only. Cults get theirs too. Proof? what happened before the accusation's Appeal Court room in Paris, this 13th of october. Part of the prosecution folder of scientology vanished somewhere into the halls of Justice Palais. # D 1938 to D 1982 of the eight volume, as well as the entire volume 9, on a 10 volumes total. They were the oldest ones into this long ago instruction folder.

But the attorneys working for the complaining part don't believe much into surnatural tricks. Those villain think seriously to complain for theft if those folders don't come back before next monday,  where the new hearing of the accusation's court should be held. We could very well observe then a strangle spectacle: police officers, attorneys and clerks heared by a Commission of judiciary police launched to find the truth.

Though quite strange, this is not the only  bizarre event upcoming in this suit. Their accumulation make ones really curious..

On march 16th 1989, a young 22 years equatorian student complaints for fraud. Four months sooner, his ways crossed the scientology's ones. He took courses upon courses. Would he not become soon able to get fantastic potentials? When he comes to the prosecutor judge Marie Paule MORACCHINI, he had left in the church's cash some 200000 dollars !

Some other complaintes come into this suit. Between them, the one deposed in 1983 by Julia Darcondo, ex-adept who became one of the nightmares of scientology: she wrote a book in 1987, "Voyage au centre de la secte", which has long been the only one on the organization's methods. Scientology went to buy all the copies back. On May 25th, 1989, the judge Marie Paule Moracchini delivers a search warrant on scientology methods and adepts's psychological profile. The 9th div of judiciary poçlice (DCPJ) inherits of the search on breach of confidence, and frauds.

In Lyon, another judge, George Fenech, is almready on scientology: he's searching for the circumstances of a suicide, on march 88, of an adept. He orders the arrest of the main scientology french execs, Jean-Paul Chapellet and Danièle Gounord.

Probably that publicity does awake Marie-Paule Morrachini: on january 3d, 1992, the 9th div police inspectors raid the scientology church on rue de Dunkerque, 65, as well as the Celebrity Center, reserved to the richer clients, 69, rue Legendre. Tons of documents are seized and many account pieces, as well as gold ingots. Some 20 scientologists are arrested.

Moracchini sues Jean Paul Chapellet, the then president of the scientology, for fraud and illegal medicine practice: he has already been indicted for the same reasons in Lyon.

On Feb 20th, another chief in the cult, MD Claude BOUBLIL, is also indicted for fraud and complicitry of illegal medecine practice. The adepts were coming to him to get "examined" before doing the "purification rundown".

La machine est enfin lancée. Magistrat et policiers exploitent les
informations recueillies. Le 18 mai 1993, l'inspecteur Biagotti adresse à
Marie-Paule Moracchini le rapport de synthèse de l'enquête: « Les
réalisations promises par la scientologie peuvent paraître illusoires et
éphémères. » L'Eglise se livre à des « activités commerciales ». Elle
draine de l'argent « vers les Etats-Unis via le Luxembourg et le Danemark ».
La cure de purification inquiète le policier: « Cela ne pourrait-il pas
en gendrer la déstabilisation de l'adepte ? » Quant au cursus de formation
scientologue, il « entraîne généralement un endettement des paroissiens ».
L'inspecteur estime donc que « les délits d'extorsion et d'exercice illégal
de la médecine pourraient être retenus à l'encontre des responsables de
deux centres parisiens de la Scientologie ».

Police Officer Biagiotti does report on may 18th 1983 a resume of the searches:  the promises  done could appear as illusory, the church has trade activities, get money to USA through Luxemburg, Denmark.

Dans l'intervalle, d'autres plaignants sont venus s'ajouter au dossier.
Eric Dumas, un médecin de 27 ans qui, en avril 1992, observera, plusieurs
jours durant, une grève de la faim devant les locaux de l'Eglise de
scientologie avant d'être hospitalisé. Il a versé 480 000 F aux
scientologues. Il y a encore Didier Lerouge, propriétaire d'une petite
boutique de produits régionaux et d'un studio à Paris. Entré dans la secte
en 1986, il s'est retrouvé a la rue un an plus tard. Pour payer sa
formation,
la secte l'a contraint de vendre studio et magasin à une agence
immobilière tenue par des scientologues. Pour une bouchée de pain, bien
sûr. Il y a encore un avocat, des médecins du travail... Neuf plaintes au
total.

Si l'on s'en réfere au rapport de l'inspecteur Biagotti, dès le second
semestre 1993, le juge Moracchini est en état de cloturer son instruction.
Les faits sont établis et les responsables, identifiés. Au pire, elle peut
encore prendre quelques semaines pour affiner la qualification des délits
retenus contres les préve nus scientologues. Même en tenant compte des
lenteurs du système judiciaire, ce dossier aurait donc dû être renvoyé
devant le tribunal correctionnel courant 1994.

Or il n'en a rien été. La juge laisse au contraire son instruction en
l'état. Ce point est capital. Car la loi prévoit que si, pendant trois ans,
le magistrat ne procède à aucun acte de procédure, l'affaire est prescrite.
C'est précisément l'argument soulevé aujourd'hui par l'avocat de l'Eglise
de scientologie, Olivier Metzner: « Entre le 18 mai 1993 et le 22 mai 1997,
soit quatre ans et quatre jours, la juge Marie-Paule Moracchini n'a réalisé
aucun acte. Le dossier est frappé de prescription. »

On se souviendra que cela a failli être le cas pour le dossier instruit par
le juge Georges Fenech à Lyon. Bien que cloturé, le dossier est resté plus
de deux ans sans qu'une date d'audience soit fixée. C'est uniquement
l'émotion provoquée par le premier massacre de l'Ordre du Temple solaire,
en décembre 1995, et la parution du rapport parlementaire sur les sectes,
une se maine plus tard, qui ont poussé le garde des Sceaux de l'époque,
Jacques Toubon, à renvoyer l'affaire devant le tribunal correctionnel.

-------- Encadré :

En Mai 1993,la Juge reçoit un rapport de synthèse édiflant sur la secte.
Elle pourrait clôturer son Instruction. Or elle n'en fait rien...

-------------- Légende Photo 1

L'avocat Olivier Metzner, défenseur attitré de l'Eglise de scientologie, et
Danièle Gounord, la porte-parole des scientologues. La disparition d'un
dixième de la plus ancienne instruction menée contre la secte simplifie
largement son travail. D'autant que le magistrat instructeur n'avait pas de
copie. --------------- légende Photo 2

Eric Dumas a versé 480 000 F à la secte. Partie civile dans le dossier, ce
médecin a observé une grève de la faim en 1992 devant les locaux de
l'Eglise afin de récupérer son argent. Il espère aujourd'hui que l'absence
d'une partie du dossier n'enterrera pas sa plainte. ------------------
légende Photo 3

Le juge Georges Fenech, aupurd'hui président de l'Association
professionnelle des magistrats, a instruit le dossier qui, à Lyon, a
conduit à la condamnation de plusieurs responsables scientologues. « Cette
disparition n'est pas due au hasard. Il y a une intention de faire
disparaitre des Pièces compromettantes. » --------------------

Dans le dossier parisien, on objectera que les parties civiles auraient pu
se manifester avant l'expiration du délai. Oui, mais voilà, nombre de
plaignants ont changé d'avocat au fil des ans - certaines plaintes
remontent à une quinzaine d'années... Il faut le temps de transmettre le
dossier et d'en prendre connaissance. Et puis, surtout, comment imaginer
que la juge, après avoir procédé à des inculpations, s'exposerait elle-même
par son inaction à la prescription ? Le comportement de Marie-Paule
Moracchini ne laisse pourtant pas de surprendre. Le 26 mai 1997, I'avocat
du jeune étudiant colombien dont la plainte a déclenché la procédure
Nicolay Fakiroff, écrit à la juge pour lui réclamer le règlement du
dossier. Pas de réponse. Quatre mois plus tard, il revient à la charge.
Sans davantage de succès.

Le 3 novembre 1997, Fakiroff saisit la chambre d'accusation de la cour
d'appel de Paris. Cette juridiction a, en effet, le pouvoir de décider du
renvoi du dossier d'instruction devant un tribunal. Va-t-on enfin statuer?
Non. Le dossier transmis à la chambre d'accusation est incomplet. Le
parquet s'impatiente. Début avril 1998, le procureur Jean-Claude Marin est
chargé de faire le point. Le 1er juillet, il adresse son rapport au
procureur général: "Le magistrat instructeur m'a précisé n'avoir eu
connaissance qu'en avril 1998 de la demande de règlement dont est saisie la
chambre d'accusation depuis

----------- ENCADRÉ : Quand la Cinquième sert la soupe au sectes

Cela pourrait s'appeler « Tribune libre pour les sectes », les auteurs ont
préféré « Les sectes: mensonges et idéaux ». Le mensonge, en l'occurrence,
consiste à nous faire croire qu'il existe une quelconque enquête derrière
cette série de 5 épisodes de 52 minutes diffusée le samedi sur La
Cinquième. Paresse ou complaisance ? Gourous et adeptes débitent leurs
petits discours sans qu'c aucun moment les auteurs, Frédéric Lenoir et
Iolande Cadrin-Rossignol, se soucient de vérifier les affirmations des uns
et des autres, ce qui est pourtant la mission première d'un journaliste. Ce
rôle est dévolu aux méchants: entendez tous ceux qui de près ou de loin ne
prennent pas pour argent comptant les discours des sectes: le juge Georges
Fenech, le psychiatre Jean Marie Abgrall, la présidente de l'ADFI
Jeanine Tavernier, le député Jacques Guyard, rapporteur de la commission
d'enquête parlementaire, et même l'auteur de ces lignes.

La recette est connue: une minute pour le bourreau, une minute pour la
victime. Elle permet de se draper dans les plis de l'objectivité, mais elle
est foncièrement malhonnête. Que pèsent 30 secondes de contradiction après
10 minutes de propagande sectaire dans laquelle ne reviennent que les mots
« amour », « paix », « harmonie » et « tolérance ». Pour le coup, celui qui
tente de démonter cette mystification passe pour un sectaire. Avec le même
procédé, on arriverait à faire passer le Front national pour une fraternité
de braves gens injustement persécutés. Peut-être était-ce là le propos des
auteurs, nous faire la démonstration qu'il y avait en France, comme le
prétendent les sectes, un lobby anti sectes haineux et des mouvements à
prétention religieuse certes un peu rigides mais inoffensifs. Ils ont
surtout réussi à nous convaincre qu'il y avait de médiocres réalisateurs
prêts à servir la soupe à des groupes totalitaires.

Légende Photo Encadré

Jean-Marie Abgrall, expert psychiatre auprès des tribunaux, a été victime
d'une campagne de persécution (calomnies...) orchestrée par les
scientologues. ------------------------------

...le 3 novembre 1997. Elle m'a, par ailleurs, indiqué avoir adressé à la
chambre l'entier dossier composé des dix tomes de la procédure et n'est
plus en possession des cotes D 1938 à D 1982 ainsi que du tome IX. »

Une mauvaise communication entre les service expliquerait donc que
Marie-Paule Moracchini soit restée sourde aux demandes de l'avoccat -
certaines adressées Par écrit avec accusé de réception - pendant six mois.
Pourquoi pas....

Les cotes et le tome manquants ? Le magistrat instructeur a adressé un
dossier complet. Il ne sait rien de ce qui a pu se passer, une fois la
porte de son cabinet franchie. Soit. De l'avis des professionnels, il est
extrêmement rare qu'un dossier s'égare définitivement. Mais cela peut quand
même se produire. Justement, le législateur a envisagé cette éventualité:
selon le code de procédure pénale, le juge d'instruction doit établir une
copie de son dossier avant de le transmettre. Mais voilà, Marie-Paule
Moracchini n'a pas observé cette obligation, pourtant sans ambiguïté. « Le
double de la procédure ne serait pas au complet quant au fond du dossier »,
indique le procureur Marin dans son courrier au Procureur Général. En
clair, Marie-Paule Moracchini a conservé en sa possession le double d'un
certain nombre de pièces, sauf justement celles qui manquent au dossier. Ce
n'est vraiment pas de chance !

La liste des anomalies ne s'arrête pas là. Le 18 juin 1997, lassé de
l'inertie de la magistrate, un avocat des parties civiles,
Jean-Michel Pesenti, se présente avec son client, Didier Lerouge devant
Marie-Paule Moracchini. La juge lui affirme que Lerouge s'est désisté.
Stupeur de l'intéressé qui dément catégoriquement. Ce n'est pas fini: la
juge est également persuadée que les deux autres clients de Pesenti, Eric
Dumas
et Laurant Bertz, se sont désistés. Une lettre de ce dernier figurerait même
dans le dossier. «Aucun de mes clients n'a renoncé à son action", précise
Pesenti. Pour dissiper toute confusion, j'ai immédiatement réitéré la
constitution de mes trois clients dans le dossier.

Le 13 Octobre 1998, l'affaire vient enfin devant la chambre d'accusation.
Les avocats des parties civiles exigent que les éléments manquants soient
retrouvés. Au sortir de l'audience, I'avocat de l'Union nationale de la
défense de la famille et de l'individu (UNADFI) Olivier Morice, écrit à la
garde des Sceaux: "Je vous remercie vivement de bien vouloir faire en sorte
que les victimes ne pâtissent nullement soit d'une désorganisation
lamentable de l'institution judiciaire, soit de raisons plus obscures qui
pourraient permettre une nouvelle fois à des membres de l'Eglise de
scientologie de s'en tirer à bon compte. » Invitée le lendemain sur une
radio périphérique, Elisabeth Guigou annonce qu'une enquête interne sur la
disparition d'une partie du dossier est ouverte.

Le conseil de l'Eglise, Olivier Metzner, invoque, lui, la prescription pour
laver ses clients de tout soupçon: « Pourquoi l'Eglise de scientologie
aurait-elle cherché à faire disparaître le dossier alors que la procédure
est d'ores et déjà prescrite ? C'est absurde. » « Pas si sûr, rétorque
l'avocat de la partie civile Nicolay Fakiroff. D'abord, il se peut que,
parmi les pièces disparues, il y ait des éléments interrompant la
prescription. Ensuite, si les lettres de désistement figurant dans le
dossier sont des faux, certains avaient tout intérêt à les faire
disparaître avant que nous procédions à des expertises graphologiques. »

Reste le mystère de l'impéritie dont a fait preuve la juge Moracchini. Car
cette magistrate sait être diligente à l'occasion. En septembre dernier,
elle a mis en examen le propre substitut de Toulon, Albert Lévy, et notre
confrère de Var-Matin Claude Ardid pour violation du secret de
l'instruction. Les deux hommes sont

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Encadré De l'avis des professionnels, il est très rare qu'un. dossier
judiciaire s'égare définitivement. La Scientologie a-t-elle de la chance?

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Légende Photo 4

Ron Hubbard a fondé en 1954, à Washington, la première église de
scientologie. Cet ancien auteur de science-fiction a commencé à implanter
son organisation en Euror e dès 1959. La secte revendique plus de 11
millions d'adeptes de par le monde.

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Légende Photo 5

Malgré les procès, la propagande continue. En France, les scientologues
recrutent dans la rue sans être inquiétés. Il est vrai qu'un récent arrêt
de la cour d'appel de Lyon a cru bon de qualifier leur pratique de
religion. Etranges paroissiens qui disposent d'un service de renseignements
très efficace.

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Légende Photo 6

A Paris, dans les nouveaux locaux de la secte, rue Jules-César. Le fisc a
pourtant prononcé la liquidation judiciaire de l'Eglise de scientologie en
novembre 1995. Celle-ci devait la bagatelle de 42 millions de francs aux
impôts. Ce sont finalement les contribuables qui ont payé.

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soupçonnés d'avoir dévoilé une procédure concernant l'attribution du marché
de la restauration scolaire à Toulon. L'enquête a duré six mois: filatures,
écoutes téléphoniques, photos, perquisitions, la magistrate a sorti le
grand jeu pour ce qui n'était, au fond, qu'un banal délit de presse.

Alors, pourquoi ce laisser-aller coupable dans l'instruction du dossier de
la scientologie ? « J'imagine que la juge a souffert de pressions terribles
dans ce dossier, répond Nicolay Fakiroff. Des pressions émanant directement
de l'Eglise de scientologie ou de gens qui sont en relation avec elle. »

Ce ne serait pas la première fois dans l'histoire judiciaire de l'Eglise de
scientologie. Le juge Georges Fenech a ainsi été l'objet de filatures
pendant son instruction. Il apprendra, de source policière, qu'une ancienne
barbouze de la cellule élyséenne était chargé de le surveiller pour le
compte de la Scientologie.

L'expert psychiatre désigné dans le dossier de Lyon, Jean-Marie Abgrall, a
été victime, lui, d'une campagne de persécution orchestrée par l'Eglise de
scientologie: vol de courrier, déni grement auprès de ses confrères,
calomnies... Maître d'Oeuvre de ces actions de basse police, le bureau des
affaires spéciales, OSA (« Office of Special Affairs »). La section
française de ce service de renseignement scientologue disposait, en 1990,
d'une taupe - connue sous le nom de code « F 10 » - dans l'entourage du
président de la République Francois Mitterrand. Celle ci a transmis des
informations sur les procédures en cours et intrigué en faveur de l'Eglise
auprès des responsables politiques ( voir note 1 )

OSA s'est naturellement intéressé de très près à Marie-Paule Moracchini. A
preuve ce rapport adressé le 10 juillet 1990 par l'antenne scientologue
française à la direction internationale "Nous avons également obtenu
aujourd'hui des informations disant que la juge d'instruction Moracchini,
avant le raid de Marseille [une série de perquisitions et d'interpellations
menées en mai 1990 contre les centres scientologues de Nice et de Marseille
par la juge Carole Sayouz, NDLR], a adressé un mémoire au ministère de la
Justice proposant un ensemble d'actions. Le mémoire explique que le seul
moyen d'abattre la scientologie est de s'attaquer aux circuits financiers
et à la comptabilité et de se concentrer là-dessus. [ . . . ] Je n'en sais
pas plus sur ce point. Nous allons remonter la piste au ministère de la
Justice. Un des collègues de Moracchini lui a demandé son avis sur les
arrestations de Marseille, Lyon et Paris. Elle a déclaré que mettre tous
les scientologues en prison était une énorme connerie et que ce n'était pas
ainsi qu'il fallait procéder: "C'est une bourde monumentale, et ils [les
magistrats] ne les auront jamais comme ca." Je pense que nous savons à
quoi nous en tenir sur cette dame en ce qui concerne l'instruction des
plaintes dont elle s'occupe. »

La secte a donc de grandes chances de passer une fois encore entre les
mailles du filet. En janvier 1995, à Marseille où sept responsables
régionaux de l'Eglise pour « exercice illégal de la médecine et escroquerie
»,
l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel a été annulée à
l'issue de la première journée d'audience. Neuf rapports d'expertise
n'avaient pas été communiqués aux défenseurs des scientologues. Le
substitut du procureur qui a suivi l'instruction s'appelle Solange
Moracchini, la propre soeur de Marie-Paule. Décidément, la famille n'a pas
la main heureuse avec la Scientologie...

Les fuites de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes n'ont
toujours pas été élucidées. Bien que les députés aient siégé à huis clos,
des associations et des universitaires favorables aux sectes étaient
entrés, au début de 1996, en possession de la liste des personnes
entendues. Plus grave, des procès-verbaux d'audition ont circulé dans la
presse. Le juge Valat, chargé du dossier, vient néanmoins de conclure au
non-lieu.

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Encadré

Une source policière a revelé au juge Fenech qu'une ex-barbouze de l'Elysée
le surveillait pour le compte des scientologues.

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Légende Photo7 :

A Los Angeles, les scientologues ont pignon sur rue : Une rue de la Ville
porte même le nom de Lafayette Ron Hubard, mort en 1986.

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Il faut dire que, dans cette affaire, la présidence de l'Assemblée
nationale - alors occupée par Philippe Séguin - a fait très fort. L'avocat
initialement choisi pour la représenter apparte nait au cabinet Farthouat,
le défenseur des... dirigeants scientologues Jean-Paul Chapellet et Danièle
Gounord devant la Cour d'Appel de Lyon en juillet 1997. Certes, en droit,
rien ne s'y oppose. Mais on aurait pu espérer un choix plus avisé.

Quant à la présence de Danièle Gounord dans une tribune officielle de
l'Assemblée - interdite au public - le jour du débat sur le rapport de la
commission parlementaire d'enquête, elle n'est pas vraiment été éclaircie.
Un obscur fonctionnaire aurait été abusé...

Il arrive quand même que la justice parvienne à condamner à Lyon en
novembre 1996 devant le tribunal de grande instance, puis devant la cour
d'appel en juillet 1997. Encore faut-il regretter qu'à cette occasion cette
dernière juridiction ait cru bon, en violation de tous les principes
républicains, d'affirmer dans ses attendus que « I'Eglise de scientologie
peut revendiquer le titre de religion ». Une reconnaissance inespérée qui,
paradoxalement, permet aujourd'hui à la secte de présenter l'arrêt de Lyon
comme une victoire, malgré la condamnation de cinq de ses membres à des
peines de prison avec sursis. D'autres condamnations, elles, se sont
soldées par un formidable pied de nez à la justice. Ainsi, la liquidation
judiciaire de l'Eglise de scientologie de Paris prononcée, le 30 novembre
1995, par le tribunal de commerce. La secte devait 42 millions de francs au
fisc. Un mois plus tard, rue Jules-César dans le 12e arrondissement de
Paris, une toute nouvelle « Association spirituelle de l'Eglise de
scientologie d'Ile-de France », qui n'a - c'est évident ! - absolument rien
à voir avec la défunte Eglise de scientologie de Paris, inaugure ses
locaux. Trois étages dans un immeuble cossu: bureaux, sauna, salles de
projection et de cours, escalier en marbre... La centaine de personnes qui
évoluent dans ce centre ne sont visiblement pas à l'étroit.

La ficelle est un peu grosse. N'importe quel petit commerçant qui
recourrait à pareil artifice serait immédiatement traîné en justice pour
détournement d'actifs par le ministère des Finances. Mais, faisant preuve
d'une mansuétude inhabituelle, le fisc a renoncé à poursuivre la nouvelle
association scientologue. Et ce bien qu'elle vende, dans ses locaux, les
mêmes livres et matériels et qu'elle facture les mêmes prestations que
l'Eglise de scientologie de Paris... Quant aux 42 millions en souffrance,
c'est bien évidemment le contribuable qui a soldé la note...

Lionel Jospin vient de mettre en place une mission interministérielle de
lutte contre les sectes. Nul doute qu'elle n'aura aucun mal à être plus
performante que l'observatoire installé par Alain Juppé en 1996. Ledit
observatoire s'est sur tout signalé par sa profonde léthargie. A tel point
qu'on a été très étonné d'apprendre, voilà deux semaines, que des inconnus
se seraient introduits dans les locaux afin d'effacer une partie des
fichiers informatiques. Qui aurait cru que cet observatoire détenait des
informations explosives ?

La nouvelle mission a du pain sur la planche. A commencer par le
cambriolage dont a été victime, au début du mois, son futur président,
Alain Vivien, auteur d'un premier rapport parlementaire sur les sectes en
1983. Travail d'un petit casseur de banlieue qui ignorait jusqu'à
l'identité de celui dont il fouillait la maison ? Peut-être. Mais il y a
aussi des monte-en-l'airs dans les sectes... On ne prête qu'aux riches.

(SERGE FAUBERT avec Stephane Roy)

( note 1) Une secte au coeur de la République: les réseaux francais de
l'Eglise de scientologie de Serge Faubert, Calmann-Lévy, 1993,251P., IIOF



Scientologie la secte au dessus des lois

Évènement du Jeudi
5.11.1998

Par Serge Faubert

Intro : 1 Collone :

Des dossiers qui disparaissent des armoires du palais de justice, une
instruction qui s'éternise, des documents qui seraient des faux... La
machine judiciaire grippe dès lorsqu'il sagit de l'Eglise de scientologie.
Enquête sur d'incompréhensibles anomalies qui risquent d'annuler quinze
années de procédure.

Les miracles ne sont plus l'apanage des religions. Les sectes ont
maintenant les leurs. A preuve celui qui s'est produit le 13 octobre devant
la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris: une partie d'un
dossier d'instruction concernant l'Eglise de scientologie s'est évanoui
quelque part dans les couloirs du palais de justice. Très exactement les
cotes D 1938 à D 1982 du tome VIII et l'intégralité du tome IX (sur un
total de dix tomes). Presque des reliques, puis qu'il s'agit d'un des plus
vieux dossiers contre la secte encore à l'instruction.

Mais voilà, les avocats des parties civiles ne croient guère au surnaturel.
Ces mécréants en visagent très sérieusement de porter plainte pour vol si,
lundi prochain, lors de la nouvelle audience de la chambre d'accusation,
les pièces manquantes n'ont pas réintégré leurs chemises cartonnées. On
pourrait bien alors assister à ce curieux spectacle d'une brochette de
magistrats, d'avocats, de greffiers et d'appariteurs entendus par des
offficiers de police judiciaire dans le cadre d'une commission rogatoire.

Pour spectaculaire qu'elle soit, cette disparition n'est pas la seule
fantaisie qu'ait connue ce dossier. Fantaisies dont l'accumulation laisse
pour le moins perplexe.

L'affaire débute le 16 mars 1989. Juan Esteban Cordero, un jeune Equatorien
de 22 ans, étudiant à Paris, porte plainte contre X pour escroquerie.
Quatre mois plus tôt, le chemin de ce fils de famille a croisé celui de
l'Eglise de scientologie. Séduit, il a pris cours sur cours. Ne lui a-t-on
pas laissé entrevoir qu'il pourrait ainsi réveiller des potentialités
psychiques jusqu'alors inconnues? Lorsqu'il se présente au cabinet de son
avocat, il a laissé dans les caisses de la secte la bagatelle de
1 112 986 FF ! Le parquet désigne un juge d'instruction, Marie-Paule
Moracchini.
D'autres plaintes en suspens sont jointes au dossier. Notamment celle
déposée en 1983 par Julia Darcondo, une ancienne adepte devenue l'une des
bêtes noires de l'Eglise de scientologie. En effet, d'une expérience de dix
années dans l'Eglise, elle a tiré un livre paru en 1987, Voyage au centre
de la secte. Cet ouvrage a longtemps été l'un des seuls témoignages sur le
fonctionnement réel de l'organisation. La Scientologie s'est employée
pendant des années à en racheter les exemplaires. Le 25 mai 1989, la juge
Moracchini délivre une commission rogatoire portant sur les méthodes de la
Scientologie et le profil psychologique des adeptes. La 9e division de la
Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), chargée des escroqueries
et des abus de confiance, se voit confier l'enquête.

A Lyon, un autre magistrat travaille déjà sur l'Eglise de scientologie: le
juge Georges Fenech. Instruisant les circonstances du suicide, en mars
1988, d'un adepte de la secte, Patrice Vic, il est remonté jusqu'à ses
dirigeants. En juillet 1990, Fenech ordonne l'interpellation des principaux
responsables de l'Eglise, Jean Paul Chapellet et Danièle Gounord.
L'opération fait grand bruit dans la presse.

Sans doute cette publicité réveille-t-elle l'intérêt de Marie-Paule
Moracchini pour la secte. Le 3 janvier 1992 les inspecteurs de la 9e
division investissent le siège de l'Eglise de scientologie de Paris,
au 65 rue de Dunkerque, et le Celebrity Center, le bâtiment réservé
aux adeptes fortunés de la secte, 69 rue Legendre. Une vingtaine de
scientologues sont interpelés. Des kilos et des kilos de document sont
saisis. De nombreuses pièces comptables, mais aussi des lingots d'or.

Parmi les personnes emmenées par les policiers, Jean-Paul Chapellet. En
février 1991, il a succédé à Danièle Gounord à la présidence de l'Eglise de
scientologie en France. Moracchini le poursuit pour escroquerie et exercice
illégal de la medecine. Des chefs d'accusation déjà retenus contre lui par
le juge Georges Fenech à Lyon.

Le 20 février, un second hiérarque de la secte est inculpé d'escroquerie et
de complicité d'exercice illégal de la médecine, le Dr Claude Boublil.
C'est chez ce praticien que les adeptes allaient retirer le certificat
médical les autorisant à subir des séances intensives de sauna - la « cure
de purification » -imposée aux nouvelles recrues.

La machine est enfin lancée. Magistrat et policiers exploitent les
informations recueillies. Le 18 mai 1993, l'inspecteur Biagotti adresse à
Marie-Paule Moracchini le rapport de synthèse de l'enquête: « Les
réalisations promises par la scientologie peuvent paraître illusoires et
éphémères. » L'Eglise se livre à des « activités commerciales ». Elle
draine de l'argent « vers les Etats-Unis via le Luxembourg et le Danemark ».
La cure de purification inquiète le policier: « Cela ne pourrait-il pas
en gendrer la déstabilisation de l'adepte ? » Quant au cursus de formation
scientologue, il « entraîne généralement un endettement des paroissiens ».
L'inspecteur estime donc que « les délits d'extorsion et d'exercice illégal
de la médecine pourraient être retenus à l'encontre des responsables de
deux centres pari siens de la Scientologie ».

Dans l'intervalle, d'autres plaignants sont venus s'ajouter au dossier.
Eric Dumas, un médecin de 27 ans qui, en avril 1992, observera, plusieurs
jours durant, une grève de la faim devant les locaux de l'Eglise de
scientologie avant d'être hospitalisé. Il a versé 480 000 F aux
scientologues. Il y a encore Didier Lerouge, propriétaire d'une petite
boutique de produits régionaux et d'un studio à Paris. Entré dans la secte
en 1986, il s'est retrouvé a la rue un an plus tard. Pour payer sa
formation,
la secte l'a contraint de vendre studio et magasin à une agence
immobilière tenue par des scientologues. Pour une bouchée de pain, bien
sûr. Il y a encore un avocat, des médecins du travail... Neuf plaintes au
total.

Si l'on s'en réfere au rapport de l'inspecteur Biagotti, dès le second
semestre 1993, le juge Moracchini est en état de cloturer son instruction.
Les faits sont établis et les responsables, identifiés. Au pire, elle peut
encore prendre quelques semaines pour affiner la qualification des délits
retenus contres les préve nus scientologues. Même en tenant compte des
lenteurs du système judiciaire, ce dossier aurait donc dû être renvoyé
devant le tribunal correctionnel courant 1994.

Or il n'en a rien été. La juge laisse au contraire son instruction en
l'état. Ce point est capital. Car la loi prévoit que si, pendant trois ans,
le magistrat ne procède à aucun acte de procédure, l'affaire est prescrite.
C'est précisément l'argument soulevé aujourd'hui par l'avocat de l'Eglise
de scientologie, Olivier Metzner: « Entre le 18 mai 1993 et le 22 mai 1997,
soit quatre ans et quatre jours, la juge Marie-Paule Moracchini n'a réalisé
aucun acte. Le dossier est frappé de prescription. »

On se souviendra que cela a failli être le cas pour le dossier instruit par
le juge Georges Fenech à Lyon. Bien que cloturé, le dossier est resté plus
de deux ans sans qu'une date d'audience soit fixée. C'est uniquement
l'émotion provoquée par le premier massacre de l'Ordre du Temple solaire,
en décembre 1995, et la parution du rapport parlementaire sur les sectes,
une se maine plus tard, qui ont poussé le garde des Sceaux de l'époque,
Jacques Toubon, à renvoyer l'affaire devant le tribunal correctionnel.

-------- Encadré :

En Mai 1993,la Juge reçoit un rapport de synthèse édiflant sur la secte.
Elle pourrait clôturer son Instruction. Or elle n'en fait rien...

-------------- Légende Photo 1

L'avocat Olivier Metzner, défenseur attitré de l'Eglise de scientologie, et
Danièle Gounord, la porte-parole des scientologues. La disparition d'un
dixième de la plus ancienne instruction menée contre la secte simplifie
largement son travail. D'autant que le magistrat instructeur n'avait pas de
copie. --------------- légende Photo 2

Eric Dumas a versé 480 000 F à la secte. Partie civile dans le dossier, ce
médecin a observé une grève de la faim en 1992 devant les locaux de
l'Eglise afin de récupérer son argent. Il espère aujourd'hui que l'absence
d'une partie du dossier n'enterrera pas sa plainte. ------------------
légende Photo 3

Le juge Georges Fenech, aupurd'hui président de l'Association
professionnelle des magistrats, a instruit le dossier qui, à Lyon, a
conduit à la condamnation de plusieurs responsables scientologues. « Cette
disparition n'est pas due au hasard. Il y a une intention de faire
disparaitre des Pièces compromettantes. » --------------------

Dans le dossier parisien, on objectera que les parties civiles auraient pu
se manifester avant l'expiration du délai. Oui, mais voilà, nombre de
plaignants ont changé d'avocat au fil des ans - certaines plaintes
remontent à une quinzaine d'années... Il faut le temps de transmettre le
dossier et d'en prendre connaissance. Et puis, surtout, comment imaginer
que la juge, après avoir procédé à des inculpations, s'exposerait elle-même
par son inaction à la prescription ? Le comportement de Marie-Paule
Moracchini ne laisse pourtant pas de surprendre. Le 26 mai 1997, I'avocat
du jeune étudiant colombien dont la plainte a déclenché la procédure
Nicolay Fakiroff, écrit à la juge pour lui réclamer le règlement du
dossier. Pas de réponse. Quatre mois plus tard, il revient à la charge.
Sans davantage de succès.

Le 3 novembre 1997, Fakiroff saisit la chambre d'accusation de la cour
d'appel de Paris. Cette juridiction a, en effet, le pouvoir de décider du
renvoi du dossier d'instruction devant un tribunal. Va-t-on enfin statuer?
Non. Le dossier transmis à la chambre d'accusation est incomplet. Le
parquet s'impatiente. Début avril 1998, le procureur Jean-Claude Marin est
chargé de faire le point. Le 1er juillet, il adresse son rapport au
procureur général: "Le magistrat instructeur m'a précisé n'avoir eu
connaissance qu'en avril 1998 de la demande de règlement dont est saisie la
chambre d'accusation depuis

----------- ENCADRÉ : Quand la Cinquième sert la soupe au sectes

Cela pourrait s'appeler « Tribune libre pour les sectes », les auteurs ont
préféré « Les sectes: mensonges et idéaux ». Le mensonge, en l'occurrence,
consiste à nous faire croire qu'il existe une quelconque enquête derrière
cette série de 5 épisodes de 52 minutes diffusée le samedi sur La
Cinquième. Paresse ou complaisance ? Gourous et adeptes débitent leurs
petits discours sans qu'c aucun moment les auteurs, Frédéric Lenoir et
Iolande Cadrin-Rossignol, se soucient de vérifier les affirmations des uns
et des autres, ce qui est pourtant la mission première d'un journaliste. Ce
rôle est dévolu aux méchants: entendez tous ceux qui de près ou de loin ne
prennent pas pour argent comptant les discours des sectes: le juge Georges
Fenech, le psychiatre Jean Marie Abgrall, la présidente de l'ADFI
Jeanine Tavernier, le député Jacques Guyard, rapporteur de la commission
d'enquête parlementaire, et même l'auteur de ces lignes.

La recette est connue: une minute pour le bourreau, une minute pour la
victime. Elle permet de se draper dans les plis de l'objectivité, mais elle
est foncièrement malhonnête. Que pèsent 30 secondes de contradiction après
10 minutes de propagande sectaire dans laquelle ne reviennent que les mots
« amour », « paix », « harmonie » et « tolérance ». Pour le coup, celui qui
tente de démonter cette mystification passe pour un sectaire. Avec le même
procédé, on arriverait à faire passer le Front national pour une fraternité
de braves gens injustement persécutés. Peut-être était-ce là le propos des
auteurs, nous faire la démonstration qu'il y avait en France, comme le
prétendent les sectes, un lobby anti sectes haineux et des mouvements à
prétention religieuse certes un peu rigides mais inoffensifs. Ils ont
surtout réussi à nous convaincre qu'il y avait de médiocres réalisateurs
prêts à servir la soupe à des groupes totalitaires.

Légende Photo Encadré

Jean-Marie Abgrall, expert psychiatre auprès des tribunaux, a été victime
d'une campagne de persécution (calomnies...) orchestrée par les
scientologues. ------------------------------

...le 3 novembre 1997. Elle m'a, par ailleurs, indiqué avoir adressé à la
chambre l'entier dossier composé des dix tomes de la procédure et n'est
plus en possession des cotes D 1938 à D 1982 ainsi que du tome IX. »

Une mauvaise communication entre les service expliquerait donc que
Marie-Paule Moracchini soit restée sourde aux demandes de l'avoccat -
certaines adressées Par écrit avec accusé de réception - pendant six mois.
Pourquoi pas....

Les cotes et le tome manquants ? Le magistrat instructeur a adressé un
dossier complet. Il ne sait rien de ce qui a pu se passer, une fois la
porte de son cabinet franchie. Soit. De l'avis des professionnels, il est
extrêmement rare qu'un dossier s'égare définitivement. Mais cela peut quand
même se produire. Justement, le législateur a envisagé cette éventualité:
selon le code de procédure pénale, le juge d'instruction doit établir une
copie de son dossier avant de le transmettre. Mais voilà, Marie-Paule
Moracchini n'a pas observé cette obligation, pourtant sans ambiguïté. « Le
double de la procédure ne serait pas au complet quant au fond du dossier »,
indique le procureur Marin dans son courrier au Procureur Général. En
clair, Marie-Paule Moracchini a conservé en sa possession le double d'un
certain nombre de pièces, sauf justement celles qui manquent au dossier. Ce
n'est vraiment pas de chance !

La liste des anomalies ne s'arrête pas là. Le 18 juin 1997, lassé de
l'inertie de la magistrate, un avocat des parties civiles,
Jean-Michel Pesenti, se présente avec son client, Didier Lerouge devant
Marie-Paule Moracchini. La juge lui affirme que Lerouge s'est désisté.
Stupeur de l'intéressé qui dément catégoriquement. Ce n'est pas fini: la
juge est également persuadée que les deux autres clients de Pesenti, Eric
Dumas
et Laurant Bertz, se sont désistés. Une lettre de ce dernier figurerait même
dans le dossier. «Aucun de mes clients n'a renoncé à son action", précise
Pesenti. Pour dissiper toute confusion, j'ai immédiatement réitéré la
constitution de mes trois clients dans le dossier.

Le 13 Octobre 1998, l'affaire vient enfin devant la chambre d'accusation.
Les avocats des parties civiles exigent que les éléments manquants soient
retrouvés. Au sortir de l'audience, I'avocat de l'Union nationale de la
défense de la famille et de l'individu (UNADFI) Olivier Morice, écrit à la
garde des Sceaux: "Je vous remercie vivement de bien vouloir faire en sorte
que les victimes ne pâtissent nullement soit d'une désorganisation
lamentable de l'institution judiciaire, soit de raisons plus obscures qui
pourraient permettre une nouvelle fois à des membres de l'Eglise de
scientologie de s'en tirer à bon compte. » Invitée le lendemain sur une
radio périphérique, Elisabeth Guigou annonce qu'une enquête interne sur la
disparition d'une partie du dossier est ouverte.

Le conseil de l'Eglise, Olivier Metzner, invoque, lui, la prescription pour
laver ses clients de tout soupçon: « Pourquoi l'Eglise de scientologie
aurait-elle cherché à faire disparaître le dossier alors que la procédure
est d'ores et déjà prescrite ? C'est absurde. » « Pas si sûr, rétorque
l'avocat de la partie civile Nicolay Fakiroff. D'abord, il se peut que,
parmi les pièces disparues, il y ait des éléments interrompant la
prescription. Ensuite, si les lettres de désistement figurant dans le
dossier sont des faux, certains avaient tout intérêt à les faire
disparaître avant que nous procédions à des expertises graphologiques. »

Reste le mystère de l'impéritie dont a fait preuve la juge Moracchini. Car
cette magistrate sait être diligente à l'occasion. En septembre dernier,
elle a mis en examen le propre substitut de Toulon, Albert Lévy, et notre
confrère de Var-Matin Claude Ardid pour violation du secret de
l'instruction. Les deux hommes sont

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Encadré De l'avis des professionnels, il est très rare qu'un. dossier
judiciaire s'égare définitivement. La Scientologie a-t-elle de la chance?

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Légende Photo 4

Ron Hubbard a fondé en 1954, à Washington, la première église de
scientologie. Cet ancien auteur de science-fiction a commencé à implanter
son organisation en Euror e dès 1959. La secte revendique plus de 11
millions d'adeptes de par le monde.

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Légende Photo 5

Malgré les procès, la propagande continue. En France, les scientologues
recrutent dans la rue sans être inquiétés. Il est vrai qu'un récent arrêt
de la cour d'appel de Lyon a cru bon de qualifier leur pratique de
religion. Etranges paroissiens qui disposent d'un service de renseignements
très efficace.

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Légende Photo 6

A Paris, dans les nouveaux locaux de la secte, rue Jules-César. Le fisc a
pourtant prononcé la liquidation judiciaire de l'Eglise de scientologie en
novembre 1995. Celle-ci devait la bagatelle de 42 millions de francs aux
impôts. Ce sont finalement les contribuables qui ont payé.

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soupçonnés d'avoir dévoilé une procédure concernant l'attribution du marché
de la restauration scolaire à Toulon. L'enquête a duré six mois: filatures,
écoutes téléphoniques, photos, perquisitions, la magistrate a sorti le
grand jeu pour ce qui n'était, au fond, qu'un banal délit de presse.

Alors, pourquoi ce laisser-aller coupable dans l'instruction du dossier de
la scientologie ? « J'imagine que la juge a souffert de pressions terribles
dans ce dossier, répond Nicolay Fakiroff. Des pressions émanant directement
de l'Eglise de scientologie ou de gens qui sont en relation avec elle. »

Ce ne serait pas la première fois dans l'histoire judiciaire de l'Eglise de
scientologie. Le juge Georges Fenech a ainsi été l'objet de filatures
pendant son instruction. Il apprendra, de source policière, qu'une ancienne
barbouze de la cellule élyséenne était chargé de le surveiller pour le
compte de la Scientologie.

L'expert psychiatre désigné dans le dossier de Lyon, Jean-Marie Abgrall, a
été victime, lui, d'une campagne de persécution orchestrée par l'Eglise de
scientologie: vol de courrier, déni grement auprès de ses confrères,
calomnies... Maître d'Oeuvre de ces actions de basse police, le bureau des
affaires spéciales, OSA (« Office of Special Affairs »). La section
française de ce service de renseignement scientologue disposait, en 1990,
d'une taupe - connue sous le nom de code « F 10 » - dans l'entourage du
président de la République Francois Mitterrand. Celle ci a transmis des
informations sur les procédures en cours et intrigué en faveur de l'Eglise
auprès des responsables politiques ( voir note 1 )

OSA s'est naturellement intéressé de très près à Marie-Paule Moracchini. A
preuve ce rapport adressé le 10 juillet 1990 par l'antenne scientologue
française à la direction internationale "Nous avons également obtenu
aujourd'hui des informations disant que la juge d'instruction Moracchini,
avant le raid de Marseille [une série de perquisitions et d'interpellations
menées en mai 1990 contre les centres scientologues de Nice et de Marseille
par la juge Carole Sayouz, NDLR], a adressé un mémoire au ministère de la
Justice proposant un ensemble d'actions. Le mémoire explique que le seul
moyen d'abattre la scientologie est de s'attaquer aux circuits financiers
et à la comptabilité et de se concentrer là-dessus. [ . . . ] Je n'en sais
pas plus sur ce point. Nous allons remonter la piste au ministère de la
Justice. Un des collègues de Moracchini lui a demandé son avis sur les
arrestations de Marseille, Lyon et Paris. Elle a déclaré que mettre tous
les scientologues en prison était une énorme connerie et que ce n'était pas
ainsi qu'il fallait procéder: "C'est une bourde monumentale, et ils [les
magistrats] ne les auront jamais comme ca." Je pense que nous savons à
quoi nous en tenir sur cette dame en ce qui concerne l'instruction des
plaintes dont elle s'occupe. »

La secte a donc de grandes chances de passer une fois encore entre les
mailles du filet. En janvier 1995, à Marseille où sept responsables
régionaux de l'Eglise pour « exercice illégal de la médecine et escroquerie
»,
l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel a été annulée à
l'issue de la première journée d'audience. Neuf rapports d'expertise
n'avaient pas été communiqués aux défenseurs des scientologues. Le
substitut du procureur qui a suivi l'instruction s'appelle Solange
Moracchini, la propre soeur de Marie-Paule. Décidément, la famille n'a pas
la main heureuse avec la Scientologie...

Les fuites de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes n'ont
toujours pas été élucidées. Bien que les députés aient siégé à huis clos,
des associations et des universitaires favorables aux sectes étaient
entrés, au début de 1996, en possession de la liste des personnes
entendues. Plus grave, des procès-verbaux d'audition ont circulé dans la
presse. Le juge Valat, chargé du dossier, vient néanmoins de conclure au
non-lieu.

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Encadré

Une source policière a revelé au juge Fenech qu'une ex-barbouze de l'Elysée
le surveillait pour le compte des scientologues.

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Légende Photo7 :

A Los Angeles, les scientologues ont pignon sur rue : Une rue de la Ville
porte même le nom de Lafayette Ron Hubard, mort en 1986.

---------------

Il faut dire que, dans cette affaire, la présidence de l'Assemblée
nationale - alors occupée par Philippe Séguin - a fait très fort. L'avocat
initialement choisi pour la représenter apparte nait au cabinet Farthouat,
le défenseur des... dirigeants scientologues Jean-Paul Chapellet et Danièle
Gounord devant la Cour d'Appel de Lyon en juillet 1997. Certes, en droit,
rien ne s'y oppose. Mais on aurait pu espérer un choix plus avisé.

Quant à la présence de Danièle Gounord dans une tribune officielle de
l'Assemblée - interdite au public - le jour du débat sur le rapport de la
commission parlementaire d'enquête, elle n'est pas vraiment été éclaircie.
Un obscur fonctionnaire aurait été abusé...

Il arrive quand même que la justice parvienne à condamner à Lyon en
novembre 1996 devant le tribunal de grande instance, puis devant la cour
d'appel en juillet 1997. Encore faut-il regretter qu'à cette occasion cette
dernière juridiction ait cru bon, en violation de tous les principes
républicains, d'affirmer dans ses attendus que « I'Eglise de scientologie
peut revendiquer le titre de religion ». Une reconnaissance inespérée qui,
paradoxalement, permet aujourd'hui à la secte de présenter l'arrêt de Lyon
comme une victoire, malgré la condamnation de cinq de ses membres à des
peines de prison avec sursis. D'autres condamnations, elles, se sont
soldées par un formidable pied de nez à la justice. Ainsi, la liquidation
judiciaire de l'Eglise de scientologie de Paris prononcée, le 30 novembre
1995, par le tribunal de commerce. La secte devait 42 millions de francs au
fisc. Un mois plus tard, rue Jules-César dans le 12e arrondissement de
Paris, une toute nouvelle « Association spirituelle de l'Eglise de
scientologie d'Ile-de France », qui n'a - c'est évident ! - absolument rien
à voir avec la défunte Eglise de scientologie de Paris, inaugure ses
locaux. Trois étages dans un immeuble cossu: bureaux, sauna, salles de
projection et de cours, escalier en marbre... La centaine de personnes qui
évoluent dans ce centre ne sont visiblement pas à l'étroit.

La ficelle est un peu grosse. N'importe quel petit commerçant qui
recourrait à pareil artifice serait immédiatement traîné en justice pour
détournement d'actifs par le ministère des Finances. Mais, faisant preuve
d'une mansuétude inhabituelle, le fisc a renoncé à poursuivre la nouvelle
association scientologue. Et ce bien qu'elle vende, dans ses locaux, les
mêmes livres et matériels et qu'elle facture les mêmes prestations que
l'Eglise de scientologie de Paris... Quant aux 42 millions en souffrance,
c'est bien évidemment le contribuable qui a soldé la note...

Lionel Jospin vient de mettre en place une mission interministérielle de
lutte contre les sectes. Nul doute qu'elle n'aura aucun mal à être plus
performante que l'observatoire installé par Alain Juppé en 1996. Ledit
observatoire s'est sur tout signalé par sa profonde léthargie. A tel point
qu'on a été très étonné d'apprendre, voilà deux semaines, que des inconnus
se seraient introduits dans les locaux afin d'effacer une partie des
fichiers informatiques. Qui aurait cru que cet observatoire détenait des
informations explosives ?

La nouvelle mission a du pain sur la planche. A commencer par le
cambriolage dont a été victime, au début du mois, son futur président,
Alain Vivien, auteur d'un premier rapport parlementaire sur les sectes en
1983. Travail d'un petit casseur de banlieue qui ignorait jusqu'à
l'identité de celui dont il fouillait la maison ? Peut-être. Mais il y a
aussi des monte-en-l'airs dans les sectes... On ne prête qu'aux riches.

(SERGE FAUBERT avec Stephane Roy)

( note 1) Une secte au coeur de la République: les réseaux francais de
l'Eglise de scientologie de Serge Faubert, Calmann-Lévy, 1993,251P., IIOF

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