Lettre Ouverte au Professeur Regis Dericquebourg, apologiste de sectes

 

Lettre ouverte à Régis Dericquebourg, destinée qu'il vérifie le montage qui a été fait de l'entretien qu'il a accordé au CICNS (un groupe prosectaire flamboyant) , entretien qui m'apparait comme tellement tendancieux et partial que j'en suis venu à souçonner que ce pourrait être le montage et les coupures de certains passages qui donneraient cette impression d'excès, en plus de quelques énormités.

J'avais communiqué avec Régis Dericquebourg , je lui ai fait parvenir mon bouquin, La Secte. Il avait vaguement tenté de me faire ôter ce que je dis de lui sur mon site, tout comme l'avait voulu son équivalent médical le professeur Bornstein, également apologiste de la très dangereuse scientologie. (voir note)

M. Dericquebourg ne m'a plus répondu ensuite, ni dit ce qu'il pensait de ce que mon livre devrait lui avoir appris sur la scientologie, s'il s'est donné la peine de le lire (je le lui avais expédié gratuitement).

Voici le sujet de cette lettre ouverte.

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Je viens d'écouter le montage d'un entretien de M. Dericquebourg de septembre 2005 sur le site prosectaire du CICNS, et là, je suis quelque peu surpris des propos .

Sur le http://www.sectes-infos.net/Dericquebourgadsl.wmv, (65 megas) on l'entend dire :

 

- il a fait passer des tests à des scientologues pour s'assurer qu'il n'y aurait pas de pathologie particulière. En a-t-il fait passer aux 98-99% qui ont quitté le mouvement?

- il existerait des universitaires "plus rusés ou mieux manipulés" - il parle bien entendu de ceux qui ne sont pas trop d'accord sur les NMR - les nouveaux mouvements religieux - ces universitaires argueraient d'un code de déontologie pour les chercheurs en sectes. Est-ce que par hasard il trouve normal de ne lire que des arguments prosectaires chez les apologistes universitaires de ces pseudo-religions, et d'entendre qualifier de pasteur un psychopathe ayant assassiné un millier de personnes en Ouganda? C'est pourtant ce qu'on lit sur le site du CESNUR dont il fait partie.

- il se plaint que les acteurs "qu'on connaît bien" auraient fait boycotter son dernier livre chez les libraires. Je doute fort que des antisectaires fassent la tournée des librairies pour rrecommander d'vietr les ouvrages en question -- N'y aurait-il pas plus simplement un refus des libraires d'avaliser des ouvrages prosectaires en vendant son oeuvre?

M. Dericquebourg pourrait aussi se souvenir que lorsque le catholicisme avait toutes les caractéristiques des pires sectes (meurtres, pensée unique, bûchers, mainmise politique, et quasi-génocides sous justification de "croisades"), quand le peuple en a eu assez, il s'est créé un contre-courant virulent qui est allé jusqu'à démolir des oeuvres d'art symbolisant les abus de l'église et de ses alliés, les nobles et rois de cette époque). On peut je crois considérer quelques réactions de rejet d'un ouvrage défendant des systèmes totalitaires sectaires comme très modérées.

- Selon lui, le turn-over chez les TJ serait important, il dit qu'il y aurait peut-être davantage d'ex-TJs dehors que dans le mouvement. Aucune preuve n'est apportée, mais il se sert de cet argument pour illustrer que ce serait facile de sortir d'une secte. Il omet toutefois de rappeler que ces mêmes TJs, tout comme la scientologie, broient les familles dont l'un des membres n'est plus en accord avec les dictats de leur secte... familles brisées à jamais avec des enfants ou des parents qui ne se déplaceront pas même pour un dernier adieu à un membre moribond qui a osé critiquer le mouvement.

- Il dit que l'OTS ne serait pas une secte mais "une para-maçonnerie templière, quelque chose comme ça". Dont acte... Pourtant, toutes les caractéristiques concordent, mais sans doute M. Dericquebourg préfère-t-il qu'on parle de NMR que de secte.

D'après lui, les affaires "WACO GUYANA" poseraient certes un problème, qu'il minimise en disant que les causes n'en auraient pas été élucidées correctement. La cause "danger des sectes" ne suffit certes pas à un défenseur de ces groupes.

Plus loin, il avoue "je ne rencontre pas de personnes [cancéreuses] qui ont renoncé totalement à une thérapie médicale. Il ferait bien de dire ça à mes fils, il entendrait un autre son de cloche par rapport à ce qui s'est passé pour leur mère, tombée dans un groupe psychothérapeutique bidon.

Il s'emporte contre les listes de sectes établies par les députés, mais omet de rappeler que les listes noires ont été d'abord l'apanage des sectes elles-mêmes, y inclus le christianisme et ses listes de livres à détruire, pour ne citer que les autodafés!

C'est surprenant que M. Dericquebourg démontre une négligence ou une ignorance d'une des fâcheuses manies de la scientologie, secte qui fabrique des listes noires depuis au moins 1965, date à laquelle Hubbard est devenu plus parano-mégalo qu'auparavant : il a alors d'abord mis au point des "dead files"(1) à usage interne - mondial, ce qui n'a plus rien d'interne dès qu'il s'agit d'un mouvement prétendant des millions de membres.

Puis la scientologie a commencé à établir et à faire circuler des listes publiques de "condamnations" à la façon scientologue (2); elle y dévoilait des "crimes" des membres qu'elle n'appréciait plus. Ces listes se sont ensuite étoffées de noms de mouvements que la scientologie n'aimait pas, tels Avatar, Eckankar, EST, et diverses églises et groupes que les scientologues avaient pour mission de détruire, ruiner, eradiquer, comme ils l'ont décidé et le pratiquent encore en 2007 pour la psychiatrie, la psychologie, la médecine et tout opposant à l'expansionde leur secte

Pourquoi M. Dericquebourg ne parle-t-il pas des listes noires toujours en cours en scientologie? (cf exemple ici)

- Les rapports d'enquète parlementaire français "sont mensongers", dit-il, et d'ajouter que les parlementaires pouvaient dire ou faire n'importe quoi puisqu'il n'y avait pas de réponse possible de la part des groupes "salis ou diffamés". Je le mets au défi de prouver de façon tout à fait concluante cette affirmation dans les faits, au moins pour les grandes sectes.

Je ne dis pas qu'il ne puisse exister la moindre erreur ou la moindre exagération de la part d'un ex-membre d'une des sectes, ni qu'il n'y ait eu de rarissimes cas pathologiques, mais les centaines de témoignages que j'ai lus ou entendus au cours de plus de 40000 heures de travail sur la question prouvent essentiellement que les sectes les plus attaquées ont largement mérité leur réputation d'ignominie, et que ce sont leurs exactions scandaleuses qui la leur ont valu.

- M. Dericquebourg devrait réfléchir avant de dire que les gens des groupes antisectes refuseraient de se soumettre à des entretiens, des tests ou des expérimentations; il prétend que les groupes antisectes se laissent beaucoup moins approcher que les membres des NMR. C'est absolument faux, et j'ai même proposé à deux reprises au moins que nous discutions. Est-ce qu'il craint pour son existence? Est-ce que les scientologues font courir des rumeurs telles sur mon compte qu'il ait physiquement peur de me rencontrer? Est-ce que M. Dericquebourg a déjà une seule fois tenté de s'approcher d'un groupe scientologue qui ne le connaît pas de vue, sous un nom d'emprunt, en disant qu'il vient questionner les membres pour enquèter? Il serait très mal reçu - ou pas du tout.

- Il démontre ensuite un autre aspect de son ignorance en prétendant que le gouvernement socialiste se serait servi des sectes pour cacher ses erreurs etc. C'est oublier un peu vite que les lois et les rapports parlementaires contre les sectes ont fait l'unanimité politique, un phénomène rarissime, et que la loi About Picard de 2001, pour ne citer qu'elle, est une création largement bipartite.

- M. le professeur proteste contre l'argument "les sectes, cheval de Troie des USA", mais ne démontre pas le contraire. Or, pour élargir ce débat potentiel, dès qu'on observe l'Histoire, on constate que les "duos gouvernements-église majoritaire" ont toujours expédié leurs soldats accompagnés ou suivis de missionaires dans les contrées à conquérir; le principe n'a guère changé, sinon que les gouvernements "expédient" leurs banquiers, ou leurs soldats - accompagnés de missionaires.

Ces sectes, dont l'activité est particulièrement forte en Afrique et Amérique centrale et du Sud, sont une approche supplémentaire vers les circuits politico-économiques du pays.

(Dommage à ce propos qu'on ne lise pas dans les Rapports américains que le Département d'état chaque année contre ses alliés ou ses opposants pour défendre ces mouvements, une critique de l'intolérance religieuse d'une partie des USA vis-à-vis d'une grande partie du monde.)

- M. Dericquebourg ajoute qu' il y aurait (en France?) une sorte d'obligation de " pratiquer la discrimination, l'ostracisation, -- le racisme." On croirait entendre ici les mauvais arguments des scientologues furieux de ne pas avoir le droit d'imposer leurs règles tandis qu'ils prétendent que cette lutte antisecte serait un... totalitarisme idéologique. M. Dericquebourg pourrait sans doute lire avec profit les règles édictées par les groupes ou leurs gourous, pour juger de leur totalitarisme.

Je doute que Monsieur Dericquebourg ait jamais vraiment étudié le vrai contenu des dictats de certaines sectes. Il ajoute, suprème invraisemblance, qu'il n'y aurait pas de problèmes liés aux sectes dans les pays anglo-saxons... et il en rajoute en laissant supposer que les groupes là-bas "ne bénéficient pas de subventionnements" - sans doute a-t'il oublié les exemptions d'impôts considérables qui ne sont que des subventions colosssales en l'espèce.

Il y a dénormes problèmes liés aux sectes, en particulier aux USA: WACO en fut un, avec les 86 cadavres dus à un faux messie pédophile; Le Temple du Peuple en fut un autre, avec 930 morts dont un député envoyé par le Congrès US pour enquèter; le Klu Klux Klan et ses exactions n'ont toujours pas achevé leur course funèbre, et sont toujours quasiment considérés comme une forme de religion, ainsi que les suprématistes blancs.

De plus, la scientologie y a été poursuivie en justice des décennies durant; et l'exemption d'impôts qu'elle y a obtenue ne l'a été que par ruse et parce que l'IRS est passé par-dessus deux décisions opposées de la Cour Suprème Fédérale! Quant à nos voisins d'outre-Manche, ils refusent tout simplement de reconnaître la scientologie comme religion ou comme "assoc. sans but lucratif" depuis... 1951. Cela ne ressemble guère au tableau dressé par notre apologiste lillois.

Il néglige par ailleurs le fait que depuis des siècles, divers présidents étasuniens se sont inquiétés du fait que les églises, quasiment trillionaires en capital, soient devenues trop riches faute de payer des impôts sur les activités professionnelles et économiques de leurs pasteurs, qui en sont devenus les vrais propriétaires, parfois dynastiques, sous couvert d'associations supposément religieuses.

M. Dericquebourg conseille enfin les sectaires pour lutter contre les méchants antisectaires. Là aussi, on croirait entendre messieurs les OSA scientologues: en résumé, il dit aux sectaires d'aller se plaindre et d'attaquer devant les tribunaux. Pourquoi ne leur conseille-t-il pas de changer les méthodes assassines, délictuelles ou criminelle, ou de cesser d'abuser leurs membres?

Malgré lui, on entend dans ses conseils le programme sous-jacent inventé par les scientologues, en particulier lorsqu'il explique qu'il faudrait une jurisprudence qui condamnerait le simple fait d'avoir cité une secte faisant partie de la fameuse liste honnie par ces mouvements.

Toutefois, on doit reconnaître que M. Dericquebourg a parfois douté des intentions hubbardiennes, comme il le dit ici à l'Ecole des hautes études en Sciences Sociales. Ici, il n'est pas sur que les intentions d'Hubbard en scientologie aient été gratuites. Les antisectaires sont certains qu'Hubbard n'a jamais poursuivi qu'un but: argent-pouvoir.

Pour achever sur un mot d'humeur et d'humour, les critiques des sectes et leurs séïdes devraient-ils demander une jurisprudence qui condamnerait la secte qui les a collés sur ses innombrables listes noires depuis des décennies?

 

Roger Gonnet

(04 26 81 00 96)

 

(1) Dead files: littérallement: fichiers morts: toute communication provenant des personnes ou groupes de ces fichiers était écartée et n'était pas traitée. a

(2) ces "condamnations" internes contenaient toute sorte de détails sulfureux, vrais ou inventés, sur la vie privée des scientologues déclarés personnes suppressives - une injure scientologue équivalente à coupable de crime contre l'humanité. Voici un exemple d'une des listes noires publiées par la secte (mon nom s'y trouve)

(3) Lorsque j'ai rencontré M. Bornstein, nous avions convenu qu'il me remettrait copie des documents scientologues à partir desquels il avait publié ses études sur certains aspects du mouvement, car il semblait s'être fait leurrer par la secte. Mais il ne l'a pas fait, malgré deux relances; or, la partialité probable des pièces remises par la scientologie m'aurait probablement permis de prendre la défense de M. Bornstein en lui fournissant des éléments contradictoires. M. Bornstein ne m'a pas expliqué pourquoi il n'avait pas tenu parole, quoique je puisse l'imaginer.

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