L'argument apologiste: "c'est mal de faire des listes de mouvements sectaires"


Argument des apologistes: "c'est mal de faire des listes de mouvements sectaires" ou "c'est de l'amalgame".

Les apologistes défenseurs de sectes tiennent énormément à ce que les anti-sectaires, ou les rapports sur la situation des sectes, ne fassent pas paraître de "listes de mouvements sectaires" ou "listes de sectes".

Ils font observer que cela provoque un amalgame entre des mouvements de tendances très différentes, dotés de methodes parfois presque opposées, et qu'on met ainsi dans le même sac des mouvements effectivement dangereux et des mouvements qui ne le seraient ou ne le sont pas.

On peut rappeller que les apologistes n'émettent pas de listes, et collent l'étiquette "nouveaux mouvements religieux" sur tout groupe qui prétend être religieux ou philosophique et qui s'organise en groupe, ce qui revient à faire une liste généralisée, à laquelle n'importe quel mouvement peut prétendre "coller".

Par conséquent, les apologistes, (qui pratiquent les sectes depuis plus longtemps que les anti-sectaires) ont eux-mêmes inventé l'amalgame entre mouvements très différents; la très large majorité d'entre les apologistes ne cite jamais un mouvement en disant "le nouveau mouvement religieux X est une secte dangereuse". Mieux encore, ils continuent respectueusement à parler de "religion, de prètres, de pasteurs, de soeurs, etc.", pour des mouvements comme Le Retour des dix commandements" - plus de 1000 morts en Ouganda.


On sera plus surpris encore d'observer que la première liste de "sectes" ou "mouvements sectaires" a été établie... par la secte prototype, la scientologie - la première à avoir réclamé qu'on ne fasse pas... de listes des sectes. Voici sa propre liste de mouvements condamnés, car, contrairement aux listes des officiels, qui se contentent d'observer sans condamner, la liste scientologue déclare que ces 500 et quelques mouvements sont "suppressifs, ennemis de l'humanité", et par conséquent, que les scientologues doivent "les ruiner, les poursuivre en justice, les blesser, les détruire" (plusieurs lettres de règlement hubbardiennes ordonnent ces actions à l'encontre des "suppressifs".) [note: cette liste comporte par ailleurs plusieurs milliers de noms de personnes individuelles "suppressives", dont le mien, roger gonnet]

Certains vont même jusqu'à se faire payer des études par des mouvements qu'ils jugent dangereux au fond d'eux-mêmes: mais ils ne le diront pas, ça tarirait la source de financement.

La vraie raison des apologistes est évidente: si aucun gouvernement ne se décide à émettre des listes de mouvements repérés comme présentant une ou plusieurs caractéristiques sectaires (certes, ils sont différents, ces mouvements), alors, personne ne se méfiera plus de mouvements comme l'OTS de triste mémoire, ou de Heaven's Gate, un groupuscule auteur de trente-neuf cadavres (presque autant qu'il avait de membres).

Dès lors, les sectes pourront proliférer dans la plus complète anonymité, en dehors des quelques mouvements majeurs qui ont trop fait parler d'eux (scientologie, moon, rael, église du christ internationale, etc), et qui sont donc déjà repérés et critiqués depuis longtemps par les médias.

Mais les autres? Oubliés. Ces groupes anonymes auront ainsi la possibilité [certains y parviendront à coup sûr] - qui correspond bien au souhait des apologistes purs et durs - de devenir à leur tour, dans un certain nombre de cas, des coriaces du grand sectarisme mondial, de nouvelles sectes criminelles, à l'exemple des grands frères qui leur ont ouvert la voie. Et cela fournira aussi du travail payé aux apologistes qui vivent de leurs "études" et autres "dictionnaires des religions" tendancieux, dictionnaires amalgamant de vraies religions avec des entreprises commerciales mondialement réputées pour leurs crimes et leurs méthodes abusives et trompeuses.

Pas de liste = pas de lutte contre les abus; = pas d'avertissement au public crédule qui tomberait dans le piège; =pas d'enquètes privées des journalistes; = pas de surveillance de la part des autorités, du fisc, des tribunaux.

Pas de liste reviendrait, pour un hopital, à ne pas diagnostiquer les **risques** potentiels de gangrène d'un malade, et à ne pas chercher à guérir le mal potentiel, en ne surveillant pas le malade.

Ce n'est qu'en connaissant l'existence de dérives (vraisemblables sinon certaines) qu'on aboutira à éradiquer les sectes vraiment dangereuses, tout en laissant de côté celles qui ne virent pas au criminel ou à la folie.

Ne pas étiqueter les choses dans ce domaine, c'est continuer à laisser faire n'importe quoi à n'importe qui. Les étiqueter permet au moins d'éveiller la méfiance plutôt que laisser faire l'ignorance et la crédulité innées face à de possibles escrocs du domaine pseudo-spirituel ou spirituel. Tous ne sont pas escrocs? Certes. Ceux qui ne le sont pas ne seront pas vraiment gènés qu'on déclare: "Attention, secte, vérifiez bien et ne vous faites pas avoir si ça ne vous plaît pas".

Les mouvements sincères non coercitifs pourront au contraire montrer patte blanche à leurs adeptes, et même, faire passer quelques articles auprès de journalistes; ils admettront la contradiction et répondront sincèrement aux critiques, autorisant le public à se faire sa propre opinion, contrairement aux mouvements pseudo-initiatiques entretenant le secret. Cela n'empèchera pas de continuer à rester néanmoins attentif aux dérives toujours possibles dans toutes les idéologies, qu'elles qu'elles soient.

Deuxième volet: argument "sectes", c'est péjoratif.


Les religions ne se prétendent plus désormais "toute blanches", pour la plupart. Toutes reconnaissent plus ou moins clairement avoir mal agi dans certaines circonstances. C'est un fait connu et enseigné dans les écoles.
Est-ce que ça empèche les religions de bonne foi de continuer à pratiquer? Non. Mais ça a éveillé les esprits du public extérieur ET des religieux eux-mêmes, qui savent en général quel piège éviter pour ne pas retomber dans les crimes passés. Est-ce que les religions se plaignent des discussions et débats qui les critiquent? Pas que je sache; elles y répondent le plus clairement possible.

Les religions se fichent d'être étiquetées religions, pourtant, on ne peut pas dire que la réputation religion soit parfaite. Certains disent qu'elles sont née de sectes. Vrai.

Au XXe siècle, bientôt au XXIe, il est temps de dire les choses telles qu'elles sont et non telles qu'on voudrait qu'elles soient. Tant pis si "sectes" paraît péjoratif. Celles qui ne sont pas mauvaises n'ont qu'à se comporter en religions, n'est-ce pas?

Et quant à dire, comme je l'ai entendu sur Forum TV le 18 octobre 1999, qu'on ne doit pas vraiment s'intéresser à l'étiquetage religieux des groupes, je ne pense pas que ce soit vrai; il est vrai que le juge appliquant la loi doit ne tenir aucun compte de l'étiquette religieuse ou pas, c'est incontestable: son travail est de faire appliquer la même loi pour tous.

Mais le public, lui, tient compte des étiquettes; le public n'est pas nécessairement expert du domaine religieux; on ne peut donc éviter de lui faire savoir que certains mouvements présentent quelques (ou toutes) les caractéristiques sectaires plus ou moins affirmées, et qu'il doit se méfier. Imaginerait-on les cathos attaquer en justice sous prétexte qu'on dirait que le christianisme a commis d'innombrables méfaits par le passé? Imaginerait-on les bouddhistes hurler à l'intolérance religieuse si l'on arrètait un de leurs adeptes coupable de viol ou de meurtre?