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Bush, Eglise et Etat: la Constitution US contient-elle une "foi"? 

L'Humaniste: Pas de "foi" dans la Constitution


Date de publication: 01.05.2001
Auteur: Betty McCollister - original anglais:
http://www.humanist.net/publications/humanist/may-june-01-humanist.html




L'EGLISE ET L'ETAT

George W. Bush se désigne lui-même comme "président pour l'éducation". Mais sa politique préférée consisterait à donner l'argent de l'état à des écoles sectaires, on devrait donc l'appeler le "président pour l'éducation Chrétienne de droite". Et il propose également de fournir des fonds de l'état aux organisations charitables "basées sur la foi", ce qui peut se traduire par les organisations charitables à "dénominations religieuses approuvées par le président et ses amis".

Inévitablement, ces propositions ont soulevé un ouragan de protestations de la part des critiques qui mettent en doutes leur constitutionnalité. Si Bush et ses officiels acceptent certains groupes basés sur la foi et refusent d'autres, il devient évident que le gouvernement laïque légué par nos pères fondateurs est en train de franchir la ligne séparant l'église et l'état et s'aventure là où il lui est interdit d'aller.

Bush a déjà disqualifié la
Nation of Islam, il expliquait: "Je ne vois pas comment on peut permettre que les dollars de l'état servent à financer des programmes dont la sournoiserie et la haine sont les messages de base". En effet, ce sentiment pourrait tout aussi bien s'appliquer à des groupes basés sur une foi prônant la haine, tels le Ku Klux Klan et les Nations Aryennes. Cependant, cela met le président en position de décideur en matière religieuse, en se basant sur la foi plutôt que sur le service rendu -- ce que ne lui permet pas la Constitution sur laquelle il a prété serment.

Bush a aussi contré le fait que les "enseignements de la Scientologie pourraient être placés sur le même pied d'égalité que le Judaïsme ou le Christianisme".

Il a appuyé des groupes basés sur la foi opposés à l'avortement et au contrôle des naissances. Comment alors jugera-t-il la
Coalition Religieuse pour le Choix de Reproduction et les Catholiques pour le Libre Choix?
Leurs membres pensent que l'avortement peut dans certains cas être l'unique choix pour des femmes dont les grossesses ne sont pas désirées - une conviction qui est née tout autant de leur foi que celle du Pape qui dénonce l'avortement comme un péché. Bush refuserait-il une aide gouvernementale à ces groupes, en dépit de leur passé au service des femmes désespérées?

Et que dire de la Science Chrétienne? Donnera-t-il l'argent des impôts à des pratiquants adeptes des idées de Mary Baker Eddy, qui ne tiennent pas à soigner les enfants atteints de pneumonie, les enfants aux membres brisés ou ceux atteints de cancer?

Les objections précédentes aux propositions de Bush venaient des anarchistes, des libéraux et des groupes religieux modérés, aussi bien Juifs que Chrétiens. Le Rabbin réformé David Saperstein a vivement lutté contre la Convention des Baptistes du Sud, lesquels désiraient convertir les Juifs au Christianisme. Le Révérend a admis que l'église avait besoin d'argent; mais, a-t-il ajouté, elle a encore plus besoin d'indépendance".

La proposition, malgré tout, a animé la controverse au sein des diverses communautés religieuses - dans un large éventail qui a surpris Bush et ses collaborateurs.

Faisant partie de cet éventail de contestataires, on compte désormais des leadeurs de droite tel que Pat Robertson. En plus de craindre que de tels programmes ne donnent au gouvernement le droit d'interférer dans les affaires d'église, Robertson craint également que des fonds gouvernementaux n'aillent à des groupes comme la Scientologie, Hare Krishna ou l'Eglise de l'Unification. "C'est la boite de Pandore" a-t-il averti. "Vous savez, je n'aimerais pas me retrouver du côté de la Ligue Anti-diffamation ou autre chose du même genre, mais ceci dit, cela va finir par poser un réel problême."

Robertson et son fils, Gordon, avertissent le gouvernement qu'il aura des problêmes "s'il donne des subventions à certains groupes et pas à d'autres". Sa position est logique au regard d'autres groupes basés sur la foi - et pas seulement des groupes marginaux tels que les Moonistes - qui "flirtent avec Satan et les esprits démoniaques" mais aussi face à des congrégations Chrétiennes plus classiques. Dans une émission du Club 700, il déclarait:

"Vous dites que vous êtes supposé être gentil avec les Episcopaux, les Presbytériens et les Méthodistes, et j'en passe. C'est un non-sens! Je n'ai pas à être gentil avec l'esprit de l'Antéchrist."

Robertson craint que puissent être fournis des fonds à des sectes inspirées par le démon - qu'il appelle l'Antéchrist.

" Quant aux plus bruyants et au plus présents des groupes basés sur la foi - ces télé-évangélistes qui polluent les ondes - aurait-t-ils droit à des subventions pour payer leurs ignobles perruques, leurs crépis de maquillage, leurs fringues tape-à-l'oeil, leurs soutanes ornées de verroteries et leurs sermons trompeurs soi-disant basés sur la foi? Est-ce qu'ils obtiendraient de l'argent?"

Le grand nombre des sociétés basées sur la foi est stupéfiant. Considérons seulement le Christianisme. Robert T Pennock a écrit dans La Tour De Babel, un récit vivant de la guerre qui oppose la création et l'évolution:

L'histoire de la Chrétienté est une histoire de schismes doctrinaux, et la fragmentation continue sans cesse. En 1990, David Barrett, un chercheur pour les missions Anglicanes, conseiller au Vatican et à la Convention des Baptistes du Sud, a dénombré 23 000 dénominations Chrétiennes bien distinctes.

Combien d'entre elles l'équipe de Bush pourra-t-elle vérifier et approuver? Est-t-elle qualifiée pour le faire? La théologie personnelle de Bush est assez vague, ainsi que le démontre son idée bizarre selon laquelle Jésus est le philosophe qui a eu la plus grande influence sur ses croyances politiques.


On a souvent donné de nombreux qualificatifs à Jésus mais rarement, sinon jamais l'a-t'on qualifié de philosophe ou de politicien. Il est né, a grandi et a été élevé comme un Juif au sein d'une famille nombreuse juive. Pendant un an, il a été prêcheur itinérant, proclamant des morales inspirées de la Torah et des prophètes. Pour les Chrétiens et quelques non-chrétiens, ce sont des instructions dictant la façon d'être bon et de vivre dans le droit chemin. Rien dans l'évangile n'indique qu'il se considérait comme un philosophe ou un politicien.

Le premier Chrétien qui a transformé une obscure secte Juive en une religion à part entière n'était pas Jésus mais Paul, qui le fit une génération plus tard. Paul était un homme obsédé de façon morbide par sa propre culpabilité, il a trouvé le salut pour ses péchés en Jésus en tant que Christ et l'a métamorphosé en un dieu sauveur, mourant puis ressucité.

Bush confère à Jésus une influence philosophique dans la politique. La plupart des Chrétiens voient Jésus comme un professeur de morale. Mais il est avant tout pour eux le Messie annoncé par la Bible Juive, le rédempteur du péché originel, le vainqueur de la mort.

John Ashcroft, le nouvel attorney général de Bush
[le ministre de la justice, ndt], lors d'une discussion avec Bob Jones a déclaré: "C'est différent pour l'Amérique. Nous n'avons pas de roi mais nous avons Jésus" - déclaration que des millions de citoyens non-Chrétiens outragés refuseraient avec véhémence. Encore plus offensant, à l'intronisation de Bush, le Révérend Franklin Graham a béni le nouveau président de la part du père; du fils, du Seigneur Jesus Christ; et du saint esprit"; et un autre ecclésiastique ajoutait "le nom de Jésus Christ est celui qui se trouve au dessus de tous les autres noms".

George W. Bush admet que toutes les sociétés basées sur la foi ne sont pas forcément bienveillantes. En effet, le passé marqué d'évènements sanguinaires du Christianisme - tels que les persécutions, les Croisades, les pogroms, les guerres de religion, l'Inquisition, et un nombre incalculable d'autres atrocités - est une preuve indiscutable de plus qu'on peut infliger la souffrance au nom de la foi et que cela continue aujourd'hui au travers de conflits dont la cause est la religion.

Bien que les US comptent le plus grand nombre de Chrétiens avoués parmi leur population, ils sont également en tête du palmarès pour les suicides et les grossesses chez les adolescents, et pire, pour celui des morts par arme à feu. Qu'il y ait là ou pas cause et effet, cela montre en tous cas que la foi ne garantit en rien la moralité.


Le fait est que la foi peut amener un mieux chez les gens qui sont bons de façon innée, mais de la même façon la foi peut amener le pire chez ceux qui sont nés mauvais. Cela soulève la question de savoir comment la nouvelle initiative va affecter les groupes basés sur la foi qui ont réellement besoin de subventions. Dans leur cupidité, vont-t-ils s'empoigner et jouer des coudes pour arriver les premiers à la distribution?


Il est évident que George W Bush n'est pas le premier à essayer de rendre moins nette la frontière qui sépare l'église et l'état.

Les actions privées de Bill Clinton qui furent largement et stupidement publiées alors qu'il était poursuivi par un bruyant Kenneth Starr, ont aussi bien embarassé Clinton que le pays tout entier. Mais ces actions n'étaient pas officielles, et auraient dû rester dans le domaine du privé. Cela a été bien pire lorsqu'il a signalé son adhésion religieuse chrétienne; c'est alors qu'il est sorti des limites qu'il n'aurait pas dû franchir.

Dans son homélie de très mauvais goût à Pâques 1997, il déclarait aux citoyens américains:
"En cette ère de renouveau, nous devons réïtérer notre voeu de faire de l'Amérique la première nation du royaume de Dieu... Nous devons nous rappeler que le Christ est mort pour racheter tous les hommes, qu'ils soient blancs ou noirs. "

A une autre occasion, dans un message à l'occasion de Thanksgiving, Clinton a eu la mauvaise idée de demander à ses citoyens de prier. Ah non! On peut remercier la Constitution et le Bill of Rights (les dix premiers amendements de la Constitution, qui établissent les droits de l'homme), si méticuleusement paufinés par les pairs fondateurs, mais personne - pas même le président ni qui que ce soit d'autre - n'a le droit de dire à quelque citoyen que ce soit, quand, où, comment ou pour qui, pourquoi prier ou ne pas prier. La foi ou l'absence de foi de l'individu est une affaire privée; aucune exception n'est tolérée.

On a souvent tenté de passer outre, parfois avec succés. Sur une des petites pièces de monnaie frappées pendant la Guerre Civile on pouvait lire "Nous avons confiance en Dieu"
[In God We Trust] et cela s'est répandu sur toutes les pièces jusqu'à la Première Guerre Mondiale. Le Congrès d'Eisenhower l'avait fait imprimer sur les billets de banque, dans le même élan de religiosité -comme une sorte de Voeu d'Allégeance (sans spécifier toutefois s'il s'agissait de Dieu au sens générique ou si cela marchait avec la déïté des 23000 autres obédiences chrétiennes.)


Puis ce fut l'"Année de la Bible" de Ronald Reagan, sans qu'il soit spécifié de quelle Bible il s'agissait. Il n'a jamais précisé s'il pensait à celle de Douay, de King James, ou la Bible Standard Révisée ou à une autre version - ou bien encore l'ensemble des bibles - on pouvait toutefois s'attendre à ce qu'il ne soit pas question de la Bible Juive, laquelle omet la partie Chrétienne.

Nos impôts paient un fameux salaire au chapelain du Congrès pour reciter des prières Chrétiennes dans des pièces vides, et les organisations basées sur la foi bénéficient déjà de généreuses exemptions d'impôts et d'aides fiscales.


D'un autre côté, les revendications de la hiérarchie de l'Eglise Catholique Romaine afin obtenir de l'argent pour leurs écoles paroissiales, que leurs propres troupes se refusent à supporter, continuent d'être sans cesse refusées.


Maintenant nous avons un président qui a carrément l'intention de faire financer par son gouvernement laïque, des entreprises religieuses, ce qui va manifestement à l'encontre du Premier Amendement, amendement qui a servi la nation depuis si longtemps. Apparemment Bush n'a jamais pris connaissance de la fameuse clarification du Juge Hugo Black dans le procès qui opposait
Everson à Board of Education en 1947 et qui est notée dans une décision de la Cour suprême:

"La clause du Premier Amendement "Etablissement d'une Religion" signifie au moins que ni un état, ni le gouvernement fédéral ne peuvent passer de loi qui aide une religion en particulier ou l'ensemble des religions, ou favorise une religion par rapport à une autre... Aucune somme d'argent provenant des impôts, importante ou minime, ne peut être levée pour aider des activités ou des institutions religieuses... "

Bush n'est pas le premier président des Etats-Unis naïf en matière de religion. L'ignorance de la Constitution et du
Bill of Rights est inexcusable. Il doit à son propre gouvernement et aux citoyens des Etats-Unis, de prendre un cours sur ce que signifie la séparation de l'église et de l'état et sur les raisons qui ont fait que les pairs fondateurs ont estimé qu'il s'agissait de quelque chose d'essentiel, avant qu'il ne nous conduise au terrain dangereux truffé de mines que constituent les enchevêtrements entre l'église et l'état.

Heureusement, bien que l'opposition libérale à son "plan basé pour la foi" ait été largement ignorée, l'opposition religieuse a momentanément donné à Bush l'occasion de mettre la pédale douce. Comme le montre un rapport du Washington Post du 12 mars 2001, l'administration Bush va maintenant "retarder le plan d'action qui entendait allouer davantage d'argent aux organisations charitables religieuses jusqu'à ce qu'elle ne rencontre plus autant d'opposition véhémente" - et en particulier d'opposition de nombre de supporters religieux de droite.

Betty McCollister est une journaliste freelance qui a beaucoup écrit sur des sujets féministes, et sur l'évolution du sujet église/état.


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