Article de fond sur la scientologie à Buffalo, après le matricide commis par un scientologue sur sa mère scientologue , jours 3 et 4 

Il arrive parfois que l'église reçoive un support officiel bien senti

MARK SOMMER

News Staff Reporter

1er février 2005

(photo)

Le président du conseil David A. Franczyk, le musicien Billy Sheehan (natif de Buffalo) et l'actrice Jenna Elfman se déplacèrent pour l'ouverture de l'église de scientologie

(Photo)

L'église de scientologie offre des services de santé dans nombre d'évènements locaux, dont celui-ci, où l'on voit Jason Adams donner un test de stress à Betsy Vik, de Ashville, sous la tente scientologue.

"La scientologie est un groupe chrétien très positif et productif"

George A. Holt; président de la Législature du Comté d'Erie



Troisième des quatre articles

Lorsque l'église de scientologie fit sa tonitruante ouverure à Buffalo en novembre 2003, les scientologues locaux ont poussé le Maire Anthony M. Masiello à décréter un "Jour Eglise de Scientologie de Buffalo"

Il le fit

Mieux, ce sont les scientologues qui écrivirent le speech du maire.

Il le fit passer.

A Buffalo comme ailleurs dans le monde, la scientologie recherche la légitimité afin de contrer les accusations de sectarisme.

Les décideurs locaux et d'autres officiels ont été heureux de l'obliger ainsi.

Observez que lorsque leur Corps de Ministres Volontaires apparut à la fête d'Erie l'été dernier, le président de la législature du Comté George A. Holt publia une proclamation les félicitant pour leur travail:

Holt expliqua ensuite: "La scientologie est une communauté chrétienne très positive et productive".

Or, la scientologie n'est pas un religion chrétienne, et contrairement à ce que le terme pourrait le laisser entendre, elle n'est en rien liée à l'Eglise de la Science Chrétienne (Eglise du Christ, Scientiste).

Holt approuva par ailleurs l'exposition anti-psychiatrie du 24 janvier au rez-de-chaussée du bâtiment du Comté, élaborée par un groupe créé par la scientologie, avant que la Juge administratif Sharon S. Townsend la fasse expulser afin d'éviter d'influencer les jurés.

Et quand les scientologues voulurent importer à Buffalo un traitement anti-drogues à la scientologue, un patron de l'église paya le voyage au Mexique de deux cadres du Centre Pénitentiaire d'Erie pour qu'ils le voient en cours de fonctionnement.

Le Surintendant H. McCarthy Gipson tenta d'introduire le programme "Seconde Chance" en question dans la prison du Comté, ce qui pouvait coûter 700000 dollars au contribuable. Ce projet est en instance faute d'argent pour l'instant.

Les critiques, y compris d'anciens membres, disent que la scientologie est une secte prédatrice qui menace les familles et les communautés.

Et ils pensent que Buffalo serait mur pour la moisson.

"Si j'habitais Buffalo, j'observerais de très très près ce groupe à la lumière de sa réputation dans le monde, explique Cynthia Kisser, ancienne directrice exécutive du CAN à Chicago (le CAN fut l'équivalent de l'association ADFI française; il a été détruit par la scientologie). Les intentions cachées de la scientologie pourraient ne pas convenir à la société en général."

Stephen Kent, sociologue de l'Université canadienne d'Alberta partage son point de vue; le Pr Kent a beaucoup écrit sur la scientologie; ses travaux sur les groupes nocifs ont été avalisés.

"La stratégie des scientologues consiste à utiliser les officiels dans ses efforts de légitimité, dit Kent. On peut se demander ce que savaient les officiels de Buffalo de l'organisation à laquelle ils donnaient leur caution."

L'église se dit victime de bigoterie religieuse et accuse le CAN dont Cythia Kisser était la présidente d'être un "groupe de haine".

"Comme toutes les idées nouvelles, la scientologie a été attaquée par les gens mal informés et par ceux craignant que leurs intérêts soient menacés," ajoute Teresa Regers, présidente de scientologie Buffalo.

Beth Akiyama, une porte-parole scientologue, explique que l'appui du Maire a une grande importance.

Elle précise: Nous partageons l'avis du maire sur le futur de la cité et nous travaillons dur pour y parvenir."

Atmosphere hollywoodienne

L'église de scientologie est installée à Buffalo depuis 1967 et cherche de nouveaux membres ainsi que des symboles d'acceptation de la part des administrateurs locaux.

Il y a un peu plus d'un an, les choses ont changé. Le centre de Buffalo est devenu le coeur scientologue pour partie de l'Ohio, de la Pennsylvanie, du Canada méridonal et de l'ouest et du nord de l'état de New-York.

En même temps, on a constaté une amélioration de l'acceptation par la communauté et des efforts de recrutement régionaux, dont une campagne de vente "Dianétique" à la galerie Walden.

La scientologie a acheté le bâtiment pour 400000 dollars. auxquels s'ajoutèrent les 2 millions de rénovations du building de brique de 4 étages donnant sur les rues Virginia et Principale.

Ce sont quelques 1400 personnes, venant surtout d'autres états- qui bravèrent une journée glacée de novembre 2003 pour la Grande Journée d'Ouverture à l'extérieur du nouveau bâtiment. L'église a cultivé ses relations avec des stars holllywoodiennes, ce qui nous a fourni une fête relevée où l'on croisait Jenna Elfman, la rock star Billy Sheehan, le chef de l'église David Miscavige et le maire Masiello.

Il y avait aussi une scène à tapis rouge et un télé-prompteur - quelque chose qu'on avait guère vu jusque là dans les manifestations de Buffalo.

Des brochures "Le Chemin du Bonheur" d'Hubbard, portant - avec l'autorisation de la mairie - le sceau de la ville et une photo de la mairie en couverture, ont été distribuées pour renforcer le symbole de prise de possession scientologue.

Miscavige, successeur d'Hubbard, a parlé en public, lors d'une de ses rares apparitions.

Puis le maire lança une frénésie populaire en félicitant la scientologie et son potentiel à Buffalo.

"Amenez l'église de scientologie de Buffalo jusqu'à la taille de Saint Hill et au delà", exhorta le maire, répétant un cri de ralliement scientologue symbolisant l'expansion rapide de l'organisation à St Hill en Angleterre vers 1965.

L'obtention des félicitations publiques du Maire fut un gros coup de relations publiques pour l'église.

Comment le maire en savait-il tant sur la scientologie?

Il ne savait rien.

"Ils avaient tout mis sur le télé-prompteur, admit ensuite Masiello. Je n'ai fait que corriger et utiliser ce qu'ils m'ont donné; je l'ai lu plusieurs fois, et si j'avais pensé que ce fut critiquable, je ne l'aurais pas fait."

Le maire a dit que l'église avait concocté sa propre proclamation, faisant observer qu'il lui manquait du personnel pour écrire les nombreuses demandes de proclamation qu'il reçoit. [nota: le webmaster fait observer ici que lorsqu'il était dirigeant scientologue, il a fait passer nombre d'articles et d'annonces gratuites pour la scientologie dans les journaux sans que ces articles soient corrigés ou annulés.]

Masiello rappelle qu'il ignorait les controverses dont la scientologie fait l'objet depuis des décennies. Mais si ç'avait été le cas, ça n'aurait rien changé: il était reconnaissant à l'église d'investir un bloc décati et de restaurer un bâtiment depuis longtemps négligé.

L'église s'était également impliquée dans des efforts de nettoyage locaux.

"C'est pour ce qu'ils faisaient dans ce quartier que j'étais enthousiaste," dit-il.

L'an passé, Masiello a publié une seconde proclamation à la demande de l'église, déclarant le 13 mars "Jour L. Ron Hubbard". L'ex-gouverneur de l'Illinois Jim Edgard avait publié une proclamation similaire au début des années 1990, mais l'avait ensuite annulée pour mettre de la distance avec le fondateur controversé de la scientologie.

Le maire ne fut pas seul à utiliser ce qu'avait écrit la scientologie lors de l'ouverture. Les scientologues ont aidé à élaborer ce qu'a dit Brian Davis, membre du Conseil d'Elicott.

Davis a dit: "Toutes les grandes religions ont pour mission d'aider leurs adeptes, a-t'il clamé. D'après ce qu'on a vu de votre nouvelle église, vous l'avez amenée à un niveau plus élévé."

Davis a aussi félicité les scientologues pour leur programme de traitement des drogues, bien que celui-ci ait été banni à San Francisco et qu'il soit en cours d'investigation au ministère de l'éducation californien. Ses méthodes de désintoxication sont similaires à celles du programmes promu à la prison du Comté d'Erie.

Davis a admis ensuite que sa connaissance de la scientologie provenait essentiellement des brochures et vidéos que l'église lui avait procurées.

Scientologie Ville

L'impact qu'aura la scientologie sur Buffalo reste à déterminer.

Observons donc une communauté où la scientologie a pris racine et voyons ce qui peut s'y passer.

Voici une trentaine d'années, Clearwater, Floride, était une cité financièrement déprimée, un peu comme Buffalo, lorsque l'église commença à y acheter des propriétés sous un nom d'emprunt, .

Actuellement, Clearwater aurait tendance à devenir la ville scientologue, un peu comme Salt Lake City est la ville mormone. Mais les relations de l'église avec les officiels de l'administration locale, les journaux et bien des habitants ont souvent été hostiles.

Le St Petersburg Times a accusé l'organisation d'être une secte menaçant la communauté.

Gary Weber, qui travaillait aux Relations Publiques et aux affaires juridiques de l'église a expliqué au Buffalo News qu'il avait contribué à une campagne destinée à répandre des rumeurs pour discréditer des officiels et un journaliste.

Hubbard nous enseignait à toujours attaquer et ne jamais nous défendre, ajoute Weber, qui a quitté l'église voici 20 ans et travaille pour un inspecteur aéronautique à Ontario, en Californie. "Toute personne qui attaquerait ce qui représente le "salut de l'humanité" - c'est ce qu'on nous disait - doit être détruite. Ils font exprès d'être brutaux, car ainsi, personne ne résiste.

Akiyama, la porte-parole, a refusé de dire si l'église s'était impliquée dans une campagne de rumeurs.

"C'est du rabattu, une vieux poncif," a-t'elle répondu.

Mais Akayama indique que l'église entretient depuis quelques temps d'excellentes relations avec le conseil municipal de Clearwater et fait observer que la Maire Frank Hibbard a récemment pris la parole lors d'une célébration de l'église.

Constante de la présence scientologue à Clearwater? son augmentation. L'église est devenue le plus gros propriétaire foncier du bas de la ville, tandis que la population passait pendant la même période de 80000 en 1980 à 110000.

L'église ouvrira bientôt son bâtiment de 50 millions de dollars qui tient tout un pâté et elle a des vues sur un immeuble d'appartements de 15 étages. Elle envisagerait la construction d'un auditorium de 40 millions de dollars.

Cela s'ajoutera aux 21 bâtiments et à la douzaine de vides qu'elle possède déjà. Elle a payé l'an passé 605000 dollars de taxes sur les propriétés qui ne sont pas utilisées à des fins religieuses, comme les chambres d'hotel et restaurants.

Près de 7000 adeptes scientologues vivent dans la ville basse, dont 1400 membres du personnel du corps d'élite "Sea Organization" qui gagnent 75 dollars par semaine plus la nourriture, le logement et des avantages en 2004, selon le St Petersburg Times. [ndt: le chiffre de 7000 scientologues est contestable; selon mes calculs effectués à partir des documents scientologues, il y a probablement moins de 500 clients de la secte présents en même temps en moyenne à Clearwater, et la Floride tout entière ne paraît pas comporter plus de 6000 membres: il n'y avait par exemple que 1552 sites web personnels de scientologues en février 2005]

Traitement contre la drogue

A Clearwater comme ailleurs, l'église promeut une programme de désintoxication des drogues qu'elle intitule "Procédure de Purification" (Purification Rundown). Pour certains membres, c'est la porte d'entrée en scientologie.

Le programme - identique à celui qu'elle délivre à Buffalo, oblige à avaler de vastes doses de niacine et d'autres vitamines, minéraux, du calcium avec du magnésium, et de l'huile. Il exige aussi des séances de sauna pour exsuder les résidus et de l'exercice physique pour stimuler la circulation.

Hubbard croyait que les toxicomanes conservent des images mentales d'expériences de drogue passé, images supposées les maintenir dans le passé, et il pensait que le corps emmagasinait les drogues ainsi que les toxines. Il disait que sa procédure de purification effaçait les drogues dans le corps et le mental.

Ce programme, qui peut coûter des milliers de dollars, est considéré comme un "rite religieux". Mais il en existe un forme qui serait "laïque", dit l'église, utilisée sous license de l'église chez les associations Narconon [Non à la Drogue Oui à la Vie] et Crimanon / Criminon /Seconde Chance , cette dernière servant dans les prisons.

C'est ce programme "Seconde Chance" que scientologues et cadres de la prison d'Erie planifient ensemble pour qu'il soit utilisé au Centre Pénitentiaire du Comté.

Les théories "scientifiques" d'Hubbard et ses méthodologies ont attiré les critiques des spécialistes en toxicomanie. L'ex-Chirurgien-général C. Everett Kopp a critiqué les théories hubbardites de traitement des drogues qui avaient été présentées dans un ouvrage destiné à les vendre.

Koop écrivit: "Mon conseil est d'éviter leur système de désintoxication. Je ne pense pas qu'Hubbard soit crédible dans le monde scientifique."

Pourtant, les officiels de la prison d'Erie semblent y croire.

C'est en mars 2003 qu'on vit apparaître les premiers liens entre la scientologie et la direction de la Prison du Comté. Six prisonniers allèrent travailler pendant un mois à rénover le nouveau local de l'église sur la recommandation du patron scientologue Joseph Sgroi. Le sheriff Patrick M. Gallivan fit cesser la pratique en question après qu'un article du journal ait révélé cet arrangement.

En Octobre 2001, Sgroi avait déjà offert le voyage à Mexico au Surintendant Gipson et à son député Robert Huggins (qui a pris sa retraite depuis), pour qu'ils observent "Seconde Chance" à l'oeuvre dans deux prisons mexicaines.

Gipson en était revenu impressioné.

Il a dit: "J'avais essayé d'obtenir un programme contre la toxicomanie en interne depuis que je suis arrivé en 1998. Je suis allé là-bas avec une attitude très négative: j'allais être l'avocat du diable. Mais je suis revenu en y croyant."

J'ai rencontré de vrais drogués à la prison de Tijuana, ces gars avaient changé leur vie : ils ne voulaient plus et n'avaient plus envie de drogues. Ca m'a ému au point que j'en ai eu la larme à l'oeil".

On a ajourné ce plan de traitement quand les contraintes budgétaires ont imposé de changer l'utilisation des fonds, explique le surintendant.

Gipson, qui n'est pas scientologue, explique qu'il voudrait continuer à travailler avec les scientologues locaux pour amener ce programme anti-drogues à Buffalo.

e-mail: msommer@buffnews.com
========

Rapport spécial sur l'église de scientologie

Dernière des quatre parties

Les critiques venant du dehors sont inacceptables

http://www.buffalonews.com/editorial/20050202/1064176.asp

Les parents qui mettent la scientologie en doute constatent que les membres de leur famille rompent tout lien

Par MARK SOMMER

News Staff Reporter

2 février 2005


(photo)

Sharon Cantillon/Buffalo News

Tanya Durni et Jeff Lennox s'inquiètent que l'église de scientologie ait profité de leur frère Fred, qui a envoyé une lettre perturbante à sa soeur.

(photo)

Derek Gee/Buffalo News

L'église de scientologie a déménagé en ville à Buffalo en novembre 2003. Dans ses règles internes, on trouve des ordres destinés à règler les désaccords avec des membres critiques de la scientologie, et si ça ne réussit pas, on leur dit de couper les ponts.

(3 photos)

===

Il y a deux ans, Tanya Durni a reçu une lettre de son frère. Mais ce n'était pas aimable. Fred Lennox expliquait qu'il "déconnectait" complètement d'elle.

Son délit?

Avoir critiqué la scientologie, en particulier dans un forum sur Internet.

Ca a secoué sa soeur, qui tient une boutique au golf de Oak Hill à Rochester.

C'est comme si quelqu'un m'avait dit "Ton frère vient de mourir", explique-t'elle.

Mais ce qui est arrivé à Tanya ce jour-là n'a rien d'inhabituel.

Les parents et amis des scientologues, y compris leur époux, les enfants ou les parents - qui ne seraient pas d'accord avec la scientologie sont estimés "Suppressifs" - Ce qui signifie que l'église considère qu'ils veulent détruire et faire du tort à la scientologie.

Les directives sévères de feu L. Ron Hubbard, fondateur du mouvement, exigent que les membres persuadent leurs proches de cesser les critiques - sinon, ils coupent tout contact.

Les critiques racontent qu'ils ont vu ce même scénario se reproduire sans cesse.

Cette règle est particulièrement mauvaise pour les familles, c'est comme une porte d'acier qui empèche toute forme de dialogue avec les gens, explique le Révérend Robert W. Thornburg, doyen émérite de la Chapelle Marsh de l'Université de Boston, expert en pratiques religieuses destructrices.

. "La plus forte menace scientologue - grâce à quoi elle contrôle les membres - consiste à les étiqueter suppressifs, explique Richard Dunning de Niagara Falls, ancien vice-directeur de la scientologie de Buffalo entre octobre 2001 et mai 2003.

Du fait qu'Hubbard a écrit que les gens suppressifs gènaient la progression spirituelle, leur influence sur la scientologie doit être minimisée ou totalement éradiquée.

Joseph Sgroi, le plus important mécène de la scientologie à Buffalo, explique que cette pratique est utilisée en dernier ressort, uniquement lorsque quelqu'un continue à être hostile à sa religion.

"Si un parent a un effet "incroyablement négatif" et refuse de changer, dit-il, "ce peut être normal de ne plus avoir affaire à lui."

"Le concept n'est pas de détruire les familles, mais de les souder," dit-il.

Al Buttnor, le porte-parole canadien de l'église, explique que les scientologues accordent beaucoup d'importance au mariage, à l'éducation des enfants et à la famille.

Tanya Durni n'est pas seule à être accusée par le centre de Buffalo de répandre des points de vue anti-scientologie.

L'église a accusé le frère ainé de Fred Lennox, Jeff, de faire passer de la "Propagande Noire" car ilo a dit à Fred que la scientologie était une secte.

Ils ont expédié une lettre aux accents menaçants, expliquant "qu'il disait de smensonges sur la scientologie", dit Fred.

Au bout du compte, l'église a dit à Fred de passer devant son Comité d'Investigation ("Board of Investigations"). Il devait subir une "vérification de sécurité", un sec check. Il s'agit d'une méthode au cours de laquelle on pose des questions à un scientologue sur ses transgressions morales, en se servant d'un genre de détecteur de mensonges nommé "électromètre".

Les membres de la famille ont dit que son engagement dans le mouvement avait beaucoup affecté ses autres parents.

Tanya se souvient: "Pendant des années, je n'ai rien dit au sujet de la scientologie. Rien à faire, c'était comme si elle nous contrôlait."

Le récit de Frank Green, de Blasdell

Frank Green, qui habite Blasdell, a posté quelques commentaires critiques de la scientologie sur Internet.

Comme pour madame Durni, il explique que la scientologie a essayé de détruire sa relation avec un parent, dans son cas, c'était sa nièce Heather Barvian, scientologue.

Les actions ont mené Monsieur Green, retraité d'une aciérie, à faire une manifestation tout seul devant l'église, en septembre. Il a pris un panneau marqué "La $cientologie détruit les familles", avec le $ du dollar au lieu de la lettre S.

Il explique: "Elle a saboté la famille, démoli l'entente avec ma nièce et mes petits-neveux. Pendant des années, ce fut le vrai cauchemar. Je savais que ce n'était pas la Heather que je connaissais qui faisait ça. On l'y poussait."

Mme Barvian, qui habite désormais au Colorado, nie que la scientologie soit pour quoi que ce soit dans cette rupture.

Elle dit que son oncle a posté des messages sur Internet, menaçant de kidnapper sa famille hors des griffes de la scientologie et de la ramener dans l'état de New York. Elle dit qu'il a aussi essayé de l'empècher de mettre un terme à son mariage, union qu'elle estimait abusive.

Green dit que tout cela est faux.

Les critiques de la scientologie décrivent les bases scientologues comme étant des instrucments de contrôle efficace envers les membres.

Le livre d'Hubbard "Introduction à l'éthique" donne une liste de plus de cent "délits" "crimes et "crimes capitaux" faisant partie du code disciplinaire de l'église.

"C'est un système de contrôle extrème, qui vous colle dans une bulle étanche", dira Dunning, l'ancien directeur de Buffalo. "On n'ose pas discuter avec qui que ce soit ni lire quoi que ce soit qui soit critique du mouvement, car Hubbard explique que cela fait de vous un complice."

Les crimes graves comprennent le fait d'avoir des relations avec des critiques de la scientologie, ou de se moquer des règles scientologiques.

Le Professeur Stephen Kent, sociologue de l'Université canadienne d'Alberta, qui a longuement disserté sur l'église, explique que l'attitude agressive de la scientologie envers ses critiques y compris les parents est en fait intrinsèque.

"Apprendre le système éthique interne alternatif de la scientologie est une part intrinsèque du fait d'être adepte, ce qui fait que la survie de la scientologie est vitale, et ce qui rend l'attaque envers les critiques indispensable", dit-il.

Le Buffalo News a obtenu une copie de "l'Ordre d'Ethique" de l'église à propos de Fred Lennox; il est daté du 1er mars 2002. L'ordre dit que Lennox doit "manier ou déconnecter" de sa soeur. Il ajoute: "Il a été porté à mon attention que la soeur de Fred a répandu de l'entheta sur Internet [néologisme hubbardien qui signifie contre-survie, opposé à la scientologie]. C'est la seconde fois que cela se produit pour la soeur de Fred au cours des huit derniers mois. Fred est informé que s'il ne manie pas ou ne déconnecte pas, il sera déclaré PTS type A (source potentielle de troubles pour la secte, ndt).

Cette déclaration de "PTS" empècherait le scientologue de continuer à prendre des cours ou des séances d'audition (conseil) exigés pour la progression spirituelle.

Arnold Markovitz, directeur de la Hotline sur les sectes que fourni le Conseil Juif à la famille (Jewish Board of Family) et les Services à l'enfance de New York City, raconte que l'agence rencontre des clients angoissés par les ordres de déconnection scientologues.

"Si les parents se plaignent - on voit souvent ça avec des parents d'enfants adultes, le membre essaie de manier; mais si la critique persiste, il y a une distanciation progressive jusqu'à la lettre de déconnection."

C'est ce qui s'est passé pour la soeur de Lennox voici deux ans. Elle dit qu'elle l'a averti que quand elle déposerait ses critiques publiques sur la scientologie, l'église le forcerait à ne plus lui parler."

Il insistait : "cela n'arriverait jamais", se souvient-elle.

L'héritage n'a pas fait long feu

Lennox, 46 ans, a passé la moitié de son existence en scientologie.

Tracy Kane, sa soeur ainée, explique qu'il s'agissait d'un enfant très sensible, avec une entente particulière pour les enfants et les animaux. Les membres de la famille supposent qu'il a eu des difficultés pour apprendre qui n'ont pas été diagnostiquées. Elle ajoute qu'il a été recruté à une période où il semblait particulièrement frangile.

Cela corroborerait une tendance de l'église à viser des gens impressionables, explique Thornburg, spécialiste en pratiques religieuses destructrices qui considère la scientologie comme une secte.

Chez ceux qui n'ont pas l'impression d'être à leur place, cela développe un sens d'appartenance immédiat; ils contrôlent les gens qui y pénètrent aussi complètement que tous les groupes destructifs que j'ai étudiés."

Lennox est entré en 1980, il est devenu employé de l'église de Buffalo en 1984, et membre de l'élite scientologue "Sea Org" en 1986. Il est alors parti à Clearwater, Floride. L'église croit en la réincarnation et Lennox a donc dû signer le contrat d'un milliard d'années avant de joindre la Sea Org.

Lennox a finalement quitté la Sea Org et repris ses cours scientologues à Buffalo.

Il vivait chez ses parents en 2001, avec un travail à 7 dollars de l'heure, lorsqu'il hérita de 25000 dollars, raconte Tanya Durni.

Peu après avoir parlé de son héritage à un cadre scientologue, du courrier et des nouvelles cartes de crédit arrivèrent chez lui, incluant de grosses dépenses faites en scientologie.

"Il fallait connaître Fred pour se rendre compte qu'il ne savait même pas demander une carte de crédit, dit sa soeur; il a vraiment fallu l'emmener pou qu'il puisse ouvrir un compte en banque: c'est eux qui ont appelé et qui ont dû lui faire signer les demandes sur la ligne en pointillés."

Peu après, Fred partait en croisière sur le navire scientologue qui croise dans les Caraïbes, et où les scientologues prennent des cours coûteux.

Durni pense que la scientologie a poussé son frère à aller sur le bateau pour l'isoler et lui faire dépenser plus vite encore son héritage.

Lennox était supposé passer une semaine là-bas; puis deux.

Au bout de 41 semaines et demie, Durni appela en lui racontant qu'il y aurait davantage d'argent dans l'héritage. Il fut de retour en moins de quarante-huit heures, dit-elle.

Sa soeur explique qu'en si peu de temps, il avait non seulement dépensé tout l'héritage, mais qu'il s'était mis dans les dettes jusqu'au cou: il devait 40000 dollars, et avait donc dépensé 65000 dollars en cours, livres et cassettes, frais de voyage, et à rembourser une "dette de déserteur" à l'église.

La dette de déserteur (freeloader debt) constitue ce que doit un employé scientologue quand il quitte avant la fin du contrat d'un milliard d'années, s'il veut quand-même rester membre du groupe. L'église explique que c'est le remboursement des cours pris "gratuitement" pendant qu'on est employé.

Teresa Reger, présidente de l'église de Buffalo, a pris la défense de la durée du contrat et de la pénalité qu'on paie quand on veut le rompre.

"C'est la règle qu'ils connaissent quand ils signent le contrat", dit-elle.

Sa soeur ainée Kane, illustratrice de livres pour enfants à Durham, New Hampshire, pense que la scientologie a tiré profit de son frère de façon éhontée.

"Lorsqu'il a hérité, j'ai vu comment ils l'ont sucé et fait tourner ses cartes de crédit pour obtenir de l'argent qu'il n'avait pas, explique Kane; puis ils l'ont laissé à nouveau tomber, car ce n'est pas quelqu'un qui peut remuer le monde; pour eux, il ne vaut qu'en proportion de son argent."

Personnalité changée

La famille Lennox avait espéré que Fred, qui travaille à temps partiel dans une boulangerie de supermarché, quitterait la scientologie.

Ils ont tenté une intervention voici plusieurs années, avec l'aide d'une personne qui conseille les victimes de sectes.

"J'ai alors observé une chose effrayante: on voyait qu'il était contrôlé par quelque chose," se souvient sa soeur ainée.

Le journal a tenté d'atteindre Fred Lennox qui a refusé, mais les scientologues ont dit qu'ils essaieraient d'entrer en contact avec lui.

Mardi, une déclaration signée de Fred Lennox faxée au journal racontait "qu'il devrait être libre de faire ce qu'il veut de sa vie et de son argent.

"Je n'ai pas de regrets d'avoir donné l'argent à mon église et je l'ai fait librement, dit la lettre. Je vis ma propre vie, et pas celle que me dictent ma soeur ou les membres de ma famille."

La lettre continue: "J'ai des buts et des rèves et mon église m'aide dans ce sens. Le problème vient des gens qui m'empèchent d'atteindre mes buts et mes rèves... si ma soeur cessait de rendre ma vie misérable par rapport à mon église et mes choix dans l'existence, je serais heureux de discuter avec elle. Il y a eu une période où nous étions très proches et ça me manque."

Jeff, le frère de Fred, explique que le journal a reçu cette lettre parce que Al Buttnor a contacté Fred et demandé une déclaration pour l'article du journal. Fred a dit à son frère qu'il n'avait rien fait dans l'église "depuis longtemps" lorsqu'elle l'a contacté et qu'elle lui a demandé d'écrire la déclaration, ce qu'il a fait lundi avec l'aide des cadres scientologues.

Mardi matin, Jeff Lernnox a dit que son frère paraissait parfois fier de l'église, et intimidé à d'autres.

Il a comparé par métaphore trois ou quatre fois la scientologie à la maffia; je ne l'ai jamais entendu dire ça avant, dit Jeff."

Il y avait comme un vent de futilité, ajouta Jeff.

"Quand aux efforts de Tanya contre la scientologie, Jeff cite alors ce que Fred en a dit: "Autant jeter des cailloux sur l'Empire State Building"

e-mail: msommer@buffnews.com

======

Articles du Buffalo News complémentaires aux quatre articles de base:
(les liens fonctionneront dans quelques jours, lorsque leur traduction sera achevée)

1. La validité du test de personnalité et du test de stress est mise en doute

2. Les spécialistes en toxicomanie critiquent le programme de désintoxication scientologue

3. Comment on traite les Stars

4. Ce que croient les scientologues et ce que disent les critiques

5. L'homme derrière la scientologie - le commencement

6. Comment la scientologie se défend contre ses critiques


Retour sous index correspondant à ce type de texte :

Retour Webpage