Buffalo News: Série de 4 articles de fond sur la scientologie après le matricide commis par un scientologue, jours 1 et 2  

Première partie (suite ici)

Rapport spécial sur l'église de scientologie

Les Côtés sombres de l'Illumination

texte original anglais sur:

http://www.buffalonews.com/editorial/20050130/1056567.asp

Premier article d'une série de quatre articles de fond

Les scientologues épousent une philosophie de développement personnel, mais les critiques de l'église disent qu'elle est trop chère

Par MARK SOMMER

NEWS STAFF REPORTER

30 janvier 2005


Derek Gee/Buffalo News

L'église de scientologie s'est installée dans un immeuble rénové de la rue principale de Buffalo [grande ville à la pointe Est du lac Erie, au nord-est de New York], et elle a déclaré que la ville était la base nord-est des USA de leur foi. En septembre 2004, le retraité Frank Green, manifestait contre l'église, expliquant qu'elle avait aliéné sa nièce scientologue de sa famille.


(photo du batiment de la secte)

Jeremy Perkins ne voulait pas prendre ses vitamines.

Il lui arrivait de prendre la douzaine de comprimés vitaminiques dont sa mère Elli croyait qu'ils feraient disparaître ses illusions et ses voix intérieures.

Mais pas ce jour-là.

C'était un matin froid de mars 2003 dans la maison blanche qu'occupait la famille Perkins dans une rue passante de Amherst. Jeremy tira la chasse d'eau.

"Je ne voulais pas les prendre, car je me sens toujours mieux quand je ne les prends pas, expliqua Jeremy, 28 ans, à la police de Amherst. Je lui ai dit que je n'en voulais pas aujourd'hui.

Perkins n'aimait pas non plus que sa mère lui dise de prendre une douche. Il lui obéit, mais quand il eut fini, il s'entailla aux poignets avec un couteau de cuisine.

"Je ne tenais pas à mourir, expliqua-t'il, alors, j'ai décidé que c'est Maman qui devrait mourir.

Jeremy Perkins était membre de l'église de scientologie

Les croyances de l'église en une illumination spirituelle et en l'amélioratrion de soi sont basées sur les enseignements philosophiques et psychologiques de feu le fondateur de la scientologie, L. Ron Hubbard, écrivain de science-fiction.

Puisque Jeremy et sa Maman croyaient en la position scientologue stricte d'opposition à la psychiatrie, il ne prenait pas les médicaments dont les professionels expliquent qu'ils auraient pu le guérir de sa maladie -- et sauver la vie de sa mère.

L'opinion anti-psychiatrique scientologique est l'une des causes pour lesquelles l'organisation continue à être mondialement source de controverse et bien souvent, source de condamnations. Elle dit avoir 8 millions de membres dans le monde dans 154 pays, comprenant environ 500 membres à l'Ouest de l'état de New York.

L'église a du crédit pour ses enseignements anti-drogues et pro-alphabétisation. Mais les gouvernements l'ont critiquée, les anciens membres et les experts sectologues disent que l'église est une secte autoritariste, une machine à pèze qui peut ruiner la vie des gens.

En novembre 2003, la branche de la scientologie à Buffalo a déménagé dans un batiment rénové du XIXe siècle. Du fait des controverses généralisées et de sa présence régionale augmentée, le Buffalo News a examiné les pratiques de l'église, ses procès, et a interviewé plus de 60 personnes y compris des scientologues, des avocats, d'anciens membres devenus des critiques du mouvement, des professionels de la médecine, des officiels d'ici et du comté, et les cibles des procès scientologues.

Parmi les critiques, voici ce qu'a découvert le journal:

La scientologie peut déchirer les familles. L'église de Buffalo exerce des pressions envers certains de ses membres pour qu'ils rompent les contacts avec ceux qu'ils aiment s'ils sont critiques de la scientologie.

Elle se sert de pratiques trompeuses. Certaines des méthodes de recrutement de l'église à Buffalo, telles le "test de personnalité gratuit", manquent de crédibilité professionnelle.

L'église tente d'obtenir un légitimité au moyen d'alliances avec des gouvernements. L'église de Buffalo a courtisé les officiels de Buffalo et du Comté pour tenter d'échapper à sa réputation de secte. Le maire Anthony M. Masiello les a obligés en déclarant un "Jour Eglise de scientologie de Buffalo"; des cadres de la prison du Comté se sont joints à ceux de l'église pour essayer d'obtenir la mise en place d'un programme de l'église supposé lutter contre les drogues au Centre Pénitentiaire d'Erie.

Elle pratique harcèlement et intimidation. L'église de scientologie s'est servie de poursuites judiciaires pour faire taire les critiques et d'enquèteurs privés pour les espionner.

La poursuite spirituelle coûte cher. Progresser spirituellement dans l'église de scientologie peut revenir à des centaines de milliers d'euros.

Et, comme nous l'avons vu avec ce qui s'est passé dans la famille Perkins, l'église de Buffalo s'oppose à la psychiatrie- - les scientologues désignent l'église par les termes "L'org de Buffalo" - org signifiant ici Organisation.

L'obéissance d'Elli Perkins à cette opposition lui a coûté la vie.

"Elli était certaine qu'il ne faille pas permettre les médicaments à usage psychiatrique", explique Dawn Pastva de Kenmore, amie de la famille depuis longtemps. "Elle expliquait que c'était opposé à tous les fondements [de la scientologie], et que la psychiatrie, c'était l'équivalent du démon."

Le matin de l'anniversaire de feu L. Ron Hubbard, le 13 mars 2003, Jeremy Perkins entra dans la cuisine, saisit un couteau de 30 centimères, et le cacha dans son dos.

Dans son état délirant, il craignait que ses parents l'envoient cet après-midi-là vivre pendant un certain temps chez quelqu'un du Southern Tier.

Il pensait que sa mère voulait le rendre plus malade au moyen des vitamines. Et il pensait que sa mère avait un mauvais oeil.

Elli Perkins, scientologue depuis plus de 30 ans, parlait au téléphone lorsque Jeremy la poussa dans sa chambre.

Il la frappa 77 fois.

Il fut arrèté le matin même et mis en détention. Un grand jury l'inculpa trois mois plus tard pour meurtre au second degré et usage d'armes.

Rejeter la psychiatrie

La position anti-psychiatrique de la scientologie remonte au rejet de l'établissement médical, rejet mis en place dès 1950 dans le livre d'Hubbard, la Dianétique Science Moderne de la santé mentale (reintitulé en France pour raisons "légales" Dianétique, la Puissance de l'esprit sur le corps.)

Peu après sa publication, le psychologue Rollo May écrivait dans le New York Times "Des livres de cet genre font du tort à cause de leurs promesses grandioses faites à des personnes perturbées, et en raison de leur hyper-simplification des problèmes psychologiques de l'être humain."

Hubbard croyait que la psychiatrie se composait de "criminels psychotiques" et il était convaincu que la psychiatrie était derrière les critiques de la scientologie.

Ce point de vue n'a pas changé chez les chefs de l'église.

"La psychiatrie nous attaque parce qu'elle sait que notre technologie marche, explique Teresa Reger d'Aurora Est, présidente de scientologie Buffalo."Ils font des milliards de dollars en droguant les gens, en leur filant des électrochocs; fondamentalement, ils les blesssent et les estropient."

L'opposition à la psychiatrie s'étend à la naissante bioinformatique du Campus de Niagara, à quelques encablures de l'église.

"Je crois [que la bioinformatique] est horrible, explique Madame Reger: la drogue est la chute de l'Amérique, et c'est ce que ça représente."

Ces opinions dominaient lors de l'exposition graphique tenue au Langston Hughes Institute en septembre, et lors d'une seconde exhibition apparue récemment au County Hall, toutes deux élaborées par une façade de la scientologie. Elles avertissaient : "des millions d'enfants reçoivent des drogues semblables à la cocaïne pour des difficultés scolaires ou de comportement."

"La maladie mentale n'existe pas, exactement comme Dieu n'existe pas selon moi, explique Thomas Szasz, psychiatre de Syracuse souvent utilisé par la scientologie. "Le public a besoin de ça pour exister, parce que ça lui donne une voie facile pour traîter ces choses."

La famille Perkins pratiquait la scientologie avec dévotion et campait sur ses opinions anti-psychiatriques.

Donald Perkins, le père de Jeremy, fut membre de l'église de Buffalo dans les années 70. Elli était une scientologue avancée, auditrice" de niveau supérieur (un genre de conseil psychologique) et elle travaillait à temps partiel pour l'org; elle devait bientôt y travailler à temps complet.

Danielle Carlson, soeur ainée de Jeremy, est également auditrice scientologue avancée, son mari Jeffrey étant le directeur exécutif de l'org de Buffalo.

Les membres de la famille ont refusé qu'on les questionne pour ce récit.

Teresa Reger, la directrice, ne croit pas qu'on doive montrer la scientologie du doigt sous prétexte qu'elle rejette la psychiatrie.

"La seule chose que fasse notre religion, c'est de tenter d'amener les gens à être ensemble. Nous espérons que les gens ne prennent pas de drogues, qu'ils réparent leurs mariages, et nous enseignons aux enfants à lire," explique Reger.

La Vie de Jeremy

Jeremy Perkins était amical et facile, de nature timide. Il avait des goûts pour l'art, comme Elli, qui peignait sur verre des scènes champètres.

Perkins avait eu des difficultés à l'école, et il redoubla. Plus tard, il quitta le lycée de Williamsville North.

Il aimait jouer de la batterie, parfois avec un groupe d'amis.

Perkins commença à travailler dans l'affaire de son père Donald et ça marcha bien jusqu'à l'été 2002, d'après un avocat de la défense. Ses résultats déclinèrent, faisant de lui un risque pour sa propre sécurité, si bien que son père le congédia. Ce qui troubla le plus son père, c'est qu'il répondait mal aux questions.

Vers cette époque, la police l'arrèta après une échauffourée au Campus de l'université de Buffalo. Il expliqua sa présence : "il y a des voix qui me disent de trouver Diana, la princesse romaine, dans le parking de l'école."

Ron Epstein, ami proche et voisin, expliqua qu'on avait fait passer Jeremy dans trois hopitaux pour une évaluation psychiatrique : le Buffalo General Hospital, l'Erie County Medical Center et le Millard Fillmore Suburban Hospital.

Une lettre de sa soeur Danielle Perkins Carlson au journal raconte que son frère a reçu des évaluations psychiatriques à au moins trois reprises.

"Mes parents l'ont aussi amené à un neurologue qui confirma qu'il n'était pas dangereux pour les autres ou pour lui", dit-elle dans son courrier.

La lettre ne donne pas de précisions, et Madame Carlson a refusé d'être interviewée.

John R. Nuchereno, l'avocat nommé d'office pour Perkins, explique qu'on avait emmené Perkins faire des scanners dans deux hopitaux.

Mais il insiste: la famille, y compris Danielle, n'a jamais parlé d'autres soins psychiatriques.

"Je savais seulement ce que m'a dit la famille et Jeremy, c'est à dire qu'il n'a reçu aucun traitement ou évaluation psychiatrique."

Nuchereno ajoute que la famille a continué à rejeter le traitement par psychotropes.

Au cours des huit mois précédents le meurtre, Jeremy souffrait d'hallucinations, imaginait que des extra-terrestres le poursuivaient, et se prenait pour le chanteur Jim Morrison.

Les Perkins pensaient que le comportement erratique de Jeremy pouvaient provenir d'une blessure à la tête subie alors qu'il conduisait le camion. Elli se demandait s'il n'avait pas pris des hallucnogènes lors d'une sortie en boite la semaine suivante.

"Ils tentaient de penser à tout ce qui n'était pas d'origine psychologique", dit Pastva.

"Comme son comportement devenait de plus en plus bizarre, il était évident qu'il avait besoin de soins psychiatriques, " explique Me Nuchereno. C'est là qu'ils ont commencé les cures de vitamines."

Dégradation

Elli Perkins demanda de l'aide au Centre de médecine Holistique Maulfair à Topton, en Pennsylvanie.

Maulfair, scientologue, demanda qu'on lui envoie un échantillon de cheveux de Jeremy pour le diagnostic.

La famille lui rendit visite, et Maulfair expliqua que Perkins avait dans l'organisme un taux élevé d'arsenic et de métaux toxiques, dont du titane, et il recommanda un copûteux traitement par intraveineuses.

Le psychiatre légiste R.P. Singh de Rochester examina Perkins pour le compte du tribunal.

"Aucun élément scientifique ne permet de fonder un traitement sur des échantillons de cheveux", dit-il.

Maulfair refusa, par l'intermédiaire de son épouse, de répondre à nos questions.

Elli Perkins décidé de préparer elle-même ses suppléments vitaminiques, ajoute l'avocat, mais ils n'eurent guère d'effets sur le déclin de Jeremy.

Ron Epstein, le voisin, explique que la famille aurait passé "des centaines" de coups de fil pour aider leur fils.

"Il ont cherché dans toutes les voies que leur autorise leur système de croyances; et bien que scientologues, je crois qu'ils en étaient arrivés à un point où la médecine alternative ne marchait pas et qu'ils voulaient passer outre."

Deux jours avant l'attaque de Jeremy, Elli appela l'église pour qu'elle l'aide pour son fils, explique Anne-Marie Dunning, qui était alors l'officier d'éthique de l'église. Elle dit que Carlson, beau-frère de Jeremy et directeur de l'église, lui dit de transmettre à Elli de se débrouiller pour que Jeremy reste occupé.

L'église avait classé Jeremy "Source Potentielle de Trouble Type III", explique Dunning, c'est à dire, pour Hubbard, quelqu'un d'entièrement psychotique et pour qui il n'existe pas de traitement de nature mentale.

Reger nia d'abord que Jeremy ait jamais été scientologue ou qu'il ait pris des cours dans l'org. Elle admit ensuite qu'il avait été membre.

En fait, Dunning raconte qu'il avait pris des cours à l'org de Buffalo jusque vers la fin 2002.

Il avait signé un "contrat d'un milliard d'années" (l'église croit en la réincarnation , ce contrat tient pour les vies futures). Il avait travaillé pour une branche élite de la scientologie à Los Angelès à la fin des années 90, explique Dunning, bien qu'il ne semble pas qu'il y soit allé.

Le Magazine Source de scientologie révèle qu'il avait pris un cours en 1999 à bord du navire de l'église généralement ancré dans les Caraïbes.

Et il était d'autre part membre à vie de l'IAS, l'association internationale des scientologues, tout comme sa famille explique Dunning.

Contrôle des Dommages subis

La scientologie présente invariablement une image publique brillante et flatteuse, renforcée par sa littérature et ses présentations publiques.

Le meurtre d'Elli Perkins, survenu seulement cinq mois après l'ouverture du nouveau batiment de l'église à Buffalo, risquait d'entamer cette image à un moment critique.

Après que Jeremy ait frappé sa mère, l'église commença à noyer les traces pouvant mener de Jeremy Perkins à la scientologie, explqiuent Dunning et son mari.

"Ca leur faisait très peur, dit M. Dunning, mari d'Anne-Marie et directeur exécutif député de l'église avant que la couple ne quitte la scientologie en mai 2003.

Autre souci: Elli Perkins était classée "Thétan Opérant, OT", c'est à dire scientologue de haut niveau.

Anne-Marie Dunning explique: des choses terribles ne sont pas supposées leur arriver, et ils ne doivent sûrement pas se faire assassiner."

"Ils craignaient que cela démontre que les OT ne sont pas différents des autres, car c'est ce qu'il vendent, des "différences". Si elle avait obtenu le salut, comment se faisait-il qu'elle se soit brutalement faite assassiner par son fils?

D'après les Dunnings, voilà ce qui s'est passé juste après la mort d'Elli Perkins:

Une poignée de chefs de l'église sont arrivés par avion de New York et Clearwater dans les 24 à 36 heures qui ont suivi la mort d'Elli Perkins.

Un membre du bureau des affaires spéciales de l'église - le bureau juridique - arriva de New York.

Ces chefs rassemblèrent le management local de l'église et leur dirent de ne pas parler du tout de la mort d'Elli Perkins avec qui que ce soit, et surtout pas avec les journalistes.

"Ils nous ont dit "Ne dites rien du tout, nous manierons ça. C'est un boulot pour les échelons d'en haut," se souvient Rich.

Ceci comprenait le fait d'éviter toute référence à la scientologie dans l'annonce du décès d'Elli Perkins dans les journaux, bien qu'on ait demandé des donations à l'intérieur de l'église pour faire paraître une annonce.

Pas de soins convenables

Si les officiels scientologues ont fait de leur mieux pour mettre de la distance entre les Perkins et l'église, le système judiciaire l'a de son côté mis dans les tablettes publiques.

Le témoignage d'expert lors du procès de Jeremy au tribunal du Comté d'Erie suggéra que le rejet de la psychiatrie moderne avait contribué à empirer son état mental et peut-être, la tragédie qui en a découlé.

Au départ, on diagnostiqua lors de l'expertise psychiatrique ordonnée que l'état mental de Jeremy correspondait à une paranoïa schizoïde chronique à traiter au moyen de médicaments psychiatriques.

Le psychologue Joseph Liebergall concluait: "On n'a pas correctement fait face à la schizophrénie en cours," On ne sait depuis quand elle agissait, mais on n'a pas accordé de traitement à cet homme."

Le psychiatre légiste est allé plus loin; il a témoigné devant les tribunaux en janvier 2004 que si Perkins avait correctement été traité par la psychiatrie, "sa mère serait encore en vie aujourd'hui".

Ce fut le coeur de la défense de Nuchereno.

"Jeremy était un brave type qui n'avait jamais fait de mal à une mouche, expliqua l'avocat de la défense; s'il avait reçu les soins psychiatriques compétents, il ne se serait pas trouvé dans la situation qui fut la sienne."

La Cour a estimé qu'il n'était pas en possession de ses moyens et l'a fait interner au Centre Psychiatrique Rochester.

Pastva, l'amie d'Elli Perkins, se demande si les choses auraient été différentes en cas d'intervention psycxhiatrique.

"Dans notre groupe d'amis, on essayait de faire un "parallèle scientologie" en se demandant ce qui se passait pour Jeremy: s'agissait-il d'un problème physiologique? L'ennui, c'est qu'on n'arrivait pas à déterminer ce qu'est la scientologie. Mais on aimait Elli, une belle âme, et après tout, on s'est dit que c'était sa religion et qu'on ne pensait pas que c'est ce qui allait la tuer."

La Présidente scientologue locale Reger a exprimé de la tristesse à propos de la tragédie, mais a dit que ce n'était pas l'opinion de l'église à propos de la psychiatrie qu'il fallait blâmer, faisant observer que des gens traités par drogues psychiatriques avaient commis des meurtres.

Danielle, la soeur de Perkins expliquait dans sa lettre au journal: "Mon frère a été confié aux mains des psychiatres. Ils ont essayé toutes les drogues possibles pour "l'aider", mais ça n'a servi à rien.

Comme bien des scientologues, Jeremy avait une page web sur Internet avec une brève biographie. La page, apparue voici six ans, a été effacée par l'église peu après la mort d'Elli.

La biographie expliquait que Jeremy aimait jouer de la batterie, qu'il était scientologue depuis toujours, et qu'il aurait eu bien plus de problèmes si ses parents n'avaient pas été scientologues.

"La scientologie m'a aidé à prendre le contrôle de mon existence, concluait-il. La scientologie m'a aussi aidé à comprendre l'avenir."

e-mail: msommer@buffnews.com

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Deuxième article de la série:


Aujourd'hui: les croyances anti-psychiatriques de la scientologie ou: comment mener un adepte à la folie.


Lundi: Les méthodes de la scientologie à Buffalo, vues par un couple qui y a travaillé dix-huiit mois durant.

Mardi: Comment les leaders politiques ont aidé les efforts de la scientologie, ainsi que des doutes émis par des professionnels à propos des traitements anti-drogues prescrits par l'église.


Mercredi: le coût excessif de la scientologie pour des individus contraints de rompre leurs liens familiaux et de donner de l'argent à l'église.


Rapport spécial sur l'église de scientologie

Etre dedans, puis en Sortir

Les Dunnings ont ressenti le puissant attrait de la scientologie dans leur existence, jusqu'à ce qu'il ne reste plus de place pour quoi que ce soit d'autre.

Par MARK SOMMER

News Staff Reporter

31 janvier 2005

Derek Gee/Buffalo News


[légende photo] Rich et Anne-Marie Dunning, ex-membres de la scientologie, nous reçoivent dans leur maison de Niagara Falls, en compagnie de leurs filles Keira, 7 ans, et Alicia, 11 ans. C'est la chaleur de l'accueil envers les nouveaux membres et les programmes anti-drogues qui ont en premeir lieu attiré les Dunning.


Derek Gee/Buffalo News

(photo de la famille Dunning, avec leurs filles, dont Alicia, au centre, qui avait signé un contrat d'un milliard d'années pour entrer dans un groupe "d'élites" de la scientologie)

Seconde partie

Rich et Anne-Marie Dunning sont entrés en scientologie à Buffalo car ils voulaient aider à sauver le monde.

Lorsqu'ils quittèrent leurs jobs de cadres de l'église le jour de la Fête des mères de 2003, c'était pour se sauver eux-mêmes.

Ce couple de Niagara Falls en était venu à la conclusion que l'église était une secte autoritariste destinée à faire de l'argent, et qui lavait le cerveau de ses adhérents.

Ils doivent le savoir: c'est ce qui leur est arrivé.

Les Dunning expliquent que l'église demandait une obéissance sans discussion à chacune des règles internes, croyances ou décisions. Ils disent qu'elle discipline ses membres au moyen d'un système de sécurité élaboré, incluant l'usage de dossiers personnels, d'un genre de détecteurs de mensonges; ainsi que d'un système d'information-délation des uns sur les autres, y compris au sein des couples; et qu'elle a son propre système de justice.

L'église avait en outre pratiquement acquis le contrôle de leur fille de neuf ans..

"On vous dit que c'est votre vie au dehors qui vous crée des ennuis. Votre vie entière est supposée tourner autour de la scientologie et de rien d'autre, explique Richard Dunning, 31 ans, qui fut employé par l'église d'octobre 2001 à mai 2003. "On finit par oublier que le monde extérieur existe".

Il travaille comme technicien de labo chez Niabraze Corp. à Tonawanda, et en scientologie, il était le vice-directeur exécutif. Anne-Marie Durning a passé là-bas six mois comme "officier d'éthique"

Aujourd'hui, les Dunning ont rompu tous les liens avec la scientologie et tentent de reconstruite leur vie.

Al Buttnor, porte-parole de l'église au Canada, rappelle qu'il n'est pas inhabituel que de nouveaux membres d'une religion comme la scientologie la quittent pour, comme l'explique le professeur d'université méthodiste Leonie Kliver "transformer de petites anomalies en erreurs monstrueuses. Ils transforment leur déception personnelle en trahison malintentionnée."

Beth Akiyama, porte-parole scientologue de New-York, explique que les Dunning n'ont pas bien compris la scientologie.

Akiyama dit:"Leurs racontars sont complètement faux et tellement distordus que cela démontre leur absence de compréhension de la scientologie."

Des scientologues de Buffalo nient aussi ce que disent les Dunning.

Ils défendent l'église - dont ils disent qu'elle a environ 500 membres locaux: ce serait un endroit où les habitants de la région utilisent la religion philosophique pour parvenir à l'illumination et à l'amélioration de soi.

La conception la plus erronée, c'est qu'il s'agirait d'une secte, d'une société secrète, fermée, dit Teresa Reger de East Aurora, présidente de l'église locale. "C'est tellement risible, puisqu'il n'y a pas de groupe plus ouvert qu'on puisse imaginer."

Changer en mieux

Les scientologues de Buffalo expliquent que l'église a amélioré leurs vies.

"J'ai pu améliorer mon intégrité personnelle au point d'être certain de moi-même, dit Mary Ojeda, ancienne habitante de Buffalo qui vit à Glen Falls et crédite la scientologie de l'avoir détournée de l'usage de la cocaïne. "J'ai de nouveau pu poser mes pieds fermement par terre."

L'église combat les drogues au moyen des Maréchaux Sans-Drogue (Drug-Free-Marshalls), groupe créé pour cibler la jeunesse, et au moyen d'un programme élaboré par Hubbard, fondateur de la scientologie.

L'église de Buffalo travaille avec la Commision des citoyens pour les droits de l'homme créée par la scientologie pour lutter contre la psychaitrie.

Certains de ses membres travaillent en tant que Ministres volontaires, offrant de l'aide lors des désastres comme le 11 septembre ou le Tsunami.

Elle présente aussi la "technique d'étude" hubbardienne pour combattre l'illetrisme.

Ces enseignements sont offerts à l'église et au centre "Joie d'Apprendre", un petite école privée liée à la scientologie, ouverte depuis l'an passé dans le building Pierce Arrow sur Elmwood avenue.

Le principal patron de l'église de Buffalo est Joseph Sgroi, de Sgroi Finances, une société de planification financière de West Seneca. Cet habitant de Williamsville a donné plus d'un million de dollars pour le building de l'église, plus deux autres millions pour sa rénovation et encore 470000 destinés aux projets de rénovation nationaux et internationaux scientologiques.

Sgroi vante les programmes d'amélioration sociale de l'église, en particulier sa technique d'étude. Mais la "tech d'étude" made in sciento a rencontré de la résistance, à Buffalo comme ailleurs.

Tracy Diina, directrice des volontaires d'alphabétisation des Comtés d'Erie et de Buffalo raconte que l'églsie l'a contactée pour qu'elle utilise le programme d'étude de Hubbard. Elle a refusé.

"Mon souci principal venait du fait que leur méthodologie d'étude ne me paraissait pas saine sur le plan éducatif. Ils ne purent pas démontrer les principes sur quoi ils se fondaient."

Ce n'est pas un croyance chrétienne

Les Dunning rappelent qu'au début, l'accueil chaleureux de l'église pour les nouveaux membres les avait séduits.

Ils ont absorbé ses buts de "clarifier la planète" des maladies mentales et des conflits.

L'église plaisait aussi à Rich car il désirait être accepté dans un groupe. Cette recherche l'avait vu passer chez les skin-heads racistes dans son adolescence - chose qu'il regrette "de toutes ses fibres" - puis il explora les religions.

Dunning avait pris des drogues psychédéliques longtemps avant, si bien que le programme de désintoxication de l'église l'avait attiré.

Ce qui a plu aux Dunning fait partie de ses principales ventes.

La scientologie promet de mener ses membres à l'illumination, de les débarrasser de substances toxiques, et leur fournit une communauté complètement absorbante de croyants de mêmes orientations.

La scientologie n'adore pas de dieu, cependant, bien qu'elle croie en un "Etre Suprême". Ce n'est pas une religion chrétienne et elle n'est pas liée à la Science Chrétienne.

Cette absence de croyance centrée sur Dieu conduit à des questions: la scientologie est-elle une religion?

Les membres insistent: pour eux, c'en est une.

"Les croyances philosophiques fondamentales sont religieuses", explique Jeff Hahn, planificateur financier diplômé. La croyance que l'homme est un être spirituel fondamentalement bon, qu'il peut mener une vie de niveau spirituel plus élevé et que sa relation avec l'être suprème est unique et personnelle et non liée au jugement des autres."

Mais d'autres contestent et disent qu'il s'agit d'un business et non d'une religion.

"J'ai reçu une éducation catholique et j'ai toujours cru en Dieu. Mais on ne lit jamais rien en scientologie qui ait trait à Dieu, explique Tory Christman, ex-membre habitant en Californie. La vérité, c'est qu'Hubbard ne croyait pas en Dieu, pas vraiment: c'est la "Tech" qui est la religion.

Esprit Commerçant

Une fois engagés à l'église de Buffalo, les Dunning découvrirent que le personnel était constamment sous pression pour amasser de l'argent. On est focalisé à améliorer les "stats" hebdomadaires, qui servent à mesurer les performances de l'église sur des points comme les rentrées d'argent et de membres.

Les Dunning ont été entraînés à persuader les membres d'acheter des cours fort chers et des paquets de 12h1/2 "d'audition".

Le bâtiment de l'église est attirant, brillant de bois vernis, de peinture fraiche et d'écrans plasma hi-tech.

Le rez-de-chaussée, haut de deux étages, comprend une salle équipée de longs bureaux destinés à lire et étudier les textes scientologues. Depuis la mezzanine, des employés de l'église surveillent et signalent les étudiants dont ils pensent que leur étude n'est pas parfaite.

Le "sanctuaire" est au quatrième étage, entouré de panneaux vantant les accomplissements d'Hubbard. Il existe aussi un bureau réservé à Hubbard, comme s'il n'était pas mort depuis près de vingt ans.

Les prix des cours et auditions offerts par la scientologie grimpent très vite.

Cela démarre à quelques douzaines de dollars, puis ça grimpe rapidement pour dépasser 12000 dollars pour certains cours avancés - voire des dizaines de milliers de dollars quand on achète cela par lots.

Il peut en coûter plus de 300000 dollars au cours de l'existence pour traverser le "Pont vers la Liberté Totale", confirme le président local Reger.

"Ce n'est pas différent de ce qui se passe pour un étudiant passant quatre années à Harvard, ajoute-t'elle. Non seulement nous attirons les classes supérieures, des gens qui réussissent, mais bien des gens qui n'en font pas partie viennent chez nous et le deviennent grâce à la scientologie."

Mais les Dunning, estimèrent quant à eux que des traitements aussi coûteux ne collaient pas.

"Je me sentais vraiment piteux d'exiger de gens n'ayant pas le sou de venir m'apporter des sommes dont ils ne disposaient pas, explique Rich; pourtant, les gens en voulaient, il suffisait de trouver le bouton qui leur ferait prendre la décision d'en vouloir encore plus."

Un Contrat d'un milliard d'années

L'expérience la plus effrayante vécue par la famille concerne leur fille Alicia, lorsqu'elle avait neuf ans.

En 2003, Alicia signa un contrat l'engageant pour un milliard d'années - les scientologues croient en la réincarnation. Sa maman contresigna le contrat. C'est un engagement dans la Sea Org, l'organisation "maritime" des élites de l'église; un groupe de dévoués adeptes. Ce groupe a une structure militaire, ses membres portent des uniformes ressemblant à ceux de la marine. Un peu plus tard, Alicia serait partie à la Sea Org où elle aurait été éduquée à New York pour faire carrière en scientologie.

Dunning se rappelle "ça n'était pas comme si on allait nous la prendre; c'était un honneur. On allait l'éduquer pour qu'elle fasse partie de la direction internationale."

Le contrat fut annulé lorsque les Dunning quittèrent l'église. Alicia a maintenant 11 ans, et ses parents ne parviennent pas à comprendre comment ils en ont presque arrivés à lui permettre de partir.

Rich Dunning hausse les épaules en se souvenant de ce qu'avait dit le scientologue membre de la Sea Org qui l'avait fait signer en partant: "Je reviendrai quand elle aura trezie ans".

Beth Akiyama, la porte-parole de New York, explique que le contrat était fait de plein gré.

"C'est comme quand vous signez pour devenir bonne soeur, c'est pour l'éternité", ajoute Akiyama. [NDW: elle omet de dire qu'on ne prend pas de voeux définitifs de fillettes de neuf ans, chez les soeurs]

Les Dunning racontent quelques anecdotes bizarres qui leur sont arrivées pendant leurs 18 mois en scientologie.

Le samedi avant Pâques 2003, on les somma de venir très vite à une réunion du staff (= employés). Cette réunion faisait suite à deux morts tragiques à un mois d'intervalle de deux scientologues de haut niveau. Elli Perkins, tuée par son fils, et Marie Bolt, tuée lors d'un accident de voiture.

L'église croit que les scioentologues spirituellement avancés ne subissent pas de destins malheureux, expliquent les Dunning. On craignait qu'il y ait une "personne suppressive" dans les rangs, et qu'elle soit en cause de quelque façon.

Une personne suppressive fait partie des 2,5 % de la population dont Hubbard déclaré qu'ils étaient prédisposés contre la scientologie.

Un membre de la Sea Org extérieur à l'organisation vint à cette réunion. Les staffs furent enfermés dans une pièce, fenètres fermées, et le directeur éxécutif Jeff Carlson, le gendre du père de la maman assassinée, gardait la porte pour empècher qui que ce soit de sortir, racontent les Dunning.

Ils ne trouvèrent en fin de compte aucun "suppressif".

Anne Marie Dunning avait décidé d'aller faire ses courses de Pâques pour les enfants cet après-midi là. Elle avait pensé ne pas se rendre à cette réunion, mais craignit qu'on lui "assigne une Condition de Trahison" si elle faisait passer ses propres besoins avant ceux de l'église. Cela l'aurait contrainte à faire ensuite davantage de "confessions" écrites" de ses transgressions morales, puis de subir une "vérification de sécurité" surveillée par un genre de détecteur de mensonges appelé l'E-Meter ou électromètre.

La décision de partir

Les parents des Dunning les avaient alertés à propos de la scientologie. Un soir, ils leur mirent sous les yeux des documents démontrant qu'il s'agissait d'une secte dangereuse.

Mais comme on avait enseigné aux Dunning que ces informations pouvaient faire du tort, ils décidèrent de rendre l'enveloppe fermée, sans la lire.

Mais une fois Anne-Marie endormie, Richard sortit les papiers. Il avoue que ce qu'il lut lui semblait vrai. Mais il n'osa pas en parler à Anne-Marie, car elle aurait été forcée d'envoyer aux responsables de l'église un "Rapport de connaissance" sur son mari, en détaillant ses doutes.

J'avais peur qu'elle me dénonce, dit-il.

Le lendemain, les Dunning donnèrent l'enveloppe à Carlson, qui demanda s'ils avaient lu le contenu. Satisfait qu'ils disent que non, Carlson leur dit qu'il faudrait "manier ou déconnecter de leurs familles."

Carlson n'a pas rappelé quand nous voulions le questionner.

Buttnor, le porte-parole canadien, explique que la progression spirituelle n'est possible qu'à condition de ne pas être encombré par des gens qui s'opposent à la religion. La "déconnexion" est le dernier remède, dit-il.

En Scientologie, nous parlons raison, compréhension, amour, " dit-il. Si quelqu'un de votre famille a un désaccord, il faudrait être en mesure d'y faire face.

Les Dunnings commencèrent à espacer les contacts avec leurs parents, jusqu'au moment où ils commencèrent à discuter entre eux de leur insatisfaction vis-à-vis de l'église.

Rich Dunning dit que le travail perpétuel pour l'église finissait par de transformer en péage physique et psychique.

Richard: "On est très souvent sur place, on se chope des tonnes d'ordres, on est privé de sommeil au point de devnir un zombie."

Il ajoute qu'un important produit de catalyse de leur décision de partir fut la lecture sur Internet de témoignages d'anciens membres, témoignages qui ressemblaient au sien.

Pour Anne-Marie Dunning, c'est un moment d'illumination en mai 2003 qui lui rendit la paix.

"Quand j'ai décidé de partir, le seul truc qui me venait à l'esprit, c'est "Oh mon Dieu, je vais être déclarée suppressive; je l'ai dit à Maman. Que vais-je faire?

"Elle m'a regardée droit dans les yeux, et a répondu: "Bon, et ça veut dire quoi, dans le monde réel?"

e-mail: msommer@buffnews.com

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