Il s'agit du témoignage sous serment en instruction d'un procès intenté par M. Barbier. C'est celui d'un homme de 33 ans, Raphaël G, entré en scientologie à 13 ans, ressorti à 24 ans. L'important : les entraves mises par la secte à laisser les membres se faire soigner même en cas de danger vital, l'interdiction de médicaments même indispensables, l'obligation de divorce, la honte d'être scientologue.



RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE


Genève, Palais de Justice, le Jeudi 15 juin 1995 à 14 heures 30
PP No P/9568/1991



POUVOIR JUDICIAIRE CABINET DU JUGE D'INSTRUCTION

Juge d'instruction: M. Cl. WENGER Greffier: Mme N. GILLIERON


PROCÈS-VERBAL D'AUDIENCE
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Me Mike HORNUNG assiste Monsieur Jean-Luc BARBIER
déjà entendu, partie civile, qui se présente sur citation,
et représente
Madame Nicole BARBIER-SAUTER
partie civile.
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Me Cyrille AELLEN excusant Me Jacques BARILLON assiste:


Madame Letty G, Monsieur Christian B, Monsieur Daniel C, Monsieur César P,
inculpés, déjà entendus,
qui se présentent sur mandat de comparution.

**********

Sur citation se présente: Monsieur Raphaël S
né en 1962, traducteur, domicilié:
1, xxxxxxx, xxxxxxx,
témoin, assermenté.
xxxxxxxxxxx

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Procès-verbal d'audience du 15 juin 1995 dès 14 heures 30, page 2,

POUVOIR JUDICIAIRE
CABINET DU JUGE
D'INSTRUCTION

PP No P/9568/1991



M. S.:
J'ai été membre de l'église de Scientologie pendant plusieurs années. Je suis devenu scientologue en 1975 et j'ai quitté cette église en 1986.
Sur question du mandataire de la partie civile, il est exact que je souffre de problèmes de diabète depuis 1975. Il est exact que j'ai eu des problèmes pour concilier mes problèmes de diabète et les injonctions de l'église. La Scientologie prétendait être en mesure de guérir toutes les maladies physiques ou autres par une forme de traitement qui s'assimile à une psychothérapie
. A l'époque, j'étais jeune, je ne connaissais pas spécialement le fonctionnement du corps humain. Le fait d'être devenu diabétique m'avait profondément bouleversé. Je suis donc parti du principe que, si ce qui m'était proposé me permettait de guérir, je voulais tout faire pour cela. L'église m'a proposé de l'audition, l'auditeur pose une série de questions à l'audité sur les événements qui se sont passés dans sa vie, en partant du principe que des incidents et des accidents se sont passés dans la vie ou des bouleversements sont à la source des maladies. Il s'agit de rechercher ces choses et d'en parler. Les scientologues sont convaincus et imposent que rien d'autre que la Scientologie ne fonctionne. Par exemple, je devais prendre de l'insuline sur prescription de mon médecin. Mais l'audition était interdite . en présence de médicaments et l'insuline était considéré comme un médicament par la Scientologie. Il n'était pas interdit de voir un médecin.
J'ai donc arrêté pendant de longues périodes de prendre de l'insuline, c'est à dire pendant les périodes où je me faisais auditer. J'aimerais signaler que l'insuline n'est pas tout à fait un médicament. Je l'ai signalé à l'église qui l'a cependant simplement classé comme médicament.
A l'époque, j'avais honte d'être scientologue, je ne l'ai pas dit à mon médecin. Il n'a pas su que je ne prenais pas d'insuline pendant certaines périodes. Je voyais mon médecin environ tous les 6 mois.
En 1978, alors que je suivais des cours et de l'audition à COPENHAGUE, j'ai fait une décompensation diabétique et j'ai dû être amené à l'hôpital.
Je signale qu'une décompensation diabétique non traitée dans les 24 heures conduit à la mort. Avant d'appeler une ambulance comme je l'avais demandé, on m'a d'abord imposé des traitements scientologiques, donnés dans lors de ce genre de crise. Il s'agissait notamment d'assist. Un des assists consiste à toucher différentes parties du corps. C'est basé sur l'idée que des charges seraient réparties à différents endroits du corps.

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Procès-verbal d'audience du 15 juin 1995 dès 14 heures 30, page 3.

PP No P/9568/1991 POUVOIR JUDICIAIRE CABINET DU JUGE D'INSTRUCTION

Le bulletin du HCO du 11 juillet 1973 m'est soumis, c'est bien de cela que je parle.
J'ai insisté pour qu'on aille chercher une ambulance. Alors que je n'arrivais quasiment plus à respirer et que je vomissais, ils ont envoyé chercher une ambulance.
J'aimerais souligner l'absence totale de compétence des personnes qui ont pris les décisions.

Une règle scientologique vaut toujours mieux, en Scientologie, dans tous les domaines que les traitements officiels. Les scientologues se sont aperçus d'un certain nombre de problèmes, ils ont fait des règlements selon lesquels il faut quand même aller chez les médecins, cependant, cela est de la théorie.
Ces règlements sont seulement destinés à éviter d'avoir des problèmes juridiques. Pratiquement, une personne qui rencontre un problème sera conseillé de suivre un traitement scientologique d'abord.
Bien que certains règlements disent qu'il faut consulter un médecin, d'autres documents disent qu'ils sont dangereux. Le médicament est présenté comme dernier recours. D'une manière générale, tout est faussé et cela est imposé à quiconque intéressé à la Scientologie.
Au début de la Scientologie, tous les types de maladie étaient sensés pouvoir être guéris par la Scientologie car elles étaient de source psychologique.

Question du mandataire de la partie civile
En référence du HCO du 11 juillet 1973, pourquoi l'allergie figure-t-elle dans le groupe des maladies appartenant "au domaine spirituel ou au domaine mental" ?

Réponse

II y a des erreurs de ce type, car comme je l'ai dit, au début, selon la Scientologie, toutes les maladies étaient d'origine psychologique. Ensuite, il y a eu des preuves scientifiques. Je pense qu'à une certaine époque on ne savait pas exactement, scientifiquement, quelle était l'origine des allergies, la Scientologie a toujours un certain retard. Cela explique pourquoi en 1973, les allergies sont classées ainsi.

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Procès-verbal d'audience du 15 juin 1995 dès 14 heures 30, page 4.

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J'ai suivi le cours de purification. J'étais obligé de prendre des quantités astronomiques de vitamines ce qui finissait par me couper l'appétit. J'ai aussi eu des réactions cutanées considérées en Scientologie comme bénines. Je n'ai pas vu de médecin, j'aurais été mal à l'aise d'expliquer pourquoi j'avais pris 25 fois la dose normale. Ces réactions ont disparus après quelques jours.
J'explique que je suis entré en Scientologie alors que j'étais jeune, j'avais 13 ans. Je me suis retrouvé avec des liens sociaux uniquement à l'intérieur de la Scientologie car je n'étais en contact qu'avec des scientologues.
Je n'avais pas terminé l'école obligatoire, j'avais des ambitions personnelles. Pour moi la Scientologie était comme une bouée qui offrait des perspectives intéressantes. J'ai pardonné beaucoup de choses à cette église avant de la quitter. Depuis 1982, les choses sont devenues toujours plus sévères, toujours plus draconniennes. J'ai vu par exemple, lorsque j'étais à COPENHAGUE en 1982, à 2 heures du matin, et pendant des heures, une personne seule en face de 4 autres personnes se faire reprocher de n'avoir pas vendu suffisamment de livres, c'était plus que de simples reproches, il y avait des menaces de mesures de rétorsion, par exemple salaire supprimé, de même que jours de congé. J'ai moi-même subi des mesures du même type pour des raisons futiles, tel qu'un retard à un cours. Il y avait aussi des interventions au niveau de ma vie privée, par exemple, j'avais rencontré une étudiante qui me plaisait et on m'a interdit de la revoir. Plusieurs fois, on m'a interdit de continuer un cours et on m'a envoyé faire d'autres activités. Il s'agissait d'un cours que j'avais payé.
J'ai donc finalement décidé de quitter l'église de Scientologie.
Je m'étais marié à une scientologue. Il a fallu que je me sépare et que nous divorcions. Il est impossible de vivre avec une personne qui fait partie de l'église de Scientologie. Il s'agit de 2 mondes différents. Les scientologues sont tellement fanatiques qu'ils ne l'acceptent pas. Ma femme ne l'acceptait pas, elle était conseillée par des membres de l'église.
J'ai immédiatement été déclaré personne suppressive ce qui signifie que je devenais un élément considéré comme subversif et qu'aucun sicentologue n'avait le droit d'avoir un contact avec moi.
Au delà de l'état de clair, il y a une étape dans laquelle, selon la Scientologie, on est en grave danger si on quitte l'église, c'est ce qu'on appelle la zone à risque. C'est une façon d'imposer aux scientologues de le rester.

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Procès-verbal d'audience du 15 juin 1995 dès 14 heures 30, page 5.

PP No P/9568/1991 POUVOIR JUDICIAIRE
CABINET DU JUGE D'INSTRUCTION
J'ai sollicité le remboursement d'un montant de CHF 60'000.- que j'avais versé à l'IAS, soit l'Association internationale de Scientologie.
Il y a eu plusieurs échanges de courrier, finalement, je n'ai pas été remboursé.
La vente à la dure, est une attitude qui consiste à imposer la vente ou l'achat d'un produit ou d'un service jusqu'à ce que la personne cède par des méthodes illimitées par leur nature. Cela peut être, faire des téléphones à 2 heures du matin, isoler une personne avec plusieurs scientologues dans un bureau pour la convaincre d'acheter un service, par exemple en faisant un emprunt bancaire ou en vendant sa maison.
Un ordre de non enturlubation consiste à prétendre que des personnes ont commis un acte grave et de leur imposer une ligne de conduite. Par exemple, si un scientologue a des doutes, on lui fait comprendre que cela donne une mauvaise impression, on lui impose de ne plus exprimer ses doutes en public.
Il est exact que en 1979/1980, il y a eu un changement dans l'ordre des cours à suivre. Le cours de NED devait se faire tout à coup après les grades de 0 à 4. Il y avait un règlement qui était très clair selon lequel une personne qui avait subi un préjudice devait l'assumer tout seul. Dans le cas d'espèce, la personne devait racheter les nouveaux cours.
Après lecture, persistent et signent à 15 heures 35.