LE SECTICIDE
L'ANTI - SCIENTOLOGIE antisectes.net

La guerre sur "alt.religion.scientology"




Par Wendy M. Grossmann
Quand les ordinateurs sont saisis parce qu'on suppose qu'ils contiendraient des matériaux sujets à propriété intellectuelle qu'on aurait volés, ou que la sécurité de reposteurs anomynes est violée par la police, les jours tranquilles d'Internet - endroit calme et privé jusqu'ici, sont comptés.



BIENVENUE AU COEUR DU COMBAT MORTEL ENTRE DEUX CULTURES ETRANGERES - UNE GUERRE AVEC DE VRAIES BALLES.
préface - - nous tenons à nos réalités --  duel de cancelbots -- Vous ne pouvez pas dire ça ici -- la police arrive -- otez ce disque:/ SCAMIZDAT -- Les Discussions continuent --Adresses   --  vocabulaire
 
      Samedi, 12 Août 1995.  Le message explose sur le Net: un raid a lieu à Arlington, Virginie, chez Arnaldo Lerma, ancien scientologue et membre actif d'alt.religion.scientology. Les raiders sont dix: deux maréchaux fédéraux, deux techniciens en ordinateurs, dont l'un est l'expert James Settle - ancien agent de sécurité du F.B.I.; il y a aussi une avocate, Helena Kobrin, célèbre dans le groupe Usenet "alt.religion.scientology" , car elle y poste des messages exigeant l'effacement de fichiers et messages, sous prétexte qu'ils contiendraient des matériaux protégés par copyright. Autre participant au raid: Earle Cooley, avocat de l'église de scientologie et titulaire d'une chaire à l'Université de Boston. Ils embarquent l'ordinateur de Lerma, ses sauvegardes, ses disquettes, son modem et son scanner. Quoique persistant dans sa croisade anti-scientologue, Lerma est très perturbé par cette intrusion. Comme la plupart d'entre nous, Lerma conserve tous ses fichiers personnels et autres sur son ordinateur.

      Les raiders lui disent qu'il récupérera son équipement lundi. Des semaines passent, il attend toujours.

      Lerma n'est pas le premier. En Février, des raids similaires ont eu lieu chez Dennis Erlich à Glendale, Californie, et chez Anon.penet.fi, reposteur anonymiseur finnois que fait tourner Johan Helsingius.

      Et ça continue: le mardi 22 Août 1995, deux raids, cette fois. La cible, c'est FACTNET, une librairie électronique  et archive anti-sectes basée à Golden, Colorado. Le premier raid fond sur le siège de Factnet chez l'ancien scientologue Lawrence Wollersheim, gagnant non payé d'un procès de plusieurs millions de dollars à l'encontre de l'église. L'autre cible est le directeur de Factnet Bob Penny. Factnet s'attendait à un raid depuis le printemps, et avait prévenu les usagers du net de charger un maximum d'archives chez eux. Il y a désormais des kits du site factnet un peu partout dans le monde. Tous ces netiziens qui passent leur temps à couper - coller , à transmettre, recharger et assembler deviennent impossible à suivre. Il faudrait des masses de policiers et de coopération internationale pour y parvenir.

      Les participants du groupe Usenet alt.religion.scientology sont quand-même furieux. L'église a poursuivi le Washington Post en justice pour avoir cité des matériaux que l'église considère sa propriété; la police a rendu visite à XS4ALL, fournisseur d'accès hollandais, pour lui signifier la saisie de son équipement (en cause: les services du reposteur anonyme et le site internet d'un usager qui a posté des matériaux scientologiques). La rumeur veut alors que d'autres raids auraient lieu les jours suivants. Le paris'engage sur Grady Ward, Arcata, Californie, qui a signalé au groupe que sa mère, 74 ans, avait reçu la visite d'enquèteurs scientologues. Les paris s'engagent aussi pour savoir combien de personnes envahiront le domicile de Grady Ward. D'autres usagers parlent d'incidents étranges, enquèteurs visitant leurs voisins,  ou étrangers cherchant à obtenir leur relevés de téléphone, courriers électroniques expédiés à leurs sysadmins (administrateurs des systèmes de leur fournisseur d'accès) - ces courriers demandent à ce que leurs comptes soient fermés. Comment en sommes-nous arrivés là, dans un pays libre?

      Il semblerait que s'intéresser à la liberté d'expression et à la scientologie puisse vous entraîner dans la battaile la plus amère jamais engagée sur le Net. L'histoire de Scientologie contre le Net n'est pas de ces petites affaires,  genre petits clans pro-micro-ondes contre petits clans anti-micro-ondes qu'on avait  pu voir  en 1993, où les groupes alt.tasteless et rec.pets.cats se disputaillaient. Ici, nous avons un combat sans merci entre deux cultures étrangères - deux mondes dont le langage commun masque l'abîme qui les sépare. Une guerre de flammes à vraies balles. Une guerre qui a quitté les rives d'Internet, une guerre entre l'avenir des droits d'auteurs et de la propriété intellectuelle face à une technologie qui peut répandre des copies partout sur la planète en quelques millisecondes. L'église de scientologie ne sera pas la dernière organisation - controversée ou pas - à vouloir protéger ses intérêts face au Net. La technologie se soucie fort peu des motifs des usagers.

      Dans cette histoire, les motifs des deux camps sonnent le même air: tous les participants croient faire le bien de l'humanité. La scientologie croit vraiment que ses secrets peuvent sauver la planète, mais qu'on ne doit les faire partager qu'à ceux qui y sont préparés. Les adeptes tiennent mordicus à la notion révérée: ces textes secrets ne doivent jamais être découverts, si ce n'est par ceux qui ont subi l'entraînement rigoureux et ont payé les centaines de milliers de francs nécessaires pour y parvenir. Les critiques insistent sur l'escroquerie qu'est cette religion, qui prend le contrôle complet de ses adhérents, et leur refile des inepties en vidant leur portefeuille de millions de francs. Ils croient devoir exposer ces textes aux yeux du public lisant les groupes Usenet,  pour entraver le circuit d'exploitation mis en marche par l'église.

      Quels qu'en soient les motifs, lorsque les ordinateurs sont saisis sous prétexte qu'ils contiendraient des matériaux objet de propriété intellectuelle, lorsque les messages sont interceptés et annulés pendant qu'ils transitent dans le cyber-espace, ou que la sécurité des reposteurs anonymiseurs est percée par la police, les jours d'Internet en tant qu'endroit tranquille et privé sont comptés.

      NOUS TENONS A NOS REALITES

      Alt.religion.scientology n'a jamais été calme. Il fut créé le 17 Juillet 1991 par Scott Goehring, qui dit avoir démarré ce groupe en partie pour plaisanter, et en partie parce qu'il pensait "que le Net était un bon endroit pour faire passer la vérité quant à cette religion de faux-culs qu'est la scientologie". Ilavait fabriqué une fausse signature "miscaviage@flag.sea.org" sur le premier message du groupe : c'est une déformation du nom du patron de l'église David Miscavige, alors que Flag est le QG spirituel de la secte, et la sea org (organisation maritime) est l'ensemble des organes de commandements de la scientologie.

      Dès le départ, le groupe attira aussi bien les croyants que les sceptiques. Bien qu'ils n'aient jamais pu se mettre daccord, les rivaux s'étaient arrangés pour co-exister en un équilibre tendu : spécialité à laquelle le Net semble s'adonner volontiers. Ils avaient même mis au point de multiples FAQs, plutôt que de se contenter d'une liste unique de questions souvent posées, afin d'introduire les nouveaux-venus des deux camps. Chaque parti critiquait fortement les vues de l'autre camp, mais rien de grave n'avait entaché la communication jusque là. Il y avait même une certaine tolérance vis à vis d'un certain participant hollandais passablement violent qui avait déclaré que la majorité des participants étaient des "Personnes Suppressives" - des "SPs" - ce qui, en Scientologie, est l'équivalent des excommuniés dans la chrétienté. Il s'est proclamé "Inspecteur de Ron" et croit être en rapport télépathique avec  feu le Fondateur de la scientologie, L. Ron Hubbard, mort en 86.

      Hubbard était un auteur de science-fiction de gare. Il a publié des livres, des monographies, des documents de politique interne (règlements), et des conférences enregistrées qui forment ce que l'église appelle  ses"écritures sacrées". Les matériaux les plus avancés sont gardés au secret: Hubbard a dit que leur lecture pouvait faire beaucoup de tort ou même tuer ceux qui ne seraient pas initiés. Toutes les actions intentées par l'église contre le Net se polarisent sur ce domaine, l'église voulant empècher que ces matériaux ne soient connus.

      Les raids et poursuites récents font suite à une escalade de violences verbales. Une des premières étapes fut, vers 1990, l'émergence d'un groupe qui désirait séparer l'église elle-même de ses écritures. Se désignant comme "Zone Libre" (Free Zone), ce groupe était constitué de gens ayant quitté l'église mais désirant néanmoins encore en pratiquer les enseignements. Ils voulaient se servir de la "tech".  L'ex-scientologue Homer Smith est l'un d'eux ( Smith dit que 'ex', ici, signifie non pas ancien, mais Expanded, c'est à dire 'amplifié' en français.)
      Voulant engager des discussions sérieuses sur la technologie, mais à l'abri des remous de alt.religion.scientology, Smith lança un second groupe "alt.clearing.technology". Mais un critique de l'église fut le premier à pénétrer ce groupe : Chris Schafmeister, diplômé de biophysique de l'université de Californie, San Francisco,  y perpétra quelques farces d'Usenet: dans certains guides anciens sur Internet, on peut lire que alt.clearing.technology discute des façons de faire partir l'acné.

      Schafmeister fut l'un des premiers à participer aux discussions sur la scientologie et le Net, suivant l'inspiration des tracts collés sur les murs de la Fac de médecine de San Francisco. Il était, disait-il, vraiment outré par les tentatives d'amener des gens sans le sou dans des cours de scientologie à 400F. Il a donc commencé à utiliser ses récréations à batailler l'organisation sur Usenet.  Il fut aussi le premier à découvrir, en 1994, que la scientologie portait beaucoup plus d'intérêt  à ce qui se passait sur le Net qu'on  n'aurait pu l'imaginer.

      C'est par le biais d'un scientologue qu'il avait rencontré sur Internet, dit-il, qu'il a eu copie d'une lettre d'une staff scientologue nommée Elaine Siegel. Effaré de son contenu, il l'a immédiatement fait  paraître sur alt.religion.scientology. Siegel s'identifiait comme membre de OSA Int., branche de sécurité de la sciento. Cette lettre, adressée aux scientologues présents sur le net, suggérait de noyer le net sous des masses de  messages pro-scientologues, pour contrer la critique. Elle disait entre autres "Imaginez 40 ou 50 scientologues postant fréquemment sur Internet, et vous verrez que ça fera simplement sortir les SPs du système. C'est aussi simple que ça.", et elle terminait en disant " J'aimerais entendre parler de vous et de vos idées pour faire qu'Internet puisse devenir un endroit agréable où lma scientologie puisse s'étendre."

      Quand on a questionné l'avocate de la scientologie Helena Kobrin par courrier électronique, elle a dit "La lettre de Madame Siegel n'est pas une politique officielle de l'église". Les choses pourraient être différentes maintenant,  si l'église l'avait alors dit. Durant l'été 94, la lettre a été copiée; largement connue, elle a échauffé le débat de quelques degrés, donnant une nouvelle importance au groupe de news: y entrèrent des gens qui voyaient leur liberté d'internautes menacée. La plupart d'entre eux ignoraient tout de la scientologie sauf cette lettre: ils étaient exaspérés. D'autres en savaient déjà long sur la question et furent exaspérés pour d'autres raisons. Parmi les principaux, on trouve Dennis Erlich, qui se nomme "ministre" et "fournit information et assistance aux gens qui ont subi des groupes trop exigeants". Il avait été scientologue pendant quinze ans.

      Erlich avait quitté l'église en 1982 après ce qu'il dit être "une tentative pour le réformer intérieurement". "Cela m'a rendu persona non grata, et ils ne pouvaient plus travailler avec moi, car je ne voulais plus obéir aux  ordres." Il avait été déclaré personne suppressive et s'était donné pour tâche de démolir l'église en toute occasion. Plusieurs anciens participants disent que le ton de a.r.s. a changé à l'arrivée de Dennis Erlich en 94. Il est daccord, et en est fier. "Les types discutaient là comme s'il s'agissait d'un goûter entre amis", dit-il dédaigneusement. Ses propres opinions sur l'église sont si véhémentes qu'il est difficile d'imaginer qu'il ait jamais pu trouver le moindre accord avec les scientologues, et vice et versa. Ses messages critiques et ses citations de la littérature de l'église ont transformé le club de discussion en champ de bataille.

      DUEL DE CANCELBOTS

      Peu avant Noël 1994, divers messages disparurent mystérieusement de alt.religion.scientology. Leur contenu n'est pas connu. Bien des gens croient savoir qui est responsable de leur disparition, mais en trouver les preuves et comprendre ce qui s'est passé ne sont pas choses simples.

      La plupart des logiciels de News contiennent des moyens d'annulation. Ils sont simples: l'expéditeur envoie un message d'ordre d'annulation, contenant en général une brève explication des raisons  d'annuler, message qui se propage ensuite dans les serveurs Usenet. Le message d'annulation commande au serveur d'ignorer le message précédent, qu'un numéro de code unique identifiant l'expéditeur accompagne. Le logiciel autorise l'expéditeur à annuler son message, mais annuler celui de quelqu'un d'autre est bien moins simple: celui qui voudrait censurer doit fabriquer le message de façon à ce qu'il ait l'air de venir de chez l'expéditeur originel. Ce n'est pas si difficile quand vous savez comment faire.

      Il peut exister des raisons légitimes à annulation - au moins, des raisons approuvées par le net. Certains individus, nommés CancelMoose, ôtent ainsi les spams - ces courriers en masse qui sont postés sur le net, en général pour des raisons commerciales. Lorsque les gens de CancelMoose reçoivent une protestation dans le groupe "alt.current-events.net-abuse", ils prennent les messages qui sont postés à plus de 25 groupes différents d'intérêt trop diversifiés. Ils les ôtent du circuit. Les gens de CancelMoose prennent entière responsabilité de leurs actions - en fait, ils agissent pour le bien public. Dans le cas de alt.religion.scientology, les causes étaient bien différentes; les messages disparaissant n'avaient été expédiés qu'à un seule groupe de news, et personne ne répondait de leur annulation. Alors, puisqu'on est ici sur le net, on a mis en route un programme de surveillance appelé Lazarus.

      Lazarus était une autre idée de Chris Schafmeister: le programme se sert de tout un tas d'informations qui sont dans l'en-tête des messages, la date, le sujet,  et d'autres, et ceci se trouve enregistré dans un serveur général d'Usenet où toute commande d'annulation aboutit dans un groupe nommé "Contrôle". L'idée de Schafmeister, c'est qu'on pouvait comparer les messages d'annulation avec la quantité énorme des en-têtes, et s'occuper surtout de ceux qui allaient vers alt.religion.scientology. Si Lazarus trouve quelque chose, il passe une information en disant quel message avait  été annulé, information qui se propageait  alors dans tous les serveurs Usenet, alertant tous les participants d'alt.religion.scientology.
      L'expéditeur peut dès lors renvoyer son message s'il  le désire. Homer Smith a pris cette idée et l'a mise en pratique sous forme d'un script Perl disponible pour tous sur le net, bien qu'il nécessite quelque apprentissage.

      "Nous pouvons au moins savoir quels messages ont été annulés", dit Schafmeister. Mais Lazarus est limité: il ne sait pas identifier le "cancelbunny" - c'est ainsi qu'on nomme ces "annulateurs volants non identifiés". Quand Lazarus commença à rapporter des "ANNULATIONS POUR CAUSE DE VIOLATION DE COPYRIGHTS", la plupart des gens du groupe de news surent qu'ils avaient vu juste: le cancelbunny était quelque représentant de l'église.

      Quand on l'a questionnée en Avril à ce sujet, Helena Kobrin a répondu par E-mail: "Pour protéger ses droits, l'église a contacté plusieurs opérateurs de bulletins sur ordinateurs qui, lorsqu'ils ont appris la nature illégale et offensante des messages, ont accepté d'ôter les matériaux impliqués du Net". Il n'existe cependant pas la moindre preuve que des sysadmins aient coopéré avec l'église pour annuler ces messages.

      "Presque tout le monde a été touché", dit William Barwell, qui signe "Pape Charles". J'ai eu deux messages annulés." C'est Barwell qui a découvert un élément légal, Code US Titre 18, Section 2071,  qui concerne "l'accès illégal aux communications classées". La loi comprend des éléments restreignant l'accès non autorisé et la destruction malintentionnée d'un message électronique; elle empèche aussi l'accès non autorisé et l'altération des communications électroniques. Barwell pense que les trois provisions légales s'appliquent à ces annulations fabriquées. Début Mars, Barwel a écrit au FBI en demandant à ce que l'Agence fasse respecter la Loi, et il a expédié des copies à Netcom, dont l'essentiel des commandes d'annulation illégales provenait, ainsi qu'à son propre fournisseur d'accès, NeoSoft. Netcom a ensuite fermé les comptes de ceux qui fabriquaient les annulations, car ils violaient les termes des services de Netcom. Lorsque a commencé une nouvelle campagne d'annulations provenant de Delta.Net, service d'accès de Californie du Sud, les comptes ont également été rapidement fermés. Il y a de nouveau des annulations en provenance du service Demon Internet Londonien, provenant d'un site de la région de Dublin.

      Lorsque les annulations ont repris en Juillet et Août, une équipe s'est formée: les Chasseurs de Lapins, ou plus formellement, le Comité ad-hoc Contre la Censure sur Internet, qui comprend des représentants des USA, du Canada et d'Allemagne; ils ont imaginé de nouvelles méthodes d'investigation.  En comparant les enregistrements et les serveurs moniteurs de news, le groupe a finalement tracé la piste d'un scientologue abondamment présent sur a.r.s. depuis quelques temps. Kobrin, questionnée, n' a pas répondu.

      VOUS  NE  POUVEZ PAS  DIRE  CA  ICI.

      L'église poursuivait simultanément d'autres pistes. Le 3 Janvier 1995, une semaine après le début des annulations, Johan Helsingius, opérateur d'anon.penet.fi, le plus célèbre des anonymiseurs, a posté une lettre qu'il venait de recevoir d'Héléna Kobrin, de la part de Thomas Small, Conseil Juridique du RTC (Centre de Technologie Religieuse, une des nébuleuses de la nébuleuse sciento, ndt) et de Bridge Publications, (qui détient les droits d'auteur et qui publie les oeuvres d'Hubbard).
      Kobrin voulait qu'il bloque l'accès de son installation aux messages en direction d'alt.religion.scientology et  alt.clearing.technology, sous prétexte que le reposteur servait à diffuser des matériaux protégés par copyrights. Quatre autres anonymiseurs reçurent le même courrier. Le 9 Janvier, Helsingius répondit que la surveillance des messages est impossible et qu'il ne croit pas que le blocage d'un groupe de news soit une solution.

      Le 11 Janvier, Kobrin poste un message dans alt.config, le groupe de news auquel les usagers proposent la création de nouveaux groupes au sein de la hiérachie "alt.", et la suppression d'anciens groupes. "Nous vous demandons de fermer le groupe de news alt.religion.scientology, ajoutant ensuite diverses raisons pour cette suppression:
      1/ le groupe a commencé par un message fabriqué;
      2/ il n'a pas été introduit par les canaux habituels;
      3/ il utilise le mot 'scientology', ce qui viole la propriété de la marque commerciale;
      4/ il a toujours et continue à violer les copyrights et les secrets commerciaux, et ne sert à rien , sinon à perpétrer ces pratiques illégales."

      La réponse des administrateurs de systèmes a été unanime: OUBLIEZ CA.

      LA POLICE ARRIVE

      Entertemps, les insultes devenaient  de plus en plus sévères au sein du groupe. Des pugilistes postaient des témoignages d'anciens scientologues accusant de corruption; la scientologie répliquait par des affidavits disant que les auteurs étaient des criminels connus. L'une des réponses émanait de la femme de Erlich, Rosa Erlich, et disait qu'il avait violé leur fille. Erlich, pas du tout secoué, nia les affirmations et continua à poster des citations des matériaux de l'église et les critiques les accompagnant.

      Pour poster sur Usenet, Erlich passe par un petit BBS de Los Angeles , nommé support.com; ce BBS passe  ensuite par Netcom, un des plus gros fournisseurs d'accès aux Etats-Unis. Tom Klemesrud, qui est le sysop de support.com, dit que début janvier, Helena Kobrin lui a demandé de fermer le compte Internet de Dennis Erlich, ce qu'il a refusé, vu que l'église ne pouvait lui fournir de preuve spécifique suffisante de la violation de copyrights. Ce qui suit a tout d'un remake de Limites Extrèmes... Mi-Janvier, Klemesrud signale un incident bizarre: son appartement a été maculé de sang par une femme rencontrée dans un bar. Dans la version de Klemesrud, cette attaque était destinée à l'intimider pour qu'il ferme le compte d'Erlich.

      La version de Klemesrud n'est pas restée sans réponse bien longtemps: le 23 Janvier, un participant signant "AB", écrivant depuis l'adresse web "an144108@anon.penet.fi", l'un des comptes ouverts chez Helsingius en Finlande, a balancé un récit différent, soi-disant un entretien avec la fille en question, qui prétendait que Klemesrud était l'attaquant et non la victime.  Nul n'avait encore perçu l'accord musical ici,  mais après-coup, les netiziens pensèrent que c'est cette affaire qui avait  précipité le raid chez anon.penet.fi.
      Neuf jours plus tard, Helsingius fut contacté par la représentante de la scientologie américaine, qui disait qu'une information en provenance d'un système clos de l'église avait été rendue publique par anon.penet.fi, et que l'église avait porté plainte pour cambriolage auprès de la police de Los Angeles et du FBI. La représentante  voulait savoir l'identité de an144108@anon.penet.fi ayant posté le matériau en question. Helsingius refusa de la communiquer; on lui répondit alors qu'une demande serait faite auprès de la police finlandaise. La Police se présenta le 8 Février avec une autorisation de recherche. Helsingius s'arrangea pour ne donner que l'identité de la personne recherchée plutôt que son carnet de 200000 adresses. Il dit que dans l'heure, l'information avait été transmise à l'église.

      On ne sait pas vraiment pourquoi l'église était si pressée de trouver l'identité de cet intervenant, qui semble avoir défendu l'église contre les allégations de Klemesrud. Il semble toutefois que du point de vue de l'église, ce message ait été une menace de sécurité réelle.  Dans un message électronique, Kobrin , parlant du raid sur penet.fi, annnonça que "le matériel volé était en relation avec une enquète conduite par les avocats de l'église au sujet des fausses affirmations de Klemesrud et Erlich. Ces allégations avaient trait à un incident impliquant une femme rencontrée dans un bar, et l'enquète a prouvé qu'elles étaient infondées." Quand on demanda à Kobrin si d'autres actions étaient entreprises à l'encontre de l'intervenant dévoilé chez Anon.penet.fi, Kobrin répondit: "L'affaire est en cours, pas de commentaires." Quand on demanda qui faisait l'enquète, l'église ne répondit pas.

      OTEZ  CE  DISQUE/ SCAMIZDAT

      Le jour où la police d'Helsinki visita Helsingius, le Centre de Technologie Religieuse et Bridge Publications déposèrent plainte à San José, Californie, contre Dennis Erlich et son fournisseur d'accès, Tom Klemesrud et Netcom. La plainte dit que Erlich avait posté des matériaux de l'église en violation des copyrights, et, dans le cas des matériaux supérieurs de l'église - qu'elle appelle Technologie Avancée - qu'il avait posté ces matériaux non publiés et confidentiels que l'église appelle des "secrets commerciaux", disant que l'affaire était un vol et pas seulement un histoire de liberté d'expression.

      Le 10 Février, le Juge Donald White de la Cour de District US de San José, Californie, émit un ordre de restriction temporaire contre Klemesrud, Erlich et Netcom, leur enjoignant d'arrèter. Erlich était outragé, arguant que ses messages étaient de "bon usage" [fair use: usage convenable dans les limites fixées par la loi, ndt].  Il dit:"La meilleure méthode pour discréditer la secte consiste à sortir leurs propres documents pour le prouver."

      Le 13 Février, la résidence d'Erlich fut raidée. Erlich dit que ses droits constitutionnels furent violés par le raid au cours duquel, dit-il, ses disquettes, livres, papiers furent saisis, son disque dur effacé, sa maison largement fouillée et photographiée. Ensuite, deux de ses machines ne fonctionnaient plus correctement et on ne lui avait pas laissé les back-ups permettant de redémarrer son système; on ne lui a pas non plus donné de liste des matériaux emmenés.

      Grâce aux efforts de la fondation Frontière Electronique, Erlich est défendu par un cabinet d'avocat de grosse pointure, l'affaire Morrison et Forster, avec un contrat "pro-bono" [il s'agit vraisemblablement d'un contrat où les avocats sont payés au résultat, ndt]. L'ordre de restriction temporaire fut rapidement annulé contre Netcom et Kelmesrud. Comme ils l'expliquèrent ensuite, il ne leur est pas possible de discipliner ce qui passe dans leurs ordinateurs. Même si Erlich avait commis un crime, les en tenir pour complices serait comme d'attaquer les services postaux pour complicité lors d'une escroquerie dans le courrier. Cela stopperait également le Net tel que nous le connaissons. En Mars l'église déposa une motion contre Erlich pour  mépris du Tribunal, suite à repostage d'un des articles que l'église avait déjà signalé comme frauduleux; et elle promit de le poursuivre vigoureusement, bien qu'à mi-Août, les parties attendent encore la décision du Juge White.

      Lisa Goodman, directeur des relations avec les médias pour l'église de scientologie Internationale, indique dans une déclaration préparée : "Les avocats de l'église ont effectué de nombreuses tentatives pour persuader Erlich d'arrêter de poster des écrits sacrés de l'église  dans leur entièreté, ce qui allait bien au-delà de la notion d'usage convenable, et constituait une violation des lois sur les copyrights. Plus loin, elle écrit "La liberté de parole ne signifie pas la liberté de voler. Les tentatives d'Erlich pour tromper les médias n'avaient pour but que de distraire l'attention de ses propres méfaits. Il a envoyé des messages polémiques et parfois obcènes partout sur Internet : cétait aussi une méthode pour divertir l'attention de ses propres illégalités".

      Lerma, choqué aussi par le raid de plusieurs heures qu'il a subi en Virgine en Août, a également été décrit par l'église comme un terroriste des copyrights. Tout comme Erlich, Lerma attend toujours au 1er Septembre, que son équipement lui soit rendu. Son fournisseur d'accès, Digital Gateway Systems, est également inclus dans la poursuite juridique. Dans le cas de Lerma, les ennuis proviennent d'un jeu de documents envoyé le 2 Août 1995, contenant les données complètes du procès Fishman et Geertz contre Eglise de Scientologie Internationale, le fameux procès  de Los Angeles.  En substance, ces documents contiennent des portions des niveaux OT secrets, accessibles par le Tribunal Fédéral de Los Angeles. L'église maintient que les matériaux sont toujours protégés par copyrights, même s'ils sont dans un dossier ouvert au public; mais les sceptiques disent qu'il n'existe aucun précédent légal pour soutenir cette thèse. De toute manière, il en existe  désormais des milliers de copies de par le monde.

      Le 12 Septembre, le juge du Colorado John Kane a ordonné que les matériaux saisis soient rendus aux directeurs de Factnet, Bob Penny et Lawrence Wollersheim, bien qu'il leur enjoigne de stopper les copies qui en sont faites. Le 15 Septembre, le juge Leonie Brinkema a pris la suite du dossier; l'église fait appel dans les deux cas.

      Pendant tout ce temps, un participant n'a pas été touché - mais l'église aimerait certainement bien le fermer; c'est SCAMIZDAT. Les postages de Scamizdats - il y en a onze à ce jour - contiennent de vastes  portions  des matériaux secrets; Scamizdat poste par l'intermdéiaire d'une chaîne de reposteurs anonymiseurs; et lorsque Helena Kobrin a demandé à Homer Smith d'identifier la source des messages Scamizdat, Smith a refusé.

      Une alerte a parcouru le net: les commentaires de Scamizdat sont recherchés, car l'article disait ceci: "Je suis simplement un netizien en guerre contre une secte litigieuse à l'ère de l'information. Alors que le net  engendre ses batailles entre orthodoxes et révisionnistes,  le net immobilise dans l'instantané les avocats et l'argent qui assobrissent les guerres du monde au dehors. Dès qu'une partie représentative de la mythologie de Bandes Dessinées de la scientologie aura été postée et fixée dans l'immortelle immobilité digitalisée, je m'en retournerai à l'oubli des pages blanches. SCAMIZDAT.

      LES DISCUSSIONS CONTINUENT

      La controverse crée la popularité. Fin Mars, alt.religion.scientology avait environ 2500 Messages par semaine. Fin Août, 2700, avec de quoi attaquer n'importe quel camp. Une partie retomba sur alt.journalism; sur news.admin.misc; sur comp.org.eff.talk; sur alt.current-events.net-abuse, et même, avec les postages de Scamizdat, sur le groupe de hackers" alt.2600" - qui ne craignait guère les nouveaux  venus, même si ce groupe devait admettre qu'on pouvait voir une certaine forme de hacking dans le fait de poster ces niveaux secrets par des anonymiseurs.

      Quelles que soient les méthodes de mesure utilisées, le groupe est dans les 40 les plus fréquentés d'Internet. Bien que des messages continuent à disparaître, certains pensent que les tentatives de le clore ont donné de spectaculaires retours de flamme.

      Not Stu Sjouwerman, scientologue et proprio d'une part d'une affaire d'ordinateurs qui  travaille surtout avec des scientologues, dit que ce groupe "ne représente pas 0,002 pour cent du Web - ce n'est qu'un tas de chiens qui aboient, dit-il.

      Mais l'ex-scientologue Robert Vaughn Young a des vues plus sombres. Il n'écrit guère dans le groupe, mais se tient au fait de ce qui s'y passe. Ayant été porte-parole mondial de l'église, il dit franchement "Je suis vraiment heureux de ne pas devoir faire face au Net. Pour la scientologie, ça va représenter ce que fut le Vietnam pour les Etats-Unis. Ils ne pourront que se retirer, en fin de compte; ils ne peuvent pas gagner. Le résultat, pense-t'il, ce sera la création du premier endroit au monde où la scientologie puisse être librement discutée. Si c'est vrai, étant donné que la liberté d'expression et de religion vont généralement de pair, ce sera une victoire pour tout le monde.
       

      ADRESSES (sites en anglais)
       

      EFF: archives de la scientologie

      L'église de scientologie contre le net  (Ron Newman)

      l'église de scientologie elle-même :
      http://www.theta.com Wendy Grossmann, auteur de l'article est auteur freelance basé sur Londres; elle est aussi la fondatrice du magazine anglais THE SKEPTIC
       

       Elle est aussi l' auteur de " net.wars," qui sera publié fin 1997 par NYU Press

      L'article est reproduit ici avec son autorisation, mais ne peut être utilisé ou reproduit ailleurs  sans son autorisation expresse.

      Traduction: Roger Gonnet


      VOCABULAIRE:

      Usenet: ensemble de groupes de discussion en "indirect", où l'on laisse des messages, auxquels d'autres peuvent répondre, etc. Alt.religion.scientology est l'un des plus actifs dans le monde.
      (abrégé : a.r.s.)

      Reposteur anonymiseur: entreprise du net qui reçoit des messages et les envoie à leurs destinataires après avoir supprimé l'adresse de l'expéditeur

      FACTNET: Librairie électronique célèbre lancée par Lawrence Wollersheim, gagnant de quatre procès contre l'église de scientologie. Les initiales de Factnet signifient: Lutte Contre les Tactiques Coercitives sur le Net.

      FAQ (singulier) ou FAQs (pluriel): Acronyme de "frequently asked questions" - une liste de questions auxquelles les nouveaux venus peuvent se référer pour comprendre ce qui se passe au sein d'un groupe de news, ou dans un sujet quelconque.

      OSA: Office des affaires spéciales, les services secrets et de renseignement sciento; OSA Int est le QG international d'OSA.

      Cancelbots: Messages illégallement annulés par quelqu'un d'autre que leur auteur.

      sysadmins: administrateurs des systèmes chez les fournisseurs d'accès


      .

back

Retour index général

Retour index geurre scientologie contre Internet