L'association Psychologique américaine (APA) étudie les "sectes de haine" et sectes destructives

Note du traducteur: ce texte est très important, car il émane de l'Association Psychologique américaine, dont un rapport tronqué par le pro-sectaire Introvigne (du Cesnur) a servi durant des années aux sectes à "prouver" que le lavage de cerveau et le contrôle mental coercitif n'étaient que billevesées inventées par leurs ennemis.

La secte la plus acharnée à utiliser ce grossier mensonge est la scientologie - dont il se trouve que le fondateur a écrit que ses propres techniques étaient en mesure de pratiquer un lavage de cerveau en vingt minutes.

Les Sectes de la Haine


APA Monitor, Volume 33, No. 10 Novembre 2002
MELISSA DITTMANN
Monitor staff
page 30 du Monitor Staff

Lors d'une séance de la Convention sur la Haine, le jury a demandé à l'APA de former un groupe de travail destiné à enquèter sur le Contrôle Mental chez les sectes destructives

En 1984, Kerry Noble pénétra dans une église pour homosexuels à Kansas City avec une malette d'explosif C4, avec l'intention de la faire sauter. Il attendit le moment propice, assis parmi la soixantaine de fidèles. Noble explique: "Il suffisait que je mette la minuteruie en marche et que je file, et quinze minutes après, explosion, et tout le monde serait mort."

Noble croyait commencer une révolution. Il était un chef de la secte "
Covenant, Sword and the Arm of the Lord (CSA)", en mission pour son organisation qui en était arrivée à détester les homosexuels, les noirs et les juifs.

Mais Noble mit alors un visage sur "l'ennemi". Un ennemi qui ne paraissait pas différent des autres. Il réfléchit aux conséquences - à ce qui serait devenu l'une des pires attaques terroristes américaines à l'époque. Il se leva, prit sa malette et sortit.

Noble rejoignit d'autres anciens membres de la secte et les experts à la Convention Annuelle de l'APA à Chicago en 2002, pendant la session "
Sectes de Haine" afin de parler des effets du contrôle mental et des sectes destructives. Les membres du jury demandèrent alors à l'association APA de former un groupe de travail afin d'enquèter sur le contrôle mental au sein des sectes destructives.

Alan W. Scheflin, professeur de droit à l'Université Santa Clara, expliqua à l'audience que "l'influence extrème, tels le contrôle mental et les sectes, est demeurée en sommeil dans le domaine de la psychologie."

Les média parlent fréquemment de lavage de cerveau et de contrôle mental, alors que bien des psychologues les considèrent comme de la science-fiction. Cependant, les jurés ont mis l'accent sur le fait que le contrôle mental sert aux sectes pour recruter et conserver leurs adeptes et qu'il peut avoir des conséquences psychologiques durables et dangereuses.

Les sectes qui utilisent des techniques de contrôle mental "ont pu le faire en toute impunité, et les gens qui en sont victimes ne reçoivent pas de traîtement", explique Scheflin.

En fait, les psychologues qui traitent une personne se disant victime de contrôle mental de la part d'une secte destructive peuvent avoir à répondre d'une accusation de mauvaise pratique . "Il n'y a pas de traîtement légitime scientifiquement validé apparaissant dans les publications scientifiques, bein qu'il en existe d'efficaces, cliniquement parlant, " ajoute Scheflin. "On risque donc des attaques devant les tribunaux. Il faut en finir. Il n'y a pas de raison pour que des gens vraiment victimes de contrôle mental ou des gens croyant à tort en être victimes ne puissent recevoir le traitement dont ils ont besoin ou qu'ils aimeraient avoir.

Scheflin: "Il est temps que les psychologues enquètent sur les sectes et leur impact, en particulier à la lumière des attaques terroristes du 11 septembre. Pour saisir complètement les facteurs ayant mené au terrorisme, ajouta-t'il, on pourrait trouver les réponses en comprenant les sectes.

La mentalité de secte

Membre du jury, Deborah Layton demanda également qu'on aide les victimes des sectes. "Cela peut arriver aux meilleurs d'entre nous", dit-elle.

A 18 ans, au début des années 70, Madame Layton ressentit des besoins et fut attirée par le Temple du Peuple, groupe qui lui offrait une impression de confort et des réponses dans l'existence. Le chef, le révérend Jim Jones, lui communiqua l'impression de rejoindre le Corps de la Paix. Quelques années plus tard, Jones emmenait ses membres à Jonestown, un village du Guyana, pour "échapper à la persécution et au racisme". Le campement apparut bien vite plus comme un camp de concentration, entouré de gardes armés, où il n'y avait guère à manger et où il fallait travailler énormément.

Elle s'échappa de Jonestown en 1978 et relata les activités à la police, parlant des exercices de suicide en masse, des gens emprisonnés contre leur gré. Elle prédisit le suicide collectif qui se produisit finalement quelques mois plus tard: 913 adeptes burent alors une boisson au cyanure ou furent assassinés à l'arme à feu.

Layton said. Layton se sentit honteuse d'avoir de s'être fait avoir dans une secte. "Si je pouvais expliquer cette histoire au monde, peut-être réussirais-je à ne plus subir de toute cette honte,", dit-elle.

Steve Hassan, ancien membre de secte et conseil psychologue diplômé qui s'est spécialisé dans l'assistance aux victimes de sectes destructrices, explique que les victimes se remettent mieux du contrôle mental exercé par les sectes si les victimes peuvent accéder à l'information, à l'aide et aux interventions correctes [que peuvent] fournir d'anciens membres de la secte

La secte de Kerry Noble, le CSA, est issue d'une église pacifiste qu'il avait rejointe en 1977, qui a peu à peu modifié sa philosophie religieuse. L'organisation avait déjà acheté 52000 dollars d'armes en 1978. En 1981, l'église avait tourné au groupe armé extrémiste de haine.

Noble fit deux ans de prison après une épreuve de force armée face au fédéraux. Il ajoute qu'avoir compris la psychologie sous-jacente au contrôle mental l'aida à gagner sa bataille de huit ans pour s'en remettre. "J'ai appris que la haine est un comportement acquis," dit-il.

Les sectes pratiquent souvent des modifications de comportement chez leurs adeptes et y installent un état d'esprit "Eux contre Nous", dit Hassan. Au moyen de techniques inhibant la réflexion, on dit aux membres de refouler leurs doutes quant à la secte, fréquemment en se servant d'une phrase clé qu'ils répètent. L'endoctrinement phobique sert aussi: la secte joue sur des peurs irrationnelles, avec des menaces du genre "si tu ne fais pas ça, tu risques d'attraper le cancer ou de devenir fou, si jamais tu quittes le groupe ou que tu te mets à douter.

Hassan said. Hassan explique: "Nous pouvons aider les victimes du contrôle mental exercé par les sectes de la même façon que nous traitons des gens qui ont desphobies, en leur expliquant ce dont il s'agit pour qu'ils dominent ces phobies."

Il ajoute qu'une secte destructive est un régime autoritaire, se servant de tromperie au recrutement et de techniques de contrôle mental susceptibles de rendre la personne dépendante et obéissante.

Al Qaida remplit les critères de secte destructive, indique M. Hassan. "Il nous faut appliquer ce que nous savons des sectes destructives à contrôle mental, et cela devrait être une priorité dans la lutte contre le terrorisme. Il nous faut comprendre les aspects psychologiques portant sur le recrutement et l'endoctrinement afin d'être en mesure de ralentir le recrutement. Nous avons besoin de l'aide d'anciens membres de sectes, et peut-être, d'en utiliser dans la guerre contre le terrorisme."

Est-ce là un domaine d'étude légitime?

En 1986, un groupe de psychologues avait formé un groupe de travail "DIMPAC" (Méthodes trompeuses et indirectes de persuasion et de contrôle), et l'avait soumis à l'APA; le rapport condamnait les sectes pour lavage de cerveau. Mais le Conseil Ethique et Social de l'APA avait estimé le rapport "inacceptable", manquant de preuves scientifiques, se fiant trop à des anecdotes sensationnelles et ne fournissant pas assez d'information à l'APA pour qu'elle puisse prendre position.
[NDT: il semble que cet énoncé soit exagéré: voici les conclusions originelles de l'APA en 86 sur www.antisectes.net]

Mais Scheflin maintient que depuis au moins un siècle, la société a reçu bien assez de signaux clairs démontrant la légitimité de ce domaine d'étude, et indiquant que la psychologie a besoin d'une réponse organisée. On a par exemple démontré dans les années 1880-90, que l'hypnose pouvait servir pour implanter des faux souvenirs. Dans les années 20, on croyait que la police se servait de techniques d'interrogatoire "du troisième degré", au cours desquelles le suspect subissait douleur et souffrances. Pendant les procès russes des années 30, des idéologues politiques innocents furent contraints à confesser qu'ils étaient en fait des traîtres. On dit que les chinois communistes se sont servi de techniques de lavage de cerveau pendant la guerre de Corée.

Scheflin: Ces sujets sont incroyablement indigestes et très délicats à suivre, mais il s'agit d'une part essentielle de la psychologie du mental humain. Il faut empècher ces germes de serépandre, a-t'il confié."

Lors d'une enquète effectuée en 1980, une étude a démontré que 54 % des lycéens de la région de San Francisco avaient subi au moins une tentative de recrutement de la part d'un membre de secte, 40 % ayant eu au moins cinq contacts. L'étude, signée du président de l'APA Philip G. Zimbardo, PhD, et de Cynthia F. Hartley, portait sur plus de 1000 étudiants. On s'attend à ce que ces chiffres aient augmenté en raison de l'expansion des média électroniques, servant d'outil de recrutement pour les sectes.

Les sectes existent dans chaque couche de la société, a confié Stephen J. Morgan, membre de la faculté "American Management Association - Management Centre Europe" à Bruxelles. Morgan fut l'un des chefs internationaux d'une secte politique extrémiste des années 1980, opérant dans 31 pays, et comptant 25000 agents. Alors qu'il avait un poste au Parti Travailliste britannique, Morgan espionnait les activités de l'état.

Morgan quitta l'organisation il y a une dizaine d'années, et récupéra sa propre personnalité. Il donne désormais des conférences dans le monde entier sur le contrôle mental par les sectes de terreur. Lors de la Convention de l'APA, il a mis l'accent sur une compréhension plus en profondeur des sectes, dans l'optique de mieux comprendre le terrorisme. "Les chefs de sectes sont généralement des psychopathes désirant le pouvoir et glanent leurs idées en politique, religion et psychologie, pour pouvoir parvenir à leurs buts," dit-il. Grâce au contrôle mental, elles parviennent à filtrer les pensées et comportements des membres et à leur instiller une "foi fanatique".

"Il faut faire la jonction entre l'expérience du jury et votre expertise, " a expliqué Morgan aux psychologues présents. C'est une question de santé d'esprit pour notre nation."



original anglais du texte dans le site de l'association psychologique américaine APA:
http://www.apa.org/monitor/nov02/cults.html


texte de bon sens sur le lavage de cerveau: www.antisectes.net/brainwashing.htm

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